Démarche des trois ambassadeurs. (N
Le ministre des affaires étrangères Terechtchenko à l'ambassadeur à Washington {26 sept./
9 oct. 1917). Les ambassadeurs d'Angleterre, de France et d'Italie ont été reçus aujourd'hui par le ministre-président et lui firent une communication au nom de leurs gouvernements au sujet de la nécessité de rétablir la capacité de combattre de notre armée. Cette démarche ne pouvait produire sur le Gouvernement provisoire qu'une impression pénible, d'autant plus que nos Alliés connaissent ses efforts pour poursuivre sans en dévier la lutte contre l'ennemi commun. Je vous prie dédire à Lansing combien nous avons apprécié la réserve de l'ambassadeur américain qui n'a pas pris part à cette démarche collective.
1-2. Terechtchenko à l'ambassadeur à Rome et aux chargés cV affaires à Paris et à Londres {26 sept./9 oct. 1917). [Récit de la démarche. Les ambassadeurs demandèrent à être reçus ensemble et dirent que l'opinion publique allait demander des comptes à leurs gouvernements au sujet de l'aide matérielle donnée à la liussie. Le Gouvernement russe doit montrer par des actes sa volonté d'employer tous les moyens de rétablir la discipline et le véritable esprit militaire dans l'armée. Iverenski leur répondit que la situation actuelle était à un haut degré la conséquence de l'ancien régime
et des irrégularités dans la fourniture par les Alliés de matériel de guerre à la Russie. Celle-ci continuera la guerre et son Gouvernement s'occupe de rétablir la discipline. Quant au caractère collectif de la démarche des ambassadeurs, Kerenski fit remarquer que la Russie était toujours une grande puissance.]
3. Terechtchenko à l'ambassadeur à Rome et aux chargés d'affaires à Londres et à Paris (28 sept./ II oct: 1917). [La démarche des ambassadeurs a produit sur nous une impression pénible tant dans sa substance que dans sa forme. Demandez qu'elle soit tenue secrète.]
4. Télégramme de r ambassadeur à Rome (2/15 oct. 1917). [Sonnino lui a dit que la démarche collective avait pour but de fournir un appui au Gouvernement provisoire. Signé :
GlERS.J
5. Télégramme du chargé d'affaires à Paris (^ / 17 oct. 1917). [Ai communiqué verbalement votre télégramme à Ribot. Il était sous l'impression des nouvelles de la Chambre au sujet des révélations sur la lettre de Briand et était très agité. Il a dit que la démarche avait été résolue dans d'autres circonstances et a déploré qu'elle ait eu lieu au moment même où nous formions un nouveau gouvernement. — Cambon m'a dit que par épuisement et par
habitude française de critiquer, on avait ici, dans certains cercles, l'impression que notre gouvernement pourrait, en s'appuyant sur les troupes fidèles, rétablir la capacité de combattre de l'armée et écraser les maximalistes. Signé : Sevastopoulo.]
6. Télégramme du chargé dCajJaires à Londres {^/i7 oct. 1917). [Ai communiqué votre télégramme à Balfour. Lui ai rappelé qu'au commencement d'août, on avait parlé à la Conférence internationale d'une démarche collective à Pétrograd et que j'avais réussi, à l'aide de Thomas, à convaincre les Alliés de son inopl^ortunité. Balfour déplora que l'ambassadeur britannique ait dû, comme le plus ancien, remettre la communication. J'ai pu conclure de ses paroles que l'initiative de l'incident ne Aâent pas d'ici. Je crois que les alliés ont reconnu leur erreur et que plus vite cet incident humiliant sera oublié, mieux ce sera. — Au cours de la conversation, j'ai essayé de vérifier la communication contenue dans le lélégramme 88 de Lysokovski. Balfour me dit qu'il ne tient pas compte de ces manifestations indirectes et privées des Allemands qui doivent parler officiellement s'ils ont quelque chose à dire. En second lieu, l'Angleterre n'admet pas que févacuation delà Russie soit
(( un pion dans le jeu allemand )>. L'occupation de la Belgique n'est pas « une conquête », mais la violation d'une neutralité garantie et son évacuation doit précéder des négociations quelles qu'elles soient. Signé : Nabokov.]