‹ Les domes catholiques exposés, prouvées et vengés attaques de l ..., Volume 1Chapitre 35 sur 42 · SIX · texte numérisé non relu

SIX

De la rectitude et de la sainteté d^Adam.

€ Si quelqu'un, dit le Concile de Trente, refuse de reconnaître qu'Adam, le premier homme, lorsque dans le paradis il eut transgressé le commandement de Dieu, perdit aussitôt /a sainteté et la justice^ dans laquelle il avait été établi.. ..^ qu'il soit anathème (i). » C'est donc un dogme catholique que le premier homme fut établi dans la sainteté et la justice. Mais il est nécessaire de faire ici quelques observations.

Beaucoup de théologiens distinguent entre la justice

(1) f Si quis Aon confitetur primum hominem Adam, cum mandatnm Dei ÎD paradiso fuisset transgressus, statim sanctitatem et justitiam, in qua cansHtutus fiterat, amisisse , anathema sit. i Sess. v, can. i.

origioelle et la sainteté ; la première pourrait ne désigner que rinnocence, la droiture, la rectitude naturelle de l'homme au sortir des mains du Créateur ; tandis que la seconde est un don particulier surajouté à la nature et la plaçant vis-à-vis de Dieu dans un état d'amitié supérieur qui est le fruit de la grâce. Tous s'accordent à reconnaître que l'homme fut créé dans la justice ou la rectitude naturelle; mais il en est quelques-uns qui ont cru qu'il ne fut pas orné de la sainteté et par conséquent élevé à l'état surnaturel à l'instant même de sa création (i). C'est pour cela que le concile de Trente, qui parle de l'état surnaturel du premier homme, s'est contenté de dire qu'il fut établi (œnstitutus) dans cet état, sans vouloir résoudre la question de savoir s'il y fut établi au moment même de sa création (2).

Tout le monde comprend aisément la possibilité de distinguer entre la justice ou la rectitude naturelle et la sainteté ou la justice surnaturelle, et Ton verra dans la suite que cette distinction n'est pas sans importance. On conçoit que Dieu ait pu créer l'homme dans un état d'intégrité naturelle, tournant son intelligence vers le vrai et sa volonté vers le bien, réglant d'après les lois de la raison les rapports de l'âme et du corps, établissant enfin son être tout entier dans un étal de droiture, d'ordre et d'harmonie, mais sans l'élever aussitôt au-dessus des exigences essentielles de la nature humaine, sans le faire entrer

(1) VoirDomiiiicusSoto, De natura et gratta, lib. i, C;5, etBellarmin, De gratta primi fuminis^ c. m.

(2) Voir Pallavicin, Hist. conc, Trid, lib. vn, c. 9.

dans des relations plus hautes et plus étroites avec son Auteur; c'eût été Vétat de nature pure, pour me servir de l'expression consacrée, mais de nature saine et intègre.

Nous croyons toutefois avec la plupart des théologiens que Dieu a fait Thomme sur un autre plan, et que notre premier père ne fut pas un seul instant dans un état purement naturel ; nous croyons qu'au moment même où il sortit des mains de Dieu, sa nature était ornée et rehaussée par l'éclat des dons de la grâce. C'est là ce qui nous semble ressortir de plusieurs passages de l'Écriture. Ainsi l'apôtre saint Paul, écrivant aux fidèles d'Ephèse, leur dit : Renouvelez-vcms dans ^intérieur de votre âme, et revêtez-vous de rhomine nouveau, qui a été créé selon Dieu dam une justice et une sainteté véritable (i). — Le même apôtre écrit aux chrétiens de Colosses : N'usez point de mensonge les uns envers les autres; dépouillez le vieil homme avec ses omvres, et revêtez-vou^ de l'homme nouveau, de cet homme qui se renouvelle pour la connaissance selon Vimage de celui qui Va créé {2). — Cette pensée se reproduit très-fréquemment dans le nouveau Testament; le chrétien y est ordinairement représenté comme renouvelé en Jésus-Christ, comme un homme rétabli par la rédemption dans l'état où se trouvait l'humanité avant la iîhute ; or les écrivains inspirés parlent constamment de

(i) « Renovamini autem spiritu mentis vestrae, et induite novum hominem, qui secundum Deum creatus est in justitia et sanctitate veritatis. >» Eplm, IV. 23, 24.

(2) « Nolite meutiri invieem, expoliantes vos veterem hominem cum actibus suis, et induentes novum, eum qui renovatur in agnitionem secundum imaginem ejusqui creavit illum.» Coloss, m, 9, 10.

cet état comme de Fétat où l'homme fut créé. Dieu, en créant Tbomme, le fit juste et saint; l'homme perdit par sa faute cette justice et cette sainteté originelles, mais Jésus-Christ est venu les lui rendre et le rétablir ainsi dans son état primitif : telle est, ce nous semble, la véritable pensée des passages cités de saint Paul et d'une foule d'autres que l'on rencontre dans le nouveau Testament. L'homme fut donc créé, non pas dans un état purement naturel, mais dans un état surnaturel.

Au reste il est de foi que si l'homme ne fut pas créé dans cet état, il y fut promptement établi; tous les docteurs catholiques sont d*accord sur ce point. En sorte que ce qu'on appelle Vétat primitif ie l'homme dans le paradis terrestre est, de l'aveu de tous, un état surnaturel.

Quelle était donc la condition de notre premier père en cet heureux état? « La révélation, répond le célèbre Mœhler, peut seule résoudre cette question. Telle est une partie de la triste destinée qui pèse sur l'enfant d'Adam séparé de son divin auteur, il est pour ainsi dire étranger à lui-même ; il ne sait avec certitude, ni ce qu'il fut dans sa condition première, ni ce qu'il est dans sa condition présente. Au milieu de ces profondes ténèbres, s'il veut comprendre son origine, il doit fixer ses regards sur l'homme renouvelé en Jésus-Christ : car sa réhabilitation n'est que son rétablissement dans l'état primitif; seulement la sainteté et la justice, qui étaient l'apanage d'Adam sans qu'il en eût pleinement conscience (i), deviennent présentes au sens intime et le fruit de la libre coopération

(1) L'auteur veut dire par là qu'Adam jouissait de Tinnocence comme jouit de la santé Thomme qui n*a jamais soupçonné la maladie.

à la grâce. La connaissance de ce que le Sauveur nous a rendu révèle donc ce qui nous fut donné dans le commencement (i). » C'est ce que nous avons vu tout à l'heure avec saint Paul.

Toutefois l'homme régénéré en Jésus-Christ, quoique rétabli dans l'état surnaturel de justice et de sainteté où était Adam avant sa chute, ne recouvre point toutes les prérogatives qui y étaient alors attachées. Nous Tavons déjà dit, pour la volonté comme pour l'intelligence le premier homme était parfait : il connaissait le vrai et aimait le bien, il connaissait Dieu, il l'aimait, et cet amour n'était contrarié par aucune affection désordonnée, par aucune passion, par aucun mouvement mal réglé. En ce moment auguste et solennel de l'humanité naissante, toutes les puissances de l'esprit et du cœur de l'homme s'épanouissaient pures et sans tache aux premiers rayons du soleil divin qui leur envoyait la lumière, h chaleur et la vie. L'homme ne connaissait pas encore ce combat, cette guerre cruelle qui le divise et l'arme contre lui-même; il ignors^it cette lutte douloureuse d'une partie de son être contre l'autre ; il n'était alors que l'œuvre de Dieu, et Dieu p'est point l'artisan du désordre; tout ce qui sort de ses mains est pur et harmonieux ; le trouble et la dissonance viennent d'une source créée, et s'ils dé* chirent aujourd'hui la nature humaine, n'en doutons point, ils sont l'ouvrage de l'homme et non de Dieu.

 l'origine un ordre parfait régnait dans toute la nature de l'homme. Le corps obéissait à l'âme, les affec-

(i) La Symbelique^ liv. i, chap. i, § i«'.

tiODs sensibles étaient pleinement soumises à la loi du libre arbitre : il choisissait sans contrainte ce que la raison éclairée d'en haut offrait à ses délibérations, et dirigeait avec un empire absolu tous ces mouvements qui aujourd'hui assistent à nos conseils, et trop souvent les dominent, ou du moins les traversent et les embarrassent. Dans l'homme primttif la paix était entière, et cette paix était le résultat de l'ordre et de l'harmonie qui régnaient dans toute sa personne. II est dans l'ordre que la raison domine et gouverne les sens, que la partie inférieure de notre être ne se révolte point contre la partie supérieure ; toute lutte, toute révolte de ce genre atteste un désordre, une désorganisation ; et le désordre ne parut sur la terre qu'au moment où l'homme Ty introduisit en se détachant de Dieu pour se concentrer en lui-même. Sitôt que l'homme tenta de se soustraire à Tempire si légitime de Dieu, l'harmonie fut brisée, le trouble s'empara de tout son être : la raison avait été infidèle à son Auteur, elle trouva les sens rebelles à sa voix, sa désobéissance entraîna la révolte du corps; la lutte de l'homme contre Dieu engendra cette lutte intestine de l'homme contre luimême, si énergiquement dépeinte par saint Paul dans l'Épitre aux Romains, et que Racine a admirablement exprimée dans ces deux vers si connus :

Mon Dieu, quelle guerre cruelle !

, Je trouve deux hommes en moi !

Ces deux hommes n'existaient point avant la chute. La concupiscence ne faisait point sentir son triste et honteux aiguillon; et le corps, pur et saint dans

toutes ses parties, ne présentait absolument rien dont l'âme eût à rougir. Aussi la Genèse nous apprend qu'avant le péché Adam et Eve étaient nus et ne rougissaient point (i), Sur quoi saint Augustin reprend : « Non que cette nudité leur fût inconnue, mais elle n'était pas encore honteuse. Alors la concupiscence ne sollicitait pas les organes malgré la volonté; alors la chair par sa désobéissance ne se levait pas en témoignage contre la désobéissance de Thomme. Car ils n'avaient pas été créés aveugles, comme le vulgaire ignorant se l'imagine. L'homme voit les animaux et les nomme; la femme flc voit que le fruit défendu est un aliment agréable an goût et aux yeux. » Leurs yeux étaient donc ouverts, excepté sur ce point. Rien n'avait appelé leur connaissance sur ce voile dont la grâce les couvrait, quand les membres ne savaient pas encore résister à la volonté. Cette grâce se retire, la désobéissance est le châtiment de la désobéissance; il se manifeste dans le mouvement du corps une impudente nouveauté, et leur nudité devient une honte; leur attention s'éveille, ils demeurent confus. Et c'est pourquoi l'Écriture ajoute, après le récit de cette éclatante transgression du commandement divin : « Et leurs yeux s'ouvrirent, et ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et ils s'en firent une ceinture. » Leurs yeux f^ouvri'renU dit rÉcriture, non pour voir, car précédemment ils voyaient; mais pour distinguer entre le bien dont ils étaient déchus et le mal où ils étaient tombés. Aussi cet

(1) « Erat autem uterque nudus, Adam scilicet et uxor ^us; et non erubescebant. • Genei. n, 25.

arbre même, dont le fruit prohibé devait révéler cette funeste connaissance, s'appelait Tarbre de la science du bien et du mal. Car Texpérience douloureuse de la maladie rend plus sensible le charme de la santé. Ils connurent donc quHls étaient nm^ c'est-à-dire dénués de cette grâce qui leur voilait la nudité de leurs corps, où la loi du péché ne soulevait aucune révolte contre l'esprit (i). »

La concupiscence charnelle est le fruit du péché ; quand l'homme sortit des mains de Dieu, il ne la connaissait point.

Ce que nous venons de dire peut donner une idée du bonheur qui* devait être le partage de Thomme dans cet état primitif. Ârrétons-nous encore un instant à considérer ce qui résulte de la doctrine .catholique sur cette heureuse condition de nos premiers parents.

§ ni.

Bonheur de Vhomme primitif. — Paradis terrestre.

€ Suivant l'historien sacré, dit M»' Gerbet, la perfection de l'homme primitif se composait de deux espèces de dons, spirituels et corporels. Exempt du penchant au mal, et par là même des souffrances morales, l'homme était en communication intime avec Dieu : voilà pour l'âme. Exempt des souffrances physiques et de la mort, il était en rapport avec un monde extérieur plus beau, plus parfait, avec une nature matérielle qui ne renfermait

(i) Civ. Dei, iib. xiy, 17.

encore aucune de ces forces ennemies et destructives qui font la guerre au genre humain : voilà pour le corps. Le bonheur primitif, dont la Genèse nous indique les principaux traits, n'était ni purement spirituel, ni purement sensible : il n'y a dans le récit de Moïse, ni le mysticisme exagéré de l'Inde, ni le sensualisme. Tout Thomme était heureux, parce que tout en lui venait de Dieu (i). » Avant la chute, l'homme était heureux dans son âme et dans son corps ; le mal physique n'existait pas plus que le mal moral, le premier n'est que la suite et la conséquence du second. Dieu, dit l'Écriture, n'a point créé la mort. Non, l'homme primitif n'était point sujet aux infirmités, aul maladies, à toutes ces faiblesses et ces misères qui ne sont que le prélude de la mort, et qui, selon la remarque d'un saint Père, semblent faire de la vie elle-même une mort continuelle : le corps était, comme l'âme, exempt de faiblesse, à l'abri de toute souffrance, parce que tout était dans l'ordre, et toute douleur, toute peine suppose un désordre. Adam, s'il fût demeuré fidèle à Dieu, ne devait subir ni la mort ni ce qui touche de près ou de loin à la mort. « Qui pourrait en effet s'imaginer, dit Hoehier, que la mort soit quelque chose de naturel ; la mort qui fait frémir l'homme d'horreur, contre laquelle tout notre être se révolte? La" nature redoute-t-elle ce qui lui est conforme? La nature se fuit-elle elle même {2)? »

On considère ici la nature humaine non pas telle qu'elle aurait pu être, mais telle que Dieu l'a faite réellement, unie à la grâce et destinée ainsi à l'immortalité. Â ce

(1) Vues sur le dogme catholique de la pénitence, chap. i.

(2) Sythbolique, loc. cit.

point de vue, qui est celui de la réalité, il est très-vrai de dire que la mort n*est pas naturelle à l'homme, et que s'il meurt aujourd'hui, c'est qu'il a violé une loi de sa nature : la mort est une condamnation et non un effet de la nature. C'est ainsi que la Genèse nous la présente : Dieu défend à Adam de manger du fruit de l'arbre du bien et du mal, sons peine de mort (i). La mort est, suivant l'énergique expression de saint Paul, la solde du péché, — sHpendium peccati mors. Si l'homme ne fût pas devenu prévaricateur, il eût passé, après le temps de l'épreuve, sans crise et sans douleur, à une fidélité sans bornes, fruit de sa soumission à la volonté de son Dieu ; la mort n'aurait pas dû servir de pont à ce passage.

L'Écriture, en nous peignant le bonheur de l'homme primitif, le représente placé dans un jardin de délices, connu généralement sous le nom de paradis tenestre. Certains écrivains ont voulu ne voir dans cette dénomination qu'un symbole, une figure de la félicité dont jouissait l'humanité à son berceau ; mais la manière si positive et si précise dont s'exprime la Genèse repousse une pareille interprétation ; le récit de l'écrivain sacré doit être entendu dans un sens littéral, sinon je ne vois plus de raison de ne pas prendre pour de pures allégories tous les récits que renferme la sainte Écriture. Aussi les Pères et les théologiens catholiques ont généralement pris à la lettre ce que Moïse rapporte de ce jardin de délices où Dieu avait placé nos premiers parents.

(!) Gen, ii, 17

Rappelons les principaux traits dn récit mosaïque, c Le Seigneur Dieu avait planté dès le commencement un jardin de délices (i), dans lequel il mit l'homme qu'il avait formé. Et le Seigneur Dieu avait produit de la terre toutes sortes d'arbres beaux à la vue, et dont le fruit était agréable au goût; et il avait fait naître un arbre de vie au milieu du jardin et un arbre de la science du bien et du mal. Et un fleuve sortait d'Éden (du lieu de délices) pour arroser le jardin; et ce fleuve, en sortant de là, se partage en quatre branches.... Le Seigneur Dieu prit donc i^homme et le mit dans le jardin d'Éden, afin qu'il le cultivât et le gardât (2). » — Je demande s'il est possible de ne voir dans ce récit qu'une allégorie sans renverser toutes les règles de la grammaire et de la logique. Je ne parle pas ici des rationalistes, qui, ne reconnaissant pas la divine inspiration de l'Écriture, veulent ne voir que des allégories et des mythes dans tous les récits qui ne satisfont pas leur raison dévoyée; avec eux la question devrait être prise de plus haut.

Il y eut donc réellement à Torigine un jardin (un paradis, du mot grec noLçoL^naoç) où Dieu se plut à réunir tout ce qui pouvait contribuer au bonheur de l'homme; et ce jardin fut le séjour de nos premiers parents. Là ils vivaient heureux ; rien ne les contrariait ni du côté de l'âme, ni du côté du corps, ni du côté de la nature extérieure; tout, au contraire, concourait à leur procurer les plus douces jouissances. « L'homme, dit saint Augus-

(1) Daus rhébreu on lit : à Eden; c'est un nom propre, mais qui signifie délices.

(2) Gen. 11,8-16.

tin, vivait dans le paradis comme il voulait, tant qu*il conformait sa volonté au commandement divin. Il vivait, jouissant de Dieu^ et bon de sa bonté. H vivait sans besoins, et il dépendait de lui de vivre toujours ainsi. L'aliment s'offrait à sa main et le breuvage à ses lèvres, pour prévenir la faim et la soif; l'arbre de vie l'abritait contre les ravages de la vieillesse. Aucune corruption en son corps ou dont son corps fût l'origine, n'affligeait d'angoisses cruelles sa sensibilité. H n'avait à craindre ni maladie au dedans, ni blessures au dehors. Santé parfaite en sa chair, tranquillité souveraine en son âme. Le froid et le chaud étaient inconnus dans le paradis, et son heureux habitant ignorait ces intempéries de désirs et de craintes qui altèrent la bonne volonté. Exempt de tristesse et de vaines joies, il puisait ses intarissables allégresses à la source éternelle, — Dieu même qu'il aimait d'une ardente charité, allumée au foyer d'un cœur pur, d'une conscience innocente et d'une foi sincère. Société conjugale unie par les liens d'un chaste amour ; harmonieuse activité de rame et du corps; facile observation du commandement divin. La fatigue ne condamnait pas l'homme au repos; il ne cédait pas malgré lui à l'accablement du sommeil (i). »

Dans le paradis terrestre, l'homme ne vivait point dans l'oisiveté, mais, selon la belle expression de saint Augustin, dans une harmonieuse activité de l'âme et du corps. Le travail a toujours été la destinée de l'homme, et quand même il ne serait pas tombé du trône où Dieu

(l)Civ. Z)ct,lib. XIV, 26.

l'avait placé, il aurait dû travailler la terre dont il était le roi ; seulement ce travail n'aurait rien eu de pénible ni de fatiguant, ce n'eût pas été ce travail à la sueur du front auquel il est aujourd'hui condamné.

<c En décrivant l'abondance des biens dont ils jouissaient, dit He^ Gerbet, la plupart des cosmogonies profanes nous représentent les premiers hommes comme coulant leurs jours dans une sorte de béatitude oisive, ou du moins comme n'exerçant aucune action sur la nature, qui s'empressait d'elle-même de leur prodiguer tous ses dons. De son côté, la Genèse nous apprend que l'homme, bien qu'il fût placé dans un jardin de délices, devait néanmoins le travailler. Le travail dont il était exempt, c'était le travail à la sueur du front, le travail contre les ronces et les épines, tristes images de tous les obstacles qui fatiguent et quelquefois ensanglantent la main de l'industrie humaine. Hais l'homme, roi de la nature, n'en devait pas moins la gouverner par un travail sans peine, parce qu'il était sans résistance. Ce n'était pas une lutte contre une matière rebelle, mais la culture et comme l'éducation d'une matière docile. Il devait l'élever à lui en lui imprimant le sceau de son intelligence, lui communiquer en quelque sorte une vie supérieure, en la rendant Texécutrice de ses volontés. Dans les traditions profanes, les rapports primordiaux du genre humain avec la nature sont envisagés dans un point de vue presque épicurien, dans le seul point de vue des jouissances de l'homme. Dans la Genèse de Moïse, l'homme primitif exerce, au sein des jouissances, une noble fonction sur les créatures inférieures qui les lui procurent. Il est le ministre de Dieu

dans le gouvernement des animaux, des plantes et [des éléments terrestres. Par là se révèle le véritable caractère de la royauté de Thomme sur l'univers matériel. Les plus gracieuses peintures de l'âge d'or sont bien pâles près de ce magnifique éclair de vérité (i). »

L'homme innocent exerçait sur l'univers matériel une véritable royauté, tous les êtres inférieurs étaient ses sujets; et, pour nous servir des paroles de l'Écriture, la terrCy les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et tous les animaux qui se meuvent sur la terre étaient soumis à son empire (2). Cette merveilleuse souveraineté ne rencontrait aucun obstacle, elle s'exerçait sans entrave, la nature entière s'inclinait devant elle. L'ordre régnait à tous les degrés de la création : l'homme était soumis au Créateur, et les créatures inférieures obéissaient à la voix de l'homme, qui était pour elles le représentant de Dieu.

Voilà, dans leur ensemble, les magnifiques idées que le catholicisme nous donne de l'état primitif de l'espèce humaine. Interrogeons maintenant les doctrines de Thérésie et du rationalisme.

(i)Loc,eU, (2) Gen. I, 28.

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