IV. -— Symbole dii Céaarlame Impériale
Dès le xii^ siècle, nous trouvons^ cette théorie exprimée par les jurisconsultes et chantée par ^u«; poètes. Ecoutons l'un de ces derniers :
« César est la loi vivante à laquelle tous les rois sont soumis ; et il n'est pas un seul roi qui ne soit redevable à cette loi vivante de son origine ; tous attendent d'elle leur règle ; et comme
elle les a liés, il lui appartient aussi de les délier. César, créateur de la loi, n'est dominé par aucune loi. Tout ce qui lui plaît a la force du droit, puisqu'il a été investi de l'empire du monde par le Dieu qui a la puissance suprême de lier et de délier. Le Tout- Puissant a partagé avec lui l'empire : il s'est réservé les cieux, et a donné tout le reste à César. »
Cœsar lex viva stat regibus imperativa ; Lege que sub viva, sunt omnia jura dativa.
Lex ea castigat, solvit et ipsa ligat; Conditor est legis, neque débet lege teneri ;
Quidquid ei placuit, legis ad instar erit.
Qui ligat et solvit Deus ipsum praetulit orbi.... Divisit regnum divina potentia secum;
Astra dédit superis; caetera cuncta sibi (Cœsari) (1),
La théorie du césarisme ne saurait être plus rigoureusement formulée qu'elle ne l'est dans ces vers. Au lieu que dans la théorie rationnelle et chrétienne précédemment exposée, le pouvoir civil est le défenseur des droits préexistants, ici il
(1) Godefroi de Viterbe dans le Clironicon universale. Nous empruntons cette citation à M. Martinet, Théologie morale^ liv. I, art. 1. On trouvera dans ce remarquable ouvrage et dans la Théologie dogmatique, du même auteur, un lucide exposé et une vigoureuse réfutation du césarisme qu'il appelle V Esprit secularisateur.
nous est présenté comme le créateur de ces droits. Il est l'incarnation terrestre de l'éternelle justice, l'organe suprême de la divinité. La société n'existe que par lui, et il a par conséquent sur elle l'absolu pouvoir qui appartient au créateur sur sa créature. Rien ne manque à cette apothéose du pouvoir, si ce n'est peut-être le nom de Dieu ; mais si on n'ose pas lui donner ouvertement ce nom, on le décore, en revanche, de tous les attributs divins.
V* — Triomplie complet da Gésarlsme «ui* le contl-
oeot européen.
-» A partir du xii® siècle, on voit les deux théories en présence; et malheureusement c'est la théorie païenne qui acquiert, en théorie dans les écoles de jurisprudence, et en pratique dans les conseils des rois, une prépondérance de plus en plus marquée. En Allemagne les deux Frédéric ; en France, Philippe le Bel, ne craignent pas d'en professer ouvertement les maximes ; et plusieurs de leurs successeurs, sans énoncer aussi audacieusement la théorie, ne laissent pas d'en faire
tî8 LA ROYAUTE SOCIALE DE JÉSUS-CHRIST
la règle de leur conduite. Le schisme d'Occident, qui diminue le presti,ge de la papauté, la Renaissance qui, avec le goût de la littérature païenne, répand en Europe les idées et les mœurs dcat cette littérature est la brillante expression; la Réforme enfin, dont les influences anarchiqueô provoquent naturellement une concentration du pouvoir; toutes ces circonstances sont habilement mises, à profit par la monarchie césarienne pour affermir son absolue domination. Aidée de ses fidèles auxiliaires les légistes, elle travaille avec une constance infatigable et une force irrésistible à se délivrer de tous les tempéraments qui, durant le moyen âge, limitaient et modéraient son pouvoir ; elle brise une à une toutes les autonomies provinciales, toutes les agrégations d'influences et d'intérêts. Si elle favorise le développement des communes, c'est en partie afin de trouver en elles des alliées contre la noblesse; mais c'est aussi parce que les communes, placées en dehors de la hiérarchie féodale, sont plus immédiatement soumises à l'action du pouvoir central.
Telle est en effet la tendance essentielle du césarisme, le nivellement. Ce qu'il ne peut souf-
frir autour de lui, ce sont les corps organisés vivant de leur vie propre, agissant par eux-mêmes et concourant ensemble à la fin commune. Dans la théorie césarienne, il ne doit pas y avoir dans le grand corps de l'État des membres vivants : il ne doit y avoir que des atomes^ inertes par euxmêmes et ne s' appartenant pas à eux-mêmes, mais existant et vivant uniquement de Têtre et de la vie que le pouvoir central leur communique.