‹ Les Domaines du Chapitre de Bourges au Début du XIIIe SiècleChapitre 26 sur 38 · PARA" AE · texte numérisé non relu

PARA" AE

sergent nest d’ailleurs pas nourri par le prévôt, mais par le décimateur. | |

Quant au prévôt d'Outre-Cher dont la situation est plus proche de celle des prévôts chanoines, il perçoit comme ceux-ci des « logres » sur le blé rendu pour les casales, f° 351 verso, de plus il a reçu en fief 15 setiers ou la moitié des orges d’héritage. Les souvenirs du rapporteur ne sont pas très précis sur ce point, pour cette inféodation, il est tenu d'apporter une cape de soie au doyen aux jours de fête chantée, enfin selon la coutume d’Issoudun, les serfs de mainmorte doivent lui léguer 12 deniers ou plus selon leurs richesses, s’ils ne le font pas le prévôt peut s’enparer de leur meilleur vêtement.

A côté de ce prévôt chanoine qui a un pouvoir général Outre- Cher, il existe un autre prévôt de Chéry seulement, qui tient sa prévôté héréditairement. Ce Girard Neron a le droit de justice sur les hommes de Chéry, en dehors de ce rôle dont il tire la majorité des profits pécuniaires de son office, il est complètement effacé par le prévôt chanoine qui est le véritable représentant du chapitre Outre-Cher.

Un autre personnage partage les attributions des prévôts, c'est le « judex ». Ces officiers ne sont pas rares sur les grands

domaines où ils rendent la justice, et veillent à l’exploitation :

domaniale (‘). Ce sont exactement les fonctions des prévôls, l'utilité du juge sur les terres du chapitre ne s'explique donc pas très bien, ce n’est d’ailleurs qu’à Bengy que cette chargc est remplie. Divers détails donnés par le cartulaire permettent de connaître quelqu’unes de ces attributions. Il s'occupe avec les prévôts de la vente annuelle des redevances des cordonniers, boulangers et bouchers de Bengy, f° 345 verso. Conjointement aussi au prévôt il donne des ordres au sergent pour l’exécution des corvées de labour, f° 346 recto, enfin, toujours avec le prévôt, il est tenu de fournir un sergent pour lever la dîme des agneaux.

Dans tout ceci, il n’est pas question de fonctions judiciaires, le juge en réalité double le prévôt et semble plus particulièrement destiné à commander aux sergents. Sa charge a pu être plus importante dans le passé, cependant, comme beaucoup de ces fonctions, les services dûs se sont peu à peu effacés et l'ancienne charge devenue héréditaire, f° 346 verso, se transforme en bénéfice. Le juge est déchargé des corvées, f° 344 verso, en dehors de l’agneau et de la toison qu'il reçoit dans la dîme, il

(4) SÉE, page 125 et suivantes.

a également dans le cens de Bengy à la Saint-Germain deux deniers parisis.

Il y a un autre juge sur les domaines du chapitre, c’est celui de Vœu, il fait échec aux pouvoirs du prévôt d’Outre-Cher quant à la justice de Vœu, celui-ci ne possède pas sa fonction héréditairement, elle lui a été confiée à vie par le doyen. IL est chargé d’avertir les serfs de Vœu du jour où ils doivent transporter à Bourges les grains d’héritage. Le rapporteur ne s'appesantit pas sur le rôle de ce personnage et ne donne aucune indication sur les revenus de sa charge, f° 351 recto.

A Beaulieu, qui est le domaine le plus riche et le mieux organisé, on trouve également des agents du chapitre remplissant un rôle intermédiaire entre celui des prévôts et des sergents ; à l'opposé du judex, ils ont des attributions bien définies et secondent utilement les prévôts. Ils régissent chacun une des divisions en bailliages du domaine de Beaulieu. Ce terme de bailliage correspond assez mal à l'importance de leurs fonctions.

Le Dlliaue dans son sens habituel est en effet bien supérieur à

la prévôté. Le mot « baillivus » serait plus exactement rendu

dans ce cas par bayle que par bailli, le bayle étant dans le Midi

un agent domanial assez voisin du prévôt. Chacune des circonscriptions de ces bayles a des limites nettement définies, l’une dite la Chacepolerie s’étend de Beaulieu à Maimbré et aux Plessis, elle est tenue par les Rosselli, l’autre, Acé, va de Santranges au Puits, et ce sont les Peppi qui l’administrent, f° 336 recto. Les Rosselli jouissent de leurs fonctions « ex hereditate » pour les Peppi, le prévôt ne précise pas, ils ont donc dû être investis par le doyen. Aucun système n’est établi d’une manière absolue sur les domaines du chapitre pour la nomination des « ministeriales » les uns afferment leurs charges, les autres les tiennent en fief, ou par hérédité, ou viagèrement, certains ont pu consolider leurs positions et transmettre leurs offices à leurs descendants, pour d’autres moins heureux, le doyen garde la libre disposition de la charge.

Le rôle de ces bayles est très actif, ils set bhduu le prévèl dans la gestion du domaine. C’est ainsi qu'ils sont responsables de la perception de cens sur les terres dont ils s'occupent. Les Rosselli doivent pouvoir donner au chapitre 75 sols de Sancerre, et ils complètent la somme sur leur propre bourse s'ils n’ont pu l'obtenir, ils sont dédommagés de leurs peines par une somme de 12 deniers de Sancerre et leur entretien pendant deux jours,

UM

f° 334 recto. Plus loin, f° 335 verso, il est donné une véritable énumération de leurs fonctions, en dehors de la perception du cens, ils lèvent également les droits de glandée, qui leur rapporte 5 sols de Sancerre, ils sont tenus de rassembler la petite dime ou dîime des agneaux, et ils en ont la redîme, c’est-à-dire la dixième partie de la dime du chapitre, enfin ils jouissent de la dîime de toutes les plantes comme les pois, pois chiches, qui ne sont pas mises en gerbes. Ils sont tenus en contre-partie d’avertir les hommes de leur « bailliage » sur l’avis du chapitre ou du prévôt, pour tout ce qui concerne la levée des redevances.

Les Peppi, sur Acé, ont des obligations à peu près semblables, il s’agit pour eux de lever la.redevance en poules comprises dans la prévôté de Beaulieu, à cette occasion, ils sont qualifiés de « serviens » sergents, mais en vérité bien que leurs fonctions soient inférieures à celles du prévôt, elles semblent dépasser le simple rôle du sergent. Comme les Rosselli sont payés par la

- dîme, les Peppi ont aussi la dixième part des poules et des oboles qu'ils rassemblent, ils doivent veiller à la rentrée des redevances d'avoine à la Saint-Germain, et les mesurer, ils peuvent garder pour leur compte le surplus d’avoine apportée et qui leur reste une fois prélevée la part du chapitre.

Enfin, comme les Rosselli, ils doivent avertir les hommes pour la levée des redevances et au besoin prendre des gages si ces redevances sont insuffisantes, f° 336 verso.

Il y a également un bayle à Charpaignes, qui est Bartholomée de Solers, qui remplit en même temps les fonctions de collecteur du cens, il est compris dans les cinq personnages de Bengy exemptés des corvées, mais aucun autre détail ne permet de connaître son rôle, ni les revenus de sa charge, f° 344 verso.

Dans la hiérarchie de ces administrateurs du domaine, on trouve après les « bayles » qui forment une sorte de classe intermédiaire, les sergents qu’on peut ranger dans les bas officiers. Il est difficile d’ailleurs de placer exactement à leur rang tous ces personnages, qui apparaissent une ou deux fois au cours du rapport, tantôt sous un nom et tantôt sous un autre. C’est ainsi que, au f° 335 verso, Girard Vogrin nomme les Peppi comme sergents de Acé, alors que ces personnages ont été présentés plus avant comme en possession du bailliage de Acé; par contre, au f° 353 verso, le prévôt déclare que le serf est tenu de faire un legs « vel preposito, vel ballivo suo, quod idem est » — donc en deux passages différents le bayle est assimilé soit au sergent, soit

JAN Te

au prévôt, On à un autre exemple de la même confusion entre les charges, au f° 346 recto, le sergent de Charpaignes est le juge Humbautus, le judex doit être pourtant bien supérieur au sergent, il est vrai que les fonctions de juge sont assez minimes et peuvent se cumuler avec celles de sergent.

Comme les prévôts, les sergents ont été choisis à l'origine du chapitre parmi les serfs des domaines ou les serviteurs, ils sont vite devenus puissants dans le petit cercle où ils règnent, d'autant plus que presque toujours‘ils ont réussi à rendre leur office héréditaire ('). Le titre de judex porté par le sergent de Charpaignes indique assez que cet office jouit déjà d'une certaine considération. Les sergents ne sont nommés qu'incidemment au cours du cartulaire, et uniquement en raison de leurs devoirs. Ainsi le sergent commun du chapitre et du Comte de Sancerre est chargé de partager également entre eux les revenus des droits de lods et ventes à l'Etang, f° 333 verso. C'est avec l’aide de son sergent que le prévôt laïc à Beaulieu lève les deniers d’aoûtage et de nouvel an compris dans la prévôté. Le juge Humbautus, sergent de Charpaignes, est plus particulièrement chargé, pour sa part, d’avertir les hommes du chapitre pour la levée des redevances, el de leur transmettre les ordres du prévôt ou du juge pour l'exécution des corvées, f° 346 recto. Dans les attributions du sergent entre également la mission d'accompagner le décimateur et de saisir les gages quand il y en a nécessité, ʰ 347 verso.

Le sergent paraît être moins attaché à une circonscription territoriale qu'à un autre administrateur qui est en général le prévôt. Quant à sa rémunération, le sujet est effleuré au f° 346 verso, le passage est assez obscur, il s'agit « de trois sergents » dont il n’a pas été fait mention, ils touchent chacun deux deniers parisis sur un cens rendu à Bengy à la Saint-Etienne.

Dans la catégorie mal définie des bayles et des sergents, on peut encore faire entrer le « precor » le maire et les « Chacepous », il est dit très peu de choses à leur sujet: le juge qui est bayle et maire de Charpaignes possède une charrue de moitié avec le prévôt, cette accumulation de titres ne correspond pas à une série de charges différentes, f° 345 recto, mais plutôt à des fonctions” à peu près similaires sous des noms divers. Quant aux « chacepous », ils ont la redime des agneaux à Beaulieu moyennant

nn Se

(1) Nouvelle Revue Historique de Droit, 1928. — Marc BLOCH : La Ministérialité en France et en Allemagne.

Page 1