CHAPITRE II
Origine du dogme de la Trinité. — Il est révélé de Dieu et il a toujours été cru dans l'Église chrétienne.
De la connaissance de ce dogme avant Jésus-Christ.
On pourrait d'abord se demander si et jusqu'à quel point le dogme de la Trinité a été connu avant la révélation faite par Jésus-Christ. Cette question a été plus d'une fois soulevée, et elle a reçu des solutions fort diverses. Les rationalistes, qui ne reconnaissent point de révélation surnaturelle et qui ne voient dans la Trinité qu'un produit de la raison humaine, prétendent que le dogme chrétien n'est qu'un développement ou une transformation d'idées répandues dans les doctrines théologiques et philosophiques des peuples anciens. A ce compte, le mystère de la Trinité ne serait donc point la propriété du christianisme; ce ne serait ni à Jésus-Christ ni à ceux que Dieu avait chargé d'annoncer son avènement que nous en devrions la connaissance; ce grand
mystère ne serait plus qu'un dogme banal, appartenant également à tous les peuples, parce que la raison de tous les philosophes aurait pu le découvrir ou l'inventer. Voilà le thème que développent aujourd'hui beaucoup d'écrivains rationalistes.
Il en est qui vont jusqu'à nommer le peuple ancien auquel le christianisme aurait emprunté la doctrine de la Trinité; les uns aflSrment qu'il la doit à l'Inde, d'autres à la Perse, plusieurs à la Grèce, un grand nombre pensent qu'elle est le résultat d'une fusion des théories grecques et orientales. •
Mon intention n'est point de discuter en détail les diverses assertions du rationalisme sur l'origine du dogme chrétien, le plan de cet ouvrage ne me le permet point; j'ajouterai que cela n'est pas nécessaire, parce que ces assertions ne me semblent point sérieuses. Dieu me garde de vouloir blesser personne ! mais je le déclare bien haut, je n'ai jamais compris que des hommes instruits, n'étant pas entièrement étrangers à l'histoire de Jésus- Christ et de l'Église primitive, aient pu affirmer sans rire que les chrétiens avaient puisé à une source païenne leur dogme de la Trinité. Certes, pour parler ainsi, il faut n'avoir jamais ouvert le nouveau Testament ni aucun des écrits des premiers Pères de l'Église; car on y remarque un tel éloignement pour toutes les idées profanes, il y règne un esprit si profondément opposé à toute théorie philosophique, qu'il ne saurait même venir à la pensée d'un homme qui parcourt avec bonne foi ces monuments si simples et si grands, que la doctrine chrétienne puisse être en aucune façon le résultat d'une influence étrangère»
Je n'ignore pas que ceux qui attribuent à des influences païennes la formation du dogme chrétien de la Trinité prétendent que ce dogme ne fut pas nettement connu et rigoureusement déterminé dans rÉglise primitive ; à les en croire, il se forma lentement et péniblement, avec beaucoup d'hésitations et même de contradictions, et il n'atteignit point son développement complet avant le quatrième siècle. C'est ainsi que, pour défendre une thèse désespérée, on refait aujourd'hui l'histoire du christianisme. Nous verrons tout à Theure sur quoi repose cette nouvelle assertion.
On nous reproche très-souvent de ne point apprécier les choses avec une véritable indépendance d'esprit, de nous laisser dominer par des pr^ugés qui nous aveuglent; c'est là un texte banal d'intarissables récriminations à l'adresse des savants catholiques. La suite de ce travail prouvera, je l'espère, que si nous avons des préjugés, ils ne sont pas sans fondement. Mais que les rationalistes, ces ennemis-nés de tout pr^ugé, me permettent de le leur dire, leur critique et leurs raisonnements en matière de religion n'ont guère d'autre base que le plus frivole et le plus insoutenable des préjugés : à savoir, qu'il n'y a pas de révélation surnaturelle. Tel est en particulier le pr^ugé qui dicte tous les jugements de nos adversaires sur l'origine du dogme de la Trinité. Il est de foi parmi eux qu'il n'y a rien de surnaturel en ce monde, que Jésus-Christ n'est pas Dieu, que le christianisme n'est qu'une institution humaine ; il faut donc que toutes ses doctrines aient leur source dans la raison ou dans l'imagination de l'homme. Voilà le véritable point de dé-
part dé toutes les diflSeutés qu'on nous oppose ; voilà ce qui explique pourquoi des hommes d'ailleurs sérieux et instruits attachent de Timportance à des arguments qui au fond sont d'ordinaire souverainement ridicules : ils obéissent en aveugles à un préjugé qu'ils ne discutent point et contre lequel proteste l'histoire de l'humanité tout entière. Je suis profondément convaincu que, sans ce préjugé, nul rationaliste ne prendrait au sérieux les arguments allégués contre l'origine divine du mystère de la Trinité.
Je suppose en effet avec nos adversaires que ce dogme sublime n'ait pas été entièrement inconnu de certains peuples anciens; je veux pour le moment ne pas mettre en doute l'exactitude de leurs assertions à cet égard; qu'en résultera-t-îl contre l'enseignement chrétien? Rien, absolument rien. D'abord, de l'aveu de tous, les peuples dont on parle n'ont eu qu'une connaissance fort imparfaite et très^ineoraplète de la Trinité; les idées qu'on croit retrouver dans leurs monuments ne sont après tout qu'une ébauche très-grossière du dogme catholique tel que nous l'avons défini, et même elles le contredisent en plus d'un point. Tout le monde est d'accord à cet égard. Mais s'il en est ainsi, comment admettre que la doctrine chrétienne, qui se présente complète et nettement définie dès son origine, soit le développement graduel de ces idées que l'on nous donne pour sa première ébauche? Ce n'est pas de cette façon que se développent les doctrines qui viennent de l'homme.
Et d'ailleurs ces idées vagues, flottantes, indécises, que vous croyez reconnaître dans les traditions religieuses ou
dans les écrits philosophiques du vieux monde, de quel droit prétendrez-vous en faire honneur à la seule raison de l'homme? Quelle règle de critique vous autorise à les regarder uniquement comme le produit de l'esprit hu* main? Ne pourrait-on pas raisonner d'une tout autre manière et faire remonter à une source surnaturelle et divine ce qu'il vous plaft d'attribuer à une source naturelle et purement humaine? Dès les premiers siècles du christianisme, il s'est rencontré des écrivains religieux, il en est encore un certain nombre aujourd'hui qui pensent aussi retrouver dans les traditions de certains peuples anciens quelques traces obscures du dogme de la Trinité ; mais ces écrivains argumentent tout autrement que vous, et il me semble que l'histoire et la logique sont pour eux. Voici comme ils peuvent raisonner dans leur hypothèse. Tous les hommes proviennent d'une même souche, et ils ont tous le même Dieu pour auteur. Dieu, en créant l'homme, dut lui révéler sa destinée et les moyens de l'accomplir : sans cela point de Providence, point de rapport entre le créateur et la plus noble de ses créatures terrestres. Il y eut donc primitivement une révélation, quel qu'en ait été le mode, une manifestation de Dieu à l'homme. Mais que comprit cette révélation? Les monuments sacrés ne nous permettent pas de le déterminer avec précision ; mais tout semble porter à croire que Dieu fit entrevoir à l'homme le mystère de son essence infinie subsistant en trois personnes distinctes, car l'homme était destiné à la pleine et éternelle possession de cette essence, et il paraît convenable, vu l'état de perfection où il dut être placé à l'origine, que Dieu lui ait
fait du moins pressentir l'ineffable secret de sa destinée surnaturelle. L'homme était fait pour voir face à face et posséder éternellement Dieu tel qu'il est en lui-même, c'est-à-dire la sainte Trinité; ne convenait-il pas que ce mystère lui fût révélé, au moins dans une certaine mesure? D'après cela, il serait donc permis de penser que les hommes, au berceau de la société, en gardèrent une notion,- je ne dirai pas aussi claire et aussi précise que celle dont le christianisme nous a mis en possession, mais du moins une notion quelconque, si faible et si imparfaite qu'on veuille la supposer. Pourquoi le genre humain, dispersé dans la suite sur tous les points du globe, n'aurait-il pas conservé quelque vague souvenir d'une doctrine dont la lumière avait lui sur son berceau? Je n'affirme rien sur le degré de connaissance que l'humanité a pu garder de ce mystère ; je sais que l'homme oublie vile, surtout les choses du monde surnaturel ; je ne veux que poser une question qui me semble mériter Tattention de tout esprit sérieux*
En outre ne pourrait-on pas soutenir avec quelques Pères de l'Église que les peuples païens chez qui on croit rencontrer certaines traces d'une doctrine de la Trinité la devaient à la tradition de ce peuple juif, que Dieu s'est plu à promener comme un fanal lumineux au milieu des ténèbres du vieux monde?
C'est ainsi que raisonnent beaucoup d'écrivains religieux pour expliquer la présence de certaines idées vagues sur la Trinité dans les monuments de quelques nations païennes; à leurs yeux ces idées dérivent soit directement de la révélation primitive, soit de la tradition
juive, avec laquelle bien des sages de Tantiquité ont pu se mettre en rapport. Je ne vois pas ce que Ton peut opposer de sérieux à un pareil raisonnement; et c*est pour cela que je ne comprends pas quel argument la présence d'une certaine doctrine delà Trinité dans les traditions des peuples anciens pourrait fournir contre la divine origine du dogme catholique. Évidemment c'est méconnaître et les lois de rtiistoire et celles de la logique que de prétendre nous attaquer avec de semblables armes.
Je ne m'arrêterai pas maintenant à discuter la question de savoir si réellement l'on rencontre quelques notions de la Trinité dans les livres sacrés de la Chine, de l'Inde, de la Perse, ou dans les écrits du plus illustre représentant de la philosophie grecque ; sur le terrain où nous venons de nous placer, cette question n'a plus qu'une im- (fbrtance tout à fait secondaire. Je n'ajouterai qu'un mot sur ce point. D'après les observations que j'ai faites tout à l'heure à la suite de plusieurs écrivains chrétiens, U n'est pas impossible que certains monuments du monde païen présentent quelques vestiges à demi effacés d'une doctrine de Trinité, il n'est pas impossible que l'on y rencontre certaines idées qui rappellent le dogme catholique. Néanmoins je pense qu'il ne faut pas admettre facilement comme des analogies réelles avec la doctrine chrétienne certaines expressions qui au premier aspect semblent avoir quelque rapport avec elle ; le plus souvent la ressemblance n'est qu'apparente, et une critique sévère découvrirait dans la plupart des textes cités, soit par les rationalistes, soit par des écrivains religieux même, tout autre chose que ce qu'on croit y voir.
Mais la doctrine de la Trinité a-t-elle réellement été connue du peuple juif, de ce peuple que Dieu s*était choisi entre les autres peuples pour en faire le dépositaire pu* blic de la vraie religion et préparer par §on moyen la rédemption du genre humain tout entier? Le dogme de la Trinité se trouve-t-il énoncé dans les Écritures divines que ce peuple nous a transmises, est-il dans Tancien Testament? Il y a, croyons*nous, dans le vieux Testament quelques passages qui supposent évidemment le dogme de la Trinité et qui n*ont de sens raisonnable que par ce dogme (i).
11 est donc permis d'affirmer que les plus instruits d'entre les juifs, ceux dont l'esprit embrassait l'enseignement religieux dans toute son étendue, durent avoir une certaine connaissance de ce grand dogme. Mais il n'est pas moins évident pour nous que cette connaissance dut être assez vague, assez obscure, fort incomplète. Le peuple juif ne connaissait clairement que l'unité de Dieu; c'est ce dogme qtfil fut particulièrement chargé de garder intact au milieu des altérations grossières que lui faisait subir l'imagination toute matérialisée des nations idolâtres. Dieu attendait pour révéler aux hommes le mystère de sa vie intime le moment où il devait accomplir en leur faveur le plus grand acte d'amour que son cœur pût lui inspirer ; il fallait qu'une personne de cette adorable' Trinité, se mêlant à la société des hommes, vint elle-même leur dévoiler
(i) M. Staudenmaier a traité ce point avec beaucoup d'érudition et d'intelligence dans sa Dogmatique chrétienne : Die ChmtUche Dogmatih, II« vol., p. 481-495. Fribourg en Brisgau, 1844.
le secret de la société première et parfaite qui subsiste éternellement au sein de l'unité vivante de la nature divine. Il était réservé au Fils de Dieu fait homme de nous enseigner clairement le dogme de la Trinité. Nous allons voir comment il Ta fait.
Sn.
le dogme de la Trinité clairement enseigné dans le nouveau Testament,
Nous l'avons dit tout à l'heure» à en croire plusieurs écrivains rationalistes, le dogme de la Trinité ne fut point connu, tel que l'Église le professe aujourd'hui, à l'origine du christianisme; il se forma peu à peu, et même sous l'empire d'une influence étrangère à la religion enseignée par Jésus-Christ, et il n'atteignit point son développement essentiel avant le quatrième siècle. L'un des plus sérieux interprètes du rationalisme français a écrit sur cette prétendue formation du dogme de la Trinité quelques pages fort curieuses; je veux parler de M. Vacherot dans son Histoire de Vécole d! Alexandrie. Écoutons-le un instant. « Le christianisme primitif, dit-il, accepta la théologie juive sans y rien changer. Il conserva (!) la triple conception de Dieu, du Verbe et de l'Esprit saint, en y ajoutant seulement l'incarnation du Verbe divin en Jésus-Christ, et la communication spéciale de l'Esprit saint à son Église. Le Dieu de la religion nouvelle était donc encore le Dieu abstrait et mystérieux de l'Orient. Le monde avait tou-
jours connu son Verbe et son Esprit ; mais ni le Verbe ni VEsprit n'étaient Dieu même. Le monde avait récemment vu et entendu le Verbe incarné, le Christ; il avait avidement recueilli le souffle divin de la bouche des Apôtres : mais le Fils et le Saint-Esprit n'étant Dieu ni l'un ni l'autre, la figure de Tun ne pouvait être qu'une image, et l'inspiration de l'autre qu'un écho de Dieu... La théologie chrétienne était encore loin de la Trinité proprement dite ; tant qu'elle resta soumise aux influences de l'Orient, elle maintint le Verbe et TEsprit saint en dehors de la nature divine, et ne put comprendre la consubstantialité du Père, du Fils et de l'Esprit... Ce qui démontre surtout la puissante influence de la philosophie grecque sur le développement ultérieur de la théologie chrétienne et sur la formation du dogme de la Trinité qui le résume, c'est que toutes les sectes purement orientales du christianisme se refusèrent obstinément à reconnaître la consubstantialité des hypostases de la nature divine, même après l'arrêt des conciles de Nicée et de Constantinople. Jamais les chrétiens de la Judée ne purent comprendre cette profonde doctrine d'un Dieu en trois personnes, dont chacune possède au même titre et au même degré la nature divine; ils s'en tinrent au Dieu de Moïse, et ne voulurent voir dans le Fils et le Saint-Esprit que de simples organes de la puissance de Dieu. Le dogme de la Trinité leur sembla un retour au polythéisme... Le berceau du dogme de la Trinité est une ville grecque, et le héros de cette grande polémique qui aboutit au symbole de Nicée est un Alexandrin. Athanase finit l'œuvre commencée par d'autres Alexandrins, saint Clément, Origène. Ce grand
symbole résume toute la théologie orientale et toute la théologie grecque (i). »
Que M. Vacherot nous permette de le dire , on demeure confondu à la vue d'une telle ignorance jointe à une telle présomption : tout est faux, puérilement faux dans ces lignes, et tout s*affirme sur un ton qui semble défier toute critique! Et néanmoins M. Vacherot est un esprit sérieux, un écrivain qui ne manque ni d'érudition ni d'intelligence; il est un des représentants les plus instruits et les plus graves du rationalisme français. Comment donc expliquer cette incroyable aberration de jugement, sinon par ce fatal préjugé dont j'ai parlé plus haut et qui tyrannise et asservit l'intelligence de tous nos libres penseurs? On nie le surnaturel, on pose en principe que toute religion, toute doctrine, étant purement humaine, doit se développer graduellement : malheur aux faits qui viendraient contredire cette théorie, il faut qu'ils disparaissent du domaine de l'histoire ou que tout au moins ils se résignent à se voir plier à tous les besoins de ce préjugé qu'on décore du nom de principe! On écrit positivement l'histoire en dépit des faits, et par conséquent en dépit de l'histoire elle^même. Prouvons rapidement que ces observations n'ont rien d'^agéré.
■•. Le concile de Nicée, auquel on attribue la formation du dogme de la Trinité, n'a fait que formuler solennellement ce que croyait et ce qu'avait toujours cru l'Église
(1) Histoire critique de Vicole â^Alexanârie, toœ. i, p. 297-299. Paris, i846.
catholique. Il y a longtemps que tout ce qui se rattache à cette question a été minutieusement discuté par de savants théologiens non-seulement catholiques, mais encore protestants ; etsi nos rationalistes contemporains n'étaient pas pour la plupart comi^étement étrangers aux traditions scientifiques du christianisme, ils s'exprimeraient avec un peu plus de réserve sur des sujets vingt fois discutés et approfondis dans les écoles théologiques. Tout récemment cette nftatière a été traitée avec beaucoup d'intelligenoe et d'érudition par Mœhler en Allemagne (i), et en France par M. Ginoulhiac (2). Pour nous, nous devrons être trè6-*bref, mais nous tâcherons d'être suffisamment clair. Commençons par le nouveau Testament.
Le nouveau Testament est plein de témoignages soit directs soit indirects en faveur du dogme de la Trinité. Nous qui sommes initiés à la vie et aux idées chrétiennes, qui avons, suivant la belle expression des Pères, le sens chrétieHy nous reconnaissons tout de suite et sans effort dans une foule de passages du nouveau Testament la doctrine que nous a donnée l'enseignement de l'Eglise; ce livre sacré est pour nous un livre de famille qui parle de choses qui nous sont familières et auxquelles notre âme est faite dès longtemps. Voilà pourquoi nous le compre*nous si facilement. Nous sommes dans les dispositions d'esprit où se trouvaient ceux à qui ce livre fut d'abord adressé; ils avaient déjà reçu l'enseignement chrétien;
(i) Athanase le Grand et VÉglise de son temps en lutte avec VAriar nisme, Hv. i.
(2) Histoire du dogme catholique pendant les trois premiers siècles de VÉglise et jusqu'au concile de Nicée.
ils connaissaient et croyaient les dogmes que les Évangiles et les Lettres des Apôtres leur rappelaient : voilà pourquoi il suflBsait souvent d*un mot pour les leur désigner. Nous retrouvons généralement avec la même facilité dans ces monuments de notre foi les points de doctrine dont notre première instruction chrétienne nous a mis en possession. Mais on comprend sans peine qu*il soit plus diflBcile à des hommes dépourvus du sens chrétien de les y apercevoir clairement, ils sont dans une situation d'esprit tout opposée à celle que rédame la lecture de ces divins écrits. C*est là une considération dont la justesse frappera tout le monde, et elle est capitale dans la controverse soit avec les protestants soit avec les incrédules. Bornons-nous ici à appeler l'attention sur quelques passages dont la signification ne sera contestée d'aucun esprit sincère et ne connaissant d'autres lois que celles du bon sens.
Les trois premiers évangélistes, racontant l'histoire du baptême de Jésus-Christ, nous apprennent qu'au moment où il fat baptisé, une voix se fit entendre qui prononça ces paroles : < Celui-ci est mon FUs bietHdmé en qui j'ai mis mes œmplaisances (Matth. iii; Marc i; Luc. m), » et qu'en même temps « le Saint Esprit descendit sur lui sous la forme d'une colombe, y* — Nous allons voir que le Fils et le Saint-Esprit sont bien réellement distincts entre eux et distincts du Père, quoiqu'ils aient tous trois la même nature. Ecoutons Jésus-Christ parler de sa propre personne, tout en montrant le lien qui l'unit à celle de son Père, a Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné
son FUs unique^ afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (i). »
Ce Fils unique de Dieu, qui se dit en même temps le fils de rbomme, est descendu du ciel, et néanmoins il est toujours au ciel, « Personne n'est montée au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le fils de Tbomme, qui est au ciel (s). »
Ce Fils unique est sorti du Père, et il est venu dans le monde. « Le Père lui-même vous aime, dit-U à ses disciples, parce que vous m'avez aimé et que vous avez cru que moi je suis sorti de Dieu (5). Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde (4). > Et le Père dont le Fils est sorti n'est point d'une autre nature que lui : « Moi et mon Père mus sommes une seule chose (5). » — C'est pour cela que le Père est en lui, et qu'il est dans le Père : € Le Père est en moi et moi dans le Père (6). »
Il se donne constamment pour Dieu aussi bien que son Père, et c'est pour ce motif que les juifs, qui l'ont parfaitemeat compris, veulent le lapider comme blasphémateur. Il nous faudrait transcrire ici presque en entier ce discours visiblement divin où lésu&*Christ, au montant de quitter ses disciples, épanche une dernière Ms son cœur et leur fiait des adieux qui, tout en attestant sa^ propre
(i) Joan. m, i6.
(2) a Nemo ascenditincoelum, nisi qui descendit de cœlo, filius hominis qui est in cœlo. » Joan. m, iS,
(3) c ... 5n Ifcè irot^ft tcu étcu V^^ïA^h. » (4) /Wd. XVI, 27,28.
(5) « Ego et Pater unum sumus. » Ihid, x, 30. — J.-C. ne dit point : unui sumus, mais unwn^ t* iaiAev, une même chose.» (6)i2^. 38.
diviBité, marquent en même temps et Tunité de nature et la distinction des trois personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Contentons-nous d'en détacher quelques traits. € Je suis la voie et la vérité et la vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. Si vous m'eussiez connu, vous eussiez aussi connu mon Père ; mais vous allez le con* naître, et vous Tavez déjà vu. Philippe lui dit : Maître, montrez-nous le Père, et il nous suffit. Jésus lui répond : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas? Philippe, celui qui me voit voit aussi le Père. Comment donc dites-vous : montrez^nous le Père? Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moimême; mais le Père, qui demeure en moi, fiait les œuvres que je fais (t). »
Dans ce même discours Jésus-Christ parle également du Saint-Esprit comme d'une personne distincte et tout ensemble véritablement divine* Il dit à ses disciples attristés de se voir bientôt enlever leur consolateur et leur appui : « Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet (consolateur) pour demeurer éterneltement avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir.... Le Paraclet, ajoute-t-il, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (a). > — « Quand il sera venu, le Paraclet que je vous enverrai du sein du Père, l'Esprit de vérité qui procède
(!)7o(m. XIV, 6-Jl.
(2)lWd.xiv, 16,n,26.
du Père, c'est lui qui rendra témoignage de moi(xv,26).» — « Il vous est avantageux que je m'en aille; car si je ne m'en vais point, le Paraclet ne viendra point à vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai... Et quand il viendra, cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité; car il ne parlera point de lui-même, mais il dira tout ce qu'il entendra^ et vous fera connaître ce qui doit arriver. C'est lui qui me glorifiera, parce quHl recevra dé ce qui est à moi, et il vous honorera* » Et pour prévenir sans doute, comme le fait excellemment observer M. Gi* noulhiac (i), la difBculté qui pouvait naître dans Tesprit des apôtres à l'occasion de ce qu'il avait dit, que le Saint-Esprit procédait du Père, le Sauveur ajoute aussitôt : «( Tout ce qui est à mon Père est à moi. G*est ponr^ quoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi et qu'il vous l'annoncera (s). x>
Quel bomme non prévenu, et n'écoutant que lasiaiple voix du bon sens, ne verra point dans ces admirables paroles du Sauveur ce que tous les catholiques y voient, trois personnes réellement distinctes ^tre elles et toutes trois également divines, ayant la même nature et par eour séquent la même opération? N'y est-il saéme pas dit assez clairement que le Fils procède du Père, et le SaîAt-Esprit du Père et du Fils?
Jésus-Christ, en quittant la terre, ordonna à ses ^pitres d'aller enseigner toutes les nations et de les baptiser au
(i) Ouv, cil. l'« pari. liv. iv, ch. v.
(2) Omnia quaecumque habet Pater, inea siinl. Propterea di»: ^ftiM de meo acdpiet, et annuntiabit vobis. i xvi, 45.
Dom de ces trois personnes divines : « Allez, leur dit-il, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du SaintrEsprit (i). » Ces paroles deviendront la formule môme du baptême, et l'entrée dans la religion de Jésus-Cbrist sera nécessairement marquée par un acte de foi public en la sainte Trinité.
Le langage des disciples est conforme de tout point à celui de leur Maître. Je crois inutile de citer beaucoup de textes. Saint Paul est plein du sentiment de la dignité de Jésus-Christ, et ce sentiment éclate à chaque page et de mille manières dans ses Épttres. 11 appelle ^on maître bien-aimé < le Christ qui est au-dessus de tout, le Dieu béni dans les siècles (2). » Il nous le présente avec saint Jean comme celui par qui tout a été fait, celui qui est la splendeur de la gloire du Père et la figure de sa substance; celui qui soutient toutes choses par sa parole (s). Écrivant aux fidèles de Philippes, saint Paul leur recommande rhunùilité en leur rappelant l'exemple de Jésus- Christ qui, comme ils le savaient, étant Dieu par nature, entièrement égal à Dieu, aVait daigné voiler sa divinité et prendre la forme d'un esclave (4).
Tout le monde connaît ce magnifique début de l'Évangile de saint Jean, que l'Église fait redire chaque jour à la
(J) MaUh. xxvu, 19.
(2) « Ghristus qui est super omuia Deus benedictus in saecula. » Rom, IX, 5.
(3) Hebr. i.
(4) a Qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est e8$e se aequalem Deo : sed semetipsum exinanivit formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus, et habitu inventus ut homo. > — Voir le savant commentaire de M. Beelen sur ce passage.
fin de la messe par ses ministres : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout a été fait par lui... En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes; et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne Tont point comprise... Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne Ta point connu.... Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous ; et nous avons vu sa gloire, la gloire qui appartient au Fils unique du Père, et qui est plein de grâce et de vérité. » — Serait-il possible de parler un langage et plus x^lair et plus magnifique?
Toutes les fois que Toccasion s*en présente, les apôtres parlent également de l'Esprit Saint comme d'une personne vraiment divine et distincte du Père et du Fils. « Il y a diversité de dons spirituels, écrit saint Paul aux Corinthiens, mais il n'y a qu'un même Esprit. Il y a diversité de ministères^ mais il n'y a qu'un même Seigneur. Il y a diversité d'opérations, mais il n'y a qu'un même Dieu qui opère tout en tous. » Et énumérant en détail les divers dons qui sont faits aux chrétiens par le Saint-Esprit, il conclut ainsi : « Or c'est l'unique et le même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun selon qu'il lui plaît (i). » — Voilà bien l'Esprit- Saint désigné comme une personne à part et comme auteur d'opérations et de dons divins.
En vingt endroits du nouveau Testament la sanctifica-
(1) I Cor. xn, 4-1 i.
tion des fidèles est attribuée spécialement à ce même Esprit, que nous avons entendu le Sauveur promettre à ses Apôtres et qui devait compléter Tœuvre de la rédemption. C'est lui qui, selon cette promesse solennelle de Jésus^hrist, descend sur les Apôtres le jour de la Pentecôte (i), éclaire et transforme instantanément ces hommes grossiers et timides, et devient le principe de toutes ces merveilles dont les Actes des Apôtres et leurs ÉpUres sont pleins et qui remplissent d'ailleurs toute Tlûstoire primitive du christianisme.
Mais pourquoi insister davantage? Le nouveau Testai ment abonde en passages qui prouvent directement ou qui supposent la distinction et en même temps l'égalité substantielle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. U faut nous borner. Nous en avons dit assez pour écarter toute difficulté raisonnable. Et du reste la foi de l'Église primitive va nous montrer de plus en plus avec une évidence qui ne se discute point que tel fut bien réellement l'enseignement de Jésus-Christ et des Apôtres.
Seulement avant d'aller plus loin, je me permettrai de demander si j'ai qualifié trop sévèrement l'ignorance et la légèreté de ces écrivains rationalistes 'qui, asservis au joug' d'un préjugé tyrannique, nous déclarent avec un imperturbable aplomb que la Trinité chrétieniie est une doc- ,trine d'emprunt, qu'elle ne se trouve qu'à l'état d'ébauche très-imparfaite dans le nouveau Testament, et qu'elle dut s'élaborer peu à peu et très-péniblement pour atteindre la perfection où nous la voyons enfin au quatrième siècle?
(I) AcL apott, II.
N'est-ce point là véritablement écrire l'histoire en dépit des faits? Ah! que nos adversaires daignent donc ouvrir une fois l'Évangile sans préjugé, sans préoccupation systématique ! Ils verront si le langage de Jésus-Christ est celui d'un philosophe élaborant péniblement une doctrine qui lui est étrangère et qu'il cherche à déduire de principes posés par d'autres ! Non, non, le Sauveur ne cherche rien, ne déduit rien; il ne raisonne point, il ne discute point, il affirme; il parle des secrets de la vie divine sans hésitaUon, sans effort, sans étude, avec un abandon, une simplicité et en même temps une netteté et une assurance qui révèlent tout autre chose qu'un sage et un philosophe. Jamais homme n'a parlé de la sorte. « On le voit plein des secrets de Dieu, dit Bossuet; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique : il en parle naturellement comme étant né dans ce secret et dans cette gloire ; et ce quHl a sans mesure (Joan. m, 34), il le répand avec mesure, afin que notre faiblesse le puisse porter (i). » Voilà le véritable caractère de l'enseignement de Jésus-Christ, la lecture la plus superficielle de l'Évangile suffit pour le remarquer; et ce caractère n'est pas d'un enseignement humain.
(i) Discourt sur l'Histoire miverseUe, W part. cbàp. xix.
i III.
Foi de V Église primitive.
La foi de TÉglise primitive ne laisse point de place au doute sur la nature de l'enseignement du Christ au sujet de la Trinité.
Il n'est pas besoin de longues et laborieuses investigations pour constater quelle fut à cet égard la croyance des premiers chrétiens. Il y a dans la vie de la société religieuse fondée par Jésus-Christ certains faits publics, solennels, éclatants, où sa pensée et ses sentiments intimes se révèlent d'une manière visible à tous les yeux; il sufiit que nous arrêtions un instant notre attention sur ces faits. Et pour mieux en comprendre la portée, fai^ sons tout d'abord cette remarque générale, que tous les chrétiens ne reconnaissaient et n'adoraient qu'un seul Dieu : le dogme de l'unité de Dieu a toujours été le premier article du symbole chrétien, c'est là un fait que personne ne conteste. Par conséquent, dès qu'il est question de Dieu, toutes les fois que la société chrétienne parle de plusieurs, il ne peut jamais s'agir de plusieurs natures distinctes, mais uniquement de plusieurs personnes ayant la même nature et ainsi la même divinité. D'ailleurs la vérité de cette assertion va ressortir avec éclat des faits généraux que nous voulons rappeler ici brièvement.
Le dogme de la Trinité, que l'on cherche aujourd'hui
à faire passer pour un produit de la philosophie, fut toujours au contraire un dogme éminemment populaire dans l'Église chrétienne; la vie chrétienne tout entière, le culte, les prières, les pratiques religieuses, tout atteste la foi à ce dogme, tout s'y rattache ou s'en appuie. Je n'insisterai que sur quelques faits, qui suflBront, je l'espère, à placer cette vérité dans tout son jour.
« Allez, avait dit le Sauveur aux Apôtres, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (i). » Ces dernières paroles sont devenues la formule du baptême; en sorte que ce sacrement renfermait une profession de foi explicite au dogme de la Trinité.
a Les mofiuments de l'antiquité ecclésiastique , dit M. Ginoulhiac, attestent d'un commun accord que le baptême était administré conformément à la formule évangélique , c'est-à-dire au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Outre le témoignage du livre des Constitutions apostoliques qui ne saurait être plus formel (2), saint Justin dans son Apologie, Tertullien dans plusieurs de ses ouvrages, saint Clément d'Alexandrie dans ses Stromates et dans ses extraits de Théodote, disent que celte pratique date des temps apostoliques, et que c'est la loi imposée par Jésus-Christ (3). Origène semble plus explicite encore. Il déclare que le baptême « n'est pas
(1) Maiih. xxviii, 19.
(2) Ck^nstit. apest. lib. m, c. xvi; lib. vu, c. xxii.
(3) Just. Apol. I, n» 61. — dem.'Alex. Strom, v, n» xi. Theod. Excerpt, n. lxxvi. — TertuU. Adv. Prax, c. xxvi. DeBaptim. c. vi et xiii.
accompli, » qu'il « n*esl pas légitime, » que « le baptisé ne peut recevoir le salut, si on n'invoque sur lai le Père, le Fils et le Saint-Esprit, si Finvocation de la Trinité n'est pas entière (i). » Et comme pour prévenir la difficulté que Ton emprunte aux épitres de saint Paul où il est écrit que les chrétiens sont baptisés m Jésus-Christ, ou au nom de Jésus-Christ, il dit que l'Apôtre, lorsqu'il fait allusion aux passages de rÉcriture, ne les rapporte pas tout entiers, mais seulement ce qui est nécessaire au sujet qu'il traite, et qui suffit pour se foire entendre (s). C'est à peu près le même raisonnement que faisait saint Cyprien dans sa célèbre lettre à Jubaïen, pour prouver que le baptême donné au nom de Jésus-Christ ne suffit pas, « vu qu'il a ordonné lui-même de baptiser les nations en la Trinité complète et indivisible (s). » En deux mots, la loi de baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, paraissait si essentielle, que nous ne trou* vons pas d'auteur, dans les trois premiers siècles, qui ait admis que toute autre formule fût valide... Parmi les anciens hérétiques, la plupart l'employaient. Saint Cyprien le témoigne des Novatiens et des Marcionites (4) ; et saint Augustin a cru pouvoir dire qu'on trouvait plus d'héré-
(i) c Ex quibus omnibus didicimus tantae auctoritatiset dignitatis esse substantiam Spiiitus sancU, ut salutaris bapUsmus non aliter nisî excellentisimae omnium Trinitatis auctoritate, id est Patris etFilii et Spiritus Sancti cognominatione compleatur.— Qui regeneratur per Deum in saiutem, opus babet et Pâtre et Filio et Spiritu Sancto, non perceptnrus salutem nisi sit intégra Trinitas. 1 Orig. De Princip, c. m, n. 2, 5.
(2) M Ep. ad Rom, 1. 11, n. 8.
(3) Ad Jubaîan. Ep. lxxui.
(4) Loc. ciL
tiques qui ne baptisaient pas du tout que de ceux qui ne baptisaient pas en prononçant ces paroles (i).... Mais rÉglise catholique exigea constamment que le baptême fût conféré au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Espritp jusque-là que le XLIX® des canons dits apostoliques condamne et « frappe de déposition Tévéque ou le prêtre qui n'aura pas baptisé avec cette forme, mais (eomnœ le faisaient certains hérétiques) en trois êtres sans principe, ou en trois Fils, ou en trois Paraclets (2). »
C'est donc un fait à l'abri de toute contestation, que l'Église primitive, fidèle au précepte de son fondateur, conférait toujours le baptême au nom de la sainte Trinité^ du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le véritable sens de celte formule sera plus netten^nt déterminé tout à l'heure.
Observons maintenant que tes païens et les juifs convertis auxquels on conférait le baptême comprenaient le sens que l'Eglise attachait à cette formule. Avant d'être consacrés par ce rite auguste, qui est la porte d'entrée du christianisme, on les instruisait avec soin des dogmes et des lois de la religion qu'ils allaient professer; et ce sacrement n'était administré, comme nous l'apprend saint Justin, qu'à ceux « qui témoignaient être persuadés de la vérité de ces enseignements, y croire, et qui promettaient de vivre conformément à ces principes (s). » Au
(1) De BapL 1. vi, c. xxv.
(2) Ginoulhiac, Histoire du dogme^ etc.. l'* part. liv. nr, ch. vi, tom. ï, p. 295-297.
(3) Apolog. I, n. 61.
— gopremier rang des choses qu'on leur enseignait figurait la doctrine de la Trinité; et jamais personne n'était admis au baptême qu'il ne fût parfaitement instruit de la foi de l'Église sur ce point. La croyance de ce dogme était mise au nombre des conditions sans lesquelles on ne pouvait être considéré comme chrétien. C'est ce qu'attestent tous les monuments des premiers siècles. Dans son traité contre Praxéas, où il expose si clairement la doctrine chrétienne de la Trinité, Tertullien dit que c'est précisément cette doctrine qui distingue les chrétiens des juifs (i). Saint Hippolyte de Porto dédare également a que l'on ne peut entendre chrétiennement le Dieu unique, si l'on ne croit réellement au Père, au Fils et au Saint-Esprit (2). » Origène répète fréquemment que tout chrétien doit croire au Père, au Fils et au Saint-Esprit; il affirme qu'il n'y a point en cela de différence entre les prêtres, les lévites et les simples fidèles : quiconque, ditil, fait partie de l'Église de Dieu professe cette foi (3). Un autre Père du second siècle, Athénagore, après avoir exposé en détail ce qu'il appelle la croyance de tous les chrétiens en un seul Dieu en trois personnes, s'écrie : « Qui ne s'étonnerait, après cela, d'entendre traiter d'athées ceux qui confessent Dieu le Père, et Dieu le Fils, et le Saint-Esprit, et qui font voir leur puissance dans
(1) < Quid enim erit inter nos et istos, nisi differentia ista? Quod opus Evangelii, quac est substantia novi Testamenti... si non exinde Pater et Filius et Spiritus très crediti unum Deum sistunt? i Adv, Prax. c. 31.
(2) Cont. Noet. n. xiv, Opp, t. II, p. 16.
(?) In Jom,, Opp, t. IV, p. 429; In LeviS. Bom. y, n. 3, Opp, t. II, p. 208.
TuDité et leur distinction dans l'ordre (i)? » Et un peu plus loin il ajoute : « Comment peut-on croire que nous ne menions pas une vie pieuse, puisque c'est ainsi seulement que nous espérons parvenir à la vie éternelle, en connaissant Dieu et le Verbe qui est de lui, sachant quelle est Tunité du Fils avec le Père, quelle est la communion du Père avec le Fils, ce que c'est que l'Esprit, quelle est Tunité et la distinction des trois, de l'Esprit, du Fils et du Père (2). »
Il est donc positif que la doctrine de la Trinité était un des articles fondanoentaux de l'enseignement élémentaire du cbrisdaBisme ; on ne devenait chrétien qu'en la professant. Le baptême était pour tous les nouveaux enfants de l'Église une confession publique et solennelle de ce mystère.
La manière même dont on prononçait la formule et dont on conférait le sacrement fournit une preuve éclatante d'une foi précise et nette au dogme de la Trinité. C'était une loi de TÉglise primitive de baptiser en faisant trois immersions distinctes, et cela de telle sorte que chaque immersion correspondait à l'un des trois noms delà Trinité, qui étaient prononcés successivement. Aussi Tertullien réfutait l'hérétique Praxéas, qui niait la distinction des personnes divines, en lui opposant les rites du baptême : « Ce n'est pas une fois, lui disait-il, mais trois fois, et en invoquant chaque nom des trois personnes, que nous sommes baptisés (5). »
(1) Légat, c. 10.— (2) Ibid. c. 12.
(5) < Non semel, sed ter, ad singula nomina, in personas singulas tiugimur. I Tert. Adv. Prax, c. xxvi.
Est-il besoin maintenant de nous arrêter davantage à définir le sens précis de la formule du baptême, et serait-il possible de ne pas y voir la pure expression de notre foi sur la Trinité? Je ne le crois pas. Au reste une seule observation suffirait à écarter toute objection et à faire taire tous les doutes. Tout le monde sait que les chrétiens ne reconnaissaient qu'un seul Dieu, une seule nature divine, et que Dieu était seul regardé comme le véritable principe delà régénération de Thomme; d'un autre côté, dans la formule du baptême et dans Fadministration de ce sacrement ils établissaient, comme Tertullien le fait remarquer à Praxéas, une distinction réelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit : donc cette formule signifiait à leurs yeux que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, quoique réellement distincts entre eux, n'étaient cependant qu'un seul et même Dieu. Aussi les Pères proclament unanimement que les chrétiens confessent un Dieu unique, qui est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Les passages de saint Hippolyte et d'Athénagore, que j'ai rappelés tout à l'heure, sont trèsclairs sur ce point. Je pourrais citer vingt autres textes aussi formels et plus développés; je me contenterai de rapporter un passage d'Origène où ce grand homme résume parfaitement en deux mots la signification doctrinale et morale du baptême : « Lorsque nous allons recevoir la grâce du baptême, renonçant à tous les autres dieux et à tous les autres seigneurs, nous confessons le seul Dieu, Père et Fils et Saint-Esprit (i). » L'homme renonce à tous les faux dieux qui se partageaient auparavant l'em-
(1) i Cum ergo venimus ad gratiam baptismi, univcrsis aliis diis et do-
pire de son âme, il renonce au culte du démon et de ses anges, comme le dit Tertullien, et s'engage solennellement à ne professer désormais que le culte du vrai Dieu, du Dieu unique qui est Père, Fils et Saint-Esprit.
Il serait superflu d'insister plus longtemps, la nature de la croyance de FÉglise est visible à tout œil qui veut voir; cela nous suffit : nous ne discutons point avec une science opiniâtre et vaine, nous ne voulons que convaincre, raffermir et consoler les âmes de bonne foi.
Je pourrais invoquer encore comme irrécusables témoins de la foi des premiers chrétiens au dogme de la Trinité deux autres faits publics et généraux dans l'Église, les symboles et ces formules particulières d'adoration que Ton nomme doxologies. Je n'en dirai qu'un mot.
On distingue plusieurs symboles ; mais ils présentent tous un fond commun et ils ne diffèrent guère que par le plus ou moins de développement de Tune ou l'autre vérité révélée. Le symbole le plus ancien est celui qui est connu sous le nom de symbole des Apôtres et que nous récitons encore chaque jour; les autres symboles s^nblent n'être que le développement de celui-là. Il est inutile de les examiner en détail; il y a en tous un point commun qu'il suffit de faire ressortir pour la démonstratiOQ de notre thèse. Nous le ferons avec M. Ginoulhiac qui a parfaitement traité ce sujet. Dans tous les symboles, dit-il, a les chrétiens font profession de croire, et d'une manière disthocte, premièrement en Dieu le Père tout-
minis renuDciantes, solum confitemur Deum, Patrem et Filium et SpiritumSanetum. » InExod. Bom, vin/n. 4.
puissant, puis en son Fih unique Notre-Seigneur Jésus- Christ, troisièmement dans le Saint-Esprit. Les mêmes termes y sont employés pour exprimer la foi en chacune de ces personnes, et à chacune d'elles est attribuée une opération particulière : au Père la toute-puissance et la création; au Fils la rédemption des hommes par son incarnation; au Saint-Esprit la sanctification des âmes, la rémission des péchés, la formation de TÉglise. Or il n'en faudrait pas davantage pour être convaincu que l'Église primitive professait dans ces symboles la distinction et la divinité du Père, du Fils et du Saint- Esprit : leur distinction, puisqu'elle y représente le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois objetg de sa foi égalements distincts, et par là également subsistants, et qu'elle attribue à chacun des opérations distinctes, et qui supposent une existence personnelle en celui qui en est l'auteur. D'ailleurs, les noms de Père et de Fils indiquant manifestement une distinction personnelle, on ne concevrait pas qu'on fit profession de croire dans le Saint- Esprit, si on ne le regardait comme une personne aussi réellement subsistante. Leur consubstantialité ; car la forme de ces professions de foi établit bien un ordre de relations entre ces trois personnes, mais elle indique d'ailleurs entre elles une égalité parfaite. Nous croyons au Fils et au Saint-Esprit, comme nous croyons au Père. Le Fils et le Saint-Esprit y sont l'objet et le fondement de la foi comme le Père. L'expression est la même. Elle est absolue (i). Elle a donc naturellement pour chacune de
(1) c Et in spiritum sanctum. i Symb. rom. — t Tliartv tdv tiç {va
ces trois personnes le même sens; et ce n'est que par des «ubtilités infinies qu'on pourrait dissimuler l'absurdité ou l'impiété qui se rencontrerait à appuyer également sa foi sur Dieu et sur deux créatures, ou sur deux êtres qui sont Dieu, et un troisième qui ne Test pas. Ces subtilités, le peuple ne les entend point, ne les suppose point, et elles ne peuvent donner le vrai sens de la foi publique d'une société religieuse (j). »
N'est-ce pas là le langage du bon sens et de la raison? Dans tous les symboles on fait profession de croire d'une manière distincte au Père, au Fils et au Saint-Esprit; et d'une autre part on n'admet qu'un seul Dieu : donc on les regarde comme trois personnes réellement distinctes qui ne sont néanmoins qu'un seul et même Dieu. Jamais les chrétiens n'ont fait profession de croire en une créature quelconque ; c'est le crime qu'ils reprochaient aux païens, ils n'avaient garde d'y tomber. Et pourtant voilà ce qu'il faudrait soutenir si l'une ou l'autre des trois personnes désignées dans les symboles n'était pas véritablement Dieu. Je ne vois pas ce qu'on peut opposer à ces considérations, hors de vaines subtilités comme celles où l'esprit puérilement sophistique de certains écrivains grecs a semblé se complaire; nous n'avons point à nous en occuper. Nous en avons dit assez pour être en droit de conclure que les symboles, qui ont toujours été un des
ÔCGV -jraTtpa... )cat iiç eva XpicT&v 'iTîaoûv, tov uicv tou 0£ou».. xat il; TTveufxa à-yiov... » S. Iren., lib. i, c. x, n. i.— V. ComL apost., 1. tu, c. XLI. — Symb. Jeros. — ^ niçreuCfAsv sl{ Iva Oeov... xai tlç ^va Kuptcv... TTtaTSucfiiev xai tlç l'va ?rveu|ji.a a-Yicv* i Symb, CaCMr, (1) Ouv, ciL 1»« part. liv. iv, ch. vii.
signes distinctîfs et publics de la vraie société cbrétienne, contiennent une profession de foi très-explicite au dogme de la Trinité.
Le culte est Texpression de la foi. On ne se bornait point à croire d'une foi purement spéculative en la sainte Trinité, on l'adorait, on lui offrait des hommages, on lui rendait un culte. Les premiers chrétiens étaient, comme on sait, accusés d'athéisme, parce qu'ils ne brûlaient pas d'encens sur les autels de ces dieux de chair et de sang dont l'imagination corrompue des Grecs et des Romains avait peuplé le ciel : « Nous confessons, -répond saint Justin en s'adressant aux empereurs, que nous sommes athées pour de pareilles divinités, mais non à l'égard du seul Dieu véritable, le Père de la justice, de la chasteté et des autres vertus. Nous l'honorons et nous l'adorons, lui et le Fils qui vient de lui, et l'Esprit prophétique (t). »
Le cuite de la très-sainte Trinité donna naissance à des formules particulières d'hommage et d'adoration connues sous le nom àedoocologies. Ces formules sont nombreuses et présentent des nuances diverses ; mais les différences sont accessoires, le fond est identique : toutes attestent la croyance à la doctrine que l'Église professe encore aujourd'hui. On peut les ramener à deux formules générales ainsi conçues : Gloire au Père par le Fils, dans le Saint-Esprit; — Gloire au Père et au Fils et au Saint- Esprit, ou, avec le Saint-Esprit (2). Ces deux formules ont
(1) Apol. I, n. 6
(2) « ^oÇa irarpt ^l (ncD tv oryt» irviuttan. — ^cÇ* icarpi xou utô xai à,fi& TtvEOpLaTi, OU jts-a tcu otoû ©uv tw à^tô «vivu-ari. » S. Basil., De spirit, s., c. i, n. 3, c. xxix; Philostorg., Hi</., 1. ir, c. 3.
toujours été en usage dans l'Église. La première exprime directement Tordre des personnes divines et entre elles et par rapport à nous dans l'œuvre de notre rédemption et de notre sanctification. Le Fils ayant été envoyé du Père pour nous racheter, et le Saint-Esprit ayant été envoyé du Père et du Fils pour nous appliquer les mérites de la rédemption, nous adorons et glorifions Dieu le Père par son Fils, qui s'est fait notre médiateur, et dans le Saint-Esprit, qui unit tous les fidèles et produit en eux les sentiments et les actes de Tadoralion véritable. Voilà le sens de la première formule ; et certains hérétiques des premiers temps n'ont pu y en attacher un autre qu'en méconnaissant complètement l'esprit du christianisme. Aussi l'Église les a-t-elle repoussés de son sein.
La seconde formule exprime directement l'égalité des trois personnes divines, puisqu'elle leur adresse la même glorification. La première est plutôt une formule de reconnaissance et d'action de grâces pour l'immense bienfait de la rédemption ; la seconde est plus rigoureusement une formule d'adoration et de glorification. « L'Église catholique, dit M. Ginoulhiac en reproduisant la pensée de saint Basile, admet l'une et l'autre; elle les a toujours admises, parce qu'elle a toujours uni dans sa croyance^ toujours professé ensemble l'ordre éternel des personnes divines avec l'unité de leur nature, et l'économie de la rédemption par le Fils dans le Saint-Esprit, avec la gloire égale et éternelle des trois hypostases (i). »
(l)Loc. ciL ch. XV. — S. Basil. De Spirit. S, c. vu, 16; viii, 17; XXV, 59.
Ces deux formules se retrouvent dans des monuments qui datent du berceau même du christianisme. Les témoins du martyre de saint Ignace d'Antioche terminent ainsi la relation de ce martyre : « Glorifiant Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel et avec lequel la gloire et la puissance appartiennent au Père avec le Saint-Esprit dans les siècles des siècles (i). » — « Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, s*écriait sur son bûcher Tami d'Ignace, saint Polycarpe de Smyrne, je vous loue de toutes choses, je vous bénis, je vous glorifie par ce Fils bien-aimé, éternel et céleste, avec lequel est à vous et au Saint-Esprit la gloire dès maintenant et dans les siècles à venir (2). » Saint Hyppolyte de Porto conclut son traité contre l'hérétique Noët par cette formule : « Jésus-Christ est Dieu; il s'est fait homme pour nous : à lui la gloire et l'empire avec le Père et le Saint-Esprit... et maintenant et toujours (s). » Vers le milieu du troisième siècle saint Denis d'Alexandrie, écrivant au pape Denis pour se justifier de l'accusation portée contre lui par quelques fidèles au sujet de la divinité du Christ, finit sa lettre par ces remarquables paroles : c Nous cessons maintenant de vous écrire ; et conformément à la forme et à la règle que nous ont laissée les prêtres qui ont vécu avant nous, nous
(1) f Al' ou xai fxEft* ûS Tô irarpi ri «^oÇa xaii to xparoç cuv TCO a-)fuo -ïTvtuiiaTi 11; aiôvaç. Ap.r,v. i Martyr, S. Igivat., n. vu,
(2) i ... M£6*o5 COI xai irveu^taTi 'A71Ô "h <^oÇ», xai vuv xai clç Tou; iitXXovTOç aittvoç. i Martyr, S, Polyc, n. xiv.
(3) f AuTâ "h ^Q^ct xat TO xpATo; ajift Trarpt xxt Â'jt^ irvtujAaTt... xai vuv xai aei. i Cont, Noet,, n. xvïu.
rendons grâces à Dieu avec eux d'une commune voix, en disant : A Dieu Père et Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles (i). » — Donc à cette époque cette formule de doxologie était déjà ancienne à Alexandrie, et le chef de cette église la regardait comme établie par une règle à laquelle il devait se conformer.
Tous les monuments des premiers siècles attestent que ces doxologies en l'honneur de la sainte Trinité étaient d'un usage très-fréquent dans l'Église. Elles avaient leur place marquée dans les prières de chaque jour ; et saint Basile nous apprend même que c'était une ancienne coutume chez les fidèles, lorsqu'ils allumaient les lampes, de prier en ces termes : « Nous louons le Père et le Fils et le Saint-Esprit de Dieu (2). »
Mais pourquoi nous arrêter plus longtemps à prouvei une vérité dont l'éclat doit maintenant frapper tous les yeux? La foi au mystère auguste de la Trinité est un des éléments essentiels de la vie de l'Église primitive, tous ses actes en portent l'ineffaçable empreinte, et il faut être aveugle pour ne pas la voir et la reconnaître dans les monuments qui nous les ont transmis. Le dogme de la Trinité fut dès Torigine du christianisme un dogme éminemment populaire; et il devait en être ainsi, car il est le premier fondement du christianisme; c'est lui et lui seul qui explique la rédemption et la sanctification de rhomme : sans la Trinité Jésus-Christ n'est plus Dieu, et le christianisme est détruit.
(1) Ap. s. Basil. De Spirit, 5. c. xxix, n. 72.
(2) Loc, cit. n. 73.
On voit ce qu'il faut penser des assertions du rationalisme contemporain sur la formation lente et progressive de ce grand dogme ; on comprend quelle valeur il faut accorder à ces écrivains qui affirment sans sourciller qu'il ne fut bien connu et accepté dans l'Église qu'après la définition du concile de Nicée l'an S^. En vérité est-il permis d'insulter à ce point à l'histoire? et suffit-il qu'une question soit religieuse pour qu'on se croie autorisé à la traiter avec une légèreté qu'on flétrirait en toute autre matière? Non, le concile de Nicée n'inventa rien, ne développa rien; il ne fit que défendre l'ancienne et universelle doctrine de l'Église contre les attaques d'un novateur, il consacra par une définition rigoureuse et solennelle la foi qui avait toujours été celle des chrétiens. Nous allons dire un mot de ce concile.