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CHAPITRE IV

Sa fondation; ses épreuves. — Vie du P. de Betanzas; mouvement généreux qu'il imprime à cette province.

A peine Fernand Cortez eut-il achevé par les armes la conquête de l'empire du Mexique, que les rois d'Espagne s'empressèrent d'y envoyer de zélés missionnaires pour en conquérir par la prédication les peuples à la foi de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Le P. Thomas Ortiz ', un des deux religieux échappés au massacre de Chiribichi dont nous avons parlé plus haut, et que les affaires de sa province avaient amené en Espagne, fut chargé de conduire à Mexico une petite colonie de douze Dominicains. Aussitôt, avec sept religieux seulement, il fit voile pour Saint-Domingue, où, selon l'ordre du Rmc P. Général Sylvestro de Ferrara, il devait prendre

1 Les deux religieux, au moment du massacre, se trouvaient dans l'île de Cubagua. Le P. Thomas Ortiz était le supérieur de la mission de Chiribichi.

les sujets nécessaires pour compléter sa petite troupe d'ouvriers apostoliques.

Après une heureuse traversée, le navire jeta l'ancre dans le port de Saint-Domingue, où les huit Dominicains trouvèrent le couvent de Sainte -Croix encore tout désolé par suite de la mort récente du vénérable P. Pierre de Cordoue (1525).

Le désir de se perfectionner dans la pratique des vertus apostoliques , comme aussi la nécessité d'apprendre les langues indigènes, les retinrent pendant quelques mois dans l'île, et ce ne fut que dans le mois d'avril de l'année suivante (1526) qu'ils purent s'embarquer pour le Mexique, emmenant avec eux quatre religieux du couvent de Sainte- Croix, parmi lesquels le P. Dominique de Betanzas, un diacre, et un novice, neveu du grand Barthélémy de Las Casas.

Le sympathique accueil que nos missionnaires reçurent des Indiens à leur arrivée à Vera-Cruz remplit leur cœur d'une sainte allégresse. C'était pour eux la révélation de la riche mission qui les attendait.

« Les Indiens, nous dit l'historien Fernandez, sachant parfaitement que ces hommes de Dieu ne pouvaient être pour eux que des amis et protecteurs , mirent à les recevoir autant d'activité et d'empressement qu'ils en avaient déployé autrefois pour repousser de leurs côtes les conquérants espagnols.

Ils accoururent en foule pour leur offrir de riches présents et les supplier de passer quelque temps au milieu d'eux. Mais si l'amour de la pauvreté et le désintéressement apostolique furent assez puissants dans l'âme des missionnaires pour leur faire refuser tous les présents, l'obéissance et l'amour du devoir ne le furent pas moins pour les faire résister à toutes les supplications; et, sans retard, quoiqu'il leur en coûtât beaucoup de s'éloigner, ils se dirigèrent sur Mexico.

Comme autrefois les douze apôtres, nos douze Frères Prêcheurs se mirent en marche à pied , sans autre bagage que leurs bréviaires, et sans autres provisions que leur grande confiance en la divine Providence.

En chemin, comme s'ils eussent été au couvent, ils faisaient la méditation aux heures ordinaires, gardaient le silence, et ils ne l'interrompaient que pour réciter le rosaire ou chanter les litanies de la Vierge Marie.

Ce fut ainsi qu'ils arrivèrent aux portes de la capitale du Mexique.

Fernand Cortez aussitôt se rendit à leur rencontre, et descendant de cheval, il demanda à genoux, leur bénédiction , à la grande édification des Espagnols et des indigènes (23 juin 1526).

Les douze religieux ensuite se rendirent chez les Franciscains.

Etablis déjà en cette ville depuis un an , les fils de saint François avaient brigué l'honneur de donner l'hospitalité fraternelle aux fils de saint Dominique, en attendant que la maison qu'on leur préparait fût en état de les recevoir '.

Dès les premiers jours de leur arrivée , les Dominicains mirent la main à l'œuvre. Ceux à qui la langue mexicaine n'était point inconnue commencèrent à prêcher, catéchiser, confesser; et bientôt, par leur zèle, ils donnèrent encore une nouvelle vigueur à cette mission , déjà si bien commencée par les PP. Franciscains.

Mais Aotre- Seigneur, qui se plaît à entourer d'épines le berceau des institutions qu'il destine à jouer un grand rôle dans le monde, ne devait pas oublier la petite colonie dominicaine.

i Cette première maison devint plus tard l'office de l'inquisition. Ce fut seulement en 1530, que les Dominicains jetèrent les fondements du grand couvent et de l'église qui portent leur nom. Aujourd'hui ce couvent est une caserne.

En vérité, à peine une année s'était-elle écoulée, que la plupart des religieux furent atteints d'une grave maladie, et arrêtés ainsi au début de leur carrière. Cinq d'entre eux moururent promptement; et quatre autres, parmi lesquels se trouvait le P. Thomas Ortiz. le supérieur de la mission, après avoir lutté un certain temps, durent enfin céder à la violence du mal et reprendre la route d'Espagne; en sorte que le P. Dominique de Betanzas resta seul avec le diacre F. Gonzalez Lucero et le jeune novice Vincent de Las Casas.

Un cœur moins généreux ou moins accoutumé à dépendre de la divine providence eût perdu courage et abandonné peut-être la mission; mais ce grand ami de Dieu, loin de se laisser abattre par un événement aussi terrible, sentit croître, au contraire, sa confiance; et, avec ses deux enfants spirituels, il entreprit la fondation d'une province destinée à être bientôt une pépinière de saints personnages et d'hommes apostoliques.

Le P. Dominique de Betanzas », à qui Dieu réserva ainsi l'honneur d'implanter l'Ordre de Saint-Dominique au Mexique, naquit à Léon, cité d'Espagne, de parents nobles et riches autant que pieux, desquels il reçut la meilleure éducation.

Pendant qu'il étudiait à l'université de Salamanque, il se lia d'amitié avec un de ses compatriotes, nommé Pierre d'Arcooada. Ils suivaient les mêmes cours, et tous deux étaient animés des sentiments de la plus profonde piété.

Aussitôt que nos deux jeunes gens eurent le temps de s'apprécier l'un l'autre, ils résolurent de se loger dans la même maison , afin de pouvoir plus facilement se livrer à la pratique des œuvres de charité. Ensemble, ils se

l Davila, Histoire de J(Tf mince du Mexiqtte.

plaisaient à visiter les hôpitaux et à soulager les malheureux. Souvent même il leur arriva de mener dans leur maison les pauvres les plus nécessiteux ou les plus abandonnés qu'ils rencontraient dans la rue. Après leur avoir Lavé les pieds, ils leur servaient à table ce qu'on avait préparé pour eux-mêmes; et si l'état de ces pauvres le demandait, ils les faisaient coucher dans leur propre lit, se contentant eux-mêmes de dormir sur le plancher. Ensuite ils renvoyaient ces pauvres, munis de bonnes aumônes, en les priant de garder le plus profond silence.

Quelles que fussent les précautions prises par les deux amis pour dérober au public la connaissance de leurs bienfaits, cependant il en transpira assez pour que leur modestie en fût alarmée. Déjà en ville on ne les connaissait plus que sous le nom des saints étudiants ; aussi le jeune de Betanzas., craignant pour lui-même les dangers de l'amour- propre, résolut d'y échapper par la fuite, et un jour il dit à son ami :

« Les louanges qu'on nous prodigue ne peuvent être que nuisibles à nos âmes, et cependant ce qui importe avant tout, c'est de les sauver. Pour moi, ma résolution est prise; je veux quitter ce monde dangereux et me retirer dans les déserts, afin de vivre pour Dieu, et uniquement pour lui. »

Son ami, dont les sentiments et les craintes étaient les mêmes, ne put naturellement que l'encourager dans sa résolution; et avant de s'en séparer, il lui fit promettre de revenir le chercher aussitôt qu'il aurait trouvé un lieu convenable, où tous deux pussent vivre dans la solitude, sous le regard de Dieu seul.

Le jeune de Betanzas, ayant donc distribué tout ce qu'il possédait aux pauvres, vêtu en mendiant et le bâton du pèlerin à la main, se mit en route, à la recherche d'un désert où son ami et lui pussent vivre tout à fait en ermites.

Les premiers jours de son pèlerinage le conduisirent dans les montagnes de Catalogne, à Montserrat, où il trouva un couvent de Bénédictins dont les religieux vivaient pour la plupart dans des grottes isolées, creusées dans les flancs de la montagne. A la vue de ces divers ermitages, notre jeune pèlerin crut avoir trouvé ce qu'il cherchait, et il était sur le point de demander l'habit de l'Ordre, lorsque tout à coup, par une inspiration soudaine, il résolut de se rendre à Rome pour consulter le vicaire du Christ, et lui demander les grâces et privilèges nécessaires à quiconque veut vivre loin du commerce des autres hommes.

De Rome il prit la direction de Naples, où il s'embarqua pour la petite île de Ponzo, qu'on lui avait indiquée comme un sanctuaire béni, habité depuis un temps immémorial par de pieux et saints solitaires.

Ses premiers pas dans l'île le conduisirent à une caverne où il rencontra un vieillard dont le corps exténué manifestait les preuves de la plus rude pénitence. Celui-ci le reçut avec la plus grande affabilité et lui demanda ce qui l'amenait dans l'île. Betanzas lui ayant dit qui il était et ce qu'il désirait, alors le vieillard lui indiqua de l'autre côté de l'île une grotte où aussitôt notre jeune ermite établit son domicile.

Qui pourra jamais raconter les prodiges de pénitence et de mortification dont furent seuls témoins les pierres ensanglantées de cette grotte?

Quelle plume serait assez téméraire pour vouloir peindre les joies ineffables, les consolations célestes qu'un commerce et une conversation continus avec le divin Maître devaient faire descendre d'en haut dans le cœur de notre jeune extatique? Ce sont là des jouissances que le monde ne soupçonne pas, et que ceux-là seuls connaissent qui vivent tout pour Dieu et en Dieu.

Betanzas vécut ainsi cinq années dans sa grotte sans

voir d'autres êtres humains que les quelques pauvres pêcheurs qui, de temps en temps, venaient par compassion lui apporter les quelques légumes secs dont il faisait sa nourriture ordinaire.

Son ami, Pierre d'Arconada, se fiant à sa promesse, l'attendit longtemps; mais, au bout de trois années, voyant qu'il ne revenait point et n'envoyait pas de ses nouvelles, il se décida à prendre l'habit des Frères Prêcheurs dans le couvent de Saint-Etienne de Salamanque.

Cependant notre jeune ermite n'avait jamais oublié ni son ami ni sa promesse. Au contraire, chaque jour il avait employé quelques heures à creuser de ses propres mains une petite grotte non loin de la sienne, pour le recevoir.

Aussitôt que ce nouvel ermitage fut en état de recevoir son hôte, Betanzas, malgré toute la peine qu'il éprouvait à s'éloigner de cette île où il avait goûté un si parfait bonheur, songea alors, selon sa promesse, à rejoindre son ami, pour le ramener avec lui dans sa chère solitude.

Il reprit donc le chemin de l'Espagne, mendiant sur sa route son pain de chaque jour.

Lors de son passage en sa ville natale, à l'exemple de saint Alexis, il eut l'humilité de se mêler à la foule des pauvres qui stationnaient à la porte de la maison paternelle, en attendant qu'on leur offrît le pain de la charité.

Tout à coup la porte s'ouvre , et un cavalier monté sur un magnifique cheval s'élance dans la rue. Betanzas le reconnaît, c'est son père. Il s'approche humblement et lui demande l'aumône. « Allez travailler, lui fut-il répondu; quand on est jeune et fort, il vaut mieux travailler que mendier. »

Après cette cruelle épreuve, notre mendiant prit la route de Salamanque.

Sur son chemin, il eut à traverser un village dont l'alcade, par hasard , était en quête de quelqu'un pour admi-

nistrer cent coups de fouet à un malfaiteur. Personne dans le village ne voulait remplir cette triste corvée. L'alcade, en voyant le mendiant, pensa qu'il pourrait être son homme et l'arrêta d'office. Ce ne fut que par ruse que Betanzas put échapper à cette disgracieuse aventure.

A son arrivée à Salamanque, il apprit que son ami avait pris l'habit des Frères Prêcheurs dans le couvent de Saint- Étienne de celte ville. Il s'y rendit donc à l'heure où, selon la coutume, on faisait à la porte la distribution ordinaire de vivres aux pauvres. Le frère chargé de cette distribution, en apercevant le nouveau venu, comprit aussitôt qu'il ne pouvait être un mendiant ordinaire; et, s'approchant pour le mieux examiner, il reconnut en lui le jeune Betanzas. Vile il rentra au couvent en s'écriant : « Betanzas est à la porte avec les pauvres! »

Aussitôt accoururent Pierre d'Arconada et tous les religieux, qui, profondément émus à la vue des haillons dont était couvert ce pauvre volontaire, le reçurent avec autant d'allégresse et de respect que s'il eût été un ange du ciel ou un Père du désert.

Betanzas, à leur prière, leur raconta ses voyages et le bonheur dont il avait joui dans son île solitaire. Il leur parla de la grotte qu'il avait préparée pour son ami, et ne leur cacha point la peine qu'il éprouvait à la pensée que celui-ci n'avait plus la liberté de venir l'occuper. Les religieux, alors, lui dirent gracieusement que si son ami n'avait plus la liberté de le suivre, lui du moins avait toujours celle de rester près de son ami; ensuite ils lui représentèrent tout le bien qu'avec ses talents et la connaissance qu'il avait des choses de Dieu, il pourrait faire dans un Ordre dont la vocation était la conduite des âmes et l'apostolat.

Betanzas hésita quelque temps; mais enfin, la voix de Dieu s'étant fait entendre au fond de son cœur, il prit

l'habit au couvent de Saint- Etienne, et reçut le nom de Dominique.

A peine eut-il reçu l'onction sacerdotale, que son provincial, prévenu de la trempe vigoureuse de son âme, l'envoya à Saint-Domingue, au couvent de Sainte-Croix, dont le P. Pierre de Cordoue était le supérieur.

Ce dernier ne tarda pas à apprécier la valeur du trésor dont on venait d'enrichir sa communauté en la personne de ce nouveau missionnaire, et dès les premiers jours il lui voua la plus vive et la plus profonde affection.

Le premier soin du P. Dominique de Betanzas en arrivant à Saint-Domingue, fut d'étudier la langue indigène; et aussitôt qu'il put l'entendre et la parler, il se livra à toute l'ardeur de son zèle apostolique.

Ses prédications rendirent bien vite son nom populaire dans toute l'île; mais cependant ses vertus et sa modération encore plus que sa science et son éloquence lui attirèrent tous les cœurs.

Les Indiens, sur le sort malheureux desquels il ne cessait de gémir avec son grand ami, Barthélémy de Las Casas, furent surtout les tils de sa prédilection, et toujours il se montra un de leurs plus énergiques défenseurs. Sa charité pour ces pauvres insulaires dépouillés et opprimés n'avait point de bornes; il se privait de tout afin de pouvoir les soulager. La sainte ambition de les convertir lui fit entreprendre à travers l'île les voyages les plus rudes et les plus périlleux. Plusieurs fois sa vie fut en danger sous ce ciel meurtrier; et, s'il put résister à toutes les fatigues et à toutes les privations, ce ne fut sans doute que par une grâce spéciale de la divine Providence. Elle l'avait destiné, en effet, à être le maître et le guide de toute une génération d'hommes apostoliques disposés, à son exemple, à tout entreprendre et à ne jamais reculer devant aucun obstacle quand il s'agissait de la gloire de Dieu.

Il y avait douze années qu'il travaillait sans relâche dans cette île, lorsque arriva le P. Thomas Ortiz, à la tête d'une petite colonie dominicaine en destination pour le Mexique. Le P. Ortiz avait reçu l'ordre du Rme P. Général de prendre quelques religieux du couvent de Sainte-Croix, et en particulier le P. Dominique de Betanzas, dont les lumières et l'expérience ne pouvaient être que d'une grande utilité dans la nouvelle mission qu'on allait entreprendre.

En religieux obéissant, le P. de Betanzas se mit immédiatement sous la conduite du P. Thomas Ortiz, et bientôt tous ensemble s'embarquèrent pour le Mexique. •

Nous avons déjà dit plus haut la cruelle épreuve dont fut assaillie la nouvelle colonie dominicaine dès la première année de son établissement à Mexico. Par suite de la mort de cinq missionnaires et le départ de quatre autres, il ne restait plus de douze que le P. Dominique de Betanzas, le diacre Lucero et le novice Vincent de Las Casas.

Ce fut en cette triste circonstance que notre saint religieux déploya cette énergie suprême et cette confiance illimitée en Dieu qui étaient les grands traits de sa physionomie. A lui seul il résolut de satisfaire à tous les besoins et de faire face à toutes les difficultés.

Aussitôt donc, il ouvrit un noviciat; et telle était déjà l'influence dont il jouissait à Mexico, que son appel eut les plus heureux résultats.

Plusieurs jeunes Espagnols venus au Mexique dans l'espérance d'y faire fortune, renoncèrent tout à coup à leurs humaines ambitions, et vinrent demander au P. Dominique l'habit de son Ordre. Tous plus tard devinrent de dignes disciples d'un tel maitre, et la province de Saint- Jacques du Mexique les a toujours honorés et regardés comme les premiers coopérateurs de son saint fondateur.

Comme le P. Dominique de Betanzas se trouvait le seul prêtre de son Ordre à Mexico, il pria le gardien des

PP. Franciscains, en cas où il viendrait à mourir, de vouloir bien lui envoyer un de ses religieux pour remplir l'office de père maître des novices dans son nouveau noviciat, en attendant l'arrivée de quelques Dominicains d'Espagne.

Le P. Dominique de Betanzas était trop éclairé pour ne pas comprendre toute l'importance d'une première impulsion pour le succès de son œuvre. Il savait que du noviciat, par conséquent, devait dépendre tout l'avenir de la province. Aussi résolut-il de fonder son édifice spirituel sur l'observance littérale des institutions de l'Ordre, telle qu'elle avait dû être pratiquée par les premiers disciples du saint Patriarche, afin de tenir toujours éveillé dans les âmes cet esprit de générosité et de sacrifice sans lequel il n'y a point de vrais apôtres.

II eut la consolation de voir tous les religieux ou novices partager ses vues. Bientôt ce nouveau couvent de Mexico devint un sanctuaire où fleurirent dans toute leur beauté et perfection les vertus monastiques et apostoliques. L'obéissance était parfaite, le silence observé, la nourriture austère, la pénitence et la mortification en honneur, la pauvreté si aimée que les religieux refusèrent les rentes qu'on voulait affecter à l'entretien de leur communauté, et la confiance en Dieu si grande, qu'ils se firent une loi de ne voyager qu'à pied , sans argent et sans provision aucune , comme les oiseaux du ciel.

Et telle fut la puissance de cette première impulsion imprimée à la province Saint-Jacques du Mexique par le P. de Betanzas, que même plus tard, dans les temps où elle perdit de sa ferveur ou de sa régularité, jamais cette province cependant ne cessa de produire de dignes religieux, dont la vie héroïque rappela toujours à un degré plus ou moins parfait celle du saint fondateur.

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