I. — InipoPtance de celte dtacuAAlen
Nous voici amenés à la considération plus attentive de la grande maladie des sociétés démocratiques, dont le témoignage des plus profonds :>bservateurs nous a déjà démontré Texistence et ^a gravité : nous voulons parler de la funeste teniance qui, sans affranchir ces sociétés des désordres de l'anarchie, les expose à toutes les dégradations de la servitude.
Oui : la servitude sous le despotisme absolu de TÉtat ; le joug dégradant du césarisme, soit monarchique, soit démocratique , peu importe ; la suppression de l'indépendance individuelle, de
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l'initiative privée, de Tautonomie des familles et des communes ; et la domination de plus en plus irrésistible et universelle du pouvoir central, absorbant toute activité, monopolisant tous les intérêts, paralysant toutes les influences libres, pour leur substituer sa propre influence ; voilà évidemm^ent le danger le plus formidable auquel soient exposées les sociétés modernes.
Et il leur est d'autant plus difficile d'échappei!;^ à ce danger, que jusqu'ici, au lieu de le craindre , elles ont tout fait pour l'aggraver. « Toutes le^ « idées secondaires, en matière politique, sorru « mouvantes, dit M. de Tocqueville : celle--^^/ « reste fixe, inaltérable , pareille à elle-mêmo. « Les publicistes et les hommes d'État l'adop- € tent ; la foule la saisit avidement, les gouverne nants et les gouvernés s'accordent à la pour- « suivre avec la même ardeur; elle vient la « première; elle semble innée (1). »
Cette tendance est d'ailleurs d'autant plus irrésistible qu'elle est invétérée, et qu'elle date d'une époque où les autres tendances des sociétés modernes n'étaient pas même soupçonnées. Entre
(1) Démocratie en Amérique y i. Il, 4* partie, chap. ii.
toutes les têtes de Fliydre révolutionnaire, le césarisme est née la première, longtemps avant toutes les autres; et longtemps les chefs de l'Eglise ont été seuls à voir les dangers dont elle menaçait la société chrétienne. Malgré leurs luttes héroïques et leurs anathèmes trop bien justifiés, le césarisme, soutenu par le pouvoir civil dont il favorisait l'orgueil, est allé se développant, jusqu'à ce que ce pouvoir, en succombant aux attaques de la révolution, ait légué tous ses instincts despotiques à la puissance qui le renversait. Parmi tous les ennemis qui, de nos jours, font la guerre à la civilisation chrétienne, aucun ne partage avec le césarisme ces avantages. Seul, il plonge à la fois ses racines dans la tradition du passé et dans les tendances du présent ; seul, il tire également sa force des ambitions de la monarchie et des faiblesses de la démocratie ; mais ce qui assure son triomphe, c'est l'invasion tous les jours plus générale de l'impiété antichrétienne ; et par conséquent il ne pourra être vaincu que par la restauration de la royauté de Jésus-Christ. Ua coup d'œil rapide sur l'histoire de cette grande hérésie, et sur son état présent, va nous convaincre de cette vérité-
■I. — Or lésine» païenne» du Gésarlsme.
Le césarisme est la maladie naturelle du pouvoir, le résultat, prescjue inévitable, de l'enivrement qu'éprouve l'orgueil humain lorsqu'il voit les foules prosternées à ses pieds, et qu'il partage avec Dieu l'empire de la terre.
A moins d'être soutenu par une vertu surhumaine, il est porté à se dire : Je suis, et aucune autre existence que la mienne ne mérite d'être comptée pour rien. Puisque j'ai toute force, j'ai également tout droit ; les âmes sont soumises à mon empire, aussi bien que les corps ; et toutes mes volontés sont des lois auxquelles nul ne peut se soustraire sans impiété.
Ainsi ont raisonné tous les monarques dans les temps qui ont précédé Jésus-Christ ; ainsi raisonnaient les Césars romains durant les premiers siècles de l'Église. C'est alors que l'apothéose du pouvoir, pratiquée jusque-là par tous les peuples, reçut son dernier complément : elle devint une vraie religion, dont César fut tout à la fois le dieu et le souverain pontife ; voilà pourquoi cette doctrine a été justement nommée le césarisme.