‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 42 sur 69 · II.— Eie droit A la vérité» premier droit tioelM · texte numérisé non relu

II.— Eie droit A la vérité» premier droit tioelM

Le premier de tous les biens sociaux est la vérité ; et le plus précieux de tous les droits, que les hommes réunis en société doivent se garantir les uns aux autres, est le droit d'user de leur intelligence pour conquérir, conserver et accroître ce trésor.

Seule, la vérité permet à Thomme de se tenir debout et la tête levée, au milieu des animaux stupidement courbés vers la terre ; seule, elle lui donne la force de pénétrer au delà des formes sensibles, de plonger dans les ténèbres de l'avenir, de s'affranchir de la tjTannie des biens présents et de dompter les instincts brutaux; seule, elle fait de lui un être vraiment raisonnable. Dir^ que l'homme ne peut vouloir le bien moral qu'autant que son intelligence lui en a présenté l'image ; que sa volonté ne peut se mouvoir vers une noble fin qu'après l'avoir saisie par la pensée ; que sa liberté ne peut choisir entre deux partis, si les motifs de son choix ne lui sont proposés par la raison; enfin, que l'énergie des vertus est toujours en raison directe de la force

des convictions : c'est énoncer des vérités de sens commun, dont l'esprit le moins réfléchi ne peut s'empêcher de saisir l'évidence.

De là, nous avons déjà le droit de conclure qu'il n'est pas pour l'homme d'intérêt supérieur à l'acquisition de la vérité. Et autant elle est nécessaire aux individus pour accomplir leurs immortelles destinées, autant elle est indispensable aux sociétés pour progresser et pour vivre. La vérité est pour elles ce qu'est pour un édifice la loi de l'équilibre, qui retient chacune de ses parties solidement fixée à sa place et unie aux autres parties. L'équilibre des sociétés ne peut résulter que du respect des droits et du libre accomplissement des devoirs. Supprimez ces deux conditions : et, à la place d'une société raisonnable, vous n'aurez plus qu'une agrégation mécanique, obéissant au seul empire de la force ; au lieu de l'ordre moral, vous aurez le chaos.

Mais qui ne voit que le respect du droit et le constant accomplissement du devoir supposent la connaissance des principes sur lesquels l'un et l'autre se fondent? La vérité, saisie avec certitude par la raison ou par la foi, peut seule mettre l'homme en état de dominer ses passions égoïstes.

de respecter le droit, alors même qu'il est contraire à l'intérêt, d'accomplir le devoir, alors même qu'il lui impose un sacrifice, et de maintenir ainsi Tordre de la société. Donc, à mesure que l'empire des principes s'affaiblira, et que s'obscurcira aux yeux des hommes la lumière de ces grandes vérités qui éclairent l'horizon de la morale, les sociétés seront arrêtées dans la voie de leurs véritables progrès ; elles perdront leur route, et iront inévitablement se briser contre les écueils de l'anarchie ou du despotisme.

Que le plus grand nombre des hommes ignore les lois des astres et la structure des plantes : cette ignorance ne les empêchera ni d'acquérir la perfection ni de se rendre utiles à leurs semblables. Mais qu'aucun d'eux n'ignore ni sa destinée future, ni le but de son existence présente, ni les lois qui doivent diriger l'exercice de sa liberté, ni ses devoirs envers son créateur et ses semblables ; car, évidemment incapables d'accomplir des devoirs qu'ils ignoreraient, et de respecter des droits dont ils n'auraient pas la notion précise, ils ne pourraient que se laisser entraîner par leurs passions brutales, abuser de leurs facultés, et ^devenir un fléau pour Ja société et pour eux-mêmes.

Mil.— >Li*autorlté de «lésu«*Chrl«t et de «on KglIfKspeùt seule garanlli* la poMessIon de cette vérité.

Or ces vérités capitales, qui servent de base à la vie morale des hommes et à leurs rapports sociaux, seul, l'enseignement de Jésus-Christ et de son Eglise peut leur en assurer la possession.

Pour le démontrer, il suflBit d'en appeler au témoignage le plus certain de l'expérience.

Deux faits évidents, palpables, universels, s'offrent à nous, dès que nous envisageons la société humaine au point de vue de l'acquisition de la vérité. D'un côté, les hommes ne peuvent recevoir la vérité, et surtout la vérité morale, qu'autant qu'elle leur est transmise par une autorité; et, d'un autre côté, il n'existe sur la terre, en dehors de Jésus-Christ et de son Église, aucune autorité capable de transmettre aux hommes, avec clarté et certitude, cette vérité qui leur est indispensable.

Pour écarter toute objection, nous prions le lecteur de remarquer que nous nous renfermons en ce moment dans la question de fait : nous no

discutons pas la puissance radicale que possède tout homme, par là même qu'il est raisonnable, d'arriver à la vérité ; mais nous affirmons, et rien n'est plus évident, que, dans l'état présent de l'humanité, les infirmités, les souffrances, les besoins qui entourent, dès leur naissance, les membres de cette grande famille, ne leur permettraient pas de conquérir par eux-mêmes le patrimoine de la vérité, s'ils n'en étaient mis en possession par leurs semblables. S'il s'agit du premier développement de l'intelligence, cette difficulté équivaut à une impossibilité morale ; l'enfant privé de toute éducation ne sera jamais qu'un idiot. Mais si nous supposons l'intelligence suffisamment développée pour satisfaire aux nécessités de la vie physique, il y aura encore pour elle une immense difficulté à se faire, par ses seules forces, un corps de doctrine suffisamment complet pour la direction de sa vie morale. Le secours de la société n'est guère moins indispensable pour la satisfaction de ce second ordre de besoins, que pour ceux du premier (1).

(1) La doctrine que nous ne pouvons qu'énoncer ici sommairement a été développée et démontrée dans notre livre

Et LE DROIT A LA VÉRITÉ 119

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