‹ Les documents secrets des archives du Ministere des affaires etrangeres de RussieChapitre 19 sur 58 · Ferdinand de Bulgarie à Nicolas II · texte numérisé non relu

Ferdinand de Bulgarie à Nicolas II

LES accords bulgaro-serbes mentionnés au numéro 17 préparaient la guerre turco-balkanique. Elle éclata en octobre et fut suivie d'un prompt triomphe des Balkaniques. La Roumanie annonça alors son intention de demander à la Bulgarie une compensation de l'agrandissement qu'allait recevoir cette dernière. Le 24 décembre 1912/

€ janvier 1913, Ferdinaad de Bulgarie écrivit à ce sujet à Nicolas II :

Après avoir remercié de la sympathie avec laquelle Nicolas et le peuple russe avaient suivi les combats de l'armée bulgare, présenté ses souhaits de nouvel an et parlé de son u éternelle reconnaissance » envers la Russie, Ferdinand disait :

M. Theodoroff exposera à V. M. le danger que crée actuellement pour la Bulgarie la position, grosse de conséquences, prise parla Roumanie qui, non contente d'une rectification de la frontière à Girla, veut forcer la Bulgarie à des cessions importantes en reconnaissance de sa neutralité pendant la dernière campagne et exige la ville de Silistrie que l'armée roumaine se prépare à prendre actuellement.

Si désireuse que soit la Bulgarie d'entretenir avec la Roumanie de cordiaux rapports qui pourraient être convertis ensuite en un lien encore plus étroit et quoiqu'elle soit décidée (à regret) à une rectification de frontière, il est d'autant plus impossible pour le peuple bulgare... de sacrifier une ville aussi importante que Silistrie... J'espère fermement que V. M., au nom de l'équité, est pénétrée du sentiment qui fait que la Bulgarie et son roi sont inébran-

labiés sur cette question. Je prie M. Theodoroff de demander à V. M. son puissant appui pour que la Roumanie, grâce à une pression énergique du gouvernement impérial, se contente d'une compensation oij Siiistrie n'entrerait pas.

Il est un autre point, encore plus délicat et aussi important, dont M. Theodorofî parlera à V. M. 11 concerne la nouvelle frontière turcobulgare qui sera délimitée par les plénipotentiaires à Londres. La Bulgarie désirerait qu'elle soit formée par une ligne allant de Rodosto à Midia. Il nous semble que la pensée du gouvernement russe est que la Bulgarie, si l'on ne peut faire mieux, se contente de la ligne Saros- Midia. Je me permets de mettre sous les yeux de V. M. les raisons qui militent en faveur des propositions de la Bulgarie. Tout d'abord ne serait-il pas juste que cette terre, arrosée du sang de 40.000 braves Bulgares, reste la propriété de ceux qui par des efforts surhumains l'ont conquise. En second lieu, en rendant aux Turcs le territoire situé entre les lignes Rodosto-Midia et Saros-Midia, on soumettra la population chrétienne de ce territoire aux plus terribles dangers de la cruauté turque. Enfin la présence à Rodosto du Bulgare, factionnaire intelligent et mobile, ne servirait-elle pas

d'appui à la Russie elle-même pour faire décider dans un avenir indéterminé le problème des Détroits?

[Je fais cette prière à V. M. au nom de mes officiers et de mes soldats qui prient Dieu tous les jours que la Grande Russie les préserve de la douleur de perdre Rodosto, fruit de leurs victoires.]

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