‹ Les doctrines romaines sur le libéralisme envisagées dans leurs rapports avec le dogme chrétienChapitre 8 sur 69 · VIII OPPORTUNITE ET OBJET PRECIS · texte numérisé non relu

VIII OPPORTUNITE ET OBJET PRECIS

également la tactique adoptée par la droite.

Les membres de ce parti ne poussent pas Fexigence jusqu'à vouloir contraindre TEglise à sanctionner aujourd'hui les doctrines qu'elle n'a cessé de réprouver; ce qu'ils veulent, c'est qu'elle s'abstienne de renouveler les anathèmes dont elle a plus d'une fois frappé ces doctrines. Et pour obtenir d'elle ce prudent silence, on fait valoir toute sorte de raisons plus spécieuses les unes que les autres. On représente à l'Eglise qu'elle ne saurait rien gagner à combattre des idées qui « sont passées dans le sang de la société moderne, et qui constituent en quelque sorte le fond de son être (1). > Les proscrire serait proscrire la société elle-même, et par conséquent la contraindre de se mettre de son côté, à l'égard de l'Eglise, en état d'hostilité. On rappelle tous les inconvénients de l'ancien régime, et on leur oppose les précieux avantages du régime nouveau ; on remontre à l'Eglise tous les assujettissements douloureux qui accompagnaient la protection, et on lui fait envisager les glorieuses conquêtes que lui

(1) Manifeste du Correspondant (10 octobre 1869), signé par le secrétaire de la rédaction, mais généralement attribué à M. le prince de Broglie.

DE LA PRESENTE DISCUSSION ix

promet la liberté. Est-ce payer trop cher de si précieux avantages que de les acheter au prix du silence?

Cependant cette facile condition, on ne peut guère espérer l'obtenir du Pontife romain. Lié par les actes de ses prédécesseurs, et obligé avant tout de conserver dans son intégrité le dépôt qu'ils lui ont transmis, il ne se laissera dé^ tourner par aucune crainte, ni par aucune espérance, de la voie où ils l'ont précédé. Pour écarter cet obstacle incommode, et sauver l'Eglise, malgré le Pape, il n'y a qu'un moyen, et c'est la doctrine gallicane qui le fournit. On deviendra donc aujourd'hui gallican par libéralisme, de même qu'il y a deux siècles on était gallican pour favoriser l'absolutisme; et comme jadis on en appelait du Pape au concile pour soutenir les excès de la régale, on fera aujourd'hui le même appel pour ne pas trop déplaire au César des sociétés modernes, l'opinion.

Le tiers parti formule donc ainsi son programme : Acceptation sans réserve des libertés modernes ; silence sur les principes contraires à ces libertés ; négation de l'infaillibilité du Pape, par lequel ces libertés ont été réprouvées.

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