‹ Les domes catholiques exposés, prouvées et vengés attaques de l ..., Volume 1Chapitre 15 sur 42 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Église a toujours professé le dogme de la création.

Le dogme de la création a toujours été professé par l'Église chrétienne. Il a même constamment fait partie du symbole religieux du peuple chargé de préparer les voies à la société fondée par Jésus-Christ; il appartient à l'ancien comme au nouveau Testament. « Au commencement Dieu créa le del et la terre », telles sont les remarquables paroles qui ouvrent le premier livre des Écritures inspirées; et je pourrais citer vingt endroits de l'ancien Testament qui expliquent et développent la pensée si nettement exprimée dans ce simple et sublime début de la Genèse. Qui ne connaît ces belles paroles de la mère des Machabées, exhortant au martyre son plus jeune fils : « Elève tes yeux, mon fils, vers le ciel ; porte-les sur la terre ; considère tout ce que renferment le ciel et la terre, et sache que Dieu a fait tout cela du néant (i). » D'ailleurs la tradition constante de la

(1) Il Mach.y vn, 28. On lit dans le texte grec : yt&mt Sri IÇ eux &vT(i>v iirotv)ai aura o Osoç.

synagogue atteste la croyance à la création substantielle ou proprement dite.

On ne conteste guère, je crois, que ce dogme ait toujours été au nombre des articles du symbole chrétien. Aussi toute contestation à cet égard ne serait-elle qu'un inexplicable et ridicule défi à Thistoire entière du christianisme. Dès Torigine nos docteurs ont constamment proclamé et défendu la création de toutes choses contre les païens et contre certains hérétiques moitié chrétiens, moitié païens, qui la méconnaissaient ou l'attaquaient directement; c'est un des points de la doctrine chrétienne sur lesquels ils reviennent le plus fréquemment, provoqués par les idées des adversaires qu'ils avaient à combattre. Chez nos anciens docteurs comme dans nos anciens symboles, le dogme de la création marche toujours à la suite du dogme de l'unité de Dieu : ils professent un seul Dieu créateur de toutes choses. « Les Pères des premiers siècles, dit Klee, s'attachant strictement à l'Écriture, maintiennent avec Téternité de Dieu (i), la non éternité de la matière (^), et démontrent qu'on ne saurait attribuer à la matière, ni de n'avoir point commencé, ni de n'être point contingente (s). Ils font observer que si Dieu

(i) Ireii. m, 8, n. 3. — Tert. Marc, v, 1. Hermog. iv. — Aug. Conf. XI, 7, n. 0, XII, 8. — Épiphan, Haeres, lxiv, ii. xix.

(2) Tert. Hermog. v. — Bas. Hexaem. ii, 2. — Chrysost. In Gènes. Hom. II, u. 5.

(5) Justin. Tryph. v. Tatian. Grœc. v. — Iren. Fragm, p. 348, in éd. Massuet. — Athen. Légat, iv. — Dion. Alex, ex îib. adv. Sabell. Fragm. m, ap. Euseh. Prœpar. Evang. vu, 19.

n'est pas le seul être éternel, en sorte que tout le reste ait été fait par lui, il n'est plus Dieu (i). »

Ils distinguent entrelecréateur et l'ouvrier :« La différence qu'il y a, dit saint Justin, entre le créateur et l'ouvrier, consiste en ce que le premier n'a besoin que de sa propre puissance pour donner l'être à ce qui ne l'a pas, au lieu que le second a besoin de matière pour faire son ouvrage (2). » Selon saint Théophile d'Antioche, les hommes d^ Dieu, inspirés du Saint-Esprit, enseignent unanimement que Dieu a créé de rien toutes choses (3). « Il est écrit dans le livre de Moïse, dit ce Père : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre. Ensuite l'Écriture ajoute que la terre était invisible et informe; que les ténèbres couvraient Vabîme, et que l'esprit de Dieu était porté sur les eaux; voulant nous faire connaître par là que la matière, dont Dieu a fait le monde, est elle-même une chose qui a été créée de Dieu. Platon et ceux qui le suivent avouent que Dieu est incréé, qu'il est le père et le créateur de toutes choses; mais ils prétendent qu'il y a deux êtres incréés. Dieu et la matière, qu'ils regardent comme coéternelle à Dieu. Mais si la matière est incréée comme Dieu, Dieu n'est donc plus le créateur de toutes choses, il n'est plus le monarque universel. Dé plus, comme Dieu, étant incréé, est par là même immuable, de même, si la matière était incréée, elle serait immuable et égale à Dieu ; car ce qui est créé est sujet au change- Ci) Klee, Manuel de VHistoire des dogmes chrétiens, II« part. chap. III, § i«'.

(2) Cohort. n. xxii.

(3) Ad Autol. lib. 11, n. x.

ment et à l'altération, tandis que ce qui est incréé ne peut ni changer ni s'altérer. Qu'y aurait-il de grand si Dieu avait fait le monde avec une matière éternelle? L'ouvrier, parmi nous, ayant reçu la matière d'un autre, lui donne la forme qui lui plaît; mais la puissance de Dieu s'est manifestée en ce qu'il a fait de rien tout ce qu'il a voulu, en ce qu'il produit et qu'il a produit tont ce qu'il a voulu, et comme il l'a voulu (^). »

Mais pourquoi nous arrêter à citer des textes? « La doctrine de l'Église, comme le remarque excellemment M. Maret, paraît avec évidence dans les controverses qu'elle soutint, dès le n« siècle, contre les Gnostiques, qui renouvelaient le système de l'émanation, le panthéisme et le dualisme. Qu'opposait-elle aux panthéistes, aux partisans de l'émanation? Elle les accusait de diviniser le monde en le faisant participer de la substance divine; d'anéantir la Divinité en détruisant son unité, divisée à rinflni dans la multiplicité des êtres; de renverser enfin toutes les notions de la sagesse et de la bonté divines, par l'introduction du mal dans l'essence même de Dieu.

« Que disait-elle aux dualistes, partisans de l'éternité de la matière? Elle leur objectait que, si la matière est incréée et nécessaire, elle est infinie, elle est Dieu ; qu'ainsi on arrive à deux dieux, ou plutôt à la destruction même de toute notion de Dieu.

« De cette double controverse, il résulte, avec une évidence absolue, que la doctrine de l'Église sur la création

(1) Loc, cit. n. lY.

repoussait également et Témanation de la substance du sein de la Divinité et la matière éternelle, et que par conséquent le dogme ecclésiastique consistait précisément à affirmer la création du monde sans matière préexistante (i). »

Il serait superflu d'insister davantage, le doute n'est point permis à cet égard, et toute discussion serait un hors d'œuvre.

(1) Théodicée chrétienne, XIV« leç., p. 332-333. Paris, 1850.

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