‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 25 sur 69 · II. — Ruine de* Intérêt» matériel · texte numérisé non relu

II. — Ruine de* Intérêt» matériel

Et qu'on ne s'y trompe pas : cette dissolution des liens sociaux n'étend pas sa meurtrière influence seulement aux biens de l'ordre moral. Quoique ces biens constituent la dignité de l'homme, plusieurs seraient disposés à en faire bon marché , si les progrès modernes leur assuraient la paisible jouissance des biens de l'ordre matériel. Mais il n'en est pas ainsi. L'ordre matériel lui-même est profondément ébranlé par le contre-coup des secousses que subit la base de Tordre moral. Les passions, délivrées de tout frein religieux, deviennent de plus en plus menaçantes pour tous les intérêts, et ne peuvent être contenues que par un plus grand développement de forces. Mais ces forces, qui, d'un côté, sauvegardent les intérêts contre les passions, les compromettent gravement d'un autre côté, par les énormes ressources qu'elles absoriîent. Il n'est

pas au monde de politique assez habile pour arrêter ce fatal enchaînement de causes et d'effets. La diminution progressive de la force morale entraîne irrésistiblement l'accroissement continu de la force matérielle. L'accroissement de la force rend les luttes plus meurtrières, et nécessite, au sein même de la paix, des armements formidables, et partant des levées d'hommes et des dépenses toujours croissantes.

Le mépris du droit se traduit aujourd'hui en Europe par une somme de plusieurs milliards, employés par les sociétés modernes à se procurer les moyens de s'entre-détruire. La possession, de plus en plus ruineuse, de ces moyens de destruction est, pour ces sociétés, l'unique moyen de conservation. Entre tous les arts et toutes les sciences qu'aenfantésla civilisation moderne, l'art de la destruction l'emporte de beaucoup sur tous les autres, soit par les ressources qu'il absorbe, soit par le nombre des hommes qui le cultivent. Chaque année, l'agriculture, l'industrie, le commerce, tous les arts nourriciers , lui font par millions le sacrifice des bras les plus vigoureux et les plus capables d'accroître leurs produits. Cet art meurtrier nous emporte bien plus que le revenu

des richesses dont les progrès modernes nous ont dotés; et comme il est lui-même éminemment progressif, tout nous porte à croire que le budget, déjà énorme, qu'il nous impose,'ira croissant dans des proportions plus grandes que la richesse publique; à moins que le triomphe d'une tyrannie colossale ne rende les moyens de défense inutiles, et ne nous sauve de la ruine universelle par Tuniverselle servitude.

m. «-* Despotisme Inouï JiuMiii*à oe Jour.

Voici, en effet, le dernier et peut-être le plus inévitable des dangers qui menacent les sociétés modernes : la servitude, l'universel écrasement de toute liberté et de toute dignité individuelle, par un despotisme dont les siècles passés ne nous offrent aucun exemple, et ne nous permettent même pas de nous former une idée. Depuis longtemps, de profonds observateurs appartenant aux écoles les plus différentes, nous ont signalé les effrayants symptômes de cette maladie, que la démocratie moderne porte dans ses entrailles et

qui leur a paru plus mortelle et plus irrémédiable que Tanarchie elle-même. Voilà vingt ans que Donoso-Cortès s'écriait au sein du congrès espagnol : « Le monde marche à grands pas à la « constitution d'un despotisme, le plus gigantesque « et le plus destructeur que les hommes aient « jamais vu. » Et, avant lui, M. de Tocqueville, analysant avec une remarquable sagacité les tendances des sociétés démocratiques, concluait ainsi : « Si l'on vient à réfléchir sur ce qui pré- « cède, on sera surpris de voir comment, en Eu- € rope, tout semble concourir à accroître indéfi- € niment les prérogatives du pouvoir central, et € à rendre chaque jour l'existence des individus € plus faible, plus subordonnée et plus précaire... € Deux révolutions semblent s'opérer de nos jours « en sens contraire : l'une affaiblit continuelle- « ment le pouvoir, et l'autre le renforce sans « cesse .... D'un côté , les plus fermes djuasties sont « ébranlées ou détruites; de toutes pairtâ.les peu- € pies échappent violemment à Tempire de leurs « lois ; ils détruisent ou limitent l'autorité de leurs 4c seigneurs ou de leurs princes ; toutes les nations « qui ne soat pcant en révolution, paraissent du « moins inquiètes ou frémissantes ; un même esH

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