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moderne : quelle peut être la cause de cette absence d'équilibre, qui, depuis quatre-vingts ans, ne permet plus à cette société si riche et si brillante de goûter aucun repos? Comment s'est-elle vue menacée par le plus effrayant despotisme , au moment où elle croyait avoir reconquis sa liberté? D'où lui vient cette caducité irrémédiable, dont elle n'a cessé de souffrir, depuis le jour où elle est devenue maîtresse de ses mouvements? Pourquoi, malgré ses moyens d'action multipliés et sa puissance immensément accrue, n'a-t-elle pu, depuis quatre-vingts ans, édifier rien de solide? Pourquoi s'affaisse-t-elle sous le poids de son abondance, et éprouve-t-elle, dans la plénitude de sa force, toutes les convulsions de l'agonie?
N'est-ce pas parce que ceux qui se sont donné, il y a quatre-vingts ans, la mission de régénérer le corps social, lui ont enlevé le principe qui l'avait fait vivre jusqu'à ce jour, sans pouvoir lui restituer en échange aucun principe nouveau ? n'estce pas parce que, dans l'impatience qui les poussait à construire, sur un nouveau plan, l'édifice de la société chrétienne, ils ont renversé la base sur laquelle cet édifice reposait depuis quatorze siècles, sans lui substituer aucun autre fondement?
Nous ne disons pas encore qu'aucun autre fondement n'est possible, et que le corps social ne peut recevoir la vie d'aucun autre principe. Nous le dirons et nous le prouverons, quand le moment sera venu de résoudre complètement le problème. En ce moment, nous nous contentons de le poser, et pour cela nous n'avons besoin d'aucun raisonnement ; il nous suffit d'en appeler aux faits.
V* — Lia rajrauté de Jésus-Glirlst» base de la •oelété
cbrétlenne.
Rien n'est, en eflfet, plus certain : jusqu'à la fin du dernier siècle, la société européenne reconnaissait unanimement l'autorité de Jésus-Christ, comme base de toutes ses institutions. Plusieurs peuples s'étaient révoltés contre le pontife romain, organe visible de cette autorité, et, par là, ils avaient préparé les voies à la destruction de l'autorité elle-même ; cependant ils faisaient encore profession de la vénérer.
L'Angleterre avait subi une révolution meurtrière, et cette révolution avait traversé diverses phases ; mais pas plus la république de Cromwell
que la monarchie limitée de Guillaume d'Orange ne renoncèrent à être des États chrétiens, et ne renièrent la royauté sociale de l'Homme-Dieu. Donc, en dépit de toutes les inconséquences d'application, ce grand principe avait été, durant quatorze siècles, unanimement reconnu par les peuples de l'Europe ; il leur avait servi de lien, au milieu même de leurs rivalités et de leurs luttes, et il les avait réunis en un grand corps qui se nommait la chrétienté.
Les bouleversements les plus profonds n'avaient pu atteindre cette base commune de tous les droits sociaux; aussi, lorsque l'un de ces droits était méconnu et renversé, les autres n'en restaient pas moins debout. La loi de Jésus-Christ était universellement reconnue comme la règle et la sanction des lois civiles ; tous les pouvoirs faisaient profession de relever de son pouvoir ; le père dans sa famille, le magistrat sur son tribunal, le monarque sur son trône, commandaient au nom de Jésus-Christ; et les enfants, les citoyens, les sujets, étaient persuadés qu'ils ne pouvaient leur désobéir sans désobéir à Jésus-Christ luimême* Tous les droits humains étaient, par là même, revêtus d'une sanction divine; toute3 les
sociétés particulières étaient autant de rameaux vivants, se rattachant à la grande société chrétienne, comme au tronc qui leur communiquait sa sève féconde, et les faisait participer 4 soo immuable solidité .