ACTE II, SCÈNE I
RICIlAIîD, se rasseyaut.
Quand je me ferais une position, je me connais... je ne suis pas beau... El ce malheureux défaut... ce bégayement... qui me rend ridicule à tous les yeux... et aux siens surtout!
HÉLÈNE
Quel bégayement, c'est la timidité... pas autre chose, eb ! tenez, vous pariez depuis un quart d'heure à faire envie à une femme !
RICHARD
Parce que je suis avec vous, en confiance... à l'aide !.. comme avec quelqu'un qu'on aime... qu'on aime beaucoup... et pas... trop.
Eh bien?
RICHARD
Mais qu'il se présente une circonstance difficile... qu'il faille exprimer un sentiment profond et vrai... alors j'hésite... je me trouble... je fais rire!...
Allons donc !
RICn A R D.
Représentez-vous un homme disant à une femme... je vous ai... ai... ai... me!
HÉLÊ.N E, riant.
Le fait est...
R I C II A K D, avec di'-£Cspoit.
Vous le voyez ! vous riez vous-même ! Aussi près de votre cousine... je n'ai jamais osé parler. .
HÉLÈNE
Pauvre jeune homme!
r. i c II a r. D.
Ce n'est pas que si je voulais... je n'aie un moyen sûr d'être 9 éloquent cinq minutes, de suite, sans m'arrèter.
HÉLÈNE
Eh bien ! employez ce moy< d.
RICHARD
C'est qu'il est si incroyable... si ridicule comme tout ce qui nous ai rive à nous autres bègues.
Il ÊLÈKE.
Quel est-il donc... ce moyen...
RICHARD
C'est... je n'ose... vous le dire... vous allez rire encore
HÉLÈNE
Dites toujours...
RICHARD
C'est de m'animer... de m'exciter... moi-même... en manière d'exorde... par les mots de la langue française les plus expressifs... les interjections les plus énergiques... comme qui dirait quelque bon juron gaulois... sacr...
HÉLÈNE
En dedans!
RICHARD
Pas toujours ! pourquoi cela me délie-t-il la langue? je n'en sais rien ! mais la vérité est qu'avec ce général-là en tète, mes paroles s'élancent en avant, comme des zouaves qui montent à l'assaut ! seulement vous concevez que c'est bien peu élégiaque, et que si je débutais ainsi auprès de mademoiselle Berthe...
HÉLÈNE
Ce serait un peu original... niais d'abord elle est rieuse... et
puis... (Lui présentant un écheveau.) VoulcZ-VOUS me tenir mon écllCveau ? (Elle lui passe aux deux mains écartées un écheveau qu'elle dévide.)
Et puis, qui sait... il m'a semblé que venant de vous... tout... lui plaisait.
RICHARD, bégayant.
Si... c'é... c'é...c'ét...
HÉLÈNE, achevant sa phrase.
C'était vrai Merci!...
RICHARD
HELENE
Eli bien!... je Fespère; d'abord, quand elle vous voit dans l'embarras, comme maintenant... elle achève toujours vos phrases.
RICHARD, bégayant.
Est-il... po... po... pos...
HÉLÈNE, achevant sa phrase.
Possible!... oui, et puis certains regards... certaines paroles!...
RICHARD, tenant toujours l'écheveau et avec une agitation qu'Hélène chen he à calmer.
Lesquelles... lesquelles?... Mais non, vous m'abusez... j'ai un rival, trop redoutable....