‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 36 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA. ROYAUTE SOCIALE DE JESUS-CHRIST DEMONTREE PAR LA NATURE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ET DE LA SOCIÉTÉ RELI- GIEUSE.

I. •— Olijectlon contre la royauté sociale de «lésa»- Gbrist, tirée die la natore de la société civile.

Si palpables que soient les démonstrations développées dans le précédent chapitre, nous ne serions pas surpris que plus d'un lecteur, même parmi les chrétiens, ne leur opposât une fin de non-recevoir, tirée de la nature des sociétés civiles.

« Que Jésus-Christ soit le maître souverain de toutes choses, nous dira-t-on, rien n'est plus évident ; et pas n'était besoin de faire tant d'efforts pour le prouver. Ce que nous contestons et ce que

VOUS n'avez pas démontré, c'est que les sociétés civiles soient susceptibles de recevoir, dans leur existence collective, Finfluence de la souveraineté de l'Homme-Dieu. Et cela pour une raison très-simple : c'est que ces sociétés sont purement temporelles, et que la souveraineté de l'Homme- Dieu ne s'est exercée que dans l'ordre purement spirituel. De votre propre aveu, tous les préceptes, toutes les institutions de Jésus-Christ se rapportent aux biens de la vie avenir; les institutions et les lois civiles, au contraire, ont pour fin exclusive les biens de la vie présente. Quel rapport peut-il y avoir entre deux ordres de choses si profondément séparés? En proclamant la sécularisation complète de l'État, nous ne portons aucune atteinte à la dignité du Verbe incarné; nous ne faisons que tirer les conséquences de cette séparation du spirituel et du temporel, qui est un des résultats les plus précieux de son avènement. Nous ne lui refusons rien qu'il n'ait luimême repoussé, quand il a dit que « son royaume « n'est pas de ce monde. »

« Enfin, nous offrons à l'Église la seule garantie sérieuse de sa liberté. Qui ne voit, en efîet, que si l'on prétend imposer à l'État le devoir de défen-

dre la doctrine et les institutions de TÉglise, on lui donne, par là même, le droit déjuger cette doctrine et ces institutions ; les droits sont essentiellement corrélatifs aux devoirs. Le pouvoir social dérive de la fin sociale ; si la fin de la société civile est en partie spirituelle, cette société doit partager avec l'Église le pouvoir spirituel. De là, entre elle et l'Église, les interminables luttes qui ont été si funestes à Tune et à l'autre. Il n'y a qu'un moyen d'y mettre un terme : c'est que chacune des deux sociétés se renferme dans son domaine : que la société spirituelle se contente de régenter les consciences, et que la société civile demeure souveraine dans l'ordre civil. »

Pour rendre plus saisissante cette objection, les défenseurs du libéralisme se servent d'une comparaison que nous nous souvenons d'avoir lue dans un essai de lord Macaulay, et qui nous a été depuis , plus d'une fois , présentée par d'excellents catholiques. S'il se forme une association de tailleurs ou de maçons, chacun des membres de cette association sera tenu sans doute d'observer ses devoirs de chrétien ; mais il n'entrera dans l'esprit de personne que l'association elle-même doive honorer Jésus-Christ, et recon-

naître son autorité ; non pas qu'on veuille mettre des bornes à la souveraineté de Jésus-Christ, mais parce que l'association ne s'occupe, en aucune manière, des choses sur lesquelles il a plu à Jésus-Christ d'exercer son autorité. On n'a donc rien prouvé, dans la controverse présente, quand on a démontré par des arguments généraux la souveraineté universelle de l'Homme-Dieu ; il faut de plus démontrer que, par sa nature même, la société civile n'est pas étrangère à cette souveraineté.

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