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CHAPITRE XIII

Le P. François de Saint-Michel, quatrième provincial. — Arrivée d'un visiteur général. — Le P. Alphonse de Gerda, sixième provincial. — Le P. Jean Solano , deuxième évêque de Guzco.

Le successeur du P. Gaspard de Garavajal et quatrième provincial de la province de Saint-Jean-Baptiste du Pérou fut le P. François de Saint-Michel.

Ce religieux avait déjà exercé pendant longtemps le ministère apostolique dans l'île de Saint-Domingue et au Mexique, lorsqu'il fut envoyé au Pérou, où la moisson était abondante, mais petit le nombre des ouvriers évangéliques.

En 1546, à son passage à Panama, il y rencontra le président Pierre de la Gasca, qui lui confia la mission délicate et périlleuse de lui préparer les voies, en répandant secrètement parmi le peuple péruvien les nouveaux édits du roi.

Nous avons déjà raconté les dangers qu'eut à courir notre saint religieux, et comment il fut obligé de se cacher dans une forêt pour échapper à la colère des partisans de Pizarre; tout ce que nous devons ajouter, c'est qu'après la fin de l'insurrection il vint à Lima, où il se distingua par son zèle pour le salut des âmes.

Les Dominicains du couvent de cette ville , témoins de ses vertus et de ses grands succès comme prédicateur et

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directeur, s'enipressèrent de l'affilier à leur maison, afin do [ininoir |e CORSerrer au milieu d'eux. Cette affiliation eut lieu ep lo48.

Pès lors, le P. François de Saint-Mielnd passa suc< vcmcnt par tous les honneurs et charges de la province. Il fut nommé déliniteur au chapitre de l;io3, prieur de Lima en Io-jT, et enfin en l.'ilil élu provincial.

En ce chapitre de l'JGl, le nouveau provincial montra combien il prenait à cœur les obligations de la charge qu'on venait de jeter sur ses épaules. Lui-même il proposa et fit demander le partage, en trois provinces distinctes, de celle de Saint-Jean-Baptiste, qu'il trouvait trop étendue pour qu'il fût possible à un seul supérieur de pouvoir s'occuper convenablement de son gouvernement et de son amélioration.

La demande fut envoyée au Rmo P. Général, et en 1586 on démembra définitivement'les deux tiers des couvents de la province du Pérou pour en former la province du Chili et celle de Quito.

Il fit aussi adopter par les membres du chapitre une autre proposition inspirée par le même esprit, c'est-à-dire le désir du bien et du salut des âmes.

Cette proposition fut de renouveler et cimenter l'union déjà établie entre les religieux de son Ordre et ceux de Saint-François et de Saint-Augustin. Il était persuadé que l'édification des chrétiens et la conversion des infidèles dépendaient beaucoup de la concorde et de la paix qu'ils verraient régner entre les divers ministres chargés de leur instruction.

Après le chapitre, le P. François de Saint-Michel, selon la coutume, commença la visite des couvents de sa province, laissant partout des preuves de son zèle et de ses vertus. 11 prêchait en tout lieu et avec un grand fruit, car ses œuvres n'étaient point en désaccord avec ses paroles.

Dans ses rapports avec les religieux il montra une grande sévérité mêlée d'une douceur extraordinaire, en sorte qu'il était tout à la fois craint et aimé ; craint parce qu'il savait châtier, et aimé parce qu'il savait aussi appliquer le châtiment avec charité *.

De cette manière, il contribua beaucoup à faire fleurir la sainte vertu de pauvreté qu'avaient établie avec tant de soin ses prédécesseurs, et il ferma la porte à tous les abus qui auraient pu altérer ou diminuer l'observance régulière.

Il est vrai, comme dit Melendez, qu'il était le premier à observer ce qu'il recommandait aux autres,- et il ne se contentait pas comme certains supérieurs de faire seulement des lois et des ordinations, mais avant tout il les exécutait lui-même avec ponctualité, sachant bien que l'exemple est dans la main d'un supérieur la plus puissante des forces pour se faire obéir.

Aussi, pendant son provincialat, l'édification causée par la vie exemplaire des fils de saint Dominique fut telle, que de tous côtés ils recevaient des offres d'établissements. A Santa et à Santiago de Tucuman, le peuple lui-même construisit deux couvents qu'il mit à leur disposition; et à Juli , près du lac de Titicaca, on leur en offrit un troisième, assez riche dès sa fondation pour pouvoir entretenir une douzaine de religieux.

Après son provincialat, le P. François de Saint-Michel reprit sa vie apostolique autant que ses forces le lui permirent, et il continua ainsi jusqu'à ce qu'enfin épuisé par les travaux et fatigues de l'apostolat il s'endormit dans le Seigneur en l'année 1577.

Le P. Reginald de Lizarraga, dans sa chronique dominicaine , caractérise ainsi ce saint religieux.

1 Melendez, tome I, p. 397.

« Au bon P. Gaspard de Caravajal, dit-il, succéda comme provincial le P. François de Saint-Michel, homme vénérable par ses cheveux blancs et sa vie exemplaire. Il était un bon prédicateur, non selon le goût vicié de l'époque, où l'on abusait des fleurs de rhétorique et du jargon scolastique, mais il parlait simplement, et ses instructions éclairaient non moins l'intelligence qu'elles n'échauffaient le cœur et ne faisaient aimer la vertu. »

En 1565, il y eut un chapitre provincial pour donner un successeur au P. François de Saint-Michel; mais il ne reste rien des actes de ce chapitre, pas même le nom du provincial élu. Cependant il se passa un fait important sous ce provincialat ; ce fut l'arrivée en 15C8 d'un visiteur général.

L'arrivée d'un visiteur général muni de pouvoirs extraordinaires est toujours un événement important pour une province.

Ce visiteur général est envoyé, en effet, pour détruire les abus , corriger les défauts , supprimer les mauvais usages qui, avec le temps, ont pu se glisser dans les couvents; en un mot, il est appelé à faire des choses que les prélats ordinaires ne pourraient exécuter.

Le provincial dans sa province, le prieur dans son couvent , bornent généralement leur ambition à conserver l'observance dans l'état où ils l'ont reçue. Ils s'efforcent de la maintenir, de l'empêcher de tomber plus bas, sans y réussir toutefois, car en cette matière ne pas avancer c'est toujours reculer. D'ailleurs voudraient-ils davantage, il en résulterait un danger avant qu'aucun fruit fût atteint, car ils risqueraient de voir se soulever contre eux, au nom des vieilles coutumes adoptées par la province ou le couvent, tous les religieux peu disposés à entrer dans leurs projets de réforme.

Mais il n'en est pas ainsi d'un visiteur général; tout le

monde est plus disposé à s'incliner devant sa haute dignité. On sait pourquoi il est venu, on s'attend à le voir couper, tailler, trancher, réformer, et personne ne pense à s'opposer aux mesures qu'il prend pour rétablir et raviverla ferveur religieuse. Les récalcitrants, s'il y en a, n'osent point lever la tête; bon gré, mal gré, ils suivent le mouvement, font ce qu'ils voient faire aux autres, et ainsi les choses reprennent vite leur cours, et l'observance refleurit.

Cependant, quelque bienfaisantes que soient ces visites, on ne doit point trop les multiplier, de peur que par leur trop grande fréquence elles ne perdent de leur prestige, et ne soient plus considérées que comme des prélatures ordinaires.

Au Pérou, dans l'espace de moins d'un siècle, la province de Saint-Jean-Baptiste reçut huit visiteurs généraux '.

Le premier en date est le P. Diego d'Osorio, envoyé par le Rmc P. Vincent Justiniani.

Il arriva à Lima avec sept religieux de la Compagnie de Jésus, trois prêtres et trois frères laïques. Ces sept Jésuites furent gracieusement reçus dans le couvent du Saint-

1 Au chapitre provincial tenu à Lima en 1590 , il fut lu un bref du pape Sixte V, dont voici la traduction :

« Nous voulons et ordonnons que, dorénavant, il ne soit plus « permis à aucun Général de l'Ordre d'envoyer en Amérique des « Visiteurs, ni autre chose semblable , à l'instance de quelque re- « liyieux particulier de l'Ordre, à moins que ce religieux ne montre « une pétition signée et confirmée par le Provincial, les défiuiteurs « du chapitre et la plus grande partie des vocaux..., ou à moins « encore que la cause de la pétition soit telle, que juridiquement, « et selon les constitutions , elle soit jugée digne d'être entendue.

« Donné à Rome, 27 de juillet 1588 , la quatrième année de notre « pontificat.

« Sixte V. »

Ce bref fut envoyé à la demande du procureur du Pérou, qui avait signalé au saint- siège tous les abus et les dissensions produits par les visites.

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Rosaire, et ils y demeurèrent jusqu'à ce que la maison qu'on leur bâtissait fût en étal de 1rs rerevoir.

Pendant tout ce temps , c'est-à-dire pendant près de deux ans, les lils de saint Dominique prodiguèrent les soins les plus fraternels tui\ lils de saint Ignace, et ilsinvl^ trient même leur supérieur, le 1'. Jérôme Iluiz Portillo, à prêcher le carême dans l'église du Saint-Hosaire, alin de lui donner ainsi une bonne occasion de se faire connaître à la population de Lima. De plus, Ils leur prêtèrent le plus généreux concours dans toutes les autres parties du Pérou où ils voulurent fonder des établissements.

Aussi le P. Melendez, à qui nous devons ces détails, parlant de la part que les Dominicains ont prise à l'établissement des Jésuites au Pérou, s'écrie : ï L'aide prêtée en cette circonstance aux fils de saint Ignace paf les fils de saint Dominique, est une preuve de plus que la Providence ne voulait pas que rien se fit de grand en ce pays sans que les Dominicains y missent la main *. »

Mais revenons au P. Diego d'Osorio.

Quels furent les motifs de sa venue? Quelles raisons déterminèrent le Rmo P. Général à l'envoyer au Pérou comme visiteur et vicaire général? C'est là une question à laquelle aujourd'hui il est difficile de répondre.

En effet, dans les actes du chapitre provincial du 25 juin lo69, présidé par le P. Osorio lui-même, on ne trouve rien qui puisse faire soupçonner dans la province l'existence d'abus tels, que l'autorité d'un visiteur général dût être nécessaire pour les extirper. Toutes les mesures prises en ce chapitre se bornent à quelques recommandations sur la manière de prêcher, et à quelques ordinations concernant les études, les infirmes, les processions à faire et les messes à chanter.

1 Melender, tome I, p. 406.

En ce chapitre, le P. Alphonse de Cerda fut élu provincial.

Ce religieux, né à Cazères, en Espagne, de parents nohles et illustres , arriva au Pérou dans les premiers jours de la conquête. Il était venu comme tant d'autres dans l'espérance de se faire une brillante position en ce pavs; mais la vue des crimes et des infamies dont il fut témoin lui fit prendre tellement le monde en dégoût, qu'il résolut de le quitter pour se consacrer entièrement à Dieu. Dans ce but, il entra dans le couvent du Saint-Rosaire de Lima, et il y prit le saint habit de TOrdre, pour la fête de sainte Madeleine (1545}, de la main du P. Thomas -de Saint- Martin, alors provincial.

Devenu prêtre, il sut si bien mériter l'estime et la confiance de ses frères, qu'ils le nommèrent successivement prieur des couvents de Porto-Bello, Arequipa, Lima, puis prédicateur général et enfin provincial en 1569.

Il fut le premier fils du couvent du Saint- Rosaire à qui fut donné cet honneur.

Après le chapitre , il se mit en route avec le P. Osorio pour faire la visite de la province. Mais le P. Osorio ayant été rappelé à Rome par la mort du Rme P. général Vincent Justiniani, le P. Alphonse de Cerda continua seul la visite commencée *,

Cette visite produisit un grand bien dans toute la province, car le nouveau provincial possédait à un degré éminent les qualités requises pour une telle mission. Il était doux et ferme tout à la fois, et en toutes choses il savait se tenir en ce juste milieu où Aristote a placé la vertu. Il aimait l'observance et la faisait pratiquer sans toutefois tomber dans la minutie, et il pouvait être familier

1 Les pouvoirs du P. Osorio, comme visiteur, avaient expiré par suite de la mort du P. Général qui les lui avait donnés.

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avec ses inférieurs sans risque de voir diminuer le respect qui lui était dû.

Sa seule présence dans un couvent faisait un bien immense; ses actions , son silence même prêchaient et persuadaient plus efficacement la régularité que n'auraient fait les discours les plus étudiés. Convaincu, par sa propre expérience et par l'exemple de ses prédécesseurs, que rien ne contribue tant à l'observance des règles que la conduite de ceux qui les doivent faire respecter, il ne permettait pas qu'on le distinguât du dernier des religieux de la communauté, ni dans le logement, ni dans la nourriture.

Dans cette visite, il s'occupa surtout des doctrines, c'està-dire des petites missions fondées au milieu des peuplades indiennes, et il recommanda qu'on n'y employât que des hommes non -seulement d'une vertu éprouvée, mais encore d'une science vraiment solide. Car, disait- il, si le missionnaire qui possède la science sans la vertu est exposé à devenir une pierre de scandale pour son peuple, de même celui qui possède la vertu sans la science risque de commettre des erreurs également préjudiciables aux âmes. La vertu et la science sont les deux colonnes de l'apostolat, et on doit les exiger de quiconque se propose de suivre cette sublime carrière.

En vertu de ce principe, notre provincial ordonna donc que l'on fit subir un examen rigoureux sur les langues indiennes, la théologie et le droit canon, à tous ceux qui se présenteraient pour les missions, et cette ordination fut observée pendant plus d'un siècle avec la même sévérité qu'aux premiers jours.

En 1571, c'est-à-dire en la deuxième année du provincialat du P. Alphonse de Cerda, eut lieu la séparation définitive de la province de Saint-Antonin de la Nouvelle- Grenade de celle de Saint-Jean-Baptiste du Pérou.

Au commencement, les couvents de la Nouvelle-Grenade

appartenaient naturellement au Pérou; en 1551, le chapitre général de Salamanque les en sépara et en forma une congrégation qui resta néanmoins soumise à la juridiction du provincial du Pérou. En 1571, le chapitre général de Rome en fit une province distincte et indépendante.

Cette province fut la première fille de celle du Pérou.

Le temps de son provincialat terminé, les députés de la province, réunis en chapitre à Lima en l'année 1573, après lui avoir donné un successeur, élurent le P.Alphonse de Cerda définiteur pour le chapitre général , et en même temps procureur de la province de Saint-Jean-Baptiste pour en défendre les intérêts devant ce chapitre.

Après avoir terminé avec le plus grand succès toutes ses affaires à Rome, le P. Alphonse de Cerda revint en Espagne, et il était sur le point de s'embarquer pour le Pérou lorsque arriva à Madrid la nouvelle de la mort de l'évêque de Honduras, et par suite la vacance de ce siège. Philippe II, qui avait eu l'occasion d'apprécier le saint religieux, le choisit immédiatement pour occuper ce siège, et il lui intima sa volonté à ce sujet de manière à lui enlever la liberté de refuser. Le P. Alphonse de Cerda dut donc se résigner; bientôt après il fut consacré et partit sans retard pour son diocèse.

Cependant il ne resta pas longtemps à la tète du diocèse de Honduras, car il fut appelé bientôt à gouverner celui plus important de Chuquizaca, qui depuis sa création avait toujours eu des Frères Prêcheurs pour évoques.

En se rendant à ce nouveau siège, l'évêque de Chuquizaca traversa Lima, où on lui fit une réception aussi solennelle que s'il fût venu pour être l'archevêque de cette grande métropole. Mais toutes ces prévenances ni toutes les prières des premiers magistrats ne purent détourner le saint évèque de se rendre, en arrivant, dans son couvent de profession et de se loger dans la petite cellule où il avait

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vêtu autrefois, sans vouloir qu'on y fît le moindre changement. Ce fut, dit Melendez, d;ms ce pauvre logement qtl'il reçut la visite du vice-rdi, de l'archevêque et de toutes les autorités de la ville.

Les Dominicains de Lima (iront tons leurs efforts pour le retenir au milieu d'eux, et ils joignirent leurs supplications à celles de l'illustre archevêque le bienheureux Torribio, pour l'engager à rester au moins quelques jours de plus ; mais notre évêque se croyait obligé, en conscience, à ne pas laisser plus longtemps son troupeau sans pasteur, et il se mit donc en roule pour Chuquizàca.

A son arrivée en cette ville, il fut accueilli avec une joie d'autant plus grande que beaucoup de personnes se souvenaient de l'avoir vu travailler en simple missionnaire dans ces mêmes lieux où il revenait comme évoque. Cette satisfaction mutuelle, aussi vive dans le pasteur que dans le troupeau, ne fut jamais troublée dans le cœur des peuples et encore moins dans celui du clergé, qui lui demeura toujours très-uni et tout à fait dévoué.

Quelque riche que fût le pays, le prélat se fit un devoir de marcher dans la simplicité de ses saints prédécesseurs. Evêque et religieux, il régla toujours sa vie sur celle des apôtres. Il pouvait Drêcher avec fruit le mérite de la pauvreté évangélique, parce qu'il la pratiquait le premier. Avec des revenus médiocres il trouva cependant de quoi faire d'abondantes aumônes et des dons assez considérables aux hôpitaux et aux monastères. Les Dominicains n'avaient qu'un petit hospice à Chuquizàca; le digne évêque leur acheta quelques maisons voisines, avec lesquelles ils purent bâtir un grand couvent avec tous les lieux réguliers '.

Quels progrès n'aurait point fait la foi dans ce vaste

1 Melendez, tomel, p. 444.

diocèse s'il lui eut été donné de posséder longtemps un pasteur si zélé et si saint!

Mais il y avait à peine quatre ans qu'Alphonse de Cerda était sur ce siège, lorsque Dieu l'appela à lui le 25 de juin 1592. Beati mortui qui in Domino moriuntur.

En l'année 1580, mourut à Rome, au couvent de la Minerve, F. Jean Solano, évèque de Cuzco.

Ce religieux, fils du couvent de Salamanque, fut choisi pour ce siège par l'empereur Charles -Quint, aussitôt que la nouvelle de la mort de Vincent Valverde fut arrivée en Espagne '. Les supérieurs lui enjoignirent de se soumettre aux ordres du prince, et il plia sous le joug de l'obéissance. Les bulles furent envoyées par Paul III le 18 février 1544. Le nouveau prélat reçut la consécration en Espagne et s'embarqua sans délai pour le Pérou.

Il y arriva dans des circonstances très-critiques, car Gonzalve Pizarre venait de se révolter, et tout le pays était en feu et en armes.

Cuzco était alors le centre de l'insurrection, et les partisans de Pizarre y persécutaient vivement ceux qu'ils croyaient attachés à la cause du roi.

Notre évèque, ne pouvant donc s'yprésenter pour prendre possession de son siège, se mit à la suite de l'armée royale et il assista à la bataille de Huarinas, où on le vit parcourir les rangs des soldats pour les exciter à bien faire leur devoir. En cette journée, les insurgés furent vainqueurs, et M^ Solano n'échappa que grâce à la vitesse de son cheval.

1 Après le meurtre de François Pizarre. L'évêque Vincent Valverde avait quitté le Pérou pour aller évangéliser les indigènes de l'île de Puna, dans le golfe de Guayaquil. Déjà il avait arboré l'étendard de ïa croix et construit une petite chapelle, lorsque les cannibales se jetèrent sur lui et le massacrèrent, ainsi que tous ses compagnons, en i'an 1543.

Mais François de Caravajal , le féroce lieutenant de Pizarre, se vengea du prélat en faisant mettre à mort son frère et compagnon, le P. Gonzalve de Saint-Dominique, qui inoins heureux avait été fait prisonnier.

Après cette défaite , l'évéque de Cuzco se rendit auprès du président Pierre de la Gasca, et l'accompagna dans sa marche contre Gonzalve Pizarre.

Il assista ensuite à la bataille de Sacsahuana, où les insurgés furent défaits et Pizarre et Caravajal faits prisonniers.

Quelques auteurs racontent que ce digne prélat, le soir de cette bataille, vint trouver François de Caravajal dans sa prison, et qu'après lui avoir reproché la mort de son frère il le souffleta. Mais une pareille inconvenance n'est point croyable de la part d'un tel homme, et il est visible que cela n'est qu'un conte inventé par les amis de Caravajal et de Pizarre pour se venger de la loyauté de l'évéque et de l'opposition qu'il avait toujours faite aux rebelles.

Ce ne fut qu'après la bataille de Sacsahuana que M^Solano put prendre possession de son siège et exercer les fonctions pastorales.

Aussi favorable aux Indiens que son prédécesseur, il montra la même attention à défendre leur liberté et à travailler à leur conversion; l'une d'ailleurs contribuait beaucoup à l'autre. Ces peuples se montraient dociles à la voix des pasteurs et aux instructions des missionnaires, à proportion qu'ils trouvaient en eux des entrailles de charité et de compassion pour leurs misères.

Comme le nombre des' pauvres et des malades, par suite de toutes les guerres civiles, était considérable parmi les indigènes, le saint prélat engagea les conquérants qui s'étaient enrichis de leurs dépouilles à leur ouvrir au moins un asile où ils pussent trouver les soulagements nécessaires à la vie.

Plusieurs entrèrent dans ses vues et contribuèrent à la fondation d'un hôpital, le premier de tout le Pérou. La première pierre en fut posée en 1552 , et en peu de mois il fut bâti, meublé et bien rente.

Mais le soulagement des pauvres et des malades ne faisait pas cependant toute l'occupation de cet évêque. Il travaillait avec ardeur à la conversion des infidèles, et à ramener à la vertu et au devoir les vieux soldats Espagnols dont l'humeur inquiète et les folles entreprises ne trouhlaient que trop souvent le repos de la jeune Église de Cuzco, et entravaient misérablement l'action de ses ministres. Il paraît que, désespéré de ne pouvoir réussir à pacifier ces vieux aventuriers par la douceur, il se détermina alors à faire le voyage d'Espagne pour implorer le secours plus efficace de Sa Majesté Catholique.

Le premier motif, dit l'historien Gonzalès, qui engagea l'évêque de Cuzco à aller en Espagne, fut de rétablir ou faire assurer la liberté de son Église ; le second , pour demander la division de son diocèse , qu'il regardait comme trop vaste pour qu'il fût possible à un évoque de le visiter et d'en connaître parfaitement les besoins.

Arrivé à Madrid, M?r Solano exposa aussitôt les motifs de son voyage. Mais la cour et le grand conseil des Indes étaient alors accablés de tant d'autres affaires pressées qu'il leur fut impossible de s'occuper sur-le-champ de celles du diocèse de Cuzco. Le digne prélat prit alors la résolution de se rendre à Rome pour voir le Saint-Père, et en obtenir ce qu'il désirait pour le bien de son troupeau. Mais à Rome comme à Madrid les négociations traînèrent en longueur; c'est pourquoi Mer Solano, dans la crainte qu'une plus longue privation de pasteur ne portât préjudice à l'Eglise de Cuzco, renonça spontanément à son siège entre les mains du pape Pie IV, Tan 1561, après seize années d'épiscopat.

Il se retira alors dans le couvent de Sainte-Marie-sur- Minerve, où il vécut encore vingt années avec toute la simplicité d'un vrai religieux. a--istant avec pontualité à tous Ii s exercices du chœur et de la communauté.

C'est lui qui fonda et donna les rentes nécessaires pour l'entretien du collège d'études dit de la Minerve, à condition que le régent en serait toujours un Espagnol.

Il mourut en 1580 et fut enseveli dans le cloître de la .Minerve.

Sur la pierre qui couvre ses restes mortels on lit encore aujourd'hui l'inscription suivante :

DISPERS1T DEDIT PAUPERIBU9

JOANNI SOLAXO GRAXATEXSI

ORD. PR.EDICAT.

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