‹ Les domes catholiques exposés, prouvées et vengés attaques de l ..., Volume 1Chapitre 19 sur 42 · CHAPITRE DNIQDE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DNIQDE

Des créatures en général. — Le récit de la Genèse. — • L'œuvre des six jours.

Tout ce qui existe vient de Dieu par la création, le monde est l'ouvrage de sa libre et toute-puissante volonté. Mais qu'est-ce donc que le monde? De quoi se composet-il? Comment a-t-il été formé? La révélation ne nous apprend-elle rien de particulier sur la manière dont il est sorti des mains de Dieu?

D'après les enseipements du christianisme, le monde comprend trois grandes classes d'êtres : les anges, l'homme, et les créatures privées de raison. Ce sont là les trois grandes lignes de la création et comme les trois degrés généraux de la hiérarchie des êtres. Au sommet de cette hiérarchie se placent les esprits purs ; au dernier degré figurent les êtres matériels ou dépourvus de raison ; i'bomme, être mixte, composé d'esprit et de corps, occupe le milieu : il tient d'une part au monde matériel, et

de Tautre au monde spirituel ; il est le iien des deux mondes et comme le médiateur entre le ciel et la terre; c'est par lui que le monde des corps se rattache au monde des esprits : il est la synthèse de Tespritet delà matière. Je devrai bientôt parier avec détail des anges et de ITiomme, les seuls êtres créés qui soient capables de religion, puisqu'ils sont les seuls raisonnables ; je ne puis pas m'ar^êter aux êtres dépourvus de raison, quoique la considération de cet ordre même inférieur de créatures soit Meb propre à inspirer les plus vifs sentiments d*amour et d'admiration pour Celui qui les a faites. Je veux me borner ici h rappeler ce que Moïse nous apprend sur la création du monde en général et sur celle de Thomme en particulier.

On sait que le premier livre de nos divines Écritures s'ouvre par le récit de la création. Rien de plus simple et tout à la fois rien de plus sublime que ce récit, dont l'ignorante et frivole incrédulité du dix-huitième siècle se raillait si finement, et qui provoque aujourd'hui l'admiration et le respect de ceux tnêmes des savants qui n'ont pas le bonheur de croire. Je transcris en entier celte première page des annales de notre globe.

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Mais la terre était informe et vide; les ténèbres couvraient la face de l'abîme, et l'esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne; et il sépara la lumière d'avec les ténèbres, et il appela la lumière jour, et les ténèbres nuit : et le soir et le matin formèrent un jour.

« Dieu dit encore : Que le firmament soit au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. Et Dieu fit

le firmament, et sépara les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du firmament. Et il en fut ainsi. Et Dieu donna au firmament le nom de ciel. Et le soir et le matin firent le second jour.

« Et Dieu dit : Que les eaux, qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'aride paraisse. Et il fut fait ainsi. Et Dieu nomma raride teire^ et les eaux rassemblées iner. Et Dieu vit que cela était bon. Et il dit : Que la terre produise de Therbe verte qui porte de la graine, et des arbres fruitiers qui portent du fruit, chacun selon son espèce, et qui renferment leur semence en euxmêmes pour se reproduire sur la terre. Et cela se fit ainsi. La terre produisit donc de Therbe verte qui portait de la graine selon son espèce, et des arbres fruitiers qui renfermaient leur semence en eux-mêmes, chacun selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Et du soir et du matin se fil le troisième jour.

« Dieu dit encore : Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour diviser le jour d'avec la nuit, pour servir de signes, pour marquer les temps, les jours et les années; pour qu'ils luisent dans le ciel et éclairent la terre. Et cela fut ainsi. Dieu fit deux grands corps lumineux : l'un, plus grand, pour présider au jour; et l'autre, nooins grand, pour présidera la nuit. Il fit aussi les étoiles; et il les plaça dans le ciel pour luire sur la terre, pour pré^ aider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir et un matin; ce fut le quatrième jour.

« Dieu dit encore : Que les eaux produisent des animaux vivants qui nagent ; et que des oiseaux volent sur

la terre, sous le firmament du eiel. Et Dieu créa les grands poissons et tous les animaux qui ont vie et mouvement, que les eaux produisirent, chacun selon son espèce; il créa aussi les oiseaux chacun selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon. El il les bénit en disant : Croissez et multipliez-vous, et remplissez les eaux de la mer; et que les oiseaux se multiplient sur la terre. Et du soir et du matin se fit le cinquième jour.

(( Et Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants, chacun selon son espèce ; les animaux domestiques, les reptiles et les bêtes sauvages, selon leurs difi'érentes espèces. Et cela se fit ainsi. Et Dieu fit les bêtes sauvages selon leurs espèces, les animaux domestiques et tous ceux qui rampent sur la terre, chacun selon son espèce. Et Dieu vit que cela était bon.

« Dieu dit ensuite : Faisons Vhomtne à notre image et à notre ressemblance^ et qu*il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Et Dieu créa Tbomme à son image, il le créa à l'image de Dieu; il les créa mâle et femdle. Puis Dieu les bénit et leur dit : Croissez et multipliez-vous; ixmpUssez la terre et vous l'assujettissez^ et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel^ et sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre. Dieu dit encore : Voilà que je vous ai donné toutes les herbes qui portent leur graine sur toute la terre, et tous les arbres fruitiers qui ont leur semence en eux-mêmes, chacun selon son espèce, afin qu'ils vous servent de nourriture, à vous et à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui vit et se

meut sur la terre, afin qu'ils aient de quoi se nourrir. Et cela se fit ainsi. — Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes. Et du soir et du matin se fit le sixième jour (i). y>

Telle est, dans sa sublime simplicité, Tesquisse que Moïse nous a laissée de la création et de la formation de ce monde. Que de réflexions se présentent à toute âme religieuse à la lecture de cette prmnière page de l'histoire du monde et de la nôtre i Boroons-nous à quelques remarques sur la formation de l'honaiiEie. Et d'abord observons qu'il est fait après tontes les autres créatures. Avant de l'appeler à l'aiistence, Dieu lui prépare un séjour digne de lui; c'est le roi de la cràition terrestre, il faut que tout soit prêt et convenablement ordonné au moment où il paraîtra. L'homme est le couronnenaent de la création, il doit venir le dernier. Jusqu'à l'heure où ce chefd'œuvre de la sagesse étemelle apparut, il n'y avait point d'être intelligent sur la terre; nulle créature n'existait donc encore qui pût comprendre les beautés de l'ouvrage divin, et entonner à la gloire du créateur un hymne d'amour et de reconnaissance : L'univers était muet; c'était, si Ton veut, un vaste temple consacré à Dieu, mais un temple sans prêtre, un temple d'où l'encens et la prière ne pouvaient s'exhaler. L'homnoe est créé, et avec lui le pontife de la création matérielle. C'est par lui que Dieu rapporte d'une façon particulière à soi le monde sensible, incapable de lui-même de s'élever à son auteur. Le ciel et la terre chantent la gloire du créateur, mais leurs

(1) Gènes, c. i.

louanges seraient incomplètes si elles ne trouvaient un organe dans la bouche de l'homme, qui, contanplant et entendant cette inénarrable beauté des œuvres divines, reconnaît et bénit la main qui les a faites : l'homme est la langue de la création. Malheur à lui si jamais il oublie le rang élevé que Dieu lui assigne, ou si, violant les lois de sa destinée, il tente d'arrêter à soi-même ce concert harmonieux qui doit monter jusqu'au créateur.

L'écrivain sacré nous noontre Dieu remettant aux mains de l'homme le sceptre du monde et le sacrant roi de l'univers terrestre; la terre est assujettie à son em(>îre, elle doit le servir avec tous les êtres qu'elle porte. Quelle magnifique investiture! Quelle noblesse! et comme Dieu se platt à honorer l'homme! Pourquoi celui-ci va-t-il se déshonorer lui-même en se rendant semblable aux bêles (Ps. xLvin, 21), sur qui l'empire lui est donné? c Homiâe animal, dirons-nous avec Bossuet, qui te ravilis jusqu'à te rendre semblable aux bêtes, et souvent te mettre dessous et envier leur état, il faut aujourd'hui que tu comprennes ta dignité par les singularités admirables de ta création. La. première est d'avoir été fait non point comme le reste des créatures par une partie de commandement : Fiat, que cela soit; mais par une parole de conseil : Fadamus, faisom (Gen, i, 26). Dieu prend conseil en lui-même, comme allant faire un ouvrage d'une plus haute perfection, et pour ainsi dire d'une industrie particulière, où reluisît plus excellemment la sagesse de son auteur (i) i — « Remarquez, dit encore ailleurs ce grand théologien,

(1) Élévations^ etc. IV« sera. V« élév.

que tous les autres ouvrages sont faits par une parole de commandement : « Que la lumière soit faite, que le firmament soit fait : » Fiat lux (Gen. i, S); c'est une parole de commandement. L'homme est créé d'une autre manière, qui a quelque chose de plus magnifique. Dieu ne dit pas : Que l'homme soit fait; mais toute la Trinité assemblée p^Donce par un conseil commun- : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » Quelle est cette nouvelle ûiçoa-de parler? et pourquoi est*ce que les personnes divines comm^cent seulem^t à se déclarer, quand il est question de forme? Adam? Ëst^e qu'entre 1^ créatu^ res l'homme est la seule qui se peut vanter d'être Touv^^âg^ de la Trinité? Nullement, il n'en est ps^ de la sor ta; (^ toutes les opérations de la très-sainte Trinité soot insëpa^ râbles. D'où vient donc que la Trinité très-2ttig«ste se découvre si hautement pour créer notre premier père, si ce n'est pour nous faire entendre qu'elle ,dïoisit l'homme entre toutes les créatures, pour y peindre soji inftage et sa ressemblance? De là vient que Ifô trois per^ sonnes divine s'assemblent pour ainsi dire, et tieanem conseil pour former l'âme raisonnable; parée que «bacunâ de ces troi3 personnes doit en quelque sorte contribua quelque chose de ce qu'elle a de propre pour TâccompUst* sèment d'un si grand ouvrage (s). »

Tout est singulier dans la création de l'homme. Dieu a voulu nous montrer par là à quel point il nous distinguait de ses autres ouvrages, sur lesquels nous devions avoir le commandement et l'empire.

Dans le récit de la création. Moïse ne parle pas des

(i) Serm4)n sur le mystère de la très-sainte Trinité.

anges, parce qu'ils appartiennent à un autre monde que celui dont il voulait rappeler l'origine aux Israélites. Nous traiterons bientôt avec quelque détail de ces esprits célestes. Mais avant d'aborder ce sujet, nous devons encore ajouter un mot d'explication sur l'œuvre des six jours.

L'incrédulité du dernier siècle a beaucoup ri du récit de Moïse sur l'œuvre des six jours, elle le disait en opposition formelle avec toutes les conclusions de la science. Dans notre siècle on rit moins et l'on étudie davantage. Voltaire et son école se moquaient de tout, parce qu'ils ne savaient rien. « Tant que la géologie, comme le remarque M. Waterkeyn, encore au berceau, ne s'appuyait que sur un petit nombre d'observations imparfaites, on a opposé au récit de la Genèse les systèmes les plus gratuits et les plus disparates. Mais, dès que les faits devenus plus nombreux ont été en même temps mieux connus et mieux étudiés, des savants non prévenus ont fait justice de ces attaques d'un faux savoir ; ils ont montré que les progrès de la science, loin d'infirmer, comme on l'avait prétendu, le récit de Moïse, le confirmaient au contraire de la manière la plus éclatante. Et s'il y a eu certains points qui semblaient, au premier abord, s'écarter des résultats obtenus par la science, il a été facile de montrer que les difficultés qu'on rencontrait à cet égard ne concernaient pas le récit de Moïse en lui-même, mais seulement certaines interprétations particulières de ce récit, qui ne sauraient pas, comme la parole divine, constituer une règle de foi pour le chrétien (i). »

(1) La science et la foi sur Vœuvre de la création, p. 1-2.

Je ne puis m'arréter à confronter ici les différentes parties du récit mosaïque avec les résultats obtenus aujourd'hui par la science ; plusieurs écrivains de mérite Vont fait(i), et ces détails n'entrent point dans mon plan. Se me contenterai de dire que les plus illustres géologues sont dans l'admiration en présence de ce récit; ils s'étonnent de voir un écrivain, qui remonte à plus de trois mille ans, présenter sur la formation du globe des conclusions auxquelles la science est enfin parvenue, après de longs et douloureux tâtonnements.

M. l'abbé Sorignet, après avoir montré en détail la merveilleuse concordance de la cosmogonie de la Genèse avec les découvertes de la science moderne, conclut qu'une pareille concordance ne saurait s'expliquer sans une révélation divine, soit que cette révélation ail été faite directement à Moïse, soit que, faite antérieurement, elle ait été conservée dans la tradition où cet écrivain a puisé; et je crois que tout homme non prévenu qui voudra réfléchir un instant acceptera cette conclusion. Signalons un seul point du récit mosaïque, celui qui peutêtre a le plus embarrassé les docteurs chrétiens, celui qui a été le plus vivement contesté par les savants et sur iequel néanmoins la science aujourd'hui ne permet plus qu'on pense autrement que l'écrivain hébreu. Moïse place la création de la lumière avant la création du soleil ;

(i) Voir Fopuscule de M. Walerkeyn, que je viens de citer ; — les Discour$8ur les rapporU enfre la icience et la reUgûm révélée, par Nie. Wiseman ; — La Cosmogonie de la Bible devant les sciences perfectionnées, etc., par Tabbé A. Sorignet, Paris, 1854; — In Eistoriam créationis Mosaieam commentatio,2imt Pianciaui S. J. Lovanii 1853.

il regarde donc la lumière comme distincte du soleil; eh bien ! la science, on le sait, après avoir constamment protesté contre cette distinction, est enfin parvenue de nos jours à la reconnaître et à la proclamer solennellement, « Moïse, dit M. Sorignet, dit que la lumière est distincte du soleil, qui n*est pour elle qu'un instrument vibratoire ; et cette indépendance de la lumière et cette fonction du soleil, enseignée aujourd'hui dans tous les livres et dans toutes les écoles, avait été méconnue par le grand Newton ; avant lui, Origène ne pensait pas qu'un. homme de sens pût voir autre chose qu'une sorte d'allégorie dans ce qu'en dit Moïse. Saint Augustin ne pouvait pas se faire une idée de cette lumière primitive dont Texistence avait précédé celle du soleil. L'assertion de Moïse avait fait pousser un cri de triomphe aux philosophes païens, et dans le dernier siècle elle égayait encore les philosophes encyclopédistes (i)...i>

La même remarque pourrait s'appliquer à plusieurs autrès points de la Cosmogonie de la Genèse.

Quant aux six jours, dans l'espace desquels Moïse renferme l'œuvre tout entière de la formation du monde, nous croyons que nul résultat certain de la science ne défend de les prendre pour des jours naturels et ordinaires. Nous devons pourtant ajouter que des docteurs catholiques très-autorisés ont considéré ces jours, non pas comme des jours ordinaires, mais comme des époques indéterminées; et tel est encore le sentiment de plusieurs écrivains que nul ne suspectera d'hétérodoxie. Il est donc

(\) La Cosmogonie de la Bible devant les sciences perfectionnnées, etc., p. 424-423.

permis de prendre le mot de jour dans le sens de temps et d'époque.

Ce qui est certain, ce qui n'est plus contestable aujourd'hui, c'est que l'incrédulité est complètement désarmée en présence du récit mosaïque î elle ne peut rien trouver dans ce récit qui soit contredit par les récentes découvertes de la science.

Je crois toutefois que quelques apologistes catholiques attachent trop d'importance à prouver comment les paroles de l'écrivain sacré concordent de tout point, et jusque dans les moindres détails, avec les conclusions actuelles de la géologie ; je ne pense pas que la science ait encore dit son dernier mot, et d'un autre côté il est hors de doute que certaines parties du récit de la Bible peuvent recevoir une autre explication que celle qu'on leur donne. Moïse n'a pas eu en vue de faire une leçon de géologie, et il ne faut pas trop s'attacher à rechercher dans les quelques lignes qu'il a tracées sur la création une doctrine ou une théorie nettement tranchée sur la formation du monde. L'écrivain sacré ne s'est proposé qu'un but religieux; il a voulu montrer aux Israélistes enclins à l'idolâtrie que le monde avec tout ce qu'il renferme était l'ouvrage de Dieu ; et il s'est surtout attaché à faire voir l'homme dans ses rapports avec Dieu. Tout le reste est secondaire et purement accessoire aux yeux de Moïse. Laissons donc aussi, à son exemple, la géologie et la cosmogonie pour nous occuper de l'ordre moral et religieux.

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