CHAPITRE III
Ëtat primitif des anges. Chute d'un certain nombre d^entre eux.
II y a de bons et de mauvais anges. Mais ces derniers n*ont point été mauvais dès le commencement, ils le sont devenus. Au moment de leur création, tous les anges étaient bons. Tout ce qui sort des mains de Dieu est pur, et il n*est pas possible que le Bien absolu fasse des êtres mauvais.
L'Église a condamné à diverses reprises Terreur des Manichéens qui prétendaient que le démon avait toujours été mauvais, qu'il était essentiellement mauvais et n'avait pas été créé bon. « Que les inclinations contraires des bons et des mauvais anges, dit saint Augustin, dépendent, non de la différence de leur nature et de leur principe, les uns et les autres étant l'œuvre de Dieu, auteur et créateur de toute substance originellement bonne, mais de la contrariété de leur volonté et de leurs désirs, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Les uns inviolablement attachés au bien commun de tous, qui n'est autre que Dieu même, demeurent dans son éternité, dans sa vérité, dans sa charité; les autres s'abandonnant à l'ivresse de leur propre puissance, et comme s'ils étaient
eux-mêmes leur bien, des hauteurs du bien suprême, source de toute béatitude, sont tombés en eux-mêmes; et changeant, pour une élévation fastueuse, Téminente éternité; pour la certitude de la vérité, les artifices de la vanité; pour la charité mutuelle, les rivalités haineuses, ils sont devenus superbes, trompeurs, envieux. Ainsi la cause de la béatitude des uns, c'est leur union à Dieu ; et par conséquent, la cause de la misère des autres, c'est leur séparation de Dieu. Si donc à cette question : Pourquoi les uns sont-ils heureux? l'on répond avec vérité : Parce qu'ils demeurent fidèles à Dieu ; à celle-ci : Pourquoi les autres sont-ils malheureux ? Parce qu'ils sont infidèles à Dieu; il en faut conclure que le seul bien et le seul bonheur de la créature raisonnable et intelligente c'est Dieu, rien que Dieu. Ainsi quoique toute créature ne puisse être heureuse (une brute, le bois, la pierre, sont incapables de ce don), toutefois celle qui le peut» ne le peut par elle-piême, étant créée de rien, mais par Celui qui Ta créée. Elle est heureuse de la possession de Celui dont la perte la rend malheureuse. Mais Celui qui ne doit rien qu'à soi, qui est à lui-même son bien et sa béatitude, ne peut être malheureux, car il ne peut se perdre.
« Nous dispns donc qu'il n'y a de biea immuable que Dieu, unique, vrai et heureux; et quant ît ses œuvres, qu'elles sont bpnnes, en tant que faites par lui, muables néanmoins en tant que tirées » non de lui , mais du néant (i). »
A l'origine tous les anges étaient donc bons comme
(i) Civ. Dei, lib. m, i.
créatures de Dieu ; et tous étaient appelés à être heureux par leur union à Dieu, leur principe et leur fin.
Et non-seulement leur nature était bonne en elle-même, mais Dieu Torna des dons de la grâce; il les plaça dans un état surnaturel en les attachant à lui par un amour de justice et de sainteté dont sa grâce était le principe. Mais ces esprits célestes étaient libres, et ils devaient être éprouvés. Tout en les assistant de sa grâce. Dieu remit leur sort entre leurs mains; il voulut qu'ils se décidassent eux-mêmes et choisissent librement leur destinée. Quoi de plus juste? Quoi de plus digne et de Dieu et d'un esprit créé? Convenait-il que des êtres intelligents et libres fussent irrévocablement fixés sans avoir subi une épreuve, sans avoir été mis en demeure de choisir et de prendre par eux-mêmes une décision sur leur voie? Assurément non. C'est par l'épreuve que s'exerce, se détermine et se fixe toute liberté créée.
Comment donc les anges ont-ils traversé cette épreuve à laquelle Dieu voulut tous les soumettre? Tout le monde connaît là-dessus les enseignements de la foi. Les uns ont persévéré dans la grâce, sont demeurés fidèles à Dieu ; et en récompense de leur fidélité ils ont été admis à la gloire de la vision béatifique, et fixés à jamais dans cet heureux état. Les autres ont méconnu la voix de Dieu, se sont séparés de lui; et cette séparation, désormais irrévocable, est devenue pour eux le principe d'un irrémédiable malheur. Dès lors un divorce éternel éclata dans la société des anges; deux cités se formèrent, suivant l'expression de saint Augustin, la cité des saints anges et celle des mauvais anges ou des démons. Les uns jouissent
dans le sein de Dieu d'une félicité sans bornes ; les autres, ayant voulu se rendre indépendants de Dieu, se sont enfoncés en eux-mêmes, et leur nature bouleversée ne vil plus que pour le malheur.