‹ Les domes catholiques exposés, prouvées et vengés attaques de l ..., Volume 1Chapitre 5 sur 42 · CHAPITRE nr · texte numérisé non relu

CHAPITRE nr

De la nature et des attributs de Dieu.

La manière dont noys avons établi rexistence de Dieu nous a déjà fait connaître sa naturç et ses principaux attributs. Nous n'ajouterons donc que quelques mots pour placer dans un plus grand jour les vérités qui résultent des considérations précédentes.

Dieu est. Mais qu'est-il? « Autant que la condition humaine permet de le faire, dit Tertullien, je définis Dieu, et telle est la voix de la conscience universelle, TËtre souverainement grand (i). » Dieu se révèle à la raison comme rÊtre parfait et infini. Il est distinct de moi-même, qui suis fini, borné, imparfait; il est distinct du monde, où je découvre, il est vrai, bien des beautés et des merveilles, mais qui demeurent toujours infiniment distantes de la perfection que mon esprit aperçoit et proclame. J'ai quelque chose de l'être, de la réalité, mais je tiens plus du non-être que de l'être; car tout ce que je possède est li-

(1) c Quantum humana conditio de Deo definire potest, id defioio, quod et onmium conscienda agnoscit, Deum suxamum esse magnum, cum de ista eonveuiat apud omnes. i Adv. Marc, lib. i, c. m.

mité, et, cette limite franchie, je ne suis plus rien. II en est de même de toutes les choses qui m'environnent : elles ont comme moi de Tétre et de la perfection, mais seulement dans une certaine mesure, elles touchent au néant par tous les points de leur être. En Dieu il n*y a rien du non-étre, rien qui' touQhiç au néant, rien qui accuse la faiblesse, Timpuissance, Timperfection. Il est l'Être par soi, l'Être absolu, l'Être pur : Je suis celui qui SUIS : celui qui est m'envoie vers vous (i). « C'est ainsi, reprend Bossuet, que Dieu sedéfinit lui-même; c'est-à-dire que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieu ; qui par conséquent est toujours, et toujours le même ; par conséquent immuable*, par conséquent éternel : tous termes qui ne soiit qïïlme explication de celui-ci : Je suis celui qui est... Dieu est donc une intelligence, qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien, ni rien apprendre; ni perdre ni acquérir aucune perfection : car tout cela tient du. non-être. Or Dieu est celui qui est, celui qui est par essence (2). »

UÊtre, voilà le véritable nom de Dieu, voilà son nom propre, le nom incommunicable et qui n'appartient qu'à lui (3); car, suivant la remarque de saint Augustin, les créatures, comparées à Dieu, ne sojit point (4). Elles ne sont rien par elles-mêmes, le peu d'être qu'elles ont elles

(1 ) c E^o êum qui sum; Qui estmisit me ad vos, 1 Ëxod. m, 14.

(2) Élévations sur les mystères^ i'« sem. m« élév.

(3) Cest ce qu'exprime le nom de Jéhova que TËcriture ne donne qH*aii seul Dieu vivant et véritable.

(À) c Hoc dices eis, inqnit : Qm est misit me. Ita enim iHe est, ut, in ejus comparatione, ea quae facta sunt non sint. t In psalm.ciaaay.

le tiennent de Lai ; et encore, cet ètte; borné, IMM de tootes parts, est sujet à miWt clmngeiÉseàts, à mille variations, à mille défaillane^s ; c'est de Tétre mélë àn néant, et oà le néant garde la plus large part» Mais Dieu est l'Être, l'Être pur, rÉtre sans restrîctîou ni diminutioii, rÊtre sans bornes, èans limites. Il est doue to«te perfection, puisqu'il est la plénii^dè de là réalKé; et eh lui t^ule perfection est perfection pure, absolue, safts itiélatige; toute perfection est infinie. Il est la réaMié âouvei^àine, pure et absolue, la réalité parfaite et iflfiïiie; ^^ '^

Yi>ïiiL Méé générale que la râ^ison^ fa téV^atioft nous donnent de la nature de Dieu. JjertdtisYBfâibteyniliii omp d'œil rapide sur les princlpatnc atS^ibutsp^r desquels elle se détermine et se précise datâftlàge à hos yeux.

Les perfections de Dieu ne sont point réellement distinctes de sa nature ou de son essence, et ne sont point non plus réellement distinctes entre elles : « En Dieu, dit excellemment saint François de Sales, il n'y a ni variété ni différence quelconque de perfections; ains il est luimême une très-seule, très-simple et très-uniquement unique perfection; car tout ce qui est en lui tfest que lui-même, et toutes les excellences que nous disons être en lui en une si grande diversité, elles y sont en une très-simple et très-pure unité (i). » Mais à cause de la faiblesse de notre esprit, qui ne voit les eheses que successivement et par parties , nous ne pouvons

(1) Traité ëe rum&ftr de Dieu, liv. n, c. i.

coiapi^ndre la nature divine dans cette très-simple et très-pure uaitié; ^le se révèle à nous sous des aspects divers que nous con$id^roQs séparément, et qui revéteat 9tfisi k nos yens le caractère de perfections distiaetos. Il y a toutefois en Dieu même un certain fondomoftt à]OeHe maaièiie d^ voir; ses perfections, identiques daj^s Tuçité et la sinaplicité de son être, sont mUn/çl- Immt muHiples.

O^ndJ^tj^SUjO d'ordinaire les aHributs de JDieu en attributs métaphy&^gu^ ^L^^iieisçents^, et. en a^ttributs moraux et act^9y.mi(^ni quUl& Iôt représentent comme agissant w non^ l^s. p{iqcipf\tt^ attributs métaphysiques sont VmséitéfV^tAmté^ l'i^mptaWlité, la. simplicité et Timmensité. Disops^uA^.mot.d^içbacun de ces aUributs.^

L'aséité appartient à Dieu. Il est par soi, en vertu de sa propre essence; il tient de lui-même, de son propre lopds tout ce,qu*il a ou tout ce qu'il est. Dieu n'a point un être emprunté, il n'a rien reçu du dehors; car il est l'Etre pur, l'Etre parfait et infini, l'Etre par essence : toute perfection jaillit de son essence et se confond avec elle. Dieu est donc souverainement indépendant ;„nen ne lui est, venu, rien ne peut lui venir du debor^; il ne peut donc dépendre de rien* Sa vie n'est point, comme la nôtjpe, une vie d'emprunt qui, devant sop être i^^i^ principe différent d'elle-même, a constammenf ^ibsoin, pour ^e soutenir, d'un aliment étranger : la.vie divipe trouve en soi un aliment qui ne fait jamais défaut. Dieu» et Dieu seul^ vit de lui-même, dans le sens, vrai et complet de cette expression.

Dieu, étant par soi, n'a donc point commencé 4!être,

il est éternel. Et rélernilé ie Dieu n'exclut pas seulement tout commenceoiefit, elle exclut encore toute suo cession. Dieu est TEtre pur, TEtre absolu, il se peut rien acquérir ni rien perdre : il demeure toujours et immuablement tout ce qu*il est. Au sein de cette nalure absolue et parfaite, il n'y a point de temps; elte ne connaît ni passé ni futui'; rien chez elle n'a été, rien ne seray tout £sty dans un indivi&ible et perpétuel pné^ sent. « En Dieui dii Féftelon^ rien ne dure,' papee que Tim ne passe; tout est fixe; tout est à to fois, tout est immobile. En Dieu riea n'aétév rien ne «eia;<n]8i9 tout est. Supprimons done peur Inh 0iii(d» ^ questions! ^e. l'habitude et la faiblesse deTesprUfii^^ 4ui veut embras** ser rinSni à m mode étroite et vm^cmfm^ me tentersôt de faire. Dirai-j^, ô mon Dieu! que voiis aviez déjà eu une éteruité d'existence en vottS>^mêm6 avant que vous m'eussiez créé, et qu'il vous reste encore une autre éter^ nité après ma création, où vous existez toujours? Ces mois de déjà et d'après sont indignes de Cdm qui ^^ Vous ne pouvez souffrir aucun passé et aucun avenir en vous. C'est une folie que de vouloir diviser votre éternité, qui est unepermaneme indivisible : c'est vouloir que le rivage s'enfuie, parce qu'en descendant le long d'un fleuve je m'éloigne toujours de ce rivage qui est imaK)bile. Insensé que je suis! je veux, ô imnK)bile vérité! vous attribuer l'être borné, changeant et successif de votre créature.(iM • Non, non. Dieu ne ressemble point à rhomme,'qui n'est en quelque sorte qu'au passé et au futur, et à qui le pré- Ci ) DeVexittencede Dieu, part, ii, cbap. rr, 93.

sent échappe du mdtuent même o& il croit le posséder. L'homme est soumis dans sa vie, dans son activité, dans tous ses actes, à une succession, à une variation de tous les instants, parce qu'il n'a l'être et la vie qu'avec mesure. Mais en Dieu il n'y a pwrit de mesure, il est la plénitude de l'être et la plénitude de la vie.

L'éternité divine suppose l'i^mmutabilité ou plutôt senible- sa confondre arec elle. Il n'y a point en Dieu de suceessioa, parce quil ne peut y avoir en lui ni altératiim niicbangeiii6^t/c Les^ stoïciens, dit Origène, n*ont pas hOBteide^dftpe que Dieu est susceptible de changement et que -sa (nature «pourrait être altérée, s'il se rencontrait une 'Càttsef cftfj'fâf capable de le faire. Mais (Test la doctrine des jutf^^^>âe3 chrétiens, que Dieu est exempt de toute variation et de tout changement; ce qui leur fait dire dans leurs prières vPmr vous, vous êks toujours te même(i). » — «' 11 y a, dit à son tour saint Irénée, cette différence entre Dieu et l'homme, que Dieu fait, et que l'hcmime est fait ; or celui qui fait est toujours le mêûie, mais ce qui est fait doit recevoir et un commencement, et un milieu, et un accroissement et un progrès. C'est Dieu qui- foit ; c'est Thomme qui est fait. Dieu donc, étant parfait en toutes choses, est, à cause de cela, toujours égal et semblable àiai-^même; mais l'homme reçoit l'accroissement et la perfection en allant vers Dieu {2). » Dieu est immuable, parce qu'il est TÉtre parfeit, et tout changement accuse une imperfection.

Nos pantèéistes modernes, à l'exemple des stoïciens

(l)C<w^Cete. lib.i, n.21.

(2) Lib. lY, c. XI, n. 2.

dont parle Origèoe, protestent contre le dogn»6 de rimmutabilité de Dieu. La substance universelle quMIs appellent du nom de Dieu n*est point immuable, elle change au contraire incessamment : l'essence divine est un je ne sais quoi d'indéfinissable qui va se développant et se per* fectionnant chaque jour. Dieu n'est donc plus l'Être parfait et infini; il est souverainement imparfait, et il doit acquérir par des développemaits successife les perfections qui lui manquent. Voilà l'idole vaine et ridicule que les maîtres de la philosophie contemporaine auraient voulu substituer au Dieu parfait du christianisme et de la conscience humaine. Le panthéisme, on le voit, nie l'immutabilité de Dieu, parce qu'il méconnaît son infinie perfection. Nous avons suffisamment établi précédemment la vraie nature de Dieu; toute discussion sur ce point nous semble maintenant superflue. Ajoutons seulement que, si Dieu n'est pas immuable, il n'y a plus d'idées, plus de principes, plus de vérités immuables, puisqu'alors il n'y a plus de réalité où elles subsistent. Beaucoup de panthéistes admettent et proclament cette conséquence; elle est le véritable point de départ de la théorie moderne du progrès indéfini en toutes choses; mais chacun voit aisément qu*elle est en même temps la négation directe de la raison.

Dieu est simple. Il est étranger à toute espèce de composition. Et d'abord il n'est point matériel. Il n'y a point en lui de parties, car un être composé de parties est un être limité, un être dont chaque portion présente une certaine mesure de réalité, tandis que Dieu est la réalité pure et infinie : l'infinie perfection de Dieu exclut toute

eomposition de parties et par conséquent toute idée de matière. Les premiers docteurs du christianisme ont beaucoup insisté sur la spiritualité de Dieu. Gela était nécessaire à cette époque; le paganisme avait tellement matérialisé les intelligences, que les meilleurs esprits entre les païens ne pouvaient pas comprendre que Ton admit un Dieu purement spirituel. Les âmes se sont relevées de cet inexprimable abaissement, et nous ne voudrions pas aujourd'hui nous arrêter à prouver la spiritualité de Dieu.

Dieu n'est pas seulement exempt de composition matérielle, il est la souveraine simplicité. Mon âme a des facultés et des qualités réellement distinctes les unes des autres et qui ne s'identifient point avec son essence ; c'est pour cela que tout change en elle et qu'elle perd aujourd'hui certaines qualités pour en acquérir d'autres demain. Un pareil état accuse encore la composition et l'imperfection. Il n'y a rien de semblable en Dieu. A parler rigoureusement, il n'A ni facultés ni qualités ; il n'A ni puissance, ni sagesse, ni bonté, ni justice ni aucune autre perfection, mais il est essentiellement toute perfection. « Nous avons, dit excellemment saint François de Sales, une grande diversité de facultés et habitudes, qui produisent aussi une grande variété d'actions; et ces actions une multitude non pareille d'ouvrages; car ainsi sont diverses les facultés de voir, d'ouïr, de goûter, toucher, se mouvoir, se nourrir, entendre, vouloir; et les habitudes de parler, marcher, jouer, chanter, coudre, sauter, nager; comme aussi les actions et les œuvres qui proviennent de ces facultés et habitudes sont grandement différentes.

Mais il n'en est pas de môme en Dieu. Car il n*y a en lui qu*une très^imple infinie perfectian, et en cette perfection qu'un seul très-unique et très-pur acte; ains» pour parler plus saintement et sagement, Dieu est une seule, très-souverainement unique et très-uniquement souveraine perfection, et cette perfection est un seul ade très-purement simple et très-simplement pur, kqml n'étant autre chose que la propre essence divine, il est par conséquent toujours p^manent et éternel (t), » Voilà la véritable idée de la simplicité divine,

La simplicité de Dieu soutient et expliqitô son immensité, Dieu est immense ; il remplit le eiel et la terre de sa présence, il est tout entier dans tous les lieux du nK)nde; ou plutôt il n*est dans aucun lieu, mais tous les lieux et toutes les choses sont en lui. « Il n'eât en aucun lieu, dit Fénelon, non plus qu'il n'est en aucun temps : car il n'a, par son être absolu et infini, aucun rapport aux lieux et aux temps, qui ne sont que des bornes et des restrictions de l'être. Demander s'il est au-delà de l'univm's, s'il en surpasse les extrémités en longueur, largeur, profondeur, c'est faire une question aussi absurde que de demander s'il était avant que le monde fût, et s'il sera encore après que le monde ne sera plus. Comme il ne peut y avoir en Dieu ni passé ni futur, il ne peut y avoir aussi en lui audelà ni au-deçà. Comme la permanence absolue exclut toute mesure de succession, l'immensité n'exclut pas moins toute mesure d'étendue. Il n'a point été, il ne sera point; mais il est. Tout de même, à proprement parler,

(1) Traité de V amour de Dieu, liY. ii, ch. ii.

il n'est point id, il n'est point Ut, il n*est point au-delà d'une telle borne; mais il est absolument. Toutes ces expressions qui le rapportent à quelque ternoe, qui le fixent à un certain lieu, sont impropres et indécentes (i). » — Telle est la pensée de tous les docteurs chrétiens.

Les plus anciens Pères sont unanimes à reconnaître et à proclamer l'immensité de Dieu. « Tout est près de lui, dit saint Clément de Rome, et personne ne peut échapper à sa main puissante, car il est écrit : Où irairje, et où me cacherai'je de votre face? Si je monte au eiel^ vous y êtes; si je me transporte aux extrémités de la (erre, là est votre droite; si je descends dans les abîmes, votre esprit y est (Ps. cxxxvii). Où ira donc l'homme, et comment pourra-t-H se soustraire à celui qui embrasse toutes choses (2)? » — € Le Seigneur, obsen^e saint Cyprien, nous a ordonné de prier en secret, dans les lieux écartés et dans nos chambres;>'afin que nous sachions que Dieu est présent partout, qu'il entend et voit toutes choses, et qu'il pénètre par la plénitude de sa majesté dans les lieux les plus secrets (s). »

Ces anciens docteurs s'attachent à mettre particulièrement en lumière le côté pratique du dogme de l'immensité de Dieu; c'est par là surtout qu'ils cherchent à démontrer aux défenseurs du paganisme Téminente super* riorité du culte chrétien. Mais aussi qui ne voit la salutaire influence que ce dogme doit exercer sur la con

(1) De Vexhtence de Lieu, part, ii, ch. iv, 101.

(2) Ad Corinth. 1 ep. n. xxvii et xxviii; i iîoî ouv tiç direXOip, kj wou iwo^paaip àiïo tou ta icavTA ijtitepiEj^ovTOÇÎ •

(3) De orat, dom.

duite de l'homme? Quoi de plus terrible pour le méchant; quoi de plus consolant pour le juste, que la pensée de cette présence d'un Dieu qui voit tout, entend tout, assiste à tous nos conseils et habite les plus profonds replis de notre cœur! Quelle douce et enivrante société pour rhomme de bien! et qu'elle le console magnifiquement des injustices et des froideurs de la frivole et incertaine société du monde !

Dieu contient dans l'immensité de sa nature la création tout entière, mais il ne se confond avec rien de ce qu'il embrasse : il demeure éternellement distinct de toute substance, de toute réalité finie.

Qu'il nous suffise d'avoir appelé l'attention sur les traits essentiels des principaux attributs métaphysiques; notre plan nous interdit tout détail sur ce grand et inépuisable sujet. Hâtons-nous de dire tm mot des trois attributs moraux qui nous apparaissent comme le fondement de tous les autres ; nous voulons parler de la puissance, de l'intelligence et de la volonté de Dieu.

Dieu est puissant. Sa puissance est souveraine, infinie, parce que toiit son être est infini, parce qu'il est infiniment parfait. Rien ne limite cette puissance, rien ne peut en entraver l'exercice; c'est la puissance dans toute sa pureté, sans aucun mélange de faiblesse ou d'impuissance : c'est, dans le sens rigoureux et complet de cette expression, la Toute-Puissance. Dieu peut tout ce qui appartient à la puissance, il peut tout ce qu'il veut; son pouvoir ne s'arrête que là où commence le défaut, l'im-

perfection, c'est-à-dire là où commencent la défaillance et Fimpuissance. Dieu peut tout ce qui n'est point contraire à sa propre nature, par conséquent tout ce qui ne porte point l'empreinte de la faiblesse et du néant, c Dieu est tout-puissant, dit saint Augustin, et c'est parce qu'il est tout-puissant qu'il ne peut mourir, qu'il ne peut mentir. Car s'il pouvait mourir, il ne serait pas tout-puissant; s'il pouvait mentir, s'il pouvait tromper et agir coi^tre l'ordre, il ne serait pas tout-puissant (i). » Ce caractère de la toute-puissance en Dieu apparaît en tète de tous les anciens symboles chrétiens, à partir du symbole des apôtres qui s'ouvre par ces paroles dont la sublimité égale la touchante simplicité : Credo in Deum, PATREM omnipotentem; je crois en Dieu, le père tout-

PUISSÂNT.

Dieu est intelligent. Il est l'intelligence souveraine et absolue. L'intelligence de Dieu est infinie comme son être; elle l'égale et le comprend, elle le mesure tout entier. Et l'intelligence n'est point en Dieu, comme en l'homme, à l'état de facuUé, ie puissance, pouvant se développer en acquérsmt de nouvelles connaissances; tout cela accuse l'imperfection et le défaut. L'intelligence de Dieu est, comme tout son être, toujours en acte; elle est une actualité pure et immuable, comme il convient à la réalité souveraine : la connaissance divine n'augmente et ne diminue jamais. Dieu se connaît donc éternellement tel

(1) c Deus omnipotens est; et cum sit omnipotens, mori non potest..., mentir! non potest. Nam si mori posset, non esset omnipotens ; si mentiri, si foUi, si faUere, si inique agere posset, non esset omnipotens. » Sermon sur le symbcde, ad Catéchumènes.

qu'il est, il voit d'une vue complète et parfaite son essence, sa nature, ses infinies perfections. Dieu se connaît et s'affirme éternellement lui-même; et c'est cette éternelle et immuable affirmation de lui-même qui constitue la vérité en soi, la vérité essentielle, la vérité absolue, la vérité souveraine, type et règle suprême de toute vérité.

L'intelligence appelle la volonté. Dieu est doué de volonté, ou plutôt il est la volonté parfaite comme il est l'intelligence infinie. La volonté présente un double aspect. Elle peut être considérée ou bien cornai un principe affectif d'où naît l'amour, ou comnoe l'arbitre qui détermine et qui décide. Quand nous envisageons la volonté dans l'homme sous le premier poiot de vuci, nous l'appelons affection ; sous le second, nous la nommons le libre arbitre. Elle est aussi en Dieu sons ces deux faces, mais avec la différence qui sépare le parfait de l'imparfait, l'infini du fini.

Dieu, en se connaissant, sVime d'un amour nécessaire et infini; son amour égale sa connaissance et embrasse pareillement dans un ineffable transport son être tout entier. C'est cet amour essentiel que Dieu a de lui^mênie qui constitue la bonté, la sainteté absolue; et c'est là qu'est la source, le principe et le modèle de toute bonté et de toute sainteté pour les volontés finies. — Nous reviendrons sur ce point en traitant du mystère de la sainte Trinité.

A l'amour en Dieu se joint l'arbitre, qui est la seconde forme de la volonté, et qui en s'exerçant prend le nom de liberté. Dieu est libre; car la liberté est une perfection, et il est rÉtre souverainement parfait. Il est libre d'une

liberté pure, entière, infinie; d'une liberté qui n'est point, camme la nôtre, sujette à mille entraves, à mille défauts, à mille faiblesses, à mille contradictions. Dieu est pleinement maître de lui-même, essentiellement indépendant; il n'est soumis ni à la contrainte, ni à c^tte nécessité interne dont parlent les panthéistes et qui anéantirait du même œup la liberté et Tintelligence. — Nous parlerons plus loin de la liberté de Dieu dans la création.

Ces attributs de Dieu attestent suffisamment sa personnalité. Un être individuel, doué d'intelligence et de volonté propres, voilà ce qu'on appdle.une personne- Le panthéisme refuse à Dieu la personnalité, puisque^ comme nous l'avons vu, te dieu du panthéisme est un être général, commun, universel, n'ayant pas de vie à soi, dépourvu par conséquent d'intelligence et de volonté propres. Mais nous l'avons dit aussi, une pareille conception de Dieu en est une négation très-peu déguisée; et certes jamais l'humanité, en proclamant Texistence de Dieu, n'a entendu parler d'un être impersonnel : il fallait être philosophe indépendant pour imaginer une telle niaiserie. Non-seulement Dieu est un être personnel, mais il est la personnalité souveraine et absolue, puisqu'il est llÊtre par soi, parfait, infini, vivant de lui-même et de lui seul, — à la différence des personnalités finies,— complètement indépendantdans sa vie individuelle, intelligence pureetvolonté pure; et vivant enfin d'une vie tellement propre, tellement sienne, qu'elle est, par sa nature même, incommunicable à tout autre être. Dieu est donc le type suprême de toute personnalité. — Nous ne considérons ici que la person-

nalité absolue de Dieu; lorsque sous traiterons de la sainte Trinité, nous verrons comment la nature divine, qui est individuelle et incommunicable à toute autre nature, subsiste réellement en trois personnes distinctes. Il nous reste un dernier point à établir ou plutôt à signaler, celui de Tunité de ce Dieu dont nous venons d'admirer la nature et les ineffables perfections.

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