‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 10 sur 69 · XIV OPPORTUNITE ET OBJET PRECIS · texte numérisé non relu

XIV OPPORTUNITE ET OBJET PRECIS

simple, tellement évident, tellement palpable, que tout dissentiment devînt impossible?

Voilà ce que nous nous sommes souvent demandé, et c'est la réponse à cette question que nous venons offrir à nos lecteurs.

Ce point capital, ce pivot sur lequel nous paraissent devoir rouler toutes les discussions sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat; ce principe incontestable, sur lequel l'accord doit se faire entre les vrais chrétiens, et dont l'unanime et ferme profession rendrait beaucoup plus inoffensives nos inévitables divergences, nous croyons qu'il existe, et le but de ce travail est de le mettre en lumière.

La ROYAUTÉ SOCIALE DE Jésus-Ghrist, voilà le terrain qui doit réunir tous les vrais catholiques, si divisés qu'ils puissent être d'ailleurs dans les questions politiques; pour tout homme qui n'a pas renoncé à son titre de chrétien, voilà l'unique solution du grand problème des sociétés modernes.

Par ces mots, « la royauté sociale de Jésus- Ghrist, » nous entendons le droit que possède l'Homme-Dieu, et que possède avec lui l'Eglise, qui le représente ici-bas, d'exercer sa divine auto-

DE LA PRÉSENTE DISCUSSION xv

rite dans Tordre moral (l),surlessociétés aussi bien que sur les individus, et l'obligation que ce droit impose aux sociétés, de reconnaître l'autorité de Jésus-Christ et de l'Eglise, dans leur existence et leur action collective, comme cette autorité doit être reconnue par les individus dans leur for intérieur et leur conduite privée.

Il nous sera facile de prouver que, si l'Eglise

(1) Nous disons dans « l'ordre moral » pour faire comprendre à nos lecteurs, dès le début de ce travail, ce qui ressortira encore plus clairement de tout l'ensemble, que nous sommes résolu à ne pas même toucher la controverse jadis si vivement agitée relativement au pouvoir des Papes sur le temporel des Rois. L'autorité que nous revendiqpions ici pour Jésus-Christ et pour son Éghse est celle qui s'exerce dans la sphère des intérêts religieux et moraux; c'est, par conséquent, une autorité incapable de dégénérer en tyrannie. La tyrannie, en effet, est l'abus de la force contre le droit, abus évidemment impossible à une autorité qui, dans ses rapports avec les pouvoirs temporels, dépositaires de la force, n'a d'autre force que celle du droit. Le père de famille chrétien n'est sûrement pas moins libre dans l'exercice de sa puissance paternelle et dans la gestion de ses intérêts matériel que le père de famille libre-penseur. La soumission à Jésus- Christ et à son Église ne fait qu'imposer au premier la. nécessité morale de renfermer dans les limites de la justice l'exercice de son pouvoir. De même, la royauté sociale de Jésus- Christ, que nous défendons dans cet ouvrage, loin d'entraver l'indépendance des pouvoirs temporels, en doit être le plus ferme appui, à l'égard des ennemis extérieurs, en môme

temps que l'indispensable sauvegarde contre ses propres excès.

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