M. GuizoT. — Ce même danger a été, non seulement signa
lé, mais combattu avec vigueur, dès 1860, par notre compatriote et
ami, M. Léon Lefébure, actuellement député de la Seine, dans un
remarquable travail publié sous ce titre : M. Ernest Renan et la dé'
'-adence des études philosophiques en France.
de la science, l'esprit le plus lernic éprouve, par moments, cette sorte d'éblouissement que fait naître la vue des abîmis. Et que dire des ravages que rinfluence incessante de ces doctrines exerce, à la longue, sur les arts, les sciences, les lois, les mœurs, les habitudes d'un peuple ? Qui ne senti« rait le sol trembler sous ses pas, quand il voit le mouvement philosophique actuel démolir, avec un acharnement calculé, ces principes primordiaux de la raison, que la sagesse de tous les temps a considérés comme la base indiscutable de nos connaissances et de nos certitudes ? Qui ne se trouverait comme suspendu dans un vide infini, quand il voit le ciel se dérober en quelque sorte à son regard, et la chimère du néant prendre la place de Celui que l'humanité a adoré jusqu'à ce jour comme son principe, son espérance, son Père et son Dieu? Comment veut-on que, sous les coups répétés d'une négation qui en impose par l'assurance et la hardiesse de son langage, les croyances ne soient pas altérées, les consciences déconcertées, le ressort moral affaibli, les âmes abattues et brisées, l'espérance et le bonheur diminués dans un monde à qui Ton enseigne que philosopher, c'est savoir se jasser d* espérance * ?