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sous la plume du prévôt, les fêtes religieuses qui réunissent une population ordinairement dispersée dans les champs, sont doublées d’une foire où l’on peut acheter et vendre ce qui est utile aux travaux de la saison ; à celle de Saint-Gilles, le 20 septembre, à la veille des DRE on trouve à renouveller ses fûts et à acheter les cercles nécessaires à la réparation des barriques, aussi les prévôts ont-ils soin de faire l'inspection du matériel qui servira aux vendanges avant cette date, f° 339 verso. Ceux qui ont acensé la petite dîme de Bengy en versent le prix à la Saint- Aoustrille parce qu’à cette fête ils peuvent faire le commerce des agneaux et des toisons, f° 347 verso. Ces coutumes se sont maintenues pour la plupart à travers les siècles, et aujourd’hui encore en Berry, les servantes et les valets de ferme se louent à la Saint- Jean d’une année à l’autre, tandis que le terme des locations et des fermages se place ordinairement à la Saint-Martin. Pour les prévôts, l'époque la plus chargée est le Carême jusqu'aux Rameaux, et de la Pentecôte à la Saint-Pierre et Saint-Paul, là ils parcourent les domaines, profitant de la belle saison, reçoivent les redevances, acensent dimes, prés et coutumes, f° 339 ‘verso, 343 verso, 346 verso.
Le cartulaire ‘Honne aussi quelques indications sur le nombre des habitants, en effet il est levé pour chaque feu du bailliage de Acé une poule. Une fois déduite la part des Peppi, qui lèvent la redevance, la part du chapitre atteint 200 poules, on peut donc compter à peu près 225 feux sur le bailliage, f°335 verso, c’est peu si on pense que Acé s'étend sur plusieurs paroisses : Santranges, Villebon, Villiers, le Puits.
À ces paroisses Files s'oppose la ville, ou tout au moins le bourg, celui-ci peut atteindre cependant une certaine importance puisqu'à Bengy on compte plusieurs bouchers, boulangers, cordonniers, f° 345 verso. L'opposition entre les deux termes de ville et de paroisse est faite à propos de la part de redevances dont jouit le comte de Sancerre sur le domaine de Beaulieu. Il a la moitié des unes dans la nouvelle bourgeoisie de l’Etang considérée comme ville, mais ce privilège ne s'étend pas aux paroisses, f° 333 verso.
De l'importance des terres remises à chaque tenancier on ne peut dire rien de précis, ce sont les casales, ou chezales mentionnées au f° 334 recto ().
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(1) Ce nom de chezal, domaine, petite propriété, est resté à certains villages berrichons, on peut citer ainsi : Chezal-Benoît, Chezal-Chauviér.
Pare
Le prévôt au sujet des grains des casales au f° 351 verso, note simplement que le paysan donne un setier d'avoine ou une mine ‘ou deux setiers ou plus selon l'importance de la surface qu'il occupe et la qualité du terrain. Le tenancier a donc la possibilité de choisir l’étendue qu'il veut, autant qu’il a la possibilité de la cultiver.
A Chaveroche, une maison acensée pour 40 sols parisis et 9 setiers d'avoine se compose de la maison du moulin, de terres arables, de prés, d’un vivier.
Le paysan vit de la culture des céréales : blé, seigne, avoine et surtout de l'élevage. Au xm° siècle, si les terres ne manquent pas, leur br est très pauvre, on connaît peu d’espêces cultivées, le sol péniblement remué à la houe n’a que de maigres récoltes, de plus on le laisse reposer une année sur trois (°). Froment, seigle, avoine et orge sont les quatre sortes de grains que reçoit le chapitre, auxquelles il faut ajouter parfois d’autres plantes comme les fèves ou haricots, f° 330 recto, mais le froment est toujours en quantité inférieure. À Santranges, sur six muids qui doivent être rendus, un demi-muid seulement est de froment, trois et demi de seigle, et deux d’avoine ; aux Vieux Terrages, sur trois muids, deux setiers seulement sont de froment alors que le setier ne représente que le 1/12° du muid à la mesure de Bourges. Quant aux Nouveaux Terrages, toutes les redevances s’acquittent en seigle parce qu'il n'y a pas là de froment, f° 330 verso. À Sury, il en est de même; la dîme de Marçay de six setiers ést composée d’un setier de froment et de cinq setiers d'orge et d'avoine, f° 338 recto; Outre-Cher, actuellement une des régions les plus productrices en blé de France, le pays n’est pas plus riche, les grains des casales sont rendus en avoine, f° 351 verso.
Des moulins, les chanoines reçoivent les méteils qui ne sont que des mélanges de seigle, d'orge et d’avoine.et non pas de froment, f° 338 verso. Les labours se font à trois saisons différentes, labour d'été à la Saint-Jean, labour d'hiver à la Saint- André enfin labour de printemps en mars qui a pour but de préparer la terre à recevoir la semence de l'orge et des autres blés de mars, c’est le labour d’après Noël, il est appelé, d’un nom très généralement répandu en France puisqu'on le retrouve également en Normandie (‘), labour de Marcesches ou de Trémois,
(1) SÉE. — Les classes rurales, p. 540., ; (1) DELISLE. — Etude sur la condition de la classe agricole et l’état de l'agriculture en Normandie, p. 305.
ss
f° 350 recto. Les instruments de travail sont restés assez rudimentaires et la charrue n'existe pas sur chaque terre, mais seulement sur les grosses tenures, on en compte cependant de 38 à 40 l’année 1228 dans l'étendue de la justice de Bengy, tant à bœufs qu’à ânes, {° 345 recto.
Les charrues peuvent servir à plusieurs tenanciers, puisqu'il est d'usage de s'associer pour avoir soit une charrue, soit des bœufs (le bailli et le maire de Charpaignes ont une charrue par moitié, f° 345 recto) mais certains champs sont aussi cultivés à la houe, f° 344 verso, et le rendement des champs doit être alors /assez mince. En dehors de ‘ces céréales : froment, seigle, avoine, orge, il y a peu d'espèces cultivées, les fèves, f° 330 recto, et les autres plantes « quod non venit ad ligamentum », f° 336 verso, telles que les pois, pois chiches, le millet, le panil, qui sont des espèces de graminées pour les deux dernières. Le chanvre doit être cultivé également d’une manière assez restreinte, il existe cependant une dime du chanvre à Beaulieu qui s'élève à 30 sols parisis annuellement, f° 334 verso. Ce sont à peu près les seules indications que l’on puisse trouver dans le cartulaire quant aux espèces cultivées en fait de grains et de légumes. L’énumération n’en est pas longue et correspond aux modes de culture de l’époque ("). Toutefois, il faut encore citer comme une des cultures les plus répandues, celle de la vigne. Le chapitre entretient les siennes avec un soin tout particulier, et il est évident que toutes les tenures doivent comporter quelques pieds de vigne ou quelques rangées de ceps. Ce n’est qu’un léger vin de pays « delibis qualitatis et substancie » au moins à Sury et à Beaulieu, vins des coteaux du Sancerrois auxquels ils manquent les chaudes saisons du Midi et qui est souvent gâté comme en l’année 1229 par des pluies trop abondantes qui perdent la récolte et pourrissent les ceps. C'est une culture assez généralisée pour que la foire de la Saint-Gilles, le 1” septembre, soit spécialement réservée à la vente des cercles de barriques et de tous les instruments nécessaires aux vendanges, f° 339 verso. À Bengy également la vigne est assez répandue pour qu'il existe une dime du vin et un banvin et pour que les prévôts du chapitre puissent cueillir quand il leur plaît les grappes vertes ou mures dans les clos, f° 344 verso. Par contre, dans les terres d’Outre-Cher, on ne trouve trace nulle part de la culture de la vigne, et ce caractère s'ajoute à tout ce
(1) SÉE. — Les classes rurales, p. 540.
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qui différencie cette région des précédentes. Avec le Cher on quitte la région des collines et des vignobles pour atteindre le Haut-Berry aux immenses plaines contiguës à la Sologne et qui, entre Issoudun et Vierzon et Vatan est particulièrement propice ‘aux grands champs de blé ou d’avoine aq coupés de quelques boquetaux. ù
La grande ressource des paysans du chapitre est l'élevage. Toujours particulièrement important aux premiers stades de
développement agricole d’un pays puisqu'il demande peu de
bras et que les bêtes s'accommodent pour leur nourriture des étendues sauvages, landes ou forêts. Aujourd’hui comme au xx siècle, l'élevage dans le Berry porte surtout sur les moutons et les porcs, aussi la dîme des moutons ou petite dîime qui est levée sur le produit des troupeaux : agneaux et toisons, est-elle exposée tout particulièrement avec soin dans ses détails, elle représente un revenu important et qu’il ne s’agit pas de laisser au hasard. À Beaulieu comme à Bengy, f° 335 recto et 347 recto et verso, la Saint-Aoustrille d'Eté est comme la Saint-Gilles pour
les vignes, la foire où se traitent spécialement les achats et les
ventes d’agneaux et de toisons. Le gros bétail par contre doit être peu nombreux, sans doute on utilise les bœufs pour la charrue, mais en petit nombre; il existe une dîme pourtant soit en argent soit en nature pour les veaux, juste mentionnée en deux lignes, f° 335 recto, elle doit être de peu d'importance.
Les porcs sont élevés partout dans les domaines du chapitre, ainsi les « familie » qui mesurent à Beaulieu le cens du froment peuvent conduire leurs porcs dans les bois du chapitre sans payer le « pasnagio », f° 331 verso. Ce droit de glandée remplace la dîime pour les porcs, à Beaulieu, ceux-ci sont conduits dans les forêts souvent assez loin des fermes des paysans qui les possèdent puisqu'il existe un tarif pour les porcs qui ne sont pas de la justice de Beaulieu et qui profitent pourtant de la glandée dans ce lieu, #° 336 recto. Au bailliage de Vœu, c’est un autre droit qui est applicable à ces animaux, il laisse à tout paysan le droit d'élever un porc pour sa propre consommation sans payer aucune redevance. Ceci donne quelques indications sur la manière dont se nourrissaient les paysans des domaines, chaque famille possède sa réserve de lard et de jambon « unum porcum quem nutrit in doma sua ad habendam use salatam et lardum », f° 350 verso: La viande semble être d’un emploi courant dans la composition des repas, à Bengy on compte plusieurs bouchers qui doivent la
redevance par bœuf ou porc abattu, et lorsque les tenanciers ont conduit à Bourges le blé, prélevé sur les récoltes de Vœu, le prévôt est tenu de leur fournir un répas avec pain, vin et un plat de viande, f° 351 recto; la redevance dûe à chaque mariage, pour les jongleries est constituée par une épaule de porc ; le vin est assez abondant pour être sur toutes les tables, c’est au moins ce que laisse supposer le rapport des règles du banvin. En dehors du lard, la nourriture des paysans se compose du pain assez grossier que peut fournir le seigle, l’avoine et l'orge, le blé étant
en petite quantité, de pois et de fèves. Les détails manquent dans
le cartulaire sur les ustensiles employés dans la vie courante par les paysans, et sur les vêtements portés. Il est juste fait allusion au sujet du banvin aux pichets confisqués en cas d’inobservation, f° 344 recto, et pour les vêtements à la tunique ou au pallium correspondant au vêtement de dessus qui doit être légué au sergent selon la coutume de Vœu, f° 354 verso. |
On ne peut pas essayer de retracer la vie quotidienne des paysans de Saint-Etienne, sans remarquer les complications innombrables que devait produire la multiplicité des mesures et des monnaies. Chaque pays, chaque bourg a les siennes, toujours différentes de l’un à l’autre. Si la mesure de Beaulieu est assez voisine de celle de Bourges, 3 boisseaux de Beaulieu égalent deux et demi à la mesure de Bourges, par contre 20 setiers à la petite mesure de Acé ne valent pas plus de trois setiers et demi à la mesure de Beaulieu, f° 334 recto. Le setier de Charpaignes vaut
9 boisseaux de Bourges, celui de Sancerre 24 boisseaux de la même
mesure, alors que celui de Montfaucon n’en contient que 12 (°).
Les mesures ne sont même pas le privilège d’une région ou d’une ville, elles peuvent varier d’une seigneurie à l’autre, c’est à la mesure du cellerier ou du grenerier du chapitre qu'est évalué le produit de la grange de Bengy en 1228. Enfin, à l’intérieur d’une mesure même, il y a quantité de divisions depuis le muid jusqu’à la mine en passant par le setier qui est employé le plus couramment, le boisseau, le quarteron ; à la mesure de Beaulieu que l’on peut confondre avec celles de Bourges, le muid vaut 12 setiers, f° 330 verso, et la mine vaut 1/2 setier, f° 332 recto.
La complexité est la même dans les monnaies, et l’on calcule
tour à tour en sols parisis ou de Nevers, ou de Sancerre, ou en
livres tournois, ou en deniers, ou en obole, ou même en poite-
(1) THAUMAS DE LA THAUMASSIÈRE, p. 39.
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vine. La monnaie de Paris est fréquemment employée, f° 331 recto, 332 recto, 335 verso. Bourges est en effet ville royale et les rapports avec l'Ile-de-France sont assez fréquents pour amener cette pénétration de la monnaie du Parisis jusqu’en Berry ; comme le setier vaut la 1/12° partie du muid, le sol Parisis vaut le 1/12° de la livre parisis ; il est normal que la livre de Nevers et de Sancerre soit employée sur les terres du chapitre puisque ces villes sont à la limite du Berry, et qu'étant donné leur importance, les échanges doivent être fréquents. Par contre, il est à remarquer qu'il n'existe pas de monnaie spéciale à Bourges, et qu'Issoudun, Vierzon semblent être dans le même cas ou tout au moins leurs pièces ne sont pas assez répandues pour qu’on puisse les compter usuellement .Il est vrai que sous saint Louis, Issoudun est définitivement rattaché à la couronne, la monnaie parisis doit donc y être employée. Nevers est au contraire un important duché dont l'influence se fait sentir de l’autre côté de la Loire.
De tous ces renseignements fragmentaires, on peut conclure que malgré l'existence du servage, la condition des hommes du chapitre de Saint-Etienne n'est pas trop pénible, le pays, au moins du côté d’Issoudun, dans ce qui constitue le bailliage de Vœu est riche, l'administration du chapitre est régulière, précise, l'arbitraire y joue un rôle minimum, enfin il ne faut pas oublier que cette période est celle du règne de saint Louis qui a amené une prospérité générale dans tout le royaume.
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