I.ÎS D()IG1> DE ! Li
arlisle, [ablc. — Allons donc ! vous y croyez, vous, à ce polin ? — Moi ? Aucunement. Je (lis cela pour causer. — Vous savez cp'on les a vus ? — Peuh ! (juelle bêtise ! — Notoriété publique, mon cher, cl l'évidence même... »
Le baron Duluit devait imprimer le lendemain, dans les principaux journaux de la capitale : « Très remarqué parmi les invités au vernissage de iMme Viviane Langély-Damaze, l'heureux acheteur de la plupart des toiles exposées, M. Joseph Campenod, dont la galerie bien connue et l'hùtet plein dfi men'eilles, etc.. »
Or, à peine eut-il, comme chaque malin, fait sauter la bande de son Pcisquiii et jeté les yeux sur la première page, que M. Bernard Damaze aperçut, bien entendu, immédiatement cet écho. Une gifle lui eût été moins pénible, car d'abord il eût pu la rendre. Au lieu qu'il lui fallait accepter sans mot dire toutes ces petites blessures cuisantes et quotidiennes. En vain s'était-il désabonné du Courrier de la Presse ; en vain ne lisait-il jamais la moindre chronique artistique, ni le plus petit article touchant de près ou de loin les Salons des quatre saisons : toujours et de toutes manières la gloire suspecte de sa femme le choquait. Il venait de passer quinze jours empoisonnés. ■
L impudent millionnaire Campenod b'emparail vraiment de \'iviane avec une sorte de royal sansgène. Une toile d'elle, une simple pochade et jusqu'à la moindre esquisse paraissaient-elles, soit
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dans une vente, s^t chez un marcliand, qu'aussitôt M. Joseph Campenod les achetait à quelque prix que ce fût. En six mois, la signature Langély-Damaze fais-ait prime sur le marché. Ajoutez à cela (|ue, mécène inlassahle, Joseph Campenod tenait à sa dévotion plus dun criluiue et recevait volontiei-s à diner tout ce qui comptait dans la presse. La furieux passion (|u'il nourrissait pour ^Ime Langély-Damaze fui bientôt connue : faire devant lui l'éloge de la jeune femme devint la plus déhcate des flatteries, et l'imprimer passa pour une attention du dernier galant. Et l'on y manqua d'autant moins qu'il payait magnifiquement, le cas échéant.
-^Que faire à tout cela? Rien. Défendre a \'iviane d'exposer, de vendre ses tableaux? C'eût été non moins odieux qu'inutile. Interdire à Campenod de les acheter? Impossible. Les lui disputer? Ridicule. Se fâcher, casser les vitres? Niaiserie, puérilité. El du reste, à ([uel titre? Le mécène eût répondu : ^< J'aime la peinture de Aime Langély-Damaze ! Je m'en compose une galerie, et pour augmenter sa valeur marchande, je fais glorifier le talent de celte jeune femme dans les
feuilles publiques. C'est mon droit... » En effet.
Non pourtant que Bernard accusât gravement Viviane. Il nourrissait t^nt bien que mal quelque confiance en elle. C'était une jeune femme pleine de zèle et de talent, qui témoignait d'une immense aixleur pour mélanger des rouges à des bleus, et des ocres à des violets, et voilà tout. \^iviane, la maîtresse de Campenod ? Evidemment, c'était trop, cela. Mais enfin, la réclamée l'affolait, l'enivrait, au sens propre du mot... Bernard froissa rageusement le Pasquin, et s'habilla pour se rendre à ses ateliers.
Ceux-ci se trouvaient place Vendôme, au coin de la rue de Castiglione. Les magasins de la maison fondée par l'illustre joaillier Denis Damaze, père de Bernard, occupaient le rez-de-chaussée : point d'étalage, point de vitrines offertes à la vue des passants ; une façade discrète, on eût dit un simple logis particulier ; une porte vitrée ouvrait sur le trottoir, et rien de plus. Aux jM-emier et deuxième étages, les ateliers et les bureaux.
Bernard habitait rue de La Baume, avec sa femme et sa belle-sœur Geneviève, un hôtel que ces deux dernières avaient hérité de la prcmJère
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Mme Langély, leur mère. A cela s'étaient joints un petit château et un parc, près de Paris — celui-là délabré dailleiu^s, et celui-ci à l'abandon — puis quelque argent, une dot pour Geneviève... Mais doit-on dire que Bernard habitait rue de La Baume ? Officiellement, sans doute, c'était là son adresse. Toutefois l'orfèvre passait tout son temps, soit à ses ateliers, s'il séjournait dans Paris, soit en Italie, où il se réfugiait sous le moindre prétexte. A peine s'il rentrait pour dormir dans Ihôtel Langély, et il y avait belle lurette que Viviane et lui faisaient chambre à part.
Beni>ard Damaze, en tant qu'orfèvre, était fanatique de son art. La grande mémoire de Benvenuto Celhni, de Benvenuto le Superbe, le hantait, et il eût oubhé le monde entier quand il tenait entre ses doigts, enfin terminé, poli, étincelant et délicat, un joyau qu'il avait lui-même inventé, puis fait exécuter avec tant de peines, et au prix de quelles déceptions, de quelles précautions, de quelle patience ! Et ce n'était jamais sans une sorte de tendresse respectueuse qu'il pénétrait dans ses ateliers. Ce matin-là encore, il traversa lentement la pièce où rougeoyait le four
à cuire les émaux, puis la salle occupée par les élablis, s'arrêtant devant chaque ouvrier, examinant tout, maniant le ciselet de l'un, le marteau de lautre, approuvant ou blâmant, donnant un conseil ici, là rectifiant un dessin, prévenant une erreur. Il fallut pourtant bien que, le dernier graveur quitté, Bernard entrât dans son cabinet. Une pile de journaux s'y trouvait amoncelée sur sa table. Il appela son secrétaire :
— Mantier 1 cria-t-il, qu'est-ce que tout ça ? Pourquoi m'a-t-on mis ce paquet sur mon bureau ?
Un petit homme humble et craintif parut sur le seuil de la pièce voisine. Il semblait surpris :
— Mais c'est moi, monsieur, qui... J'avais cru... C'était à cause du vernissage d'hier. Il y a tous les comptes rendus...
— Ah! c'est vous, Mantier, bien, bien... Je vous remercie.
Le secrétaire ayant refermé la porte, Bernard jeta, d'un geste nerveux, toutes les feuilles au panier.
Cependant une autre liasse l'attendait, son cour-
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rier. 11 décacheta la première enveloppe, el commença de lire :
<■ ("lier mon>ieui', je liens à voire disposition - levenlail ancien dont vous m'avez parlé laufre •< soir. \^ous pourrez en faire copier le dessin « dès que vous voudrez. Si même il vous est « agréable ou plus commode de le conserver quel- <* que temps dans vos ateliers, usez-en tout à votre «( aise, je vous prie. Je saisis avec empressement u l'occasion qui m'est ainsi bien par hasard « offerte de contribuer pour une part infime à « d'admirables travaux d'art. \'ous savez la « grande admiration que j'éprouve pour le talent « de Mme Damaze. Sa récente exposition vient « encore de démontrer plus brillamment à quel « point le public... »
Bernard appela encore une fois :
— Mantier!... \'enez donc un instant, je vous prie... 'l'ene/.. voici tout mon counici' : décadietez-le, voulez-vous ? \'ou^ me duez ce qu'il y a d'important... Je suis pressé ce matin, il faut que j'aille chez cette Mme Fels qui est si bavarde • j'en ai pour deux heures... Je vous laisse...
-Mais à ce moment, le vieux chef d'atelier survint. Il était Florentin, et s'appelait Aurelio Gatti. Son adresse miraculeuse et son culte passionné pour les pierreries, mais mieux encore peut-être son accent, son geste italien en faisaient non tant l'ouvrier que le collaborateur préféré et l'ami de Bernard : car celui-ci avait passé les plus chères minutes de sa vie par-delà les Alpes, et tout ce qui venait de « là-bas » lui semblait compagnon d'enfance, fruit de terroir ou souvenir du pays.
Auj'elio Gatti apportait précieusement sur la paume de sa main une petite émeraude et plusieurs aigues-marines : il s'agissait de les assortir pour composer une agrafe. Bernard les prit une à une, les mania.
— Celle-ci est trop claire, Aurelio ; l'or la tuera. Celle-là vaut mieux ; mais elle est mxDins pure... Donne l'émeraude...
Il la saisit, la cueillit plutôt, eût-il semblé, la fit un peu luire dans l'ombre : puis, soudain triste :
■ — Remporte-la, tiens... A mon retour, nous verrons... Je soi^... \a...
Quelques instants après, il cheminait, pensif, sous les arcades de la rue... Celle émeraude !
LES DOIL, rs Di: ]-LL
N'était-ce point avec des pierres semblables qu'il eût voulu couronner les cheveux cuivrés de Wviane Langély, le soir où, svelte et lumineuse, la jeune fille lui était apparue pour la première fois dans une fête ? Il y avait cinq années déjà ; Viviane portait en cette nuit une robe constellée, lamée d'argent ; elle luisait comme une sirène au clair de lune, à moins qu'avec ses yeux resplendissants et verts, elle n'évoquât plutôt la glauque Circé d'Horace, vitreamque Circen...
<( Combien d'émeraudes ne faudrait-il pas semer parmi ces cheveux-ci, sur cette gorge nacrée ! s'était murmuré Bernard ébloui. Je les y placerai de mes propres mains... » Quel enchantement !
Le sortilège avait agi pendant deux ans. D'àme artiste et de culture exquise, orfèvre déjà connu et riche avec cela, Bernard devait séduire même une personne aussi éminente que Viviane Langély. Le mariage se fit. Mais dès cette époque, la jeune virtuose tour à tour éprise de violon, de tennis, de harpe, de golf, de peinture enfin, Viviane chantait ou disait des vers, Viviane courait de bals en soupers, de galas en répéfitions générales ; Viviane ne souhaitait qu'un l)onheur au
monde, être citée dans les jounaux : Mviane se prodiguait, se montrait, paradait, intriguait, menait grand bruit — \'iviane ne «savait pas aimer...
Depuis un instant. Bernard marcliail dans les (liamps-Elysées. 11 avait, sans y prendre garde, suivi jusqu'au bout la rue de Rivoli, traversé la [»lace. ensuite gagné les pelouses et les arbres sans feuilles : on nétait qu'au 15 mai^, et pas un boui'geon n'avait encore congé.
Deux femmes s'avançaient au-devant de Bernard, dans l'allée : l'une d'elles pauvrement mise et l'air « au travail ». l'air <( en corvée », une domestique évidemment, et qui accompagnait h mademoiselle ». Celle-ci, la seconde, vêtue de bleu, souple, élancée, s'en venait en souriant, ou mieux encore, en riant... Mais positivement, oui, elle riait ! Bernard, étonné, sortit de sa rêverie, regarda... Quelle surprise ! Il ne se trompait pas, c'était bien Simone Langély, la troisième fille du sénateur, sa petite belle-sœur enfin... 11 ne lavait pas vue depuis quatre ans.
— Bonjour, mon^ieui' Bernard, fit une voix légère et jolie.
— Comment, Simone! \'ou?, à Paris?... Eh
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bien, el Senlis, vous n'en voulez donc plus?... Et madame votre mère, est-elle en bonne santé "^
— .Maman?... \^")u> me demandez de se? nouvelles ?
— Sans doute !...
Il y avait comme un étonnement mi-ému. micraintif en cette question. \'iviane et Geneviève n'étaient-elles pas brouillées « à mort » avec .Mme Langély, née de Chamade, la mère de Simone? Une brouille, en province, c'est une affaire d'Etat. Simone avait dû rompre toute relation avec ses sœurs depuis la mort d'Albert Langély, et rien ne pouvait lui faire supposer que Bernard, (' le mari », n'eût point pris parti dans cette bataille. Or, bien au contraire, gentiment, simplement, il s'inquiétait de Mme Langély ?
— \'ous êtes très aimable, monsieur Bernard, je vous remercie. .Maman va bien. Nous sommes venues passer quatre jours à Paris. Nous repartons ce soir.
— Pourquoi donc m'appelez-vous « monsieur » Bernard ?
— -Mais... c'est à peine si je vous ronnais ! Quand on ne se lioudait pas encore tout à fait,
quand vous vous êtes marié avec Viviane enfin, j'étais en jupes courtes, et au couvent, rappelezvous. Je ne vous ai pas rencontré dix fois. Il n'y a pas si longtemps qu'on me sort.
— Cependant vous m'avez dit bonjour la première, et très gracieusement. Je ne vous remettais pas. Nous sommes des mieux ensemble, tous les deux.
— Mais oui !
Et elle se mit à rire encore une fois : son rire ne faisait aucun bruit. Que de douceur, semblait-il, (jue de gaieté aussi chez cette petite fdle !... Point si petite, d'ailleurs :
— J'ai dix-neuf ans et deux mois, répondit-elle à une question de Bernard.
— Et moi, V03TZ, Simone, j'ai déjà des cheveux gris, maintenant.
— Ce n'est pas laid.
— On dit ça... Vous vous plaisez à Paris?
— Non, nous ne sommes pas assez riches... Et puis, c'est tellement affreux, vos maisons noires, vos omnibus, vos fiacres !... Moi, je suis de la cpmpagne, j'ai besoin d'herbe et de buissons.
Eh mais, Simone, contrairement à tant d'autres femmes, possédait donc des yeux dont elle se servait ailleurs qu'en voyage ? — des yeux charmants, du reste : immenses et hleus, ils éclairaient l'allée.
— Vous pouvez cependant aller au tliéâfre, ici, au Bois, dans les musées, les expositions...
— Au théâtre, oui. Mais que d'histoires, que d'embarras, en toutes vos pièces ! Et quels discours ! Pour le Bois, il faut une voiture : nous en manquons. Quant aux musées, maman s'y ennuie, et dans les expositions aussi.
— Vous n'avez pas vu celle de Viviane, hier ?
— Non. Il y en avait une ? Où ça ?
Bernard fit allègrement un moulinet avec sa
canne, et remarqua que sa compagne était assez blonde, et qu'elle s'exprimait sur un ton à la fois calme et enjoué, délicieux. Dommage qu'elle fût habillée tout de guingois et coiffée Dieu sait comment, mèche ci, mèclie là, un peu campagnarde enfin, pour tout dire, im peu (( pastourelle » ; mais elle avait tant de grâce ! Elle marchait comme une autre eût dansé.
-Ils causèrent quelque temps encore, jusqu'au
roncl-poinf. où ils se durent quitter, Bernard tirant à droite, Simone à gauche.
— Adieu, Simone, dit-il. Je ne vous rencontrerai peut-être plus de bien longtemps. Comme c'est bêle ! Si vous avez un ennui, pensez à moi.
— i'ourquoi ne venez-vous pas me voir à Sentis?
— Mais... madame votre mère... Mviane... ({ue penserait-on ?
— Oui le saurait ? 11 n'y a pas loin, à bicyclelle, de Chantilly, par exemple, au bout de uotre jardin. Je m'y promène toujours, vers trois heures, et je suis seule. Nous causerions par-dessus la haie... Mais ne vous h'appez pas ! Ta n'a rien d'extraordinaire. Au revoir.
Bernard demeura tout bêle au milieu de l'avenue.
Ce n'était pas eu l'une des boudeuses luai^^ous de la ville (jue Simone logeait avec sa mère, mais bien dans une sorte de pavillon situé à mi-chemin entre Senlis et Chantilly, aux portes d'un hameau nommé Saint-Nicolas, et parmi les arbres d'un grand jardin. Sous le toit de cette « maison des champs », vieille d'un siècle peut-être, l'ancien sénateur rVlbert Langély s'était étemt pieusement en 1903, muni des sacrements de l'Eglise, et sa veuve y menait une vie fiévreuse, en proie à des procès interminables ainsi qu'à mille soucis. Lutter contre la ruine, en effet, et se mêler avec passion de ce qui ne la regardait point, Mme Langély, née de Chamade, n'était occupée qu'à cela.
Tâche bien louide, hélas ! car, si d'une part, il fallait absolument que celle charitable personne se mît martel en tète touchant les déhbérations du conseil municipal — les misérables ! — , le budget de M. le curé — un saint ! — , et aussi les élec-
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lions, cela va de soi, et encore la vie privée du maire et du sous-préfet — deux arrivistes ! — , et surtout les opinions politiques, la bonne tenue de tous les officiers de la garnison, non moins que la moralité de leurs femmes, sœurs, filles, nièces, cousines, gouvernantes et femmes de chambre, d'autre part, Mme Langély devait faire face également à une extraordinaire quantité de créanciers. Feu son époux avait laissé en mourant un affreux gâchis : on ne soutient pas de ses deniers une œuvre industrielle aussi intéressante que celle des Saints-Pères Tiburciens de Besançon sans qu'il en coûte gros, c'est assez naturel. Aussi Mme Langély se débattait-elle désespérément aujourd'hui entre les mains des gens d'affaires, et aussi arrivait-il maint papier timbré dans la maison de Saint-Nicolas, hypothéquée des caves au grenier.
Il n'en résultait rien de bon, cela se conçoit, pour le pauvre pavillon, qui se lézardait, faute d'être réparé : les ardoises de la toiture glissaient, les balcons défaillaient, et les herbes folles croissaient partout dans le jardin, ou du moins dans ce qui subsistait du jardin, soit un tiers environ,
le reste ayant été vendu. Bernard revoyait très nettement ce bout de parc en son souvenir ; ombreux et touffu, il s'allongeait le long de la route, tournait, faisait angle et suivait alors un chemin creux : c'était là, de l'autre côté d'une haie d'épines, que cette petite folle de Simone devait l'attendre...
Mais quelle extravagance, vraiment ! Et comme il serait spirituel, n'est-ce pas, de se faire <( pincer » par Mm-e Langély, lui, Bernard Damaze, dont les cheveux grisonnaient déjà, et cela pour le seul plaisir de bavarder quelques minutes en plein champ avec une gosse ? Absurde ! absurde et puéril ! Quitter Paris, m^onter dans un wagon, gagner une station lointaine, s'exposer à recevoir la pluie, le vent, et perdre une journée entière afin d'obtenir un quart d'heure de bavardage clandestin!... Que lui dirait cette gamine? Des riens, sans doute ; elle lui ferait des potins, ou liîi exposerait d'humbles mélancolies. Si encore il s'en trouvait amoureux ! Mais nullement. De plus, elle était sa propre belle-sœur : la moindre étour-. derie, la moindre imprudence pouvaient amener des ennuis sans fin... Non, tout compte fait, il ne fal-
lait SOUS aucun prétexte se rendre à Saint-Nicolas! Ayant bien fermement pris cette résolution. Bernard Damazp... Bernard Damaze s'en ifui tout droit à la gare du Nord et sauta dans le premier train pour Chantilly ; descendu là, il se munit chez un loueur d'une bicyclette, puis ayant allègrement retroussé le bas de son pantalon, enfourcha la machine sans plus attendre, et fila comme une flèche vers Saint-Nicolas.
L'air vif de la route l'animait, le fouettait. A voler ainsi sur ces deux roues légères, Bernard se sentait comme rajeuni. En avait-il besoin ? Non, en réalité. Nul n'eût pu mettre un âge sur sa figure toute rasée. De plus, homme de sport et très actif, il demeurait, à trente-huit ans, étonnamment svelte : de dos, il avait l'air d'un page. Toutefois, il se disait et se croyait déjà vieux. Cette Simone, il allait lui parler paternellement : du moins formait-il ce projet en quittant Chantilly ; avouons pourtant qu'en arrivant, après Saint-Nicolas, au tournant du chemin creux, devant la baie d'épines qui bordait le jardin de Mme Langély, force fut à Bernard de s'arrêter un peu court, non par défaut de souffle, encore moins par fatigue,
mais parce que le cœur lui battait bien vite, et de la iftanière exactement qu'il bat aux collégiens lors de leurs premières niaiseries d'amour.
Derrière la haie, cependant, personne ; rien que les pelouses désertes du jardin, ou plutôt les herbages qui en tenaient lieu, et les allées effacées parla folle avoine. Bernard cala sa bicyclette contre le buisson, puis regarda l'heure à sa montre, toussa, marcha de long en large, rêva : et déjà il se disposait à repartir, et déjà se trouvait les jambes terriblement lourdes, jugeant immense, interminable ce trajet à refaire, lorsque — enfin ! — un bruit furtif troubla le silence, et se précisa. Simone? Mais oui !... Un massif avait bougé, les feuilles s'écartèrent, elle apparut comme la nymphe du lieu.
— Que c'est gentil, d'être venu !... Je vous ai aperçu de loin, là-bas, sur la route.
— Et vous vous êtes fait bien désirer, petite fille coquette et pleine de grâces!... Où étiez-vous donc, depuis un quart d'heure, je vous prie ? Vous vous cachiez ?
— Je suis allée me mettre de la poudre, m'è recoiffer.
— Pour moi, tout ça ?
— ]\Iais non, pour moi. C'est naturel. Rien ne m'amuse, quand je suis mal arrangée.
Simple aveu 1 Bernard ne put éteindre en ses j'eux un éclair de malice.
— Ne vous moquez pas de mioi... reprit Simone. Je bavarde comme ça me chante, je ne sais pas très bien faire la conversation : dame ! personne jamais ne me parle, ici... Et comme, de plus, je suis si... si heureuse... je veux dire si confuse que vous ayez quitté votre Paris pour me rendre visite... cela ne m'aide pas trop à causer, vous comprenez, cela m'intimide...
Il était vrai, sa voix tremblait un peu. -Mais quoi ! Bernard avait-il bien devant lui la même jeune fille qu'il avait rencontrée, parlant si clair et net dans les Champs-Elysées? A peine. Celle-ci semblait craintive, elle se troublait : c'était une femme. Bernard ne sourit plus.
— C'est de la démence, fit-il Simone, cette escapade ! Supposez tout de même l'arrivée de madame votre mère, les étonnements, les questions, les soupçons...
— Oh ! voyons, vous aurais-je exposé à celte
LES DOIGTS DE lÉE OO
scène de guignol ? Vous y joueriez un '^ôle ridicule, et cela me serait excessivement désagréable. Ça vous gâterait... Non, il n'y a aucun danger : maman est toujours sortie à cette heure-ci, ou bien elle expédie son courrier, elle travaille. Puis ce coin est invisible, de la maison. Puis on ne peut pas y venir sans que j'entende marcher dans l'allée : je connais tous les bruits, tous les moindre3 soupirs de ma vieille bicoque. Puis...
— Assez, assez, je n'aurais bientôt plus aucun mérite ! Et j'en voucb^ais conserver au moins un tout petit. C'est dommage, tenez, qu'il n'y ait pas quelque difficulté quasi insurmontable à venir jusqu'ici : j'aurais bien tenté l'aventure. Mais oui ! On cite des héros qui, autrefois, tuaient des dragons pour gagner des trésors. Meilleure affaire encore, s'ils eussent seulement accompli leurs prouesses à seule fm de se concilier une amie ! Une amie, Simone, savez-vous bien à quel point cela peut nous aider à vivre, nous autres? C'est un sachet, une cassolette que l'on garde au secret, dans son tiroir : au moindre chagrin, vite ! vous ouvrez, vous respirez avec soin, en fermant les yeux — et tout va déjà moins mal. Ou bien, ima-
ghiez une })lanlo i-are que l'on ario>e. que Ion taille, (|ue l'on soulicnl, (|ue l'on dél'en<i du froid surLonI, el même (ju'on greffe au bes-)iii...
Simone fréquenlait à Senlis ce que Ion déiinil « un monde (oui à l'ail bien » : cela signilie ime sociélé un peu rustre et comme paysanne, où la même personne ne prononce jamais idus de deux ou trois phrases coup sur coup, faute de savoir s'exprimer aisément ; où l'on s'entretient, vaille que vaille, du temps qu'il fait, des Unfel ({u'on ne peut décidément plus recevoir, de la vingtquati'e chevaux, de l'irlandais qui boite et de la fameuse jument qui saute un mèlre quatre-vingtcinq ; où toute élégance de l'esprit passe pour (> de la pose », et toute élégance du corps pour un (( très mauvais genre » ; où l'on ne sait ni filer une anecdote, ni faire un compliment à une femme, ni plaisanter à propos, ni même écouter avec courtoisie, ni rien enfin ; mais où l'on se console assez de toutes ces disgrâces en songeant (ju'on s'appelle Jeannot de la Jeannotière, marquis de Carabas ou comte de Turcaret. En un pareil milieu, Simone n'avait point été gâtée : des lourdauds qui l'entouraient, pas un n'eût pu lui dire vingt
LES DOIGTS DE FEE Oi
mots de suite sans des gaucheries, des respects embarrassés, ou des libertés de goujat.
— Vous parlez bien, fit-elle à Bernard. Celui-ci crut qu elle raillait, et se sentit blessé.
Or, la moindre émotion se lisait aussitôt sur son visage mobile. Sim,one, inquiète, lui tendit ses doigts frêles par-dessus la baie.
— Donnez-mioi la main, je vous ai froissé ! Si ! Je le vois. Mais il n'y avait aucune ironie, je vous le jure. Vous voyez, moi qui aimerais 'ant à devenir une ami€ pour vous, comme je suis maladroite !...
Elle était près de pleurer. Bernard, tout pale, se tut. Puis, brusquement, il changea de ton :
— Voyons, Simone, il convient maintenant que je me rende utile, que diable ! Vous allez me traiter en vieux beau-frère, devant qui on se raconte à soi-même, une fois de plus, les souvenirs qu'on aime et les chagrins qu'on a... Cela ne console pas trop mal, quelquefois... Eh bien, me voilà prêt. Commençons... Allons ! ne me dites pas que vous n'avez jam'ais eu de chagrins ! Au moins quand vous étiez, petite, vous avez dû...
— Ah ! oui, c'est vrai, au couvent, j'ai bien
souvent pleuré. ]\Iais il faut savoir qu'au couvent... Lorsque Bernard se retrouva dans la gare de Chantilly, faisant les cent pas sur le quai en attendant son train, il avait passé plus d'une heure à regarder jaser Simone de l'autre côté d'une haie. Elle lui avait donné la main au départ, pour la seconde fois : et ForfèATe croyait sentir encore cinq doigts menus qui le touchaient, entre sa chair et son gant.
LIS DOIGTS Di: ri':i: 39
Quand linnoiiibrable famille de Mine Langély, née de Chamade, revint du cimetière, et ({ue de nouveau fut en vue la maison de Saint-Nicolas, chacun prit un air incroyablemenit triste. 11 s'agissait de témoigner coûte que coûte sa douleur en cet instant précis : on allait déjeuner, en effet. Or, au moment de se mettre à table après un enterrement, il faut choisir : ou bien l'on montrera son chagrin, ou bien l'on montrera son appétit. Mais cette dernière altitude n'est point admise. Dix-huit personnes profondément affectées s'assirent donc en silence devant une table chargée de hors-d'œuvres divers, dans la salle à mianger de Saint-Nicolas, et commencèrent à se communiquer d'un ton languissant leurs impressions sur la mort si déplorable et inattendue de cette pauvre Mme Langély, tout en se faisant passer du beurre, des sardines et des ronds de saucisson.
-j() l.i:.-? DOIC.TS DE FÉE
Il y avait peut-être céans dix sortes de cousins, darrière-cousines, de petits-neveux, et jusqu'à cette variété de parents qu'on appelle « à la niode de Bretagne », dont les uns ressemblaient à de vieux sergents de ville en retraite, avec leurs costumes de deuil sévères et usagés, et les autres à de jeunes bedeaux de campagne, cependant que sans distinction d'âge et grâce à leurs robes misérables ou chétives, non moins qu'à leurs cheveux bien tirés sur les tempes, les femmes rappelaient ces loueuses de chaises que l'on voit, modestes, i'urtives et de noir vêtues, trottiner comme des souris dans la pénombre des éghses. Ajoutons, s'il vous plaît, que celte assemblée n'eût point frayé, certes, avec n'importe qui. Ils ne se toléraient déjà, les uns les autres, qu'avec peine.
— Cette malheureuse Julie ! soupira le plus âgé de la famille, le vieil et tremblotant Robert de Chamade, qui étalait avec soin du beurre sur un morceau de pain. Ouelie foudroyante maladie ! Ca n'a pas traîné. Une pneumonie infectieuse î... Elle a été enlevée en deux semaines...
Peut-être songeait-il à sa propre fm, évidemment proche. L'émotion lélreignait.
— Ce que c'est que de nous ! lit-il en se versant à boire.
La comtesse de Vuillard, maigre à faire peur et un peu bossue, précisa mieux ses regrets :
— Ce qui me peine le plus en cette catastrophe, hélas ! c'est Simone.
Sur (|uoi, Mme de Drain-Merteuil joignit des mains peu soignées, et murmura, gémissante :
— On ne l'a guère préparée pour le malheur, la pauvre petite !... Elle a été si bizarrement élevée !...
Parfait ! La conversation avait désormais un but, et sans cesser de s'intéresser à la défunte, comme il convenait, on allait donc enlm pouvoir donner (juelques avis pieusement affligés sur la manière déplorable dont celle-ci avait, de son vivant, dirigé ses actions. Du reste, voici ({uon servait l'omelette, et, la première fringale s'étant apaisée, une certaine chaleur communicalive se répandait déjà. Les langues se déliaient.
— Il n'est pas niable, en effet, déclara le baron des Commereux, que lenfant ne se soit élevée un peu toute seule. Elle n'était pas très surveillée. La pauvre Julie s'occupait toute la journée de ses
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bonnes œuvres, de ses propagandes. Tout cela est très joli. mais...
— Elle s'occupait surtout de ses procès, interl'ompil doucemient Mme de Drain-Merteuil. -M. Langély lui en avait laissé suffisamment.
— Julie, dit à son tour la comtesse de \'uillard, a dû se repentir plus d'une fois d'avoir épousé, sur le tard, il est vrai, ce sénateur radical. Cela ne pouvait que mal tourner. D "ailleurs nous l'en avions tous assez prévenue. Elle la converti, je veux bien. Mais enfin, il l'a ruinée... ou il s'est ruiné, si vous préférez : c'est la même chose.
La comtesse de Yuillard s'exprimait sans élégance. Elle prononçait « su l'tard ». et *< pus d'une fois » : il est vrai que I\lme de Drain-Merteuil ne craignait pas « quéqu'suns », tandis que le baron des Commereux disait, lui. <( è' n'était pas... ». C'est là ce qu'on appelle parler sans prétention et avec une louable simplicité.
Depuis quelques minutes, le jeune Mathieu de Chamade semblait réfléchir. Il formula sa pensée :
— Puis, fit-il en hochant la tête, il y arait la bibliothèque...
— Quelle bibliothèque ?
— Mais l'ancienne bibliothèque de re M. Langély. Il en avait une du tenips qu'il était sénateur, et qu'il habitait Paris... Un tas de bouquins, des romans malsains. On les avait mis ici au grenier, dans des caisses. Mais la petite les lisait. J'en suis sûr, mon cocher a su la chose par leur ancienne bonne... Enfin, je ne peux pas vous raconter ça ici... Tous ces romans malsains, ce qu'il y a de pis ! Si j'étais marié, il n'en entrerait pas un chez moi. C'est comme de mener sa femme dans des théâtres de genre...
— On va émanciper Simone, je crois ?
Ah ! voilà donc où il fallait en venir ! Emancipation, tutelle, affaires de succession et d'argent, tels étaient les sujets qui intéressaient toujours directement, immédiatement et jusqu'à la passion tous ces parents pleins de sollicitude ! Et encore ici se trouvaient-ils délivrés d'un grand souci : Mme Langély ne laissait rien en effet que des dettes ; par conséquent, nulle angoisse, touchant le testament, rien à défendre ni à réclamer, même pas les clefs, les fameuses clefs, dont il était tant question après chaque enterrement dans cette vé-
nérable et vieille tribu provinciale. On n'y entendait que res mots parmi les maisons des morts : <( Les (iefs, celle de la cave, celle de l'argenterie, celle du linge, celle du coffret à liqueurs!... » Celle-ci surtout, précieuse et symbolique, on la confiait sévèrement à la plus âgée des grand'tantes. Or, cette fois, les sœurs de Simone qui avaient tout à l'heure emmené <( la petite » en automiobile à Paris, sous prétexte de la soustraire aux souvenirs trop douloureux, ces sœurs jolies, bien mises et d'un genre « très enlevé », comme disaient ces dames de Chamade — sans compter que Viviane et Geneviève n'allaient point à la messe, on le savait, et qu'elles affichaient, on ne l'ignorait pas non plus, de singulières opinions politiques — , ces sœurs frivoles enfin ne s'étaient occupées de rien ! Toutes les clefs traînaient sur les meubles, pouvait les prendre qui voulait. Une telle négligence démontrait jusqu'à l'évidence un bohémianisme dfs plus suspects chez Mme Langély-Damaze, non moins que chez sa cadette, Geneviève Langély. Peu à peu le dialogue s'étendait et s'animait beaucoup. On rendait à l'envi la justice.
us DOIGTS DF, FEE lO
— Une jeune fille dernier cri, cette demoiselle Geneviève Langély î déclarait Mme de Vuillard. Elle fait partie des sociétés de charité le? plus avancées, les plus à gauche ! Vous avez vu, pendant la cérémonie, son attitude protectrice et fière... fière de quoi? Il paraît qu'elle est francmiaçonne. Mais parfaitement, il y a des femmes dans la franc-maçonnerie...
— C'est comme Mme Langély-Damaze, ses cheveux teints, vraiment, et ses parfums... Etes-vous comme moi ? Je ne comprends pas qu'on s'inonde d'odeurs. A Paris, à l'Hippique, les personnes d'une certaine catégorie finissent par m'incommoder : avec fous leurs parfums, elles empoisonnent, ces bonnes femmes ! . . .
— Le mari, Damaze, sera curateur?... Oui?... Enfin !... C'est un bijoutier, je crois?
— Oh ! c'est principalement un original, qui n'est jamais là, qui court les musées en Italie au lieu de sur\'eiller son foyer...
— Joli milieu pour cette pauvre Simone !
— Voilà qui va l'aider à se marier.
— Bah ! dans ce monde-là, elle trouvera toujours...
Des tranches d'un gigot saignant reposaient à présent dans les assiettes. La plus grande cordialité régnait. Aussi bien n'était-il plus question de la défunte ni de l'orpheline, non plus que de cette famille jacobine et peu convenable des Langély. Chacun, tenant à pleine main sa fourchette, discourait librement avec son voisin, et les confidences s'échangeaient, se croisaient.
— J'estime, chère madame, que les appartements trop chauffés sont détestables au point de vue de la santé physique comme au point de vue de la santé morale. On n'a qu'à se couvrir davantage chez soi, voilà tout ; quand cm a froid, eh bien ! on sort...
— Oui, nous sommes bien forcés, quelquefois, de voir Mme G..., qui a été cependant une femme divorcée. Dame ! cela nous contrarie beaucoup... Mais enfin cela offre aussi moins d'inconvénients, maintenant qu'elle est veuve...
— Oh ! mon cher, moi, je n'ai pas le temps de lire : quand on a fait son tour à l'écurie, a la cave, au chenil...
— D'ailleurs, ces domestiques vous usent (elle-
ment d'alcool pour nettoyer les lampes ! J'ai pris le parti de les faire moi-même...
— Un ménage qui n'allait plus très bien. Le mari avait — comment vous dire, cher monsieur ? — enfin le mari avait... des faux frais à Paris...
Tandis que ces fins propos s'échangeaient autour de la table où la noble famille de iMme Langély, née de Chamade, se remettait de la pénible émotion ressentie dans la matinée, deux automobiles filaient rapidement sur la route de Paris.
Dans la première de ces voitures, Viviane Langély-Damaze et sa sœur Geneviève songsaient en regardant les arbres courir en sens inverse le long de la portière. Viviane rompit le silence :
— C'est égal, Geneviève, nous avons été très bien, tout de même. Après ce que cette femme avait fait de notre pauvre père, ne pas éprouver même un mouvement de recul, prendre tout de suite la petite avec nous, sans une question, sans une hésitation, c'est assez élégant.
Geneviève haussa dédaigneusement les épaules, et de sa voix lente : « Y a-t-il là de quoi se vanter ? Nous eussions boudé devant la mort ? Fi donc,
voyous!... D'ailleurs, elle est charmaule, celle Simoue.
— Moi, je la Irouve Irop mince, et aussi trop fraîche. Mais oui, trop fraîche ! Même sous un chapeau de quinze louis, une figure aussi champêtre, ça ne donnerait rien du tout. Un peintre moderne ne saurait comment comprendre son portrait, tiens... Au Palace ou chez Ritz, nous ne voyons ({ue des figures telles que du biscuit de Sèvres, à peine si cela va jusqu'au « pûte tendre »...
Geneviève Langély abaissa ses yeux graves sur sa sœur aînée : « Comme tu es enfant, Viviane !.., » fit-elle.
Dans la seconde voiture enfin, reposait en un coin Simone elle-même, Simone éperdue de chagrin et comme encore frappée de stupeur, Simone en grand deuil, les yeux rouges et les mains inertes, Simone toute faible, abandonnée contie le dossier du coupé, pelotonnée, rapetissée, eiit-on dit, et devenue pareille à une fillette qui a beaucoup, qui a désespérément et trop longtemps pleuré.
A côté délie, Bernard se tenait, craintif cl dé-
soie. Ainsi qu'une enfant il eût voulu la prendre et la bercer. Il lui parlait du moins, tendrement, doucement, sans guère s'interrompre, profitant du moindre arrêt, du moindre ralentissement sur la route interminable :
— Nous vous accueillons comme une sœur connue depuis toujours, Simone. Vous serez heureuse avec nous, vous verrez. \^iviane et Geneviève vous aimeront : ce sont des femmes très intelligentes, très fines. Nous nous occuperons de vous, nous vous ferons voyager. Je vous indiquerai des lectures. Nous causerons. Je tâcherai de vous distraire, je ferai tout pour que vous ne vous sentiez pas trop seule...
Il ne la regardait pas pour ne la point gêner. Il pansait sa plaie cuisante et profonde, il lui calmait son cœur à vif, il l'endormait.
Simone aujourd'hui orpheline, et Iransplanlée soudain des champs à Paris, comme de la compagnie la plus médiocre dans le plus ralTmé des mondes, et d'une sorte de solitude en un logis où le va-et-vient, l'affairement, non moins que les visites ne cessaient guère, Simone ne voulut même pas essayer ses robes noires. Son deuil en lier fut commandé, surveillé, rectifié par sa sœur Geneviève, qui s'y entendait bien, d'ailleurs : très laborieuse et la moins étourdie des femmes, Geneviève Langély avait une vocation décidée pour toutes les besognes qui, dans les casernes, sont l'apanage des garde-magasin, des sergents-majors et des sergents-founiers. Elle aimait à vêtir, équiper, enrégimenter et nourrir un grand nombre d'humains convenablement parqués au préalable dans un asile ou un hospice, pourvus d'un numéro matricule et inscrits sur de beaux registres in-folio. Recueillir Simone et lui composer son trousseau de deuil, ce fut un petit travail à
la fois professionnel et de fantaisie, qui combla d'aise cette sœur scrupuleuse quant à ses devoirs, et cette administratrice incomparable. Ajoutons encore : cette Parisienne avertie, car Geneviève, s'babillait elle-même cbez les meilleurs couturiers et selon le dernier goût, quoique d'une façon tou^ jours austère.
La vie était fiévreuse dans le petit hôtel de la rue de la Baume ; ou du mioins chaque journée fmissait bien tard et conmiençait trop tôt. Si Viviane en effet se couchait fort après minuit, recevant le plus souvent des amis (à condition qu'ils fussent notoires), ou fréquentant assidûment chez dautres (pourvu qu'ils eussent du crédit), courant en outre les théâtres et soupant volontiers, Geneviève de son côté se trouvait quotidiennement assise dès neuf heures à son bureau, où elle expédiait sa correspondance (ne la savait-on point déjà membre actif de six grandes associations charitables ?), et où elle donnait audience à toutes sortes de pauvres gens.
Il n'était presque pas de matin cju'une théorie de malheureux, femmes en détresse, vieillards dépenaillés et bambins pâlots conduits par la main,
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ne vînt sonner à la porte. L'un demandait un secours particulier, alors que l'autre voulait entrer par faveur à l'hospice, ou qu'une troisième apportait ([uelque recommandation pressante. A peine s'étaient-ils présentés au seuil de l'hôtel, qu'un domestique très poli leur indiquait une petite porte au fond de la cour sablée, le cabinet de mademoiselle ; ils y entraient, attendaient peu de minutes dans une antichambre garnie seulement de banquettes et de chaises, puis se trouvaient bientôt devant une grave jeune fille aux cheveux bruns, au corps moulé dans une sombre et simple robe. (( Entrez, n'ayez pas peur, que puis-je pour vous ? » Paisible, lente et sérieuse était la voix qui les accueillait ainsi, et qui les rassurait. Geneviève Langély avait peut-être sauvé du désespoir plus d'un affligé honteux. Elle réconfortait et servait de son mieux les prolétaires : elle leur parlait aussi de solidarité sociale et de fraternité... Enfin, elle faisait déjà dans le monde parisien figure de grande Française et de sainte laïque, et, merveille' n'avait pas encore vingt-deux ans.
Cette étonnante charité dune jolie jeune femme qui néanmoins ne pleurnichait pas et ne disait
point ses patenôtres, cette vertu profane, aisée cl, pour ainsi dire, de grande allure, imposaient beaucoup à Simone qui jusqu'à présent avait seulement connu, en mit de personnes dévouées amsi à autrui, certaines commères languissantes et soupirantes, âprement décidées à faire leur salut envers et contre tout, mais principalement contre leiu- pro€liain, qu'elles jugeaient avec une malveillance terrible et une sottise infatigable. Au lieu que les pai'oles et les façons élégantes de Geneviève intimidaient Simone, et aussi bien ne l'avaient pas peu surprise. Depuis son âge de raison, c'est-à-dire depuis la rupture complète entre sa défunte mère et ses sœurs, on lui avait toujours présenté le milieu où fréquentaient les filles do sou père comme une société détestable, une société de u jacobines ». Ce m,ot-là n'évoque-t-il point, en même temps que la tyrannie et le sang, encore on ne sait quoi de grossier et de mal odorant, une brusquerie triviale, des trognes suantes et des haleines vineuses ?
Or, quand Simone se trouva chaque jour, après cela, entre ses sœurs prestigieuses, l'aînée si belle, si glorieuse, et qui lançait des modes, et dont tout
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Paris était lieureux de baiser la main, et qui savait sourire, avec quelle grâce ! et qui ne parlait jamais ni chevaux, ni chasse, ni tenue de maison, ni bridge, ni même Gotha ; la cadette qui, sans rien perdre de son charme un peu sévère, écrivait quotidiennement de sa main parhmiée autant de lettres qu'un chef de bureau, et qui en outre devisait si galamment politique tout en prenant son thé de cinq heures dans tel ou tel des Palaces « où l'on va » ; quand Sim'one, confuse, se vit en outre servie par des domestiques si bien stylés, promenée dans une automobile si reluisante, — toutes ses idées sur les « jacobines » se troublèrent ; mais elle n'en éprouva que plus de contrainte et d'embarras encore, et sa douleur n'en fit que de s'accroître. Elle se comprit isolée, cruellement orpheline, sans souvenirs très précieux, ni très tendres, sans famille véritable — mais non sans ami, car elle en possédait un : Bernard.
Un bon, un déhcieux ami. Il lui prêtait des livres, cherchait à l'amuser, l'allait voir malin et soir, s'informait de sa santé, s'inquiétait de la lïioindre toux et de la plus légère migraine : et Simone se raccrochait à lui de toute son âme.
Ils causaient souvent, retirés dans un coin, après dîner, en teuilletanl des estampes ou des photographies.
— Alors, disait Simone, un orfèvre peut donc tout faire, avec son four et, ses outils?
— Mon Dieu, oui, petite sœur, un orfè\i"e peut bien des choses. Il est sculpteur, inventeur, alchimiste. Il force à s'épanouir entre ses doigts l'acier, l'or et l'argent. Il fait luire et jouer l'émail, jette où ça lui chante les agathes et les saiTloines, les diamants et les topazes, l'ivoire et les cristaux, il cisèle, découpe, grave et damasquine, il s'amuse avec des pierreries, il en forme des bouquets !... Il peine tout le jour en des besognes d'une minutie et d'une délicatesse infinies, et tout cela pour enfin vous suspendre au cou un camée nuancé comme l'aurore, ou bien un pendentif pareil à quelque scarabée qui se promènerait sous des rayons de lune. C'est un joli travail.
— Vous sauriez, vous, exécuter un lel bijou entièrement de vos mains ?
— Mais oui, Simone.
— Ce n'est pas possible !
— Voulez-vous que je vous en fasse un ? Quand
VOUS ne serez plus en deuil, vous le porterez en souvenir de votre vieux curateur.
— Un 1res simple, alors, que je puisse ne jamais quitter.
— Oh ! cela, c'est trop, par exemple !
— Pourquoi donc?... Seulement, vous le signerez surtout, mon cher maître. Si, si ! je tiens à la signature... par avarice...
Une autre fois, elle lui disait :
— Ce jeune monsieur Théodule-Fort, qui a dîné hier soir avec nous...
— Farge ! Simone, Théodule-Farge ! Ne connaît riez-vous pas ce nom-là ? Grande noblesse républicaine ! Un père plusieurs fois ministre, un grand-père héros de 48.... Diable ! un Théodule- F'arge !
— Qu'il soit ce qu'il veut, il ne me plaît pas.
— Votre futur beau-frère, pourtant. Il épousera Geneviève dès qu'il sera député.
— Geneviève l'aime ?
— Quelle gosse vous faites ! Est-ce que je sais, moi, si elle l'aime ? Ce sont deux êtres très intelligents : ils vont contracter une association pour tenter ensemble de grandes choses, c'est-à-dire
d'habiter finalement à l'Elysée, je suppose, et de pénétrer au pesage de Longchamps, le jour du (irand r*rix, immédiatement après le premier piqueur de France. D'ailleurs, peut-être bien qu'ils s'aiment aussi. On aurait vu plus extraordinaire.
— Et s'ils ne réussissent pas dans leurs affaires, Geneviève et ce monsieur Farge ? Ils seront bien avancés, après ? Tandis que s'ils s'aimaient pendant une petite année seulement, ce serait toujours ça de gagné, au moins ! Dui reste, il faut être juste : M. Philippe Théodule-Farge ne peut pas tourner la tête d'une femme.
— Voyez-vous cela ! Quelle assurance, mademoiselle !... Il est cependant fort bien, je trouve. Non ?
— Si.
— Et très... très élégant, voyons?
— Evidemment.
— Et il s'exprime avec goût, et souvent même il a du feu, du brillant. Ses manières sont recherchées, ses...
— Entendu ! Mais il ne sait pas parler aux femmes. Pourquoi riez-vous? Parler aux femmes, c'est... Vous, vous savez.
Puis. Simone ajoutait aussitôt : <( Vous m'avez dit. qu'il était socialiste ? Ouest-ce que oa signifie, au juste, un socialiste, Bernard?... Y en a-t-il beaucoup?... En connaissez-vous d'autres?... Comment sont-ils ?. . ..
Autant de questions auxquelles Bernard devait répondre, ainsi qu'un directeur de conscience pieusement écouté par la plus confiante et la plus soumise, et la plus feiTente des filles spirituelles.
Simone, encore, se rendait place Vendôme, aux ateliei-s. Elle y entrait comme chez elle, et s'asseyait souvent près du vieil Aurélio Gatti. Celui-ci n'était pas seulement l'homme de confiance, le contremaître et l'ami de Bernard, mais encore l'ouvrier le plus habile qui se trouvât dans la maison, et si c'était merveille que de le voir soit courber une feuille d'argent et peu à peu la repousser en forme de vase, soit saisir adroitement avec sa pince aiguë et replier cent fois sur lui-même un fil de métal chaud, il y avait certes quelque volupté aussi à le contempler cependant qu'il maniait un saphir ou réchauffait une perle au creux de sa main délicate, ou tandis qu'un oiselet aux doigts, il faisait naître en l'or d'une figurine des
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stries imperceptibles et mille nervures microscopiques, et des craquelés, et des ondulations, et des pores, et des mailles, et jusqu'à des grains de poussière, et presque à des duvets !
Avec quelle émotion, pareillement, la jeune fille cl Gatti ne suivaient-ils pas des yeux les émaux, petits tas de poudres multicolores, que l'on offrait comme des friandises à la gueule brûlante du four, d'où ils revenaient cuits à point, à moins qu'ils n'en sortissent au contraire purulents et tuméfiés, perdus ! Tous deux présidaient à ce grand œu\Te ; après quoi, le corsage noir et la longue blouse l'etoumaient se pencher sur les mêmes établis. Quelquefois Bernard survenait à l'improviste :
— Encore au travail, soeurette?... Es-tu content de ton élève, Aurelio ?
— La signorina aime notre métier, monsieur.
— C'est un art, et vous êtes un grand artiste, monsieur Gatti ! répondait Simone.
Gatti rougissait de plaisir. Puis, étant Italien, c'est-à-dire courtois et gracieux, il demandait :
— Et AI. Damaze, alors, il est quoi, lui, si je suis un grand artiste, m'oi, signorina ?
Et c'était à Bernard, celte fois, de sourire.
Une après-midi, vers le soir, et comme les ouvriers allaient partir, Simone, qui à son habitude était venue rôder aux ateliers, s'approcha d'une lable, y choisit un marteau, un ciselet menu, el voulut tracer cpielques hachures sur un morceau de plomb qui traînait là, ainsi que Galli le savait faire avec tant d'aisance quand il amenuisait des bijoux d'or ou d'argent. Mais par malheur le cise- Ict glissa sur le plomb, et pénétra dun coup dans la main de Simone : aussitôt le sang jaillit cl coula. La jeune fille serra ses lèvres blanchies, puis soudain laissa retomber sa main déchirée et s'abandonna aux bras de Bernard, accouru sur l'appel de Gatti.
Les ouvriers, déjà debout et prêts à quitter l'atelier, faisaient cercle, s'empressaient : « Elle se trouve mal !... Le phannacien î... Non, un médecin !... » Brouhaha, émotion. Aurelio Gatti donna son opinion : « Il faut l'étendre sur le plancher, monsieur... »
Bernard, jugeant l'avis bon, voulut le suivre. Mais à ce moment, l'autre main de Simone étreignit son épaule, s'accrociiant, résistant. Elle n"était donc pas tout à fait évanouie, là, dans ses bras ?
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vu
— Mademoiselle, permettez-moi de vous présenter M. Pierre de Jaline... Mlle Simone Lan-
Le jeune Philippe Théodule-Farge fit cette présentation d'un air glacial. Il avait cependant, afin d'amener son ami rue de la Baume, intrigué plus de huit jours d'abord auprès de Geneviève, puis de \ iviane, puis de Bernard enfin, malgré qu'il existât entre ces deux hommes une antipathie profonde et, ce qui est tout à fait grave, une antipathie polie. Mais Philippe Théodule-Farge tenait apparemment beaucoup à ce que l'on reçût, et qu'on accueiUît bien, dans les milieux où lui-même fréquentait, son grand ami Pierre de Jaline : car il avait usé de laborieux détours et de ruses infinies, tâchant à persuader chacun que la présence de deux convives seulement, de deux garçons, ne constituait pas un déjeuner de cérémonie, loin de là ; que cela ne pouvait être de nature à effarou-
cher Mlle Simone, dont aussi bien le deuil remontait à deux mois déjà ; qu'au surplus M. de Jaline était un esprit d'une très haute valeur, un ingénieur du plus grand mérite ; qu'en outre il disait avoir déjà rencontré i\llle Simone, à Senlis et dans le Beauvaisis, où AI. de Jaline le père, Findomptable et distmgué député de la droite, possédait un château ; que... que... Ces travaux d'approche avaient été longs, gradués, adroits et Itenaces, Philippe Théodule-Farge .ne ménageant jamais sa peine pour obtenir ce qu'il voulait, et ce qu'il désirait étant toujours mystérieux et compliqué. Le jeune Philippe nourrissait des projets immenses.
Enfin, ce fameux Pierre de Jaline dûment invité à déjeuner, dans la plus étroite intimité, et amené rue de la Baume, Philippe ne le présentait-il pas maintenant avec une froideur souveraine, et comme si c'eût été pour lui la chose du monde la plus insignifiante, voire la plus importune ?
C'est que Philippe Théodule-Farge estimait probablement qu'une attitude fût nécessaire à un homnip d'Etat, ainsi qu'à l'homme d'affaires, non
moins qu'à l'homme d'action dont il se sentait l'étoffe, bref à Ihomme supérieur, et même au surhonime qu'il prétendait être : il citait Nietzsche en effet, comme tout le monde aujourd'hui, et c'eût été lui faire injure que de le croire uii humble esclave des vieilles morales cht'étiennes, ou des préjugés bourgeois plus vils encore.
Ce futur doniinateur avait même songé à tout, erili^e autres choses à se composer une tête : car il est bon, pour le démagogue qui veut marquer dans les annales de son pays, d'adopter telle ou telle coiipe particulière dé barbe ou dé cheveux, si la nature prévoyante ne hous a point pourvus d'une iDouche ou d'un nez remarquables, ou de quelque auti*e singularité physique facile à observer du premier coup d'œil. Les imagés populariseront plus aisément une figure un peu bizarre, et il sera iiiiJDOssible de ne point apercevoir entre tous dans la foule d'un Parlement sOit uii gaillard qui porte une blouse, soit un monsieur qiii se costume en Turc, voire un bossu ou lin stropiat, ou tout sirnplement un député qui sellait bien mis. Philippe Théodule-Farge avait combiné dëiix de ces étrangetés. D'abord ir s'habillait à l'anglaise
avec un soin jaloux : coquetterie piquante chez cet in'éductible champion du prolétariat. Ensuite il portait deux petits favoris à la russe qui rejoignaient sa moustache minuscule et semblaient peints sur ses joues, ce qui prêtait à son visage de jouvenceau une gravité des plus comiques. Et ces contrastes l'enchantaient.
M. Pierre de Jaline, lui, se distinguait par un air foncièrement honnête et loyal. On sait assez que -cet air-là provient de ce qu'on a les sourcils tracés bien symétriquement, bien régulièrement, et un peu élevés au-dessus des yeux : on dit des personnes dont la figure est ainsi conformée qu'elles sont la franchise même. Au contraire, quiconque a les yeux très enfoncés sous l'orbite passera pour doué d'un caractère ténébreux et inquiétant. Séparés par une ride profonde et verticale, les sourcils indiqueront encore une âme énergique ; formant à eux deux un accent circonflexe, ils trahiront l'orgueil, et, sinueux, dénoteront de l'ironie. Nous n'allons pas beaucoup plus loin pour juger autinii : nous le regardons à l'arcade sourcilière.
Au suqjlus. Pierre de Jaline, ni grand, ni petit,