François-Joseph à Nicolas II. (N
LA victoire des Balkaniques contre la Turquie n'avait été possible que parce que la Russie, maintenant de gros effectifs dans plusieurs corps d'armée voisins de l'Autriche, avait laissé entendre clairement à l'Autriche et à la Roumanie qu'elle ne resterait pas inactive si elles intervenaient dans le conflit. L'Autriche, en réponse, mobilisa partiellement son armée. Il en résulta une situation fort tendue, et imposant à l'Autriche de grands sacrifices d'argent.
Le i^' février 1913, pour y mettre fin, François- Joseph, mieux inspiré qu'en 191/1, écrivit au Tsar la lettre suivante :
Je considère comme mon devoir dans le temps critique oii nous vivons de m'adresser à Toi sans intermédiaire pour prévenir les
malentendus qui semblent se préparer avec la Russie à l'occasion de notre politique et mettre fin à des inventions qui peuvent être préjudiciables aux bons rapports qui se sont heureusement établis entre nos deux pays.
C'est pourquoi j'ai chargé le prince Godefroy de Hohenlohe-Schillingsfûrst, mon allié, que tu connais personnellement depuis qu'il a séjourné en Russie, d'aller à Saint-Pétersbourg pour te remettre cette lettre et t'exprimer mes sentiments d'amitié infinie.
Mon Gouvernement, dès le commencement, était animé du seul désir de ne point ajouter de nouveaux malheurs aux agitations dont les Ralkans étaient le théâtre. J'ai été très chagriné d'apprendre que sa politique était interprétée ironiquement en Russie.
Si nous nous sommes abstenus de toute immixtion dans le conflit, si nous avons accepté l'invitation des Puissances d'examiner u en commun » les questions dans lesquelles nous étions plus que les autres intéi^essés, si enfin à l'époque de ces délibérations nous avons été guidés seulement par un sentiment de conciliation, tout cela a prouvé que notre principal souci était d'écarter tout ce qui pourrait engendrer la plus petite cause de discorde entre nos Empires.
Tu sais toi-même quelle lourde responsabilité pèse sur nous quand une question concernant les intérêts de nos peuples est en jeu dans une crise politique qui se décide près de nos frontières. Ce serait pécher contre notre sainte mission que ne pas se rendre compte des répressions que de telles évolutions peuvent entraîner dans nos contrées. Si pendant la crise actuelle j'ai accepté la conciliation dans le souci de garder de bons rapports avec la Russie, j'ose espérer que Toi, appréciant mes efforts, tu sauras développer dans une bonne harmonie entre nos peuples les grands avantages de la paix européenne.