‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 40 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA RESTAURATION DE LA ROYAUTE SOCIALE DE JESUS-CHRIST PEUT SEULE GARANTIR AUX SOCIÉTÉS MODERNES LE PRE- MIER ÉLÉMENT DE LEUR PROGRÉS, LA POSSESSION DE LA VÉRITÉ.

Nous avons parlé jusqu'ici la langue des principeSy trop peu comprise, hélas! de nos jours; aussi nous hâtons-nous d'entrer sur un terrain plus familier au siècle positif où nous vivons, sur le terrain des intérêts.

Gomme nous écrivons avant tout pour les défenseurs de la vérité et de la justice, nous n'avons pu nous dispenser d'établir d'abord la royauté sociale de Jésus-Christ sur la base immuable du droit. Nous avons vu cette royauté dériver à la fois et des prérogatives inaliénables de la divine personne à qui elle appartient, et de la fin essentielle de la société sur laquelle elle s'exerce.

Nous avons d'abord jeté les yeux sur Jésus- Christ ; et notre premier regard nous a révélé son

essentielle et universelle souveraineté; nous avons ensuite considéré la nature de la société civile ; et nous avons compris qu'instituée pour assurer aux hommes les biens de la vie présente, elle est essentiellement subordonnée, comme cette vie elle-même, à la société établie par Jésus-Christ, pour nous faciliter Tacquisition des biens de la vie à venir. Pour nier cette subordination, il faudrait nier Tune de ces deux choses, également certaines : ou bien que Thomme a été mis sur la terre pour y conquérir le bonheur du ciel ; ou bien que le moyen doit être subordonné à la fin, la vie misérable du temps à la vie bienheureuse de l'éternité. Mais si ces vérités sont indiscutables, il s'ensuit que le pouvoir civil, tout souverain qu'il est dans l'ordre temporel, est tenu de garantir à ses sujets le libre emploi des moyens qui peuvent servir à l'accomplissement de leurs destinées étemelles.

Ces considérations sont décisives, et pourraient nous dispenser de rien ajouter. L'intérêt passager des sociétés civiles s'opposât-il à l'observation du devoir essentiel que nous venons de démontrer, la raison commanderait encore de ne pas tenir compte de cette opposition : car c'est un

axiome de morale, que, dans un conflit de droits, le plus élevé doit l'emporter.

Mais rien n'est moins réel que cette hypothèse. Contraire à la sagesse de Dieu et à la nature des choses, elle est démentie par les faits les plus éclatants et le témoignage constant de l'expérience. Jésus-Christ a dit aux sociétés aussi bien qu'aux individus : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroit. » Cette parole se vérifie d'une manière encore plus manifeste dans l'existence des peuples, renfermée tout entière dans les limites du temps, que dans la vie des individus, à l'égard desquels la promesse divine pourrait ne se réaliser que dans l'éternité. Nulle part l'intérêt n'est plus indissolublement uni au devoir que dans les rapports des sociétés humaines avec leur clivinRoi. Aussi, pour démontrer cette union, notre principal embarras sera-t-il le choix des preuves et la difficulté de nous borner.

Page 1