‹ Les doigts de féeChapitre 20 sur 120 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

RICIlAIîD, se rasseyaut.

Quand je me ferais une position, je me connais... je ne suis pas beau... El ce malheureux défaut... ce bégayement... qui me rend ridicule à tous les yeux... et aux siens surtout!

HÉLÈNE

Quel bégayement, c'est la timidité... pas autre chose, eb ! tenez, vous pariez depuis un quart d'heure à faire envie à une femme !

RICHARD

Parce que je suis avec vous, en confiance... à l'aide !.. comme avec quelqu'un qu'on aime... qu'on aime beaucoup... et pas... trop.

Eh bien?

RICHARD

Mais qu'il se présente une circonstance difficile... qu'il faille exprimer un sentiment profond et vrai... alors j'hésite... je me trouble... je fais rire!...

Allons donc !

RICn A R D.

Représentez-vous un homme disant à une femme... je vous ai... ai... ai... me!

HÉLÊ.N E, riant.

Le fait est...

R I C II A K D, avec di'-£Cspoit.

Vous le voyez ! vous riez vous-même ! Aussi près de votre cousine... je n'ai jamais osé parler. .

HÉLÈNE

Pauvre jeune homme!

r. i c II a r. D.

Ce n'est pas que si je voulais... je n'aie un moyen sûr d'être 9 éloquent cinq minutes, de suite, sans m'arrèter.

HÉLÈNE

Eh bien ! employez ce moy< d.

RICHARD

C'est qu'il est si incroyable... si ridicule comme tout ce qui nous ai rive à nous autres bègues.

Il ÊLÈKE.

Quel est-il donc... ce moyen...

RICHARD

C'est... je n'ose... vous le dire... vous allez rire encore

HÉLÈNE

Dites toujours...

RICHARD

C'est de m'animer... de m'exciter... moi-même... en manière d'exorde... par les mots de la langue française les plus expressifs... les interjections les plus énergiques... comme qui dirait quelque bon juron gaulois... sacr...

HÉLÈNE

En dedans!

RICHARD

Pas toujours ! pourquoi cela me délie-t-il la langue? je n'en sais rien ! mais la vérité est qu'avec ce général-là en tète, mes paroles s'élancent en avant, comme des zouaves qui montent à l'assaut ! seulement vous concevez que c'est bien peu élégiaque, et que si je débutais ainsi auprès de mademoiselle Berthe...

HÉLÈNE

Ce serait un peu original... niais d'abord elle est rieuse... et

puis... (Lui présentant un écheveau.) VoulcZ-VOUS me tenir mon écllCveau ? (Elle lui passe aux deux mains écartées un écheveau qu'elle dévide.)

Et puis, qui sait... il m'a semblé que venant de vous... tout... lui plaisait.

RICHARD, bégayant.

Si... c'é... c'é...c'ét...

HÉLÈNE, achevant sa phrase.

C'était vrai Merci!...

RICHARD

HELENE

Eli bien!... je Fespère; d'abord, quand elle vous voit dans l'embarras, comme maintenant... elle achève toujours vos phrases.

RICHARD, bégayant.

Est-il... po... po... pos...

HÉLÈNE, achevant sa phrase.

Possible!... oui, et puis certains regards... certaines paroles!...

RICHARD, tenant toujours l'écheveau et avec une agitation qu'Hélène chen he à calmer.

Lesquelles... lesquelles?... Mais non, vous m'abusez... j'ai un rival, trop redoutable....

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