SCENE PREMIERE
Berthe et Hélène, entrant en se tenant les mains*
Hélène. Berthe chez moi ! dans mon appartement !
Berthe. Chez ma cousine . . . chez ma sœur ! et ce a'est pas ma faute si je ne suis pas venue plus tôt . . . mais quand on n'est pas mariée ... on ne fait pas ce qu'on veut.
Hélène (souriant). Oui, l'on est bien plus libre, quand on a un maître ! Et que dira ma tante ?
Berthe. Elle dira ce qu'elle voudra, j'étais bien résolue à ne pas laisser passer cette journée sans t'embrasser.
Hélène. Chère et adorable enfant! Mais comment as-tu fait - pour qu'on te conduisît près de moi?
Berthe. J'ai dit tout uniment à mon tuteur que je voulais me faire habiller par la célèbre Hermance ... je suis assez riche pour cela ... et j'ai bien le droit de ta donner ma pratique.
Hélène. C'est juste.
Berthe. Aussi je vais être d'une élégance ! d'une coquetterie ! je commanderai des toilettes tous les jours, poui venir plus souvent. Et comme je serai difficile ! comme je te ferai recommencer toutes mes robes ! . . . Ah ! tu n'as qu'à bien te tenir ... va ! ^ Et puis, ne crois pas que ma visite soit désintéressée : j'ai besoin de toi . . . j'ai besoin comme autrefois . . .
Hélène. De quoi P1
Berthe. Je n'en sais rien ... de parler ... de moi . . de ce qui m'intéresse ... tu dois avoir des eonseUs h ine donner.
Hélène. Ah ! ... tu crois ? (Berthe fait de la tête un signe affirmatif) Décidément me voilà chargée des affaires de toute la famille ... Et à ce propos-là, as-tu vu mon oncle depuis hier?
Berthe. Non.
Hélène. Et Tristan ?
Berthe. Non plus ... Il est trop occupé ... on ne lo voit jamais.
Hélène. Tu n'as rien appris sur son compte ?
Berthe. Est-ce qu'il y aurait quelque chose ?
Hélène (affectant de rire). Mon Dieu, non ! (A part) Et madame de Berny ... et le duc ... et Richard . . . qui ne reviennent pas ! . . . c'est égal . . . j'ai bonne espérance! (Haut) Parlons de toi, avant tout. Qu'avais-tu à me dire ?
Berthe. Voici ce que c'est: mon tuteur veut décidément me marier.
Hélène. Et toi?
Berthe. Et moi . . . j'aime mieux me marier moi» même !
Hélène. Prends garde ! je vais peut - être deviner quelque chose.
Berthe. Oh ! voyez-vous, mademoiselle, qui a la prétention d'être fine avec sa petite Berthe. Je te déûe bien de deviner quelque chose avec moi . . . puisque je te dis tout.
Hélène. Mais alors . . . c'est donc une confidence . • •
Berthe. Précisément.
Hélène (avec inquiétude). Tu aimes quelqu'un?
Berthe. J'en ai peur !
Hélène. Depuis longtemps ?
Berthe (cherchant). Depuis . . . hier mato.
Hélène (effrayée). Ah! mon Dieu!
Berthe, Ta voilà tout effrayée.
Hélène. Oui ! car moi aussi je connais quelqu'un qui t'aime ! mais avec tant de passion, tant d'abnégation, tant de dévouement ... ah ! pauvre garçon !
Bebthk. Attends donc . . . < est peui-être le mémo
Quand je dis que je l'aime depuis hier . • . c'est-à-dire }ue je ne m'en suis aperçue qu'hier matin.
Hélène. A quel signe ... à quelle occasion . . . pourquoi?
Berthe. Pourquoi ... à quelle occasion . . . c'est bien mal peur une demoiselle . . . J'ai senti que je l'aimais . • . lorsque . . . lorsque je l'ai entendu jurer et se mettre en colère . . . dans une grosse colère.
Hélène. Pour toi ? . . .
Berthe. Non, pour ma cousine Hélène qu'il voulait défendre !
Hélène {croyant deviner). 0 ciel! . . . comment? . . •
Berthe. Va ... tu brûles . . .
Hélène. Richard !
Berthe {passe à droite). Il a été si courageux, si élo* quent ... il n'y a pas à dire, il a tenu tête tout seul à grand'mère ; 6r il l'a réduite au silence, et tu sais que ce n'est pas facile ; et pui3 il a entremêlé d'une manière si originale les hymnes en ton honneur avec son bégayement ordinaire, que j'ai cru que j'allais mourir de rire et fondre en larmes. Et moi qui suis, comme tu le sais, une rieuse et une pleureuse ... je me suis dit que je n'aimerais jamais personne que celui qui te défendait si chaleureusement et si comiquement.
Hélène {avec joie). Ah ! laisse-moi t'embrasser • pour te remercier . . .
Berthe {riant). Me remercier de quoi?
Hélène. D'aimer M. Richard.