Prêt à Ferdinand de Bulgarie. (iV
LE 12/25 novembre 191 1, A. Neklioudov écrivait de Sofia à A. A. Neratov, adjoint au ministre des affaires étrangères de Russie, au sujet d'une (( affaire délicate » dont il avait déjà entretenu S. D. Sazonov, le ministre des affaires étrangères, à
Davos (EngadineV Deux mois auparavant, Ferdinand de Bulgarie l'avait fait sonder d'abord par le ministre des fmances TodorofY et ensuite par son secrétaire intime Dobrovitch, sur la possibilité pour lui d'emprunter en Russie à des conditions de faveur environ trois millions de francs. Xeklioudov avait déjà entendu dire que la situation pécuniaire du roi n'était pas brillante. 11 avait beaucoup acheté et bâti en Bulgarie. La princesse Clémentine, après avoir beaucoup dépensé en Bulgarie pour affermir le trône de son fils favori, ne l'avait pas avantagé dans son testament comme on s'y attendait, si bien qu'il n'avait hérité que de 6 à 700 mille francs de revenu. Quant aux propriétés de Ferdinand en Bulgarie, elles représentaient il est vrai une valeur importante (plus de 4 millions de francs, déclarat-on à Neklioudov), mais non seulement elles ne rapportaient rien, mais coûtaient tous les ans des sommes importantes. Or, le Roi devait à la Banque nationale près de 2 millions à 7 °/o- De plus, il y faisait renouveler tous les ans des lettres de change, de sorte qu'il payait tous les ans dans cet établissement p/vre' plus de 200.000 francs d'intérêt. Ferdinand désirait donc, en donnant pour gage ses propriétés en Bulgarie, emprunter 3 millions de francs à4°/o, plus 1/2 Vo pour l'amortissement. Ce prêt serait effectué par le trésor russe sous le couvert d'une banque rusge privée, comme il avait été fait pour le prêt de 4 millions à la Réunion des officiers de Belgrade pour le paiement des dettes du prince
héritier George. Le trésor russe aurait donc vraisemblablement à payer i 7o pour les frais, soit So.ooo francs par an.
NeklioudoY considérait l'opération comme « sans danger » au point de vue financier, « le roi Ferdinand n'étant toujours pas comme le roi Milan ou le prince George » et le gage offert ayant (et surtout devant avoir) une réelle valeur. Quant h son utilité politique, Xekiioudov écrivait : « Penser que nous achèterons le roi Ferdinand par un prêt de 3 millions serait naïf et même peu digne. L'homme qui, sur le trône ou près du trône, trafique de son influence politique, est également capable, comme l'a fait Milan, de tromper ceux qui ont cru en lui. Mais notre coopération amiable et sans marchandage aux affaires pécuniaires de la cour bulgare augmentera notre influence sur le Roi. Actuellement, il se tient au carrefour entre nous et l'Autriche, s'approchant plus vite de nous. Le service personnel que nous lui aurons rendu pourra donner une impulsion de plus en notre faveur. Voilà pourquoi je préconise de donner satisfaction au désir du Roi. »
Neklioudov terminait en recommandant d'agir avec délicatesse « pour relever Ferdinand à ses propres yeux » et surtout de garder le secret.
L'affaire traîna longtemps. Ce n'est que le 9/ 2 2 juillet 191 2 que Nicolas II, sur le rapport du ministre des finances Kokovlsov, autorisa le Trésor impérial à porter en compte une dépense de 60.000 francs
représentant une partie de l'amortissement du prêt que l'on se proposait de faire à Ferdinand, et qui devait être fait par le Ministère de la Maison de l'Empereur. Le 12/26 juillet, le ministre des finances Kokovtsov en informa Sazonov, le priant en même temps de demander à Ferdinand comment il lui serait agréable de contracter le prêt. Celui-ci fut signé le 2/1 5 septembre 191 2 à Sofia.
Ferdinand reconnaissait « avoir reçu en prêt du Gouvernement russe 3 millions de francs et s'engageait à payer 5 7o d'intérêts pendant 25 ans et 7 mois, après quoi le prêt serait considéré comme amorti. 11 gageait l'emprunt sur ses propriétés immobilières situées dans les environs de Sofia, et en particulier sur son palais de « Vrana )) qui, avec les 4 rnillions de mètres carrés qui en dépendaient, était estimé valoir 3 millions de francs en or.