CHAPITRE m
De rimmortalité de Tàme.
La spiritualité et la liberté de l'âme prouvent qu'elle est immortelle. Notre âme ne périra point avec notre corps, elle continuera de subsister, la même qu'elle est ici, avec ce qui constitue son individualité propre, pour recevoir sa récompense ou son châtiment suivant qu'elle aura bien ou mal usé de sa liberté durant le cours de la vie organique ; et sa vie n'aura point de fin. Telle est la foi de l'Église, telle a toujours été sa doctrine.
Ce serait perdre le temps que de s'arrêter à prouver que jamais l'Église n'a varié ou hésité sur cet article, il n'est personne qui ne sache que toutes les institutions chrétiennes tendent à nous rappeler sans cesse et de toutes les manières que ce monde n'est point notre patrie, qu'il n'est qu'un lieu de pèlerinage et d'épreuve, et que la vie présente n'est qu'une préparation et un ache-* minement à une vie supérieure qui n'aura pas de fin. Ce caractère du christianisme, nul ne le conteste; et tes ennemis de l'Église lui reprochent plutôt d'accorder une trop large place aux intérêts de la vie future, au détriment des intérêts actuels de l'homme. L'immortalité de l'âme
est au fond de toutes les pensées chrétiennes, et il n'est pas dans l'Église une seule pratique qui ne rappelle ce dogme aux fidèles. Aussi cette grande vérité est le fondement de l'ordre religieux, et sans elle le christianisme n'aurait pas de sens.
Les ancêtres religieux des chrétiens professaient comme eux le dogme de Timmortalité de l'âme. « L'immortalité de l'âme, dit Dom Calmet, est un dogme fondamental de la religion juive et chrétienne. Les anciens patriarches ont vécu et sont morts dans la persuasion de cette vérité... Moïse l'a marquée en disant que Dieu avait inspiré sur le visage d'Adam un souffle de vie; qu'il avait créé l'homme à son image et à sa ressemblance.... C'est dans l'espérance de l'immortalité et d'une autre vie que les patriarches ont reçu les promesses du Seigneur. Car quelle récompense a reçue Abraham dans cette vie de tant d'actions de vertu qu'il a pratiquées, lui qui a vécu toute sa vie comme étranger sans posséder un pouce de terre dans le pays qui lui était promis? Quand ce patriarche meurt, et qu'il est réuni à ses pères, selon le langage de l'Écriture (i), ce n'est pas à dire qu'il est mis dans le même tombeau que ses pères. On sait qu'il était originaire de Chaldée, que ses pères y avaient été enterrés; que pour lui il eut sa sépulture dans la terre de Chanaan, dans un sépulchre qu'il y avait acheté. C'est donc qu'il alla trouver ses pères dans l'autre vie. J'en dis de même d'Aaron et de Moïse qui se réunirent à leurs pères en mourant, c'està-dire qui entrèrent dans le lieu où leurs ancêtres atten-
(1) Gen., XXV, 8.
daient la rédemption et la venue du Messie. — Quand le devin Balaam demande à Dieu que sa mort soit semblable à celle des justes et des Israélites (i), que prétend-il par-là, sinon qu'il meure comme eux dans l'espérance de la béatitude et de la résurrection? Car pour le reste, la mort des hébreux ne diffère point de celle des païens... Une autre preuve décisive qui montre que les Israélites croyaient l'immortalité de l'âme, c'est la créance où ils étaient que les âmes des morts apparaissaient quelquefois après leur décès. Samuel apparaît à la Pythonisse. Jérémie apparaît à Judas Machabée... Moïse avait défendu de consulter les morts. Tout cela prouve invinciblement que les Juifs croyaient l'âme immortelle (2). » Il n'y a pas de doute à cet égard. Les traditions juives confirment pleinement la conclusion du docte Calmet; et l'on sait que les Saducéens étaient regardés comme des hérétiques parce que, méprisant les traditions des ancêtres, ils n'admettaient pas le dogme de l'immortalité de l'âme (5).
Cette vérité ne fut jamais entièrement mécondue même dans les sociétés païennes. L'homme l'avait connue à l'origine, et elle se présente à la raison avec une évidence telle que, malgré la profonde dégradation où il descendit dans la suite, jamais il ne put la perdre complètement de vue. Les plus illustres philosophes du paganisme la
(1) Numer,, xxiii, 10.
(2) Dictionnaire de la Bible, v. âme.
(5) Voir notre Diuertatio hi$toric(hdogmatica de méthode theologiae, etc. p. 10. Lovanii, 1849.
proclament, quoique d'une voix parfois un peu timide; et les traditions chantées par les poètes attestent qu'elle n'était pas totalement éteinte dans l'esprit des peuples. Il y a dans les Lois de Platon un passage remarquable où le philosophe athénien, traitant des devoirs à rendre aux morts, rappelle l'enseignement de la UxidUion sur la destinée de l'âme. « Il est nécessaire, dit-il, d'ajouter foi en toutes choses au législateur, mais principalement lorsqu'il dit que l'âme est entièrement distincte du corps; que, dans cette vie même, elle seule nous constitue ce que nous sommes ; que notre corps n'est qu'une image qui accompagne chacun de nous, et que c'est avec raison qu'on a donné le nom de fantômes aux corps des morts : que notre être inviduel est une substance immortelle de sa nature, qu'on appelle âme; qu'après la mort cette âme va trouver d'autres dieux, pour leur rendre compte de ses actions, comme le dit la tradition; compte aussi consolant pour l'homme de bien que redoutable pour le méchant, qui ne trouvera à ce moment aucun appui dans personne : car c'était durant sa vie que ses proches devaient venir à son secours, afin qu'il vécût sur la terre aussi justement, aussi saintement qu'il est possible, et que dans l'antre vie il échappât aux supplices destinés aux actions criminelles* — Les choses étant ainsi, il ne faut point se ruiner en dépenses, dans la fausse persua* sion que cette masse de chair que l'on conduit au tombeau est la personne même qui nous est si chère. Au contraire, on doit se mettre dans l'esprit que ce fils, ce frère, cette personne que nous regrettons, et à qui nous rendons les derniers devoirs, nous a quittés après avoir achevé et