CHAPITRE II
Preuves de Texistenec de Dieu.
Je n'ai point l'intention de m'étendre longuement sur les preuves de l'existence du Dieu vivant et véritable ; les négations de quelques hommes, chez la plupart desquels une science orgueilleuse a corrompu le bon sens, ne suffisent point à ébranler une vérité que proclame la grande voix du genre humain tout entier. Que nous font à nous, que font à l'humanité les rêves prétendument philosophiques de quelques esprits curieux qui, enfermés en euxmêmes, s'égarent dans la vanité de leurs pensées? Où est donc leur force contre Dieu? où est en particulier le point d'appui du panthéisme? « Il le cherchera, répondronsnous avec un grand orateur, dans les ténèbres d'une métaphysique abstruse : il s'isolera de toutes les réalités, de tous les sentiments et de tous les besoins, pour se composer iin labyrinthe dont la pensée ne saura plus retrouver les issues. Il en perdra lui-même le fil; enfermé dans la prison subtile qu'il se sera construite, il sera pris du rire de l'orgueil qui s'est trompé lui-même, et appelant à lui, du fond corrompu des âges, les esprits curieux des
doctrines rares, il jettera sur Dieu et sur le geure humain Tanathème du mépris. Dieu passera sans rentendre, et le genre humain sans lui répondre. Faisons comme euXy passons aussi (i). »
c Dieu, dit encore le P. Lacordaire, est ici-bas le plus populaire de tous les êtres, tandis que le panthéisme est un système purement scientifique. Au milieu des champs, appuyé sur son instrument de travail, le laboureur lève ses yeux vers le ciel, et il nomme Dieu à ses enfants par un mouvement simple comme son âme. Le pauvre rappelle, le mourant l'invoque, le pervers le craint, l'homme de bien le bénit, les rois lui donnent leurs couronnes à porter, les armées le placent en tête de leurs bataillons, la victoire lui rend grâce, la défaite y cherche un secours, les peuples s'arment de lui contre leurs tyrans; il n'est pas un lieu, un temps, une occasion, un sentiment où Dieu ne paraisse et ne soit nommé. L'amour lui-même, si sur de son charme, se confiant dans son immortalité propre, n'ose pas pourtant se passer de lui, et il vient iiux pieds de ses autels lui demander la confirmation des promesses qu'il a tant de fois jurées. La colère croit n'avoir atteint son expression suprême qu'après avoir maudit cet adorable nom, et le blasphème est un hommage encore d'une foi qui se révèle en s'oubliant. Que dirai-je du parjure? Voilà un homme qui est en possession d'un secret d'où dépend sa fortune, son honneur; lui seul le connaît sur la terre, lui seul est son juge. Mais la vérité a un complice éternel en Dieu ; elle appelle Dieu à son secours,
(i) Ucordaire, Conférenca de NiUre-Dame de Paris^ 43* Ctmf.y De Vexistence de Dieu.
elle met le cœur de Themme aux prises avec le serment, et celui-môme qui s^a capable d'en violer la majesté ne le fera pas sans un tremblement intérieur, comme devant l'action la plus lâche et la plus forcenée. Et pourtant qu'y a-t-il dans cette parole : je le jure? Rien qu'un nom, il est vrai, mais c'est le nom de Dieu. C'est le nom qu'ont adoré tous les peuples, auquel ils ont bâti des temples, consacré des sacerdoces, adressé des prières ; c'est le nom le plus grand, le plus saint, le plus efficace, le plus populaire que les lèvres de Thomme aient reçu la grâce de prononcer {i). »
Il n^t donc pas bes6în de prouver longuement l'existence de Dieu. Il convient néanmoins de s'y arrêter un instant, afin de justifier de plus en plus à nos propres yeux et aux yeux de tous le droit de Dieu à cette inaltérable popularité qui s'attache à sen nom.
L^un des plus grands apôtres du Fils de Dieu fait homme, introduit dans le conseil des sages d*Athènes, y prononça ces paroles mémorables : Dieu n'est point élcigné de chacun de nom^ car c'est en lui que nous avons V être y le mouvement et la vie (2)..
Jamais homme n'a rien dit de plus sublime. Non, Dieu n'est point éloigné de chacun de nous, ils nous touche par tous les points de notre être; c'est en lui que nous vivons, que nous respirons, que nous agissons ; et si cela est vrai de l'homme tout entier, il faut le dire d'une façon
(l)Laoordair6, Conférence» de Notre-Dame de Paris, Ah» Conf., Be Vexistence de Dieu,
(i) c Quamvis non longe Ht ab unoqmque noUrûm ; in ipso enim vivimus, et mavemur, et sumus. • Ad. apost, ivii, 27-28.
plus spéciale de la partie supéiieuce de Thomme, de son âme : oui, noire âme vit en Dieu» elle $ê nueut en Dieu, de telle sorte que sans Dieu elle, ne peut ni penser ni connaître. Dieu, comme Ta dit saint Augustin, est le soleil de notre intelligence et de toutes les intelligences créées^ elles ne voient que dans sa lumière et par l'éclat aug^iste de ses rayons. Comment se faitrjl donc que l)eauçoup d'entre elles ne ren^rquent point cette lumière sans laquelle elles ne verraient rien? Entrons dans q^elqu^ dévelûpn. pements.
Nous portons tous au fond de nos âni^s l'idée elle $mtiment de Dieu ; cette idée et ce sentiment n^ sont teltenant naturels» qu'ils s'éveillent et set dével(H>pent avec une étonnante facilité, et qu'une fois,é^lIé$» Us ne.mour, rent plus, comme l'atteste la croyaçice universelle des peuples. Parmi nos anciens docteurs,, nul n'a fait r^ssor^tir avec autant de force que Tertullien ce sentiment intime delà Divinité, en montrant comment il éclatait daa$la vie et dans le langage de chaque jour du peuple païen Iiih même; il y a consacré tout un livre, qu'ila très^justement n<mimé le témoignage de Vâme en faveur du dogme de l'existence de Dieu* — Que d'autres, dit l'éloquent docteur Africain, invoquent à l'appui de la doctrine chrétienne le témoignage des poètes et des philosophes, moi j'en appelle à un témoignage plus connu, plus vulgaire et plus sâr, celui de l'âme; et non pas de l'âme formée dans les écoles, cultivée dans les bibliothèques et nourrie dans les académies, mais de l'âme simple, nue, sans érudition, telle que la possèdent ceux qui n'ont qu'elle, telle qu'on la trouve sur les places publiques et dans les carrefours. C'est cette
âme qni dit en toute liberté, à la maison et en public : ce que Dieu donnera, si Dieu le veut; par où elle marque et que celui à la volonté duquel elle en appelle existe, et qu'elle dépend de sa puissance. C'est cette même âme qui dit : Dieu est bon, Dieu est bienfaisant^ indiquant ainsi la nature de t)ieu. C'est die qui craîi^t naturellement la Divinité et qui répète partout, sans que personne la raille ou Ten empêche : Dieu voit tout, et, je me recommande à Dieu, et, Dieu h rendra, et enfin, Dieu sera juge entre nous; ce qui implique évidemment et rintelligence àe IMen, et sa providence, et sa justice (i).
Ce témoignage de Tâme, ajonte TertuUien, est universel et constant, parce ^u^il est la voix même de la nature, ddflt il atteste rétfofte union avec Dieu; et tonte âme, conelot-41, proclame de son propre droit ce qu'à nous cbrétléns il n'est pas permis de dire tout bas (2).
€e livt^ tout entier du prêtre de Carthage peint admirablement ce s^timent profond et comme instinctif de la Divinité, qui fait partie de notre vie à tous, et que les anciens philosophes avaient voulu rendre en définissant l'homme un animal religieux. Mais tout sentiment de l'âme suppose une certaine vue de l'esprit : ignoti nuUa cupido; et ce sentiment de Dieu s'appuie nécessairement sur ridée que nous avons de lui.
Il est fort peu d'hommes, même parmi ceux qui sont instruits, qui se rendent compte des principales idées de
(i) De testimonio animae, c. 1 et 11.
(2) « Omnis anima suo jure proclamât quae nobis uec mutire conceditur. I C. VI.
leur esprit; et cependant elles remplissent l'esprit, elles réclairent et le dirigent dans ses opérations, c'est par elles qu'il voit, juge et raisonne. Que nous sommes étrangers à nous-mêmes ! Et en vérité il n'est pas facile à beaucoup d'esprits de remarquer ce qui se passe en eux et de discerner les éléments même les plus généraux et les plus communs de leur vie intellectuelle. Quel étrange mystère! Et n'est-ce donc pas une inexplicable anomalie que je doive réclamer l'attention soutenue de bien des lecteurs au moment de leur parler d'une idée qui leur est souverainement familière et que leur conversation de chaque jour exprime ou suppose!
L'idée de Dieu s'offre à notre esprit sous des formes nombreuses et diverses ; elle nous est donnée dans toutes ces idées que Ton nomme générales, nécessaires, absolues, éternelles, et qui en réalité ne sont toutes qu'un aspect de Dieu ou comme des rayons échappés de son sein. Contentons-nous d'en considérer rapidement quelques-unes.
Nous portons tous en nous l'idée de justice et de bonté; car il nous arrive à toute heure de dire que tel acte est juste ou injuste, bon ou mauvais : or il ne serait pas possible de parler ainsi et de s'entendre soi-même si l'on n'avait constamment présente à l'esprit l'idée de bonté et de justice, à laquelle on compare, comme à sa règle absolue, l'acte que l'on juge; on déclare cet acte bon ou mauvais, juste ou injuste, suivant qu'il paraît conforme ou opposé à cette justice et à cette bonté que la raison aperçoit. Nous voyons tous un idéal de justice et de bonté qui guide et règle notre esprit dans ses jugements mo-
raux. Qu'est ce donc que cet idéal? Où est le siège de cette justice et de cette bonté que j'aperçois sans cesse et que tous les hommes voient avec moi, les uns plus, les autres moins, mais tous à quelque degré? Dirai-je que cette justice a son siège propre en moi et qu'elle n'est qu'une propriété ou un produit de mon âme? Mais loin de se confondre avec moi et de dépendre en quelque chose de ma pensée, c'est elle qui me domine, me corrige et me redresse quand je m'égare ; elle est la justice, et moi je ne suis point la justice, je ne puis être que juste, et même pour être juste, je sens que je dois me conformer à elle. Je vois donc très-clairement qu'elle est au-dessus de moi, indépendante de moi, et que, fussé-je anéanti, elle ne périrait point avec moi. Elle se révèle à mon esprit comme une chose qui ne dépend ni de lui ni d'aucun esprit semblable, mais de laquelle au contraire tout esprit dépend et relève dans ses jugements moraux. Elle m'apparaît comme nécessaire, immuable, supérieure aux révolutions de l'espace et du temps ; et je vois que quand même tous les esprits semblables au mien cesseraient d'exister, elle ne disparaîtrait pas avec eux, parce qu'il est évident pour moi qu'elle ne peut pas ne pas exister. Où est-elle donc et quel est son siège naturel? La réponse est maintenant facile : elle subsiste et ne peut subsister que dans un être qui est la justice et la bonté par essence, dans un être immuable, nécessaire et éternel. Et voilà la déflnition même de Dieu. L'idée de justice et de bonté, qui illumine et règle tous les esprits, n'est qu'un aspect de l'idée divine elle-même ; et quand nous la contemplons, c'est Dieu même que* nous voyons sous un certain aspect.
Prenons maintenant Tidée générale par excetleBce, ridée du parfait et de Finfibi.
Je \m dairenient que les êtres qui m'entoupe&t sont boméS) limités, défectueux; je vois que moi-même jesnia plein de défauts et d'imperfections de tout.genre; je voisi en un mot que tout ce qui comj>ose Tunivers pourrait étr^ beaucoup plus parfait. J'ai donc l*idée de la perfection; je vois uoe perfeoUou souveraine.et saos borner àjaqu^ ^ compare comm^ instinctivement t^tes les, fèoses^qui, frappât naon esprit, et je les déclare plus.pv.-iQOin^ parfaites selon qu'elles approchent plus.ou mpins (Jet ce typse. absolu de toute peffection. Et n'^e^ ^^s m!q^ter .qi^. cette idée du parfait est une abstraction, de mon .espcit qui« après avoir remarqué ses propre perfecUons^eii, celles des autres êtres créé$(, iès iiéuniail en un seul fai^!-, ceau,.et, \e& agrandissant encqr^ par rimaginatiom eç; formerait le concept général de perfection. U ^st trop, visir blô en effet que l'idée du parfait est uneJdéjB primi^tive, et que, si elle n'était déjà présente. à i'espr^ au moment où celui-ci se forme et se développe, J^ais on ne lui fera,it enteadre ce qu'est une p^/ècfio». quelconque; et ce qui n'est pas oaoins évidents c'est que cette idée, représentait )a perfection souveraine et sans boi^nes^ ne jurait venir de la perfection des cboses bornées ni du travail d'une in^ telligenca fropn^ sur cette perception ; notre esprit ne peut tirer des choses que ce qu'elles contienneat. L'idée du parfait est» une idée véritablement originelle, et ce n'est qu'à la lumière de cette idée que nous distinguons les perfections et les imperfections des choses. « Comment, dit saint Bonavënture, Tesprit verrait-il que te| être est
défeelueux et Imparfait s'il n'avait aucune notion d*nn être parfait et sans défaut (i)? » <x Dis-moi, mon âme^ s'écrie à son tonr Bossiiet, comment entends-tu le n^nt, sinon par rêtre? comment entends-tu la privation, si ce n'est par la forme doftt elle prive? comment Fimperfection, si ce fCe^t par la perfection dont eUe déclwU? Mon âme, n*entends4u pas que tu as une raison, mais imparfaite, puis^ (ïtffeWè' ignore, quelle doute, qo'eîle erre et qu'elle se ttompet'Mals comment efttends-tu Terreur, si ce n'est comme' privation deia vérité; et comment le'd<wrte ou rèbscurîtë, si ce n^est comme privation de Tintelligence cl fle la Inmîère; ou commenf enfin l'ignorance, si ce n'est côttitïie privatlotf d'il ^ài^oir parfait ; comment dans la vo- Rmiéle dérèglement et le vice, si ce n'est comme privation de fa règle; dé là droiture et de la vertu? Il y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, rnie fermeté, une inflexibilité dans le bien, une règle, nn ordre, atant qull j ait une déchéance de toutes ces choses : en ub mol il y a une perfection, avant qu'il y ait nû défaut; avant tout dérèglement, îl faut qu'il y art une chose qui est elle-même sa règle, et qui ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir ni défalHir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu, nature parfaite et heureuse... Quand, conclut cet illustre écrivain, recueillis en nous-mêmes, nous nous rendrons attentifs aux immoP' telles idées dont nous portons en nous-mêmes la vériùé, nous trouverons qm la perfection est ce que Von connaît k
(i) 4 Qttonodo auiem sciret intellectus hoc esse eus defectivun etiucompletum, si nullara haberet cognilionem entis absque defectu. • lUner. mentis in Deum, c. 3. Opp, Moguntise 1609, lom. tu, p. 129.
premier, puisque, comme uons avons vu, on ne connaît le défaut que comme une déchéance de la perfection (i). »
Ces idées, dont la profonde vérité frappe du premier coup tout esprit exercé aux méditations philosophiques, me semblent assez claires pour provoquer l'assentiment de quiconque voudra réfléchir un instant. Si nous n'avions pas d'abord une certaine vue du parfait, jamais nous n'aurions une idée de l'imparfait en aucun genre : voilà une proposition qui a pour nous la valeur d'un axiome.
La perfection absolue, souveraine, universelle et sans bornes se nomme l'infini. Nous avons donc l'idée de l'infini.
Il est surprenant que des philosophes de mérite aient cru pouvoir refuser à l'homme cette idée de l'infini qui est la vie de son intelligence, puisqu'elle éclaire et alimente à la fois ses pensées et ses connaissances.
Mais comment parleriez vous de l'infini si vous n'en aviez pas l'idée? Comment surtout distingueriez-vous ce qui lui convient et ce qui ne lui convient point? « Il est constant, dit Fénelon, que j'ai une idée précise de l'infini ; je discerne très-nettement ce qui lui convient et ce qui ne lui convient pas; je n'hésite jamais à en exclure toutes les propriétés des nombres et des quantités finies... Donnezmoi une chose finie aussi prodigieuse qu'il vous plaira; faites en sorte qu'à force de surpasser toute mesure sensible, elle devienne comme infinie à mon imagination : elle demeure toujours finie en mon esprit (2) ; j'en conçois
(1) ÉlévatioM sur les mystères, ii« élév.
(2) Il faut bien se garder de jamais confondre Timagination avec Vesprit ou la raison.
la borne lors même qae je ne puijs Fimaginer. Je ne puis marquer où die est; mais je sais clairemeni qu'elle est; et loin qu'elle se confonde avec l'infini, je conçois avec évidence qu'elle est encore infiniment distante de Tidée que j'ai de l'infini véritable. Que si on me vient parler d'indéfini, comme d'un milieu entre ce qui est infini et ce qui est borné, je réponds que cet indéfini ne peut signifier rien, à moins qu'il ne sipifie quelque chose de véritablement fini, dont les bornes échappent à l'imagination, sans éehapper à l'esprit. Mais enfin tout ce qui n'e^ point précisément l'infini, de quelque grandeur énorme qu'il soit, est infiniment éloigné de lui ressembler... Il est certain que je conçois un être infini et infiniment parfait. Je distingue nettement de lui tout être d'une perfection bornée, et je ne me laisserais non plus éblouir à une perfection indéfinie qu'à un corps indéfini. II est donc vrai, et je ne me trompe point, que je porte toujours au-dedans de moi, quoique je sois fini, une idée qui me représente une chose infinie (i). »
« H est certain, dirons-nous encore avec Malebranche, que. vous voyez l'infini ; car autrement, quand vous me demandez s'il y a un Dieu, ou un être infini, vous me feriez une demande ridicule par une proposition dont vous n'entendriez pas les termes. C'est comme si vous me demandiez s'il y à un Blictri (2), c'est-à-dire une telle chose, sans savoir quoi. Assurément tous les hommes ont l'idée de Dieu, ou pensent à l'infini, lorsqu'ils de-
(1) Traité de VexUtenu de Dieu, ii« part. chap. n, n. 28.
(2) Cest uo terme qui ne réveille aucune idée.
LES DO€!ttES CATHOLIQUES. S
mandent s*il y en a un (i). i> Jamais nous ne parlerions de l'infini, jamais nous ne demanderions si Dieu existe, si nous n*en avions pas Tidée.
J*ai donc en moi Tidée de Tinfini, d*un être infiniment parfait. Mais celte idée d'où me vient-elle et qu'est-elle en elle-même? « Oîi l'ai-je p^ise cette idée qui est si. fort, au-dessus de moi» qui me surpasse iufimment, qmjù!é^ tonne, qui me fait disparaître à mes propre;» yau3(|.qul p(e rend l'infini présent? d'où vientrelle? oul'aiie prise? Dans le néant? Rien de ce qui est fini ne pput.n^e Ja:donner; car le fini ne représente point Vmfi%\, dp^til ert infiniment dissemblable. Si nul fini, quelque grand f)i{*U soiU« nepeut me donner l'idée du vrai infini,. ço^wpi^t. ^st-ce que le néant me la donnerait? Il est mam{este> d'ailleurs que je n'ai pu me la donner moi-même; car j^ suis finîcomnie toutes les autres choses dont je puis avQir quelques Idée^. Bien loin que je puisse comprendre que j'inveqte l'infini, s'il n'y en a aucun de véritable, je ne puis pas merne.com* prendre qu'un infini réel hors de mol ait pu imprinoer ea moi, qui suis borné, une image ressemblante à la na-* ture infinie. Il faut donc que Tidée deTinfini me soit venue du dehors, et je suis même bien étonné qu'elle ait pu y entrer.
« Encore une fois, d'où me vient-elle cette merveilleuse représentation de l'infini, qui tient de l'infini mênae, et qui ne ressemble k rien de fini? Elle est en oftoi; elle est plus que moi; elle me paraît tout, et moi rien. Je ne puis
(J) Entret, sur la Métaph., n* entret, vii.
l'effacer, ni l'obscurcir, ni la diminuer, ni la contredire. Elle est en moi ; je ne Ty aï pas mise, je Ty ai trouvée ; et je ne l'y ai trouvée qu'à cause qu'elle y était déjà avant que je la cherchasse. Elle y demeure invariable, lors même que je n'y pense pas, et que je pense à autre chose. Je la retrouve toutes les fois que je la cherche, et elle se présente souvent, quoique je ne la cherche pas. Elle ne dépend point de rtïoi; c*est moi qui dépends d'elle. Si je m'égare, elle me rappelle : elle me corrige ; elle redresse mes jugenofents; et quoique je Texamine, je ne puis ni la corriger, ni en douter, ni juger d'elle; c'est elle qui me juge et quitte corrigé.
« SI ce quéfa^çèfe est finfini même immédiatement présent à tùon éspvh.'cet infini est donc : si au contraire ce ifest qu'aune représentation de Tinfini qui s'imprime en moi, eette ressemblance de l'infini doit être infinie; car le fini (en tant que^fini) toô ressemble en rien à l'infini, et n'en peut étre'ïa vraie représentation. Il faut donc que ce qui représente véritablement Tinfini ait quelque chose dinfini pour lui ressembler et pour le représenter.
« Cette image de la Divinité même sera donc un second Dieu semblable «u premier en perfection infinie : comment sera-t-il reçu et contenu dans mon esprit borné? D'aHleurs qW aura fait celte représentation infinie de rinfini poHr me h donner? Se sera-t-elle faite elle-même? L'image infinie de l'Infini n'aura-t-elle ni original sur lequel elle soit faite, ni cause réelle qui l'ait produite? Où en sommes-nous? et quel amas d'extravagances! Il faut donc conclure invinciblement que c'est Vêtre infiniment parfait qui se rend immédiatement présent à moi, quand je
le conçois, et qu'il est hii-méme Vidée que foi de lui (i). » Cette importante conclusion est la seule qn'atttorisêiit la logique et le bon sens, f ai Tidée de rinfini ; cette idée est infinie, elle a tous les caractères de Tinfini; donc elle ne peut se confondre a^ec moi, qui suis essentielleinent fini et borné, ni avec auci^e autre chose finie; donc elle n'est point distincte de finfini réel, 4e l'Être infini : die ne saurait être que Dieu lui^-ndême toujours itmikédiàtement i^résent k moii es|yrtt. Toute autre eondlusion serait contradictoire.
Les choses créées peuvent être re^sentées par des idées distinctes d'elles-niêmes, parce î^qu^vairt d'enfeter elles sctni eon(ues comme po^^iUes datis rèntèndement divin ; leur modèle, leur archétype; lëër-iàé^ est en Dieu avant qu'eHes-Bdênies isolent réftlî&ëès, et elle y demeure immuable et parfaite après comme avant leur réalisatîc^. Il n'en est point ainsi de Dicw. « Piliez -garde, dit ëteellemment Malebranche, que Dieu ou l'in&fti n^mî pas visible par une idée qui le représaite. L'infini Màiui^^même son idée. Il n'a point d'archétype. Jï peut être cannu^ tmis il ne peut être /ait. Il n'y a que les «féatures, que tels et tels êtres qui soient faisables, qui soient visibles par des idées qui les représentent avant même qa'ettes soiânt faites. On peut voir m cercle, une maison, unsi^U sans qu'il y en ait; car tout ce qui est fini se peut voir dans Tinfitii, ^i m f enferma les idées intelligibles. Mm r4nfini ne^^ peut voir qu'en M-rnéme; car rien de fini ne peut représenter l'infini. Si on pense a Dieu, il faut ou'il soit.
(1) Féndon, loc, cit, , n. 29.
Tel être, quoique tomitt, peut n'exister point. On peut voir s«n essence (essence idéale ou métaphysique) sans son exisleftce, son idée sans lui . Hais on ne peut voir Tessence de Tinfi«i sans fion existence, Fidée de l'Être sans TÉtre ; car rÊlretfa point d'idée qui le représente. Il n'a point d'ar- (Aétype qui contienne toute sa réalité intdligible. Il est à hii-niéme son archétype, et il renferme en lui l'archétype de tôw les êtres. — Ainsi vous voyea^ bien, conclut cet iltustire phNosophe» que cette proposition, Uyaun Dieu, est par elle-même la plus claire de toutes les propositions qui affirment l'exiistence de quelque chose, et qu'elle est oiéme aa$8i certain^ que celle-ci : Je pense, donc je suis. Vous voyez de plus ce que c'est que Dieu^ puisque Dieu, et l'Être, ou l'infini, ne sont qu'une même chose (i). »
Les hommes, ajoute le même écrivain, croient pouvoir pienser à Bien sans qu'il existe, « parce qu'ils ne ibnt pas réflexion que rien de fini ne peut le représenter. Comme ils penveat penser à bien des choses qui ne sont point, à etuse que les créatures peuvent être vues sans qu'elles soient..., ils s'imaginent qu'il en est de même de Tinfini, et qu'on peut y penser sans qu'il soit. Voiià ce qui fait fu'Os cherchent^ amis le recormaitre, celui qu'Us rencantra/U à tous moment^ el qu'Us reconnattraieat bientôt s'ils paîtraient en eux-mêmes et faisaient réflexion sur leurs idées (s). »
Voiià comme on parlait de l'existence de Dieu dans le xvu« siècle. Quel beau langage et quelles magnifiques
(1) Loe. cU, V.
(2) im, TU.
pensées ! Quelle philosophie sublinie et simple tout ensemble! Bossuet, Fénelon, Malebranche, Thomassio, sont pleins de ces idées; elles débordent incessamment de leur intelligence et remplissent leurs écrits, Ces grands hommes s'étalent nourris de la lecture d^.^aijit Augustin, et je ne connais personne qui ait fait rf^prtir avec plus de sagacité et de, profondeur que cet adjoairable théologienphilosophe le vrai caractère de ces idée^ qui nous'sont toujours présentes, qui présidiç^tfà toute ;Mt«ç vie intellectuelle, mais qui néanmoij^^jéphai^p^.tfOjp.^uvent à ,iK)tre attention, L*évéqued'JIippope à.son tour^ beaucoup profité, comme il nous rapprend, iui^i^me.dâifô ses Confessions,d^ travaux de PlatOQ'/^surq^tJmpo^tant sujet.
Je ts^minefai eeooup-d'œil trop rafnde sur les pnodpales idées dans lesquelles Dicai se rétèle à notm esprit par une remarque générale sur les matbénallqaes*:
On rencontre parfois des mkliïécmWitm âistifipés qui, habitués à ne voir et à ne combiner que des formules abstraites, ont peine à admettre r^xistewoe du Dveu vivant et les grandes vérités qui en découlent.' Oe fait bizarre âutaélt que ttiaïheurecix accuse encore une de 45es incroyables distractions de Tesprit b«mftin qui très-sMvènt ifôlui péitneitefDt ^as de voir ce dont il semble principatemiént occttiifé. Lei idées fondamentales des mathématiques sont toutes uM^ édatànle noamfestatron de Dieu, et le mathématicien ne le remarque point! Quelle inexplicable afK)malie! Les mathématiques pures portent sur des idées nécessaires et immuables; elles opèrent sur des rapports
àe nombre et de figure qui se révèlent à l'esprit avec le «aractère (Tune absolue nécessité. Les lois qui régissent ces rapports sont également nécessaires et immuables ; dîes s'imposent à noftre intelligence, elles la dominent à tel point qu'il hii est ab^lument Impossible de se sous- Imîre à leut empire. Essayez de penser que sept et trois ne font pas dix, que denx et deux ne font pas quatre; ou que tes trois angles d'un triangle ne sont i)as égaux à dettx dPôlts, qttèt6ws Ifes rayobs d'itn cercle ne sont pas égaux. Votre ihtdW?gettce s'y refeé ; elle est eontràiiite de penser et d'afffltAér' le *Olltral^e} ces rapports sont régis par des loià néce&^àlre^j tJtH^oilD'att^dessus d'elle et qni la demiiietrt coApWWmènt.'Vou* voyer très-clairement que ces lois et les rapports qui en dérivent ne dépendent point de vous, qu'ils subsislentlors même que vous ne les apercevez point, et qu'ils ne ^cesseraient point de sohsiâter quand votre inteHigefiee^t toute idteHigenee finie comme la vôtre seraient délniltes. Les vérités mathématiques* n'ont donc fioiftt<en votre- e&pritl^r raeiiie et leur base; et la logique V0U3 foroQ d'dif oitef une inlelligencte, absolue, nécessaire «t hnnaiMibto où ellea sabsisteot étemelleiient etoù eltes .sont ébernellement entendues. Gai* enfin ces vérités sont quelque cbose^ elle» mi 4^ lajéàlMé^ .piûsqii^'ieHe» vous eommand^at, vous résistent, vous reduessent^t voas>cofdT^eitf ; elles doiMejit donc avoir leur sîéga queiqiie parf, 4ans un étjre rid et existant éternellement : toute réalité, dit l^eibniz, d^t être fondée dans quelque c^e 4'ôxistaat;^'^3t Jà une maxime que I^ sirpple bon sens proclame. Gardez^vous ici de vous payer de mots en vous arrêtant à de pures abstractions, et n'oubliez point que
toute abstraction D*est et oe saurait être elle-méiD6 ^e le reflet oa Técho d*aae réalité concrète. S'il n*y avait pas dMotelligence nécessaire et étenidle, il n*y anrait pas non plus de vérités nécessaires et étemelles : « C'est, oomme le remarque très-bien LeibniK, Tentendement divin ^i fait la réalité des vérités étemelles» <|uoique sa v^(mté n'y ait point de part. Toute réalité doit être fondée dai^ quelque chose d'existant. Il est vrai qu'un atbéepeitfvf&tre géomètre. Mais, s'il n'y avait point de IHeu^ ilnîtf aurait point d*obiet d$ la géométrie (i). »
Je n'insisterai pas davantage sur te sujet* qiii ppèterait néanmoins à de si beaux dévdoppements; je n*ai voulu qu'éveiller l'attention de ceux de mesleoteurs qui sej^ vrent particulièrement à l'étude des «iatbémMtqueç et qui perdent de vue ce grand Dieu auquel la science qu'ils cultivent devrait les unir plus éttxnt^naot*
Qui ne comprend à cette heure la profonde vérité de ces paroles de saint Paul : Dieu vteH peint éloigné de efwmn de nous, c'est en lui que nous avons fétt^, le mmvemetU ^ to vie/ Ab ! on le croit souvent fort éloigné; on va à Ëi recherche de Dieu comme on irait à la recherche d*ua être tout à fait étranger, avec lequel notre âme n'aurait nul rnpport d'affinité et de parité : comme si Dieu, qui est immédiatement présait à toute la création, avait voulu être absent du chef-d'œuvre de la création! Quel êtnnge renversement des idées et des choses ! Quoi ! tous le» êtres matériels sont unis à Dieu d'une manière conforme à leur jiature ; et mon âme, faite pour vivre dans un commerce
(1) Eisais de Théodkée, part, ii, n: 184.
partîeuiier et plas âroit avec Dieu, ne lui sera point unie d^uue façon analogue atrssi à sa nature ! Qui peut soutenir une pareille eontradietion? Non, non; mon âme vit en Dieu d'une façon toute spéciale, elle est en rapport constant arec Dieu par son intelligence et par sa volonté, et Ton peut dire avec un des plus grands philosophes des ienips modernes : que Dieu e$t le lieu des esprUs comme ^espnm est le tieu des corps (i).
Comment se fiait41 donc, ô le Dieu de mon âme, qu€ certains esprits vous méconnaissent et vous nient? Vous éte^ si près d'eux; que dis-jeî vous êtes en eux, vous ha-bitez l'endroit le plus intime et tout à la fois le plus lumineux de leur âme; et ils ne vous voient point! Leurs Mées de chaque joirr, les opérations constantes de leur itU;eHigence, leur vie intellectuelle tout entière attestent votre auguste présence; et ils nous demandent où vous êtes? Vous êtes le ^^1 de leur esprit, ils ne volent qu'à la lumière ^des rayons qui s'échappent de votre sein ; et lis prétendent ne pas vous connaître ! Quel est ce mystère, ô mm Dieu, et quel est cet aveuglenaent d'une intelligence qui ne i^marque point ce qui est sous ses yeux, ce qtfelle voit avant tout, ce qu'elle ne peut pas ne pas voir, et sans quoi elle ne peut rien connaître (2)? divin
(1) Malebranche. — j( La première fois, dit le comte de Maistre, gue je !as àans le grand ouvrage de cet admirable Malebranche, si négligé par aon Ajuster àineu^e patrie : Que Dieu eM le Heu éeietpHU comme Venpace eu le lieu des corps, je fus ébloui par cet éclair de génie et prêt à me prosterner. Les hommes ont peu dit de choses aussi belles. » Soirées, eKÊrtt» X.
(2) c Mira igitur, dit saint Bonaveature, caedtas iotellectus qui non considérât Ulud quod prius videt, et sine quo nihil potest cognoscere. » Itiner, mentis in Deum, c. S.
soleil, lumière du monde intelligible, \ous éprouvez le même sort que la lumière que vous avez faite pour éclairer le monde matériel ; dans cette sphère inférieure notre œil ne voit non plus que par cette lumière, et néanmoins combien d'hommes qui ne la remarquent point et qui la traitent comme si elle n'existait point !
« De même, dit Hugues de saint Violor, qu'il n'y a qu'un soleil par qui tout est éckiré, quoiqu'il ne soit pas aperçu de tout œil qui voit par son moyen; ainsi, la lumière véritable, dont parle TEiCrituce, se répand sur tous les hommes, brille pour tous, les î^min^^ious::; mais les uns (les méchants) voient seulement. |>ar ^n recours, les autres la voient elle-même. Le» m^cibafHs sont éclairés pour tout voir, excepté Celui quile&.faii voir; les autres au contraire pour voir Celui qui leur tient lieu de lu*mière : en sorte que, lui rappariant les divers objets de leurs qonnaiÂS^nees, ils n'aiment qu'en lui tout ce. qu'ils voient, et l'aiment lui-même au-dessus de tout ce. qu'ils voient. Tous les hommes donc participent de cette lumière, niais ceux-là d'une manière plus, excellente qui ont le bonheurde la connaître elle-même* >
L'orgueil et la sensualité sont les deux ennemis mortels de rhoaime. Quoique opposés en apparence, ces deux ,viçes marchent presque toujours ensemble; et ce sont eux qui^ joims à la légèreté naturelle de notre esprit, empêchent de voir, de recoinnaitre et d'adorer Dieu.
N'exagérons point cependant. Peu d'hommes, il est vrai, reconnaissent Dieu distinctement dans ces idées générales et nécessaires qui le révèlent à notre intelligence; mais la plupart l'y aperçoivent vaguement et confuse-
ment, et, bien qn'ils ne se rendent pas compte de cette vne, en subissent l'henreux empire et en proclament le consdant résultat.
De là ce sentiment profond et général de Dieu dont BOUS avons parlé plus haut et dont la vie de tous les peuples tant anciens que modernes porte la visible et ineffaçàible esapreinte. Notre âme est pleine de Dieu ; et quand ndée4ivi»e n'est pas afperçfle, remarquée, distinguée nettenoetit en eMennôine, elle se fait jour d'tone autre manlèfe,^dle^là!e sous la foittedu seôtîment.
« Ilfaut àFwueryJdi* LcSbnfoen parlant de ndéé innée de Dieu, quête peiiéhant que nous avons à reconnaître ridée de Dieu e^t'dan^ la nature bumaine. Et, quand m m attr^uefèit k^rmiier enseignement à la révàatiàn, toujours la facilité ^e les hommes ont témoignée à recevoir cette doctrine vlêifit du naturel dé leurs âmes. Mais nous jugerons, dans la suite, qne la dotlrine externe ne fUU qu'exmter ici ce qui est en nou^ (i). i»— Voilà en deux mots le véritable rôle de renseignement par ^rapport à ridée de Dieu et à toutes les idées nécessaires qui s'y rattachent ; renseignement ne les donne point, mais il aide à les démêler, à les discerner et à les reconnaîtr^e. Et d'un autre côté, en nous tenant à ce point de vue où nous nous sommes placés jusqu'ici, qu'est-ce que démon- ^^^'Dieu sinon le montrer et le faire reconnattte dans (les idées présentes à tous les yeux, mais que tous ne remarquent pas suffisamment?
(i) Nouveaux Essais sur Ventend^ment humain, liv. i, chap. i
Les idé6s dont nous veooM de ptriei sonl une mamfes* UtioQ directe et immédiate de Dieu ; le m<mde à son tonr en est aussi une manifestation qui, poor n'être qnliHli-» reete, n*en est pas moins réeUe ni moins irritable. Les idées d'ordre, de beauté et de cause, que nous portons en nous et qui, si nous les regardions de près, nous apparatiraient encore comme un nouvel aspect de Tidée divine» nous (oat découvrir dans Tunivers un ordre et une beauté qui^» qwi-* que manifestement finis et born^, nous, ravissent néan^ moins et nous portent à considérer ce magnifique ouvrage comme i*effet d'uue cause où Tordre, ta bi^at^é, la sagesse et la puissance subsistent dans Vjmçmp^^bk éclat de leur iaGuie perfection. Nous voyx^n^^an^ le,a¥>nde nn reflet, une image affaiblie des inénarrables perfections de Dieu ; et, à la vue des magnificences de Tc^uvre^ nous proclamons spontanément la puissance et la sagesse infi<nies de Touvrier; car, suivant la pensée de saint Paul, de* puis la création le monde est comme une sorte de miroir qui réfléchit et rend sensible à tout œil qui veut voir les invisibles perfections du Créateur (i).
Les anciens Pères, en traitant de Texistence de Dieu, ont généralement fait valoir cet argument tiré de Tordre et de la beauté du monde. Je n^ contenterai de citer ce gracieux et éloquent morceau de Minucius Félix. « Est-il rien, dit cet élégant écrivain, de plus manifeste et de plus incontestable, lorsque vous levez les yeux au ciel et que vous considérez toute la nature, que Texistence d'une in-
(1) InvisibiUa enim ipùut a creatura mundi, per ea quae fada iunt inléUecta conspiàunlur. Rom. i, 20.
teWgBiioe soprêiâe, qai anime Tanivers, qui le meut, qui le eons^re et le régit? Voyez le eiel, son immensité, la rapkUté de ses résolutions; eomme il est semé d'astres la mût^ comme il est éclairé par le soleil pendant le jour : e!» sera assez pour reoonmrttre l'admirable sagesse du ÛMn modérateur. Voyez Tannée, dont le soleil mesure le cours; les mois, dont les phases diterses de la lune distteguenf les parties; cette succession régulière de la lumière et de6 ténèbres qtri marque à rtiomme les heures du travail et celles xhi repos ; et ces astres qui règlent la navigation, le temps du labotlr et celui de la récolte : toutes ces merveilles peuvènt-dles ne pas être Touvrage d*un ouvrier sùpréïïïé et d'ttae raison parfaite, puisqu'il faut tant de raison et de perspicacité pour lés apercevoir et pour les cottïprendre? Que dirai-je de cet ordre régulier et variable des saisons et des productions de la terre : du printemps avec ses fleurs, de Tété avec ses moissons, de rautomne avec ses fruits, de l'hiver avec ses* olives? Cet ordre ne serait-il pas interrompu, s*il n'était maintenu par une puissante intelligence?
« Jetez les yeux sur la mer; voyez comme elle est circonscrite dans ses rivages. Considérez le flux et le reflux del'Océan. Regardez les fontaines jaillir sans interruption, et les fleuves rouler majestueusement leurs eaux. Parlerai-je des terrains si merveilleusement disposés en vallons, en collines, en montagnes? Des animaux pourvus d'armes si diverses pour se défendre, on doués de tant de légèreté à la course ou au vol pour conserver leur liberté? Mais par dessus toutes ces merveilles, la beauté de la forme du corps humain annonce un Dieu pour auteur :
cette stature droite, ce visage tourné vers le ciel, ces yeux placés au sommet comme des sentinelles, et tous les autres sens rangés comme dans une forteresse. Il serait trop long d*entrer dans le détail : il n'est aucun membre du corps qui n*y soit et pour le besoin et pour rémanent. Et, ce qui est plus admirable, la même forme se remarqué dans tous ks bommes 6t se diversifie en chacun; tou:?se ressemblent et tous sont diffiére&ts. Que dirai-je de la ma-* nihte dont noiis naissons, du pencbatttà nous r^roduire, du lait préparé dans le sein maternel pour la nourriture de l'enfant? Tout cela ne vient-il pas de Dieu? Mais il ne se borne pas à des soins généraux pour la terre, il étend sa providence à toutes ses parties. 4im si^ lorsque vous entrez éans une maison oU tout ei^ propi% disposé et orné mec goût, vous ne doutez pas qu'élu n'ait wi maître, et que ce maitre ne soit meilleur que tout ce que vous voyez, croyez de même, quand vous considérez le ciel et la terre, que cette immense maison eu monde, oU Vordre, la sagesse, la prévoycmcci brilient de toutes parts, est Pouvrage d'un mattre bien supérieur à ce que le monde renferme déplus beau (i). » Telle est la conclusion du bon sens et de la raison, la condusion à laquelle le merveilleux spectacle de l'univers conduit directement et nécessairement tout esprit droit et étranger aux fallacieuses subtilités d'une sophistique qui voudrait usurper le nom et la place de la philosophie. Dieu se nKmire dans ses ouvrages : le ciel et la terre publient sa gloire. Il a signé son œuvre; malheur à qui ne sait pas y lire son nom I
(i) Octav, D. XVII et xviii.
Quand le bon sens n'est point encore perverti par la sophistique et gâté par la manie des abstractions, il n'est pas possible de résister à cet argument. « Si une horloge, dit Voltaire, prouve un horloger, si un palais annonce un architecte, comment l'univers ne démontre-t-il pas une intelligence suprême? Quelle plante, quel animal, quel élément, quel astre, ne porte pas l'empreinte de celui que Platon appelait l'éteifâel géomètre? Il me semble que le corps du moindre animal démontre une profondeur et une unité de de$sein<quL dotMsntt à la fois nous ravir en admi* ration et' atterrer» tnotre esprit. Non-seulement ce chétif insecte est une maûhine dont tous les ressorts sont faits çs^tement i'un potr Fautre; non-seulement, il est né, mm il vit par un^ai^ ^ue nous ne pouvons ni imiter ni (ïQmprendre, u^ais sa. vie a un rapport immédiat avec la nature enUère» avec tous les éléments, avec tous les. astres, dont la lumière se Mi sentir à lui... S'il n'y â pas là immeAsité, unité de dessein, qui démontrent un fabricateur iateUigent, Immense, unique, qu'on nous déno^ntre donc le contraire i mais c'est ce qu'on n'a jamais fait (i). »
« Convenez, s'écrie un autre chef de l'incroyance au dernier siècle» qu'il y aurait de la folie à refuser k vos semblables la faculté de penser, — Sans doute; mm que s'ensuit-il? — Il s'ensuit que si l'univers, que dis-Je l'uaiversJ si l'aile d'un papillon m'offre des traces mille fois plusdis^ lij^tes d'une intelligence que vous n'avez d'indice que vo^ tre semblable a la faculté de penser, il est mille ibis plus fou de nier qu'il existe un Dieu que de nier que vo^e sem-
(i) Voltaire, Notei sur les Cabaki*
blable pens^. Or, qae cela soit aiosi, c^^t à vos hiûiièlres, c'est à votre conscience que J'en appelle. Avez^vous jamais remarqué dans les raisonnements, les actions et la con* dttite de qudque bomme qfie cé soit, plus dlntelligenee, d'ordre, de sagaefté, de cofifséqfuencé, que dans îejûé<mnisme des insectes? La IMvlûkén'est*elle pas aussi ^clàlirement éttJi^reinte dans l'oeil du ciron, que la /actilté de penser dahs les écrits de Newton? Ouoi ! teinonékifBihné prouvehiit moins une iritelligence ^Ufàotkleeûqff^ûé! Ûuelte àssW'tïon ! soÉgén doniè eûéol'é^è'jte^rié l^us objecte que faile d'un papWon^ (Juand'jè pbui*rMs'VèttS écraser du poids de l\mt vers (i). » '* ' ' ' ' ' '
Nous tf îrtsistei*6ns pis plus1ottfetempë;'Nbti* àvwis asse^ rappelé la prëseace et le nètaa de Dteu à t^AX qiï\;^^iM leSfîîer, le perdent trop ftwiilemetutfè \W; et eô'qufetffirttÉ avons dit suffit, croyons-nous, pour convaincre tout esprit droit et sincère. Pouf lés ési)rHs^^m«l Mm^ou tnal élâpù* ses, des arguments, quels qu'ils soient, les changeroiit difficilement. Vous seul, ô mon Dieu, vous, dont Tincomparable bonté se plait à poursuivre ceux-mêmes qui TinsuKent, pouvez les changer en leur inspirant cette bonne volonté et cette humble modestie qui est la compagne obligée de la vraie lumière.
On Toublie trop souvent, la volonté joue un rôle capital dans la connaissance de Dieu et en général dans la connaissance de la vérité ; l'esprit, lorsqu^il n'est pas dirigé par une volonté droite et pure, s'embarrasse et s'égare dans ses propres pensées, il finit par ne plus discerner
(t) Diderot, cité par Téditeur de la Rai$on du ChmUanisme.
révideace et par se perdre ainsi dans Tabime du néant. « L'homme, comme le dit exceHemment le R. P. Gratry, ne s'élève pas à Dieu par l'esprit seul, par le raisonnement pris dans ce sens abstrait où l'entendent les sepbistes. L'homme ne s'élève à la connaissance de Dieu que par Vâme tout entière; par la volonté, d'abord, par la pratique du bien, qui dirige l'œil là où il faut regarder; puis, qui le purifie et. le rend capable de voir. La connaissance de Dieu implique un élément moral et libr*e. Le rôle de la volonté consiist^ à vaincre les obstacles moraux, qui nous empécheptt de développer ea nous le sens divin, ou qui l'éleignent. Ce sens divin est la condition expérimentale de la conoais^^pc^ de^Dieu {%). i^ Bie^ajmrmx donc, ajouterons-nous av^& la parole évapgélique, bienheureux ceux qui ont le cœur pijtr, jwr^ que ceux-là verront Dieu !
(kyoe la comammoe th Dku, \'^ part., elitp. u, p, 78*79. Pa^ ris, 1853.