‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 24 sur 69 · I. — Prc»fn(*è» mepvellleox. et maladie» Incapabl · texte numérisé non relu

I. — Prc»fn(*è» mepvellleox. et maladie» Incapabl

de la aoelété moderne.

Loin de nous la pensée de nier ou de rabaisser aucun des progrès dont se glorifie, avec plus ou moins de raison, la société moderne. Soyons généreux à son égard; ne lui contestons aucun des titres

qui peuvent être allégués, avec quelque semblant de vérité, pour établir la supériorité de notre siècle sur tous ceux qui l'ont précédé. Nous admettrons, si l'on veut, que l'homme ne posséda jamais sur la matière un empire plus irrésistible; que jamais il ne parcourut avec plus de liberté et de rapidité son domaine terrestre, et n'en exploita plus habilemient les trésors; qae jamais il ne s'éleva plus haut dans l'atmosphère et ne descendit plus avant dans le fond des mers ; qu'il n'eut jamais en son pouvoir plus de moyens d'acquérir la science et de multiplier la richesse. Per^ mettons-lui de se faire un mérite des aspirations, si hautement exprimées, de toutes les classes et de tous les peuples vers la liberté, l'égalité et la fraternité, et ne ivcherchons pas trop curieusement si radouoissoment des mœurs dont il se vante n'est pas, on ])artie du moins, le résultat de Tamolliss««ient des oaractèi^es.

Après que nous aurons admis tout cela, ne sera-t-on pas foiw de reconnaître avec nous qtfà aucune autre époque la société humaine ne ftit plus profondément ébranlée et n'éprouva de plus fréquentes convulsions?

En France swilement. ncins avons ehangé au

moins huit fois de régime en quatre-vingts ans, c'est-à-dire, en moyenne, une fois en dix ans ; et qui pourrait dire que nous sommes arrivés au terme de ces périodiques bouleversements? Quel est en Europe le pouvoir qui ne chancelle, et quel est le peuple qui commence une année, avec la certitude de ne pas la terminer sous un régime nouveau?

Et ce ne sont pas seulement les sociétés politiques qui sont ainsi constamment ébranlées ; les relations de famille, le droit de propriété, tous les fondements les plus essentiels de Tordre humain, inaccessibles jusqu'à ce jour aux commotions civiles ont, eux-mêmes, éprouvé les plus graves atteintes. L'inquiétude qui tourmente les âmes ne leur inspire pas un moindre dégoût pour la paix du foyer que pour l'ordre public. La haine de toute supériorité ne repousse pas avec moins de violence la prééminence de la richesse que celle de la naissance ; et l'autorité du père n'est pas plus incontestée dans la famille que l'autorité du prince dans l'État.

Delà résulte une dissolution générale de tous les liens sociaux, dont l'autorité est le nœud Tous les droits sont mis en question , soit dans les livres, soit

dans les assemblées publiques , avec une audace inouïe jusqu'à ce jour. Et comme le droit ne peut s'imposer â la volonté que par les convictions de l'intelligence, les attaques auxquelles il est en butte lui ôtent sa force pratique, avant même qu'elles l'aient renversé en théorie. Le scepticisme suffit pour le paralyser ; et qui pourrait compter aujourd'hui le nombre des sectateurs de ce scepticisme à l'égard du droit, dans toutes les classes de la société, parmi les gouvernants comme parmi les gouvernés? Ce « droit nouveau » qui est si fort en vogue de nos jours, est-il autre chose que la négation, aussi audacieuse qu'hypocrite, du vrai droit, auquel, en lui dérobant son nom sacré, il substitue la tjrannie de la force brutale ? n'estce pas cette même substitution de la force au droit, que cache, sous ses formules ambiguës, la ttiéorie des « faits accomplis ? »

Ne l'oublions pas pourtant : l'essence même de la société humaine consiste dans la substitution de la force du droit au droit de la force ; et par conséquent tous ceux qui ne croient plus au droit, qu'ils soient princes, magistrats ou peuple, sont évidemment, au point de vue du progrès social, au-dessous des barbares et des sauvages : ils ne sont plus des êtres sociaux.

Encore une fois, qui comptera au sein de notre brillante civilisation les hommes à qui manque oet élément constitutif de la sociabilité? que si xious ne pouvons les compter, nous savons du xnoins que trois causes également actives tendent à en accroître, de plus en plus, le nombre : en liaut, le matérialisme, qui est aujourd'hui la philosophie à la mode ; en bas, l'ignorance, sous sa pire forme, à savoir, l'ignorance orgueilleuse qui sait lire ; en haut et en bas également, l'immoralité.

Or il est évident que plus, sous l'influence de cette triple cause , croîtra le nombre de ces êtres antisociaux, plus la société, en dépit de ses progrès et de ses richesses, s'approchera de sa complète destruction.

Si ces faits sont vrais (et comment les révoquer en doute?) on peut résumer ainsi l'état présent de la société : dans les rapports de l'homme avec la matière, progrès merveilleux; dans les relations des hommes entre eux, décadence et dissolution; en d'autres termes, luxe dans le superflu, pauvreté dans le nécessaire. La société moderne est un grand corps, paré de vêtements magnifiques, mais atteint par un mal cruel, qui

ronge ses organes vitaux; c'est un colosse qui tombe du mal caduc.

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