‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 62 sur 69 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

•or la liberté américsalne

Il est d'usage, parmi les partisans de l'Eglise libredans tEtai libre, d'en appeler à TAmérique pour nous prouver, par les merveilleux progrès de la religion dans les États-Unis, que le régime de la liberté lui convient beaucoup mieux que celui de la protection. Nous ne prétendons nier aucun des avantages de ce régime; mais à ceux qui veulent y voir l'idéal des rapports de TÉglise et de l'État, nous nous contenterons de rappeler certains faits incontestables basés sur le témoignage des Américains eux-mêmes.

I. — Il est certain d'abord que le merveilleux progrès de la religion catholique aux États-Unis est presque uniquement le résultat de l'inmodgration des catholiques irlandais et allemands. Nous avons entendu des Américains parfaitement au courant de l'état religieux de leur pays nous affirmer que le nombre des familles américaines, jadis catholiques, qui sont passées depuis deux siècles au protestantisme ou à l'infidélité, l'emporte de beaucoup sur celui des familles protestantes converties au christianisme. Ils nous donnaient en preuve le grand nombre de noms irlandais, signes évidents d'une origine cathohque, appartenant maintenant à des familles protestantes ou dénuées de toute religion.

II. — On ne saurait nier pourtant que la liberté complète laissée par le gouvernement à la propagation de toutes les croyances et à l'exercice de tous les cultes ne permette à l'Église véritable de faire de glorieuses conquêtes. Les âmes d'élite sont attirées là plus que partout aQleiurs par la sublimité lumineuse de l'enseignement catholique, .qui contraste

d'une manière si frappante 'avec les palpables erreurs et les contradictions révoltantes du protestantisme. Mais autant sont honorables pour l'Eglise ces hommages qu'une conviction raisonnée arrache à quelques âmes généreuses, autant sont lamentables les résultats de la liberté religieuse à l'égard des masses beaucoup plus sensibles aux grossières séductions de l'erreur qu'aux sévères appas de la vérité. Ici encore laissons parler les Américains. Ils s'accordent tous à reconnaître que la complète indifférence dans laquelle l'État se renferme à l'égard de tous les cultes a eu pour premier effet de bannir des écoles nationales toute influence religieuse, a L'absence de toute instruction morale et religieuse, dit un joimial protestant de New- York, est la conséquence nécessaire d'un système qui admet à partager une conmiune éducation des enfants appartenant à une foule de croyances différentes, qui ont toutes le même droit à se faire respecter. Il n'est pas im dogme, pas im élément positif du christianisme qui ne doive être exclu de l'enseignement national en vertu de ce principe. On ne peut parler ni du baptême, ni de la grâce et des bonnes œuvres, ni de la résurrection des morts, ni des sacrements, ni de la liberté humaine; car sur tous ces points les diverses sectes se contredisent. Si vous enseignez que Jésus-Christ est Dieu, et qu'il a expié les péchés des hommes, vous blessez les unitairiens; et si vous dites qu'il était im pur homme, vous attaquez les autres sectes. Les orthodoxes ne permettent pas de nier qu'il y ait, dans une autre vie, im jugement, en vertu duquel les œuvres bonnes ou mauvaises de la vie présente reçoivent leur punition ou leur récompense ; mais, d'un autre côté,-les universalistes ne tolèrent pas l'enseignement de ces dogmes. Attribuer une autorité divine au Nouveau Testament,^ c'est se mettre en opposition avec la croyance des Juifs ;• proposer l'Ancien Testament comme un livre inspiré, c'est condamner l'incroyance des libres penseurs. Mais qui ne voit que s'il faut passer également' sous silence et l'éternelle sanction de la loi morale, et la résurrection, et la responsabilité humaine, et la sainteté du serment, et la sanctification du dimanche, et la divinité de 'Jésus-Christ, et la vérité de la

sainte Écriture, il ne reste pins rien dand nos écoles du christianisme et de la religion? Hélas f Dieu même y devient aussi inconnu qu'il l'était à Athènes lorsque saint Paul y prêcha à l'Aréopage. On dira peut-être qu'on peut toujours enseigner les préceptes de la morale. Mais que sont ces préceptes sans la sanction de la religion? De simples règles de prudence qui n'ont aucune force pour résister & Tentrainement de la passion et à la violence de la tentation ; une paille légère dont le vent de la tempête fait son jouet. » (Gté par le TabUt de Londres, 19 mai 1869.)

III. — C'est ainsi que les faits nous démontrent ce que le raisonnement pouvait déjà nous faire comprendre. La liberté des cultes, combinée avec le droit d'enseigner dont le libéralisme moderne investit l'Etat, aboutit logiquement à exclure l'influence religieuse de l'œuvre à laquelle cette influence est le plus indispensable. Autant il est évident qu'une éducation sans Dieu est l'assassinat moral de l'enfance, autant il est ce^ tain qu'une pareille éducation est la seule que puisse logiquement donner l'État du moment qu'il se met en dehors de la religion. La force des choses l'emportera nécessairement ici sur les meilleures volontés. Washington aura beau dire peu de temps avant sa mort : « Ne permettez jamais que l'éducation soit séparée de la religion. » Le respect que la grande république américaine professe pour la sagesse de son fondateur ne saurait l'empêcher de subir les nécessités d'une inexorable logique.

La logique, îmalheureusement, ne s'est pas arrêtée là : après avoir déduit comme première conséquence du principe de l'égalité de toutes les reUgions l'absence de toute religion dans l'éducation publique de la jeunesse, elle en a fait sortir, avec une force également irrésistible, une autre conséquence non moins funeste : elle a banni toute religion de la vie entière du plus grand nombre des Américains. On fait monter à trente-sept millions la population totale des Etats-Unis. Sur ce nombre on s'accorde assez généralement à compter trois millions et demi de catholiques et six millions et demi de protestants de toute espèce. Restent plus de vingt-six millions

d'àmes, c'est-à-dire près des trois quarts de la population totale n'appartenant h aucune Eglise, ne professant aucune religion, ne s'occupant en aucune manière des destinées de l'àme, vivant comme s'il était certain que l'homme n'a rieti de plus à attendre au delà du tombeau que la brute. Et sur les six millions de protestants combien ne sont protestants que par leur haine du catholicisme, et n'ont pas plus de croyance arrêtée que les vingt-sept millions de nihilistes. Voilà le terme où aboutit TÉglise libre dans l'État libre, au sein de la seule société où cette formule fameuse ait été réa* Usée avec quelque sincérité.

IV. — Allons plus loin et suivons jusqu'au bout le développement dans la logique des faits, du principe tant vanté de la liberté américaine. Pour en apprécier les résultats pratiques, il faudrait tracer un tableau des mœurs de cette société modèle; et c'est ce que nous n'avons ni le temps ni le courage d'entreprendre. Un seul trait pourra nous tenir lieu d'une esquisse plus complète. L'absence de tout frein moral a déjà produit dans cette jeune république le fruit que la même cause avait produit, il y a dix-huit siècles, dans la Rome décrépite des Césars. La population américaine décroît sensiblement et l'immigration seule la maintient dans son mouvement de progression ascendante. Dans les Etats les plus anciens, comme le Maine et le Massachusetts, le nombre des enfants est aujourd'hui incomparablement moindre qu'il n'était. « La disproportion est si énorme, dit le New-York Express, du 6 février 1869, que nous n'osons la publier. » Et le même journal n'hésite pas à rapporter ce résultat aux progrès de l'immoralité. On ne peut même nommer décemment tous les crimes qui, devenus en quelque sorte des crimes sociaux, concourent à cette extinction de la population américaine. Un des plus conmiuns est l'infanticide, qui est accepté par les mœurs publiques avec une indulgence toujours croissante. Loin d'être considéré comme une flétrissure, ce crime de lèse-humanité est entré dans les habitudes des gens comme il faut, et il est devenu l'objet d'un commerce lucratif. «A New-York seulement, dit le journal que nous venons de citer,

il y a, suivant le rapport de médecins éminents, plus de soixante femmes vampires, qui font métier d'assassiner les enfants que leurs propres mères viennent leur porter à cet effet. Plusieurs de ces dernières sont des jeunes filles au-dessous de seize ans et appartenant aux classes les plus élevées de la société. x> — « Nous disparaissons, dit un autre journal également protestant, le New-York Daily Times, du 7 février, nous disparaissons, nous. Américains de naissance... Le nombre des mariages diminue depuis dix ans d'une manière effrayante, et l'infanticide progresse dans la même proportion. Le crime est à la mode. Les meilleures familles s'en font une pratique familière. On annonce publiquement les poisons et les autres moyens les plus efficaces pour venir à bout de ces assassinats. »

Nous n'en voulons pas dire davantage. Après avoir entendu ces aveux échappés au fier patriotisme des Américains, il faudrait, ce nous semble, posséder une dose plus qu'ordinaire d'illusion pour oser encore proposer comme son idéal à l'Europe chrétienne la liberté comme en Amérique.

iDCompatlblltté dea principe* du libéralisme et de la d(»et,rlDe obrétlenne reconnue par le» libéraux le» plu» clairvoyant».

La vérité qui fait le sujet principal de ce livre commence à se faire jour dans les sphères mêmes qui lui seraient naturellement le moins accessibles ; et ceux que leurs préjugés sembleraient devoir aveugler le plus irrémédiablement ne peuvent plus s'empêcher de lui rendre témoignage.

Voici des protestants qui viennent faire la leçon à beaucoup de catholiques, et leur prouver qu'en prétendant joindre à ce titre celui de libéraux, ils n'entreprennent rien moins que d'allier le oui et le non, la Imnière avec les ténèbres.

La Pall Mail Gazette, à laquelle nous empruntons l'article qu'on va lire, est regardée en Angleterre comme le journal des gens comme il faut; sans faire profession d'hostilité contre aucune communion chrétienne, ce qui serait de mauvais goût, elle affiche une parfaite indifférence à l'égard de tous les Symboles et de toutes les Églises. Si elle est protestante, c'est uniquement en ce sens qu'elle n'est pas catholique; en réalité sa religion est le libéralisme, c'est-à-dire la répulsion de toute croyance absolument obhgatoire.

Un juge aussi dédaigneux en fait de doctrine ne saurait être défavorable aux catholiques libéraux qui se séparent de leurs frères précisément parce qu'ils croient devoir abdiquer une partie des droits de la doctrine de Jésus-Christ. Rien au contraire ne saurait lui être plus antipatliique que les principes absolus dont nous faisons profession. Aussi allons-nous la voir employer toute sa subtilité pour donner gain de cause contre nous à nos adversaires. Et pourtant si grande est la force de la vérité, qu'elle finit par nous donner pleinement raison sur le point principal du débat, et par déclarer sou-

verainement absurdes les efforts que font les catholiques libéraux pour concilier ensemble leur christianisme et leur libéralisme.

Ecoutons ce verdict rendu en notre faveur par le plus hostile de tous les juges, et dont la vérité ressort avec d'autant plus d'éclat qu'il est mêlé à plus d'erreurs.

C'est dans sa livraison du 12 octobre 1869, que Pall Mail Gazette a publié l'article suivant sous ce titre : la. position des

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