‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 41 sur 69 · I. — Plan de notre démonstration · texte numérisé non relu

I. — Plan de notre démonstration

Déjà, dans un autre ouvrage, nous avons comparé avec les enseignements et les institutions de l'Église les aspirations légitimes des sociétés modernes, et nous en avons constaté le parfait accord. Nous allons nous livrer à une étude semblable, mais en nous plaçant à un point de vue différent. Nous parcourrons, une à une, les principales conditions de la vie, de la stabilité et du bien-être des sociétés modernes, et nous prouverons que ces conditions, radicalement détruites par le libéralisme, ne peuvent être complètement réalisées que par la restauration de la royauté sociale de l'Homme-Dieu.

Nous prendrons pour guide dans cette étude l'expérience, bien plus que la foi et le raisonnement ; et notre démonstration, par conséquent, ne sera pas moins concluante pour Tincroyant que pour le chrétien. Notre précédente discussion, n'a pu laisser aucun doute dans l'esprit de ce dernier. Le débat est vidé au point de vue du dogme. Mais nous ne nous dissimulons pas que, pour amener la fin du litige, la discussion dans laquelle

nous entrons a incomparablement plus d'importance. Aussi ne voulons-nous rien omettre de ce qui peut en éclaircir les obscurités. Nous appellerons en témoignage les publicistes les moins préoccupés de l'intérêt religieux, et en particulier celui de tous qui a le plus profondément étudié les tendances des sociétés modernes, M. Alexis de Tocqueville. Il suffit de lire le livre de la DémO" cratie en Amérique pour comprendre qu'au moment où il fut composé , son auteur n'était pas encore éclairé par les purs rayons de cette foi quia consolé ses derniers jours. Toujours respectueux pour la majesté du catholicisme, il ne parle pourtant pas en homme convaincu de son exclusive vérité. Aussi, dans plusieurs de ses discussions les plus lumineuses, se trouve-t-il hors d'état de conclure. La perspicacité de son génie avait bien pu lui fournir les prémisses ; mais la foi chrétienne, trop faible encore dans son esprit, ne lui permettait pas de saisir vigoureusement la conclusion .

Plus heureux que lui, nous n'aurons pas de peine à faire sortir cette conclusion des faits constatés par l'éminent publiciste ; et la démonstration aura d'autant plus de force, que celui qui

112 lA ROYAUTÉ SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST

nous en a fourni les éléments en a moins soupçonné la portée.

Cette seconde partie de notre travail ne s'adressera donc plus seulement aux chrétiens. Les considérations que nous allons faire valoir sont également saisissables pour tous les hommes qui prennent sincèrement à cœur l'intérêt de la société ; et un incroyant de bonne foi qui leur donnerait l'attention qu'elles méritent pourrait y trouver une démonstration péremptoire, bien qu'indirecte, du christianisme. Il est impossible, en eflfet, qu'une religion qui seule peut faire vivre et progresser la société humaine ne soit pas la vraie religioa.

Cependant, sans exclure les incroyants, nous continuerons à avoir spécialement en vue les chrétiens; et nous espérons que cette seconde partie réussira bien mieux encore que la première à écarter les préjugés qui les divisent. Nous l'avons compris, en eflfet : si, parmi les défenseurs de l'Église, plusieurs ont cru devoir adopter une tactique répudiée par leurs chefs et leurs compagnons d'armes, c'est qu'ils y ont vu le seul moyen de concilier les intérêts de la société spirituelle avec les idées et les tendances des

sociétés modernes. C'est en vain que Ton s'eflForce de les faire sortir de ce terrain mouvant des opinions et des intérêts, pour les ramener sur le roc immuable des dogmes et des principes ; ils n'opposent le plus souvent à toutes ces sollicitations qu'une fin de non-recevoir. Il faut pourtant arriver à s'entendre ; mais comment y parvenir? Il n'y a qu'un moyen : puisqu'ils ne veulent pas venir à nous, il faut aller à eux; nous transporter sur ce terrain où ils croient leur doctrine invincible ; et leur prouver qu'elle est aussi peu soutenable au point de vue de l'intérêt des sociétés modernes qu'au point de vue du dogme chrétieUc Si nous pouvons obtenir qu'ils examinent de plus près et en détail, toutes les données du problème que le libéralisme antichrétien résout dans un sens contraire aux droits de l'Église, ils regretteront d'avoir trop facilement accepté cette solution, et ils se convaincront que la solution contraire n'est pas moins conforme aux vrais intérêts des sociétés modernes qu'aux enseignements de Jésus-Christ.

Page 1