Voici la liste de ses principaux ouvrages
En philosophie : {Les philosophes français du \9^ siècle. — Le Positivisme anglais, Sluart Mill. — V Idéalisme anglais , étude sur Carlylé.) En histoire. (Essais de critique etd*histoire. — Notes sur l* Angleterre. Notes sur Paris, par F. Thomas Grain d^orge, — Un séjour en francede 1792 1795.) En littérature [Essais sur Tite Live— J/i Fon-
durables de noire temps. On éprouve une amère tristesse, à voir, dans ses Causeries du lundi^les transformations lentes et insensibles par lesquelles cet esprit, d'un goût si sûr, d'une pénétration si réelle, d'une si vraie distinction, s'est éloigné de ses premières croyances, pour aboutir à ce système froid, morne, décoloré, que semblaient devoir repousser tous les souvenirs de son éducation et toutes les délicatesses de son talent. Non qu'il ait consacré des traités spéciaux à l'exposition de sa doctrine. Mais le souffle du positivisme traverse tous les écrits qui appartiennent à la dernière période de son activité littéraire. A l'apparition de la Vie de Jèstts de M. Renan, il crut devoir offrira son ami le concours de sa plume, et un article retentissant nous livra une profession de foi qui fut, pour une grande partie du public, une douloureuse révélation. Ce qui frappe en lui, c'est le contraste de ses débuts et de sa fin, de son talent et de son svstème, de son idéalisme littéraire et de son réalisme philosophique. Sa vie est restée un problème, disons mieux, une énigme psychologique dont les contre-sens nous étonnent et nous déconcertent. Et sans les indiscrétions commises, depuis sa mort, par ses conft-
(atfie el ses fables.—Uistoire de la liUéraiure anglaise.^ Voyages aux Pyrénées. El dans les questions d'art {Philosophie de Vart, — Phi- Uwiphie de Vart en Italie. — dans les Pays-Bas. — en Grèce. — De r Idéal dans Vart, L'Italie et la vie Italienne, ) Tous ces ouvrages ne sont que des applications du système positiviste aux siyets traités par l'auteur.
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dents les plus intimes, c'est en vain qu'on se flatterait d'en avoir le secret * .
L'art des antithèses et des contrastes semble être un des traits distinctifs de l'école. Qui s'attendrait à trouver dans ses rangs un éditeur des Pensées de Pascal ? Eh bien, cette surprise nous est réservée par M. Havet, ami de M. de Sainte-Beuve et professeur au collège de France. Admirateur enthousiaste de M. Renan, c'est lui qui a découvert dans un article consacré à l'éloge du livre auquel cet écrivain doit sa célébrité, qu'entre la mort de Jésus et celle du dernier des misérables, il n'y a pas de difiérence. Mais passons, et bornons nous à constater qu'une fois entrés sur le terrain du positivisme, les esprits émancipés, quelle que soit d'ailleurs leur culture intellectuelle et leur distinction, nous donnent le droit de ne plus nous étonner de rien.
Nous ne serons donc pas surpris de rencontrer, sur ce même terrain,. M. About, l'inventeur justement apprécié de V Homme à Voreille cassée et du Nez d'un notaire. Renonçant enfin à des muses frivoles, mûri par les événements et les mécomptes, législateur improvisé de l'avenir, M. About a su mettre en pleine lumière, dans son livre intitulé : Le progrès, la période importante et jusqu'ici parfaitement obscure de notre histoire, où « l'homme, dit-il, n'était qu'un
1. Souvenirs el indiscrélions sur M. Sainte-Beuve par son dernier secrétaire, Jules Troubat.
K)us - officier d'avenir dans la grande armée des dnges * ». Qu'il soit positiviste, il n'est pas permis i'en douter. « L'école à laquelle j'appartiens, dit-il, se compose d'esprits positifSy rebelles à toutes les séductions de Yhypothèse, résolus à ne tenir compte que des faits démontrés. Nous ne contestons pas l'existence du monde surnaturel ; nous attendrons qu'elle soit prouvée et nous nous renfermons jusqu'à nouvel ordre dans les bornes du réel. D'où il suit que « jusqu'à nouvel ordre)),M.About s'accommode à merveille d'une humanité sans Providence et d'un univers sans Dieu «.
Nous ne mentionnons M. About que pour mémoire, et bien qu'il se flatte d'appartenir à une Ecole, nous lui faisons l'honneur de croire, que ce n'est pas à titre de philosophe qu'il compte aller à la postérité. Il est d'autres noms qui pèsent d'un poids plus considérable dans laibalance, et dont le rôle, aussi bien que la doctrine, demande une attention plus spéciale. Nous roulons parler de MM. Renan et Vacherot, considérés X)mme les chefs de l'École critique et hégélienne en France, et dont les procédés rappellent, en plus d'un K)int, les principes et la méthode de Hegel ; mais qui l'en appartiennent pas moins, par le fond de leurs ioctrines, à l'École qui nous occupe.
Quel est, en effet, le caractère fondamental, le trait
l. Le Progrès p. 22.
t, ibid.
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distinclif da système que nous étudions ? C'est que le moDde soumis à l'espérience sensible est le seul réel : tandis que le monde métaphysique, révélé par les idées et les lois de la raison, n'est qu'un « idéal fictif, une hypothèse illusoire, une abstraction vaine et chimérique.» Eq d'autres termes : l'univers physique et sensible est la seule réalité. Dieu et l'âme ne sont pas des êtres réels. Or, c'est là précisément la théoriede MM. Renan et Vacherot. L'un et l'autre n'admet d'autre réalité que celle du monde ; l'un et l'autre nie la réalité de Dieu et de l'âme. L'un et l'autre, à cet égard, appartient à l'École positive. En quoi donc leurs principes diffèrent-ils de ceux de M. Littré ? Le voici en peu de mots. Il ne s'agit que d'une difTérence de forme et de langage. Il ne s'agit d'aucune différence pour le fond des doctrines. MM. Renan et Vacherot maintiennent le mot de Dieu, mais ils ont soin de supprimer la chose. Ils construisent la métaphysique de ce mot. Mais il reste bien entendu que ce n'est-là que la métaphysique d'un idéal sans objet, d'une abstraction sans réalité. Ils sont hégéliens dans le domaine de l'idéal ; positi' vîntes dans le domaine du réel. L'idéal subsiste & la condition de n'être qu'une fiction ; le réel, c'est-à-dire, le monde matériel et sensible, est alarmé à la condition d'être toale laréalité. Leur métaphysique ne poursuit donc que des ombres, ne s'agite que dans le vide, ne remue que des mots, et le positivisme reste l'unique fond solide et substantiel de leur système.
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Essayons de fixer ici celte forme vraiment curieuse et étrange de la négation moderne. Si quelqu'un réalise ce je ne sais quoi <c d'ondoyant et do divers » dont parle Montaigne, c'est assurément M. Renan. Singulier mélange de rêverie bretonne, de positivisme anglais et de scepticisme voltairien, il sait prendre tous les tons, jouer tous les personnages, traverser toutes les évolutions. L'aplomb de sa pose et le mirage de ses contradictions, Télévation de ses sentiments et la hardiesse de son langage, Tapprét de la forme et la stérilité du fond, le calme de son maintien et la prestesse de ses revirements, la vulgarité de ses principes et Tari de ses nuances, tout en lui surprend et déconcerte le lecteur inexpérimenté ou distrait. Professant un égal dédain pour les lois de la logique et les croyances du genre humain ; résolu à « tenir ferme contre la foi comme Ajax contre les dieux *,» persuadé que la supériorité intellectuelle peut se passer d'avoir raison, comme « la finesse d'esprit » est dispensée d'avoir du bon sens, véritable dilettante littéraire et philosophique, ce qui frappe en lui, c'est le caprice de la fantaisie érigé en syst^me, c'est l'habitude de l'agression hostile et violente, dissimulée sous le voile d'un certain respect, c'est l'hypocrisie d'une langue qu'il emprunte à Platon et à l'Évangile, pour en parer les dogmes d'un La Mettrie ou d'un Épicure : v(^lement