‹ Les domes catholiques exposés, prouvées et vengés attaques de l ..., Volume 1Chapitre 3 sur 42 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Doctiùne catholicpie. — Ses adversaires. — Athées et panthéistes.

Le Symbole catholique débute par ces mots :Je crois en Dieu, le Père tout-puissant. Cesi sur Dieu que se porte tout d'abord la pensée chrétienne : il est le premier Être et la première Yérité, le principe de toute chose et de toute pensée; il est surtout d'une façon spéciale le point de départ et le premier fondement de l'ordre religieux. La science, pour refléter fidèlement l'ordre de la nature, doit donc aussi s'ouvrir par Dieu; elle doit graver le nom de Dieu à la première page de ses recherches. Et si cela est vrai de la science en général, à combien plus forte raison faut-il que ce nom apparaisse à la tête de la science de la religion, puisque tous les dogmes, tous les préceptes et toutes les pratiques religieuses partent de lui d'une façon

LES DOGMES CATHOLIQUES. i

toute spéciale, se fondent sur lui et se terminent à lui.

Le Dieu que confesse l'Église ne ressemble point à celui de certains philosophes modernes, qui voudraient placer sur nos autels une idole plus vaine que les idoles du paganisme. Le Dieu des chrétiens est un Dieu subsistant et vivant en lui-même, doué d'intelligence et de volonté, infiniment parfait, absolument indépendant et de qui tout dépend, créateur et gouverneur de toutes choses. C'est sous ces tcaits augustes que Dieu nou& apparaît dans la sainte Écriture, c'est ainsi que les anciens Pères le représentent et que tous les enfants de FÉgtise le connaissent. Ce point est hors de contestation, il serait superflu d'insister. Disons x|uelques mots des adversaires que rencontre ce dogme de Texistence de Dieu.

Il y a deux manières d'attaquer la doctrine chrétienne sur Dieu : l'une consiste à nier directement l'existence de Dieu, l'autre à altérer essentiellement sa nature. La première est l'athéisme proprement dit, la seconde peut n'être à son tour, comoie il arrive^ dans le panthéisme, qu'une ^orte d'athéisme déguisé.

Il n'est point (Je vérité, si évidente qu'elle soit, qui n'ait trouvé des contradicteurs : pourquoi le dogme de l'existence de Dieu en eiût-il été exempt? L'histoire nomme un certain nombre d'hommes qui n'ont pas craint denier directem€inl.et.posijtivement ce dogme. Mais il faut ajouter tout de suite, et c'est là ce qui nous console, que toujours et h tous, les âges de sa vie l'humanité a flétri comme un monsire quiconque a osé nier Dieu. Le genre humain a toujours été en possession de cette grande vérité; les ténèbres du paganisme ont pu l'obscurcir, mais jamais elles

ne Pont étouffée : Tbistoire des nations païennes atteste à chaque page la croyance en un Être supérieur à la nature et auquel Thomme doit compte de ses actions. Cette croyance fait partie de la vie même de rhumanité.

« Comment, s'écrie le plus illustre représentant de la philosophie grecque , comment peut-on , sans indignation, se voir réduit à prouver l'existence des dieux? On ne saurait s'empêcher de voir avec colère, de haïr même ceux qui ont été, et sont encore aujourd'hui la cause qui nous y force, ûuoi! après s'être montrés dociles aux leçoùs religieuses que dans leur enfance, encore sur le s^n qui les nourîssait, ils recueillirent de la bouche de leurs nourrices et de leurs mères; leçons pleines d'enchantement qui leur étaient données tantôt en badinant, tantôt d'un ton sérieux ; après avoir assisté, au milieu de r^ppareii des sacrifices, aux prières de leurs parents; après avoir vu et suiti, avec le plaisir naturel à leur âge, les cérémonies dont les sacrifices sont accompagnés, lorsque leurs parents offraient des victimes aux dieux avec la plus ardente piété, pour eux-mêmes et pour leurs enfants, et que leurs vœux et leurs supplications s'adressaient à ces mêmes dieux, d'une manière qtii montrait combien était intime en eux la persuasion de leur existence; eux qui savent ou qui voient de leurs yeux que les Grecs et tous les étrangers se prosternent et adorent les dieux au lever et au coucher du soleil et de la lune, dans toutes les situations heureuses ou malheureuses de leur vie, ce qui montre combien, loin de nier l'existence des dieux, tous ces peuples en sont convaincus, combien ils sont même éloignés d'en douter; et maintenant au mépris

de tant de leçons, sans avoir un seul motif raisonnable au jugement de tous ceux qui ont le bon sens le plus borné ; ils nous forcent à tenir le langage que nous leur tenons! Qui pourrait consentir à instruire doucement de pareilles gens, et recommencer à leur enseigner qu'il existe des dieux? Il faut toutefois essayer de leur parler de sang-froid, aGn qu'il ne soit pas dit que parmi nous autres hommes, tandis que Tivresse des. passions fait déraisonner leis uns, les autres déraisonnent aussi par Tindignation dont ils sont animés contre les premiers. Adressons donc à ceux qui ont ainsi corrompu leur intelligence^ cette instruction paisible; prenons à part un d'entre eux, et, étouffant tout mouvement de colère, disons-lui avec douceur: mon fils, tu es jeune; le progrès de l'âge changera pour toi bien des choses, et tu en jugeras bien autrement qu'aujourd'hui. Attends donc jusqu'à ce moment pour te faire juge sur une question si importante. Ce que tu regardes maintenant comme de nulle conséquence, est en effet ce qu'il y a de plus important pour l'homme, je veux dire d'avoir sur la divinité des idées justes, d'où dépend sa bonne ou sa mauvaise conduite. Et d'abord je ne crains point qu'on m'accuse de mensonge, lorsque je te dirai à ce sujet une chose digne de remarque : ni toi, ni tes amis, vous n'êtes les premiers à avoir cette opinion sur les dieux : dans tous les temps il y a. eu tantôt plus, tantôt moins de personnes attaquées de cette maladie. Là dessus je te dirai ce qui est arrivé à plusieurs : aucun de ceux qui dans leur jeunesse ont cru quHl n'y avait point de dieux, n'a persisté jusqu'à la vieillesse dans cette opinion (i). »

(1) Platon, Les Lois, liv. x, trad. de Cousin.

« L'existence de la Divinité, dit à son tour Cicéron, est d'une évidence telle, que Je regarderais difflcilenaent comnae sain d'esprit l'homme qui la nierait (i). »

Voilà le sentiment du genre humain tout entier. Aussi nos anciens docteurs ne pensaient pas qu'il fût nécessaire de prouver cette vérité. Dans leurs discussions avec les païens, ils la présupposent constamment ; ils ne cherchent qu'à donner à leurs adversaires une notion plus vraie et plus complète de Dieu. « Soutenir que le monde, dit M. Ginoulhiac en résumant la pensée des Pères, cet ouvrage si élégamment construit et si sagement ordonné, l'ait été sans l'intervention d'un ouvrier plein de sagesse, c'est, à leur avis, une chose absurde, une impiété manifeste (2) ; le penser, c'est n'avoir ni intelligence, ni sens, ni même des yeux (s) ; s'attacher à démontrer cette vérité, c'est faire preuve de peu de sagesse, car on ne doit pas chercher à établir ce qui est manifeste (4), et combattre des propositions insensées est une folie aussi grande que de les émettre (5). D'ailleurs, il n'est pas difficile de renverser les raisonnements mensongers de quelques hommes livrés à des erreurs impies, ne serait-ce que par le témoignage de tous les peuples, dont les sentiments, à cet égard, sont unanimes (e). On doit seulement redouter, en les réfutant, de participer à leur crime ; car c'est une

(1) n Esse Deos ita perspicuum est, ut, id qui neget, vix eum esse sanaé mentis existimem. > De nat. Deor. 11, AA,

(2) Origen. i» Gen, 0pp. tom. 11, p. 3; Cont, CeU. lib. iv, 75.

(3) Minuc. Félix, Octav, n. xvii.

(4) Orig. C. Ce/s, iv, 75.

(5) Ârnob., Disp, lib. i, c. x.

(6) Lactant., Instit.y lib. 1, c. 11.

conduite crimioelle de demander des preuves de l'existence d'une Providence divine, et, à cause de cela, peutêtre ne faut-il pas s'efforcer de la «démontrer, d'autant qu'elle est manifeste par l'art et la sagesse empreints dans ses ouvrages (t). »

Ce langage énei^que des anciens Pères dânontre à quel point Fathéisme était généralement regardé eomme une monstruosité.

Le diristianisiiïe, à mesure qu'il s'empara de la so^ ciété, en chassa de plus en plus le monstre de l'athéisme; et durant de longs siècles Tbistoire ne présente que de loin en loin quelques athées, qui furent un objet d'horreur pour leurs contemporains. « L'atbéisn»e n'est point, disait La Bruyère au xvn^ siècle. Les gii^ands, qui en sont le plus soupçonnés, sont trop paresseux pour décider en leur esprit que Dieu n'est pas : leur indolence va jusqu'à les rendre froids et indifférents sur cet article capital, comme sur la nature de leur âme et sur les conséquences d'une vraie religion ; ils ne nient ces choses nî ne les accordent, Hs îfj pensent point (2). » — « Je voudrais, ajoute le même auteur, voir un ho«>ine sobre, modéré; chaste, "équitable, prononcer qu'il n'y a point de Dieu ; il parlerait du moins^ans' intérêt : mais cet ho>mme ne se trouve point. J'aurais une extrême curiosité de voir celui qui serait persuadé que Dieu n'est t^oint; il me dirait dû moins la raison invincible qui a su le convaincre (s). »

(1) Clera. Alex., Strom,^ lib. v, n. 1. — Ginoulhiac, Histoire du dogme caffiâlique pendmtt leé trois premiers siècles de V Église et jusgu'au àon^ cUedeNic^e, tom. i, p. 5-6, Paris, 1852.

(2) Caractères, chap. xvi, Des esprits forts. ' (5)/W(l.

Selon La Bruyère, on peut être athée par libertinage^ an ne Test point autrement. Voilà ce qu'on pensait de TiaibéisHie à cette époque.

DepDis lors, il faut hien le reconpattre, les choses (ma quelque peu changé. L'incroyance, qui est de tous les temps, parce qu'elle est la complice obligée de l'inflrmité de. l'esprit et du cosur, a exercé en Angleterre d'abord, puis en France et en Allemagne, des ravages inouïs dans k champ ;de la foi;. et- eUe. est parveaue à arraidierde beaucoup d'âmes ruinées toute croyance religieuse. Quel affligeant speetside présente surtout la Fmnce.du dix^buitième siècle! JKe dimi-on pas ..qu'une partie considérable de cette oati(». égarée était cOBjucéeeenire Dieu? L'école TOltotrienne, iiuidQmine si tristement ce siède de luines, eemptait daos* ses ranp, plusieurs philosophes athées. Faut-il leura»ppliquer à tous^le naot de l'auteur desCdfoc^ (^r^? C'est' iune question à laquelle je n'aime point de répoîidre^

Aujourd'hui, dans notre société européenne, y a-t-il beaucoup d'athées? y a4-ilb<eaueottp d'hommes qui ni^nt positivement l'exi^teaca de Dieu? Je crois que le nonobre de ces hommes a*estpas si considérable qu'on se rima-* gine d'ordinaire; mais pourtant il n'est que 'trqp. vrai. qs^ l'Allemagne etjajrancie comptent plûsieuns écrivaips^jqiM ne craignent point d'afficher publiquement rattiiéi;$me. Tout le monde connaît les blasphèmes deJIL .Proudtion; on sait le révoltant cynisme avec lequel ce docteur, de l'an-rori^ie jette au saint nom de Dieu le mépris et J'ijQsuHe. Jamais peut-être l'athéisme ne s'était produit soris une forme aussi hardie et aussi épouvantable. On trouve en

Allemagne un certain nombre d'écrivains se disant philosophes, qui ne le cèdent guère au chef de Tathéisme en France : les écrits de ces étranges philosophes ne sont en réalité que d'incroyables débauches d'esprit. Qu'on en juge par ces échantillons. « La France, dit l'un de ces sophistes, se perd par la religion : les voltairiens euxmêmes sont encore catholiques. En théorie, ils disent qu'ils ne peuvent s'expliquer le monde que par un être divin, par un être infini et incompréhensible; dans la pratique, tous leurs discours et leurs pensées sont pleins de dévouement, de sacrifice, de mapanimité, expressions modernes qui reproduisent Vuneknne ascétique («)• »

< Les feuilletonistes français, dit un autre, qui prétendent attaquer les moines, ne voient pas qu'ils font cause commune avec eux, puisqu'ils admettent, comme eux, l'article fondamental, la notion de consdemce "morale et la distinction du bien et du mal. Le plus célèbre d'entre eux n'est lui-même qu'un poète jésuitique. Les seuls opposants véritables à l'imposture religieuse, c'est nous et nos doctrines purement et radicalement négatives (s). »

M. Feuerbach, l'un des chefs les plus sérieux de cette nouvelle école se disant philosophique, parle ainsi des destinées futures de Tathéisme : « Les anti-chrétiens, les athées, les humanistes (qui ne reconnaissent d'autre Dieu que l'humanité) aujourd'hui sont bien maltraités; mais ayons bon courage : l'athéisme humanitaire n'est plus

(1) Arnold Ruge ap. Willm, BUioUre de la philo9ûpiie aUemande 4e-* puis Kantju8qu*à Hegel, tom. iv,p. 626.

(2) Voir le R. P. Gratry, Une étude sur la sophistique contemporaine, p. 135. Paris, 1831.

dans les camarillas des grands seigneurs riches et fainéants, comme au xviii® siècle, il est descendu dans le cœur des travailleurs qui sont pauvres, des travaiikurs d'esprit comme des travailleurs de bras ; il aura sous peu le gouvernement du globe (i). »

Fort heureusement pour le globe, M. Feuerbach prend ses rêves pour la réalité; et depuis qu'il a écrit ces lignes, la société européenne est entrée dans une voie qui n'est pas précisément celle que le prophétique auteur lui traçait. Hais on voit à quel point l'athéisme ose lever la tête en Allemagne ; il a des partisans avoués qui se font gloire de le défendre, et qui tiennent de la même main avec le drapeau de Falhéisme la bannière sanglante du communisme. Il est juste que les deux monstres fraternisent ensemble.

Pour Tbonneur de l'espèce humaine, l'athéisme proprement dit demeure toujours à l'état d'exception ; et parmi les savants eux-mêmes, qui trop souvent se laissent abuser par un sot orgueil, il ne comptera jamais que de trèsrares adeptes. L'âme sent trop vivement le besoin de Dieu, pour ne pas protester contre une science trompeuse qui voudrait le lui enlever.

L'athéisme est la négation directe et totale de la doctrine chrétienne sur Dieu. Il y a une autre manière do nier cette doctrine» c'est celle de ces hommes qui, tout en admettant l'existence de Dieu, altèrent essentiellement sa nature, de telle sorte que le Dieu qu'ils confessent ne ressemble plus au Dieu du christianisme. Je n'entends point

(1) Qu est-ce que la religion? p. 580.

parler ici des erreurs aftcienaes ou modernes, quelque graves qu'elles soient, sur l'un ou l'autre des attributs et des perfections de Dieu, là n'est peint pour nous la question ; je veux seulement signaleir un système qui a, depuis un demi siècle, joui d'une vogue immense, et dans lequel la notion chrétienne de Dieu est totalement détruite. Ce système, tout le monde en sait le nom, c'est le panthéisme. Au fond, je l'ai déjà dit, ce n'est qu'un athéisbie déguisé; mais comme la plupart de ceux qui le défendent croient être théistes et repoussent l'imputation contraire comme une injure, la justice demande que nous ne les rangions pas au nombre des athées.

Jordano Bruno, moine défroqué i du xv^ siècle^ et Baruch Spinoza, juif hollandais du xvii^, sont regardés comme les patriarche du panthéisme moderne. A sa première apparition, le panthéisme n'excita dans te monde savaat qu'une profonde répulsion. La doctrine de Spinoza fut condamnée comme une doctrine monstrueuse par tous )es philosophes marquants du xvti^ siècle, et elle demeura ensevelie dans l'oubli durant presque tout le siècle suivant. Ce ne fut que dans les dernières années du xvni* siècle et surtout au commencement du xix* que le panthéisme reparut avec éclat sur la scène du monde philosophique. Il se. montra d'abord en Allemagne, où, grâce à la décomposition religieuse amenée par le développement naturel du protestantisme, la direction des esprits avait passé tout entière aux mains de la philosophie rationaliste. Il naquit directement de la philosophie de Kant jointe à quelques réminiscences de Spinoza. Les trois plus célèbres représentants du panthéisme en Allemagne sont Jean

Fîchte, M. de Seheîling ti H^gel. Beaucoup d'écrivains sortis des écoles de SchelUng et de Hegel professent encore aujourd'hui ce système. Mais Ii plupart des disciples de Hegel ont jeté le masque; ils n'ont pas craint de proclamer les conséquences natorelles de la docU'ine de leur maître en arborant franchement le drapeau dé l'athéisme.

Le panthéisme fut importé en France par le chef de récote éclectique, M. Victor Cousin, qui avait^, de» 1&17, visité les chefs du mouvement philosophiqueen Allemagne. Nous savons que le philosophe français s'est toujours défendu d'être panthéiste, et nons croyons qu'aujourd'hui il a sincèrement répudié ©ette funeste théorie'; mais' il n'en est pas moins vrai q«'elle se trouve très ^nettement formulée dans phisienFs de ses ouvrages, et que notamment daiss soo ÎT^roducUon à Vhistoii'e de la philosophie il n'a guère fait le plus souvent que traduire et commenta^ Hegel (i)v Les écrivaiiis les plus importants de l'école éclei^que s'ont jamais adopté le panthéisme de leur chef. Mais, à côté de cette école purement philosophique, il s'en est élevé une autre en France dont quelques maîtres professent ouvertement ce système, je veux parler de réeole socialiste-humanitaire, qui compte parmi ses chefs M. Pierre Leroux et ce malheureux abbé de Lamennais que son orgueil a précipité de si haut dans l'abîme

(t)i)èpiâs<îtte'notis avons écrit «es lignes, M. Cousin â publié un re <• marquable .op^ge où. il repoisse nettement et covtçAét£mmi la panthéisme. C'est avec bonheur que nous le constatons ici. L'illustre écrivain a définitivement secoué le joug de la philosophie allemande; et son intel- Ugeaoe naturellement si élevée et si lucide est enfin rendue à elle-même.

sans fond de Terreur. M. Leroux enseigne nettement le panthéisme dans son livre De Vhumanité, et M. de Lamennais a tenté de le concilier avec le christianisme dans l'Esquisse d'une philosophie.

La Belgique ne put échapper à la contagion générale. Un philosophe allemand, M. Ahrens, disciple de Krause, vint implanter le panthéisme à TUniversité de Bruxelles, où il est encore professé, comme l'attestent les écrits publiés par le successeur de M. Ahrens (i).

Qu'est-ce donc que le panthéisme? Quel en est le dogme fondamental et essentiel? et comment niine-t-il totalement la notion chrétienne de Dieu? Quelques mots suffiront à résoudre ces questions.

Le panthéisme, comme toutes les doctrines qui ont eu grand nombre d'interprètes, se présente dans l'histoire de la philosophie sous des formes très-variées, et nous admettons volontiers que le panthéisme de M. de Schelling, de M. Cousin, de M. Ahrens et d'autres philosophes contemporains dififère en beaucoup de points de celui de Spinoza; mais ces points sont tout à fait accessoires dans la grande question dont il s'agit ici : le dogme constitutif à\x panthéisme détruit toujours et nécessairement le dogme chrétien de l'existence de Dieu. Il est de Fessènce du panthéisme de n'admettre qu'une seule substance, et de nier

(1) M. Tiberghien, qui occupe actuellement la chaire de philosoj^e à Tuniversité de Bruxelles, a publié tout récemment un ouvrage oii il professe le panthéisme de la façon la plus expresse et la plus complète. Voici le titre de cet ouvrage : Esquisêe de philosophie morale précédée d'une introduction à la métaphysique, Bruxelles, 1854. Voyez sur ce livre l'opuscule que nous avons publié sous ce titre : Du panthéisme, ou Examen d'un ouvrage de M, Tiberghien, etc. Bruxelles, 1853.

par conséquent toute création substantielle ou création de sul^stances proprement dites (i). Voilà ce qui caractérise véritablement le panthéisme ; ce double caractère se retrouve invariablement chez tous les fauteurs de ce système. Après cela, qu'ils se divisent sur la manière de concilier l'unité de substance avec cette variété infinie de choses et de phénomènes dont le monde offre le spectacle, il n'y a rieji là qui touche à l'essence de la doctrine ; c'est un point purement accessoire dont nous n'avons pas à nous occuper en ce moment. Qui ne voit maintenant ce que devient dans cette théorie le dogme de l'existence de Dieu? Dieu n'est plus un être à part, subsistant en luimême et vivant de sa propre vie, un être personnel, substantiellement distinct du monde et de chacun de nous, un être doué d'intelligence et de volonté propres-; il est la substance universelle et unique, se déployant sous la forme du monde et de l'humanité, se développant fatalement et incessamment sous cette double forme, qui est la seule et nécessaire manifestation de sa vie. Dieu n'existe point sans le monde et sans l'homme, il n'a de réalité qu'en eux et par eux : l'homme et le monde sont, dans la rigueur des termes, la réalisation de Dieu.

Je le demande, qu'y a-t-il de commun entre un Dieu pareil et le Dieu, non-seulement du christianisme, mais du genre humain tout entier? Est-il donc permis d'appeler du nom de Dieu ce je ne sais quoi qui n'a point d'existence propre et personnelle, qui est tout ensemble fini et infini, absolu et relatif, nécessaire et contingent, esprit et ma-

(1) Nous en parlerons un pea plus longuement en traitant du dogme de la création.

tière, qui est lout et qui n'est rien? N'est-ce pas à la foi.<^ se moquer du bon sens et de la logique? Si je m'adressais spécialement aux philosophes, je discuterais plus longuement ces étranges assertions du panthéisme; mais comme je m'adresse surtout aux hommes qui placent le bon sens et la saine raison au-dessus des subtilités de la sophistique, je crois inutile d'insister davantage : il est trop manifeste que le dieu du panthéisme est une vaine idole qui n'a de Dieu que le nom, et que cette doctrine, envisagée de près, est un athéisme très-peu déguisé.

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