CHAPITRE XXIV
Le P. François Riveros, deuxième provincial. — Les PP. Acasio de Naveda et Christophe Valdespin , premiers lecteurs de philosophie et théologie au Chili, et troisième et quatrième provinciaux. — Fondation de l'université de Saint -Thomas, à Santiago. — Les quinze Martyrs du Chili. — Les PP. Martin de Salvatierra, Hyacinthe Jorquera, Jean de Castillo, provinciaux.
Dans les deux chapitres précédents nous nous sommes longuement arrêtés, et à dessein, devant les grandes figures des PP. Gilles Gonzalez et Réginald de Lizarraga ; le premier ayant été le fondateur de la province dominicaine du Chili, et le second son premier provincial.
Maintenant nous allons jeter un coup d'œil succinct sur les hommes principaux dont cette même province a été le berceau, et sur les faits les plus importants qui se sont accomplis en son sein jusqu'au jour où elle se scinda, pour donner naissance à la province de Saint-Augustin , dans la Plata.
Le successeur immédiat du P. Réginald de Lizarraga dans le provincialat fut le P. François Riveros, élu par le chapitre provincial tenu à Santiago la veille de l'Epiphanie, en l'année 1590.
Son administration ne fut signalée que par deux, événements importants :
Le premier fut la lutte qu'il eut à soutenir avec le clergé séculier du diocèse de la Ville-Impériale etdont voici le motif.
Dès les premiers jours de la conquête, le gouvernement ecclésiastique du Chili, par ordre des souverains pontifes ', avait institué des paroisses de deux classes. Les paroisses de la première classe comprenaient les peuples déjà chrétiens et parfaitement établis dans la foi ; leur administration fut confiée au clergé séculier. Les paroisses de la seconde classe, composées d'Indiens à catéchiser et à instruire, et qui n'étaient en réalité que des missions, furent placées entre les mains du clergé régulier, que sa vocation et son dévouement appelaient naturellement aux avant-postes.
Avec le temps, cette classification amena des difficultés assez graves.
Les religieux, ne se considérant que comme de purs missionnaires, ne voulaient relever que de leurs supérieurs respectifs. Les évêques, de leur côté, affectaient de ne voir en eux que de simples curés; et, quand ils ne pouvaient pas faire par eux-mêmes, personnellement, la visite des missions, ils envoyaient à leur place de simples prêtres, avec le titre de visiteurs épiscopaux.
Tous les religieux employés dans les missions, appartenant au diocèse de la Ville- Impériale, protestèrent vivement contre cette mesure épiscopale, laquelle tendait à détruire leurs privilèges.
Les Dominicains, dont le nombre était considérable, écrivirent à leur provincial pour se plaindre des vexations auxquelles ils étaient exposés de la part des visiteurs , et demander qu'on leur épargnât cette humiliation.
Le P. François Riveros s'empressa d'écrire au roi d'Espagne pour le prier d'intervenir et de faire cesser un état de choses dont la conséquence pourrait être la ruine des missions. Le roi comprit le danger, et, pour le conjurer, il invita, par une lettre du 15 octobre 1595, les évêques,
1 Voir les brefs des papes Alexandre VI et Pie V.
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lorsqu'ils ne pouvaient faire personnellement la visite des missions, à ne choisir leurs visiteurs que parmi les membres de l'Ordre auquel ces mêmes missions étaient confiées '.
Le second événement par lequel fut signalé le provincialat du P. François Iliveros est d'une autre nature; ce fut l'arrivée des Pères de la Compagnie de Jésus à Santiago, le 11 avril 1593.
Dès que le P. Riveros eut appris l'entrée des fils de Saint-Ignace au Chili, il envoya au-devant d'eux des religieux pour les conduire au couvent de Saint- Dominique, où ils reçurent la plus parfaite et la plus cordiale hospitalité. Sous ce rapport, les Dominicains de Santiago ne se montrèrent point inférieurs à ceux de Lima, et ils aidèrent de tout leur pouvoir leurs hôtes à fonder un établissement dans cette ville.
Au P. François Riveros succéda le P. Acasio de Naveda, en 1394.
La nécessité de se recruter et le désir de se développer avaient naturellement amené les communautés religieuses du Chili à ouvrir des noviciats et par suite des écoles, où les novices pussent acquérir les connaissances religieuses et scientifiques en rapport avec leur vocation.
Les Dominicains furent sans doute les premiers à réaliser cette bonne pensée ; car, dans les actes d'un chapitre provincial tenu à Santiago en 1587, sous la présidence du P. Réginald de Lizarraga, on trouve des ordinations concernant la conduite des étudiants et la nomination des maîtres ehargés de les diriger dans l'étude des sciences ecclésiastiques.
Parmi ces premiers professeurs, il en est deux dont la
1 Une chose étrange, c'est de voir l'autorité royale intervenir dans toutes les affaires ecclésiastiques, grandes et petites. C'est au roi et toujours au roi que s'adressent les évoques, les prêtres, les religieux, les communautés.
province du Chili doit être fière. Ce sont les PP. Acasio de Naveda et Christophe Valdespin, auxquels revient l'honneur d'avoir inauguré, au Chili, les cours de philosophie et de théologie1.
En récompense de leur mérite et de leurs travaux, ces deux religieux furent élevés au provincialat, successivement : le premier en 1594, le second en 1598.
Sous le provincialat de ces dignes religieux, malgré le tremblement de terre qui détruisit, en 1595, tout le couvent, l'école dominicaine n'en continua pas moins à prospérer, et bientôt elle devint le rendez-vous de toute la jeunesse intelligente de Santiago.
Pendant la reconstruction de leur couvent, les Dominicains prirent, sur leur propre terrain, un emplacement convenable, et ils y bâtirent de vastes salles destinées aux diverses catégories d'étudiants qui suivaient leurs cours.
Lorsque tout fut préparé, ils envoyèrent à Rome, avec le titre de procureur de la province , le P. Balthazar Verdugo, pour traiter avec le saint-siége de l'érection, en leur couvent, d'une université Thomiste, dans laquelle pourraient obtenir leurs grades scientifiques et littéraires tous les étudiants du pays.
Cette pétition fut chaleureusement appuyée par le roi d'Espagne Philippe III.
Le pape Paul V, en récompense des services rendus par les Frères Prêcheurs à la cause de la religion et de la civilisation au Chili, dans une bulle à la date du 11 mars 1619 octroya gracieusement l'autorisation demandée.
Ce ne fut, cependant, que trois ans plus tard qu'eut lieu l'inauguration de la nouvelle université.
Le 19 août 1622, le P. Balthazar Verdugo, de retour au Chili, où il avait été élu provincial, en présence du vice-roi,
1 Victor Eyzaguirre, Historia de Chili, tome I, chap. x, p. 137.
de l'évêque, du chapitre, lui la bulle de Paul V, et, solennellement après cette lecture, il déclara l'université Thomiste de Santiago définitivement constituée. Ensuite il lit connaître les grades qu'elle pourrait conférer et les conditions nécessaires pour les obtenir. Ce fut une joie universelle dans tout le pays; car le Pape avait concédé à la nouvelle université tous les droits et privilèges dont jouissaient alors les autres universités dans le monde catholique.
L'érection de cette université, la première du pays, entièrement due à l'initiative des fils de Saint-Dominique, leur fit un grand honneur. Elle les plaça naturellement à la tète de tous les autres Ordres religieux alors existant dans la contrée , et elle leur donna une espèce de supériorité morale devant laquelle tout le monde se courba sans effort.
Tous les étudiants, soit laïques, soit religieux, à quelque Ordre qu'ils appartinssent, s'accoutumèrent bien vite à regarder les Dominicains comme les arbitres de leur carrière littéraire, et ils leur vouèrent le plus profond respect et attachement. Par suite les noviciats se peuplèrent d'un nombre de jeunes gens, tous venus généralement des familles les plus distinguées et les plus honorables du pays. Ce fut alors que l'Ordre de Saint-Dominique atteignit sa plus grande popularité et sa plus haute prospérité au Chili.
L'université dominicaine de Santiago fut confirmée en 1685 par le pape Innocent XI , et enrichie par lui de nouveaux privilèges. Elle ne cessa de fleurir jusqu'au jour où elle dut tomber devant la grande université nationale de Saint-Philippe, dont l'érection eut lieu le 10 janvier 1747.
Pendant que quelques-uns des fils de Saint-Dominique fondaient des universités, professaient dans les écoles et travaillaient, par la prédication et l'enseignement, à ré-
pandrc la vérité dans tous les cœurs, d'autres, plus heureux encore, avaient l'honneur de verser leur sang pour la foi et l'amour du Christ.
Le nombre des martyrs dans la province de Saint-Laurent du Chili est considérable. Du haut du ciel, ils prient sans doute pour cette province qui fut leur mère ; ils la protègent et la préservent de tous les dangers et misères qui ont amené malheureusement la ruine de tant d'autres.
Nous devons donc dire quelques mots de ces martyrs.
Le P. Paul Bustamente, né au Chili, entra jeune encore dans l'Ordre de Saint-Dominique, où il se distingua par ses vertus religieuses et son zèle pour la conversion des infidèles. Après quelques années d'un heureux apostolat dans les tribus voisines de la ville de la Conception, il fut envoyé par son provincial, le P. Acasio de Naveda, à Villarica, avec le titre de sous -prieur, pour aider dans ses travaux le P. Dominique Marqueté, religieux célèbre, à cette époque, par sa sainteté et ses œuvres extraordinaires.
Le P. Paul Bustamente, en cette circonstance, réalisa parfaitement les espérances que les supérieurs avaient conçues de son zèle ; il se montra aussi infatigable dans la prédication que pour entendre les confessions.
Le P. Marqueté , ayant été appelé dans la province de Tucuman, où sa présence était nécessaire, le P. Bustamente dut le remplacer dans la charge de prieur du couvent de Villarica.
Cette dignité ne fit encore qu'exciter davantage son zèle, et il se consacra avec un complet dévouement à tous les devoirs du saint ministère. Son apostolat fut béni du Ciel et produisit de grands fruits, tant chez les infidèles que chez les chrétiens eux-mêmes.
Ce fut pendant son priorat qu'eut lieu le grand soulèvement des Araucaniens, et Villarica fut une des premières villes assiégées par leur chef, le fameux Paillamacu ( 1599).
Pendant toute la durée du siège, le P. Bustamente donna à tous l'exemple du courage et de la résignation, et, lorsque la ville fut forcée de se rendre, il eut la générosité de se présenter lui-même devant le terrible chef, pour implorer la grâce des habitants.
Mais Paillamacu , plein de fureur contre les Espagnols et leur religion, choisit le saint religieux pour sa première victime. Après lui avoir fait subir les plus horribles outrages, il lui plongea sept fois sa lance à travers le corps, et il ordonna à ses soldats d'immoler de la même manière les autres religieux de la communauté.
Avec le P. Bustamente, le même jour, reçurent la glorieuse palme du martyre le P. Fernand Abondo, le compagnon de ses courses apostoliques, quatre prêtres de l'Ordre et un Frère convers, dont les annales malheureusement ne donnent point les noms.
A la même époque, et pour la même cause, tombèrent à Angol, victimes de la barbarie des Araucaniens, les PP. Martin de Santos, et Cristoval Buisa, l'un percé par des flèches comme saint Sébastien, l'autre traversé par un coup de lance.
La ville de Valdivia vit aussi couler le sang des tils de Saint-Dominique.
Au moment où les Araucaniens, après avoir pris d'assaut la ville, se précipitaient dans l'église du couvent pour la piller et la dévaliser, le P. Pierre de Soza, alors prieur, s'avança à leur rencontre, et, avec une sainte intrépidité, essaya de leur faire comprendre l'horrible sacrilège dont ils allaient se rendre coupables, et les châtiments auxquels ils s'exposaient en provoquant ainsi la colère du Très -Haut. Mais les Araucaniens ne lui répondirent que par une volée de flèches. Quoique blessé mortellement, le digne martyr eut encore la force d'arracher à la brutalité des barbares une jeune chrétienne, qu'ils tentaient de vio-
1er dans le temple même. Il mourut aussitôt après, mais avec la consolation d'avoir sauvé l'honneur de la jeune vierge.
Au même instant tombait aussi, victime de sa piété, le F. Jean Vega, massacré au pied de l'autel principal par les Indiens, en voulant préserver de la profanation les saintes images et les reliquaires dont était enrichie l'église.
Ainsi, onze fils de Saint-Dominique, à Villarica, Goya, Angol, Valdivia, versèrent généreusement leur sang pour la foi du Christ, lors de la destruction de ces villes par les Araucaniens.
Si, à ces onze prédestinés, nous joignons les noms des PP. Dominique Buirox, massacré à Duno. Diego Pezoa, à Valdivia, Alphonse Cervantes et Sébastien Yillalobos, tombés aussi sous les coups des Indiens dans les champs de l'Araucanie , nous trouverons que la province de Saint- Laurent du Chili a donné quinze martyrs à l'Eglise et à TOrdre dès les premiers jours de son existence. Que ne doit-on pas attendre d'une province aussi favorisée?
La mort de tous ces martyrs, la destruction des couvents d'Araucanie, la ruine des autres par un tremblement de terre, loin d'arrêter l'essor de l'Ordre au Chili, contribuèrent plutôt, d'une certaine manière, à son développement.
A la suite de ces tristes événements , en effet , quelques religieux, furent envoyés de l'autre côté de la Cordillère, et ils y fondèrent les couvents dont aujourd'hui se compose la province de Saint- Augustin, dans la Plata.
Les autres, restés au Chili, s'occupèrent à relever les édifices renversés par le tremblement de terre. A Santiago, le P. Martin de Salvatierra , prieur, jeta les fondements, en 1606, d'un nouveau couvent et d'une nouvelle église.
Ce nouveau couvent fut bâti sur un plan beaucoup plus
vaste que l'ancien; il devait avoir trois grands cloîtres, dont l'un, le plus voisin de la porte d'entrée, était destiné à recevoir la futur»' université.
L'église s'éleva aussi bien vite sur les ruines de l'ancienne, mais, cette fois, splendide et majestueuse. Avec ses quinze chapelles, ses autels élégants, ses superbes peintures et ses dorures éblouissantes, elle fut l'un des plus riches sanctuaires de Santiago.
Le ravage fait par le tremblement de terre fut donc magnifiquement réparé; mais, hélas! ce ne fut point pour longtemps. A peine avait-on tout achevé, qu'un nouveau tremblement de terre, en 1647, réduisit une seconde fois en ruines et l'église et le couvent.
Mais si Dieu se plut ainsi, par toutes ces catastrophes, à éprouver la province de Saint-Laurent, en compensation , il lui donna ce qui vaut mieux que tout le reste, des hommes remarquables, dont la mémoire restera à jamais gravée dans le cœur du peuple chilien.
Nous ne pouvons, en ce petit aperçu, les nommer tous; nous nous contenterons donc de parler des plus connus.
Le premier en date est le P. Martin de Salvatierra. Cet illustre religieux naquit dans la ville de la Conception, d'une famille aussi vertueuse que noble. Dès sa plus tendre enfance, il se distingua entre ses jeunes compagnons par la candeur de son caractère et l'innocence de ses mœurs. Ses parents, voulant le mettre à l'abri des dangers continus auxquels étaient exposés les habitants de la Conception, par suite du voisinage des Araucaniens, se décidèrent à l'envoyer à Santiago pour y faire son éducation. C'est là que Dieu l'attendait. Le jeune enfant, en effet, ne tarda point à entendre au fond de son âme une voix mystérieuse qui l'invitait à se consacrer au service de Dieu dans un Ordre religieux. Sous le coup de cette divine inspiration, il
frappa donc à la porte du couvent des Dominicains, où il prit sans retard le saint habit de l'Ordre, avec un bonheur et une joie ineffables.
Au noviciat, il devint bientôt le modèle de tous ses jeunes condisciples par son humilité, son obéissance, son amour pour l'oraison et l'observance régulière. Aussitôt après avoir reçu l'onction sacerdotale, il se dévoua entièrement aux devoirs du saint ministère. Gomme prédicateur et comme confesseur, il acquit une si grande réputation , que bientôt il ne fut plus désigné dans toute la ville, que sous le nom à' Ami de Dieu et des hommes (Dilectus Deo et hominibus).
Trop modeste pour aimer les dignités, il chercha toujours à les fuir, mais ce furent elles qui vinrent à lui. L'obéissance le força, en 1603, à accepter malgré lui la charge de prieur dans couvent de Santiago ; c'était un rude fardeau à ce moment.
Le couvent, comme nous l'avons dit plus haut, avait été, ainsi que l'église, totalement renversé par un tremblement de terre , et il ne s'agissait de rien moins que de relever l'un et l'autre de leurs ruines. Le nouveau prieur dut donc se mettre à l'œuvre, et telle fut, en cette circonstance, sa confiance en la divine Providence que, quoique sans ressources, il n'en jeta pas moins les fondements d'un vaste couvent et d'une église magnifique.
La Providence ne lui fit pas défaut, et il eut l'honneur de conduire à bonne fin cette difficile entreprise.
En récompense de ses services, le Rme P. Général de l'Ordre lui envoya le titre de maître en sacrée théologie.
A l'expiration de son priorat, le P. Salvatierra, tout heureux d'avoir reconquis sa liberté, reprit avec une nouvelle ardeur les fonctions du saint ministère. Mais ce ne fut point pour longtemps, car en l'année 1614 il fut élevé,
à l'unanimité et par acclamation, à l'honneur du provincialat, et il dut, encore cette fois aussi, se rendre aux vœux de ses frères en religion. Pendant son provincialat, il s'occupa surtout de l'organisation des études; il voulait former des religieux, non-seulement pieux, mais instruits; la science, disait-il, est non moins utile à un Dominicain que la piété.
Dans ce but, il créa des collèges à Cordova et à Buenos- Ayres, qui devinrent bien vite florissants, et fournirent à la province un grand nombre de jeunes religieux aussi pieux que savants. C'est aussi au P. Salvatierra que revint principalement l'honneur d'avoir fondé l'université de Saint-Thomas, à Santiago.
En effet, son premier soin, lorsqu'il fut nommé provincial, fut d'envoyer en Europe, comme procureur de la province, le P. Balthazar Verdugo , avec mission de traiter avec le saint- siège de l'érection d'une université, et en même temps de solliciter auprès du roi d'Espagne des secours particuliers pour la reconstruction des églises et des couvents renversés par le tremblement de terre.
Cette double mission , accomplie sous son inspiration , réussit parfaitement bien. Non -seulement le Saint- Père accorda l'autorisation demandée pour l'érection d'une université, mais encore, en preuve d'estime pour les fils de Saint-Dominique, il voulut enrichir leur nouvelle église d'un privilège tout spécial, en concédant à tous les fidèles qui la visiteraient avec les intentions requises, les mêmes grâces et les mêmes indulgences qu'ont coutume de gagner à Rome les pèlerins, en visitant la fameuse et ancienne basilique de Saint-Jean-de-Latran.
Le roi d'Espagne, de son côté, ne se montra pas moins gracieux. En reconnaissance des services rendus par les Frères Prêcheurs à la cause de la civilisation et de la religion dans le royaume du Chili, il les gratifia d'une somme
annuelle de mille écus, pendant six années consécutives, à toucher sur son trésor royal, à Santiago '.
Le gouvernement du P. Salvatierra avait été trop fécond en heureux résultats pour la province, pour que ce digne, religieux pût espérer le bonheur de rentrer dans l'obscurité, et de vivre à l'avenir dans la retraite, loin des charges et des honneurs. A peine son provincialat terminé, il fut nommé successivement deux fois prieur et une fois provincial, en 1726. Mais il était déjà épuisé par les fatigues et les travaux, et il ne put parvenir qu'à la moitié de son provincialat. Il mourut comme un saint dans le cours de l'année 1528, plein de jours et de mérites. La province de Saint-Laurent l'a placé à juste titre au nombre de ses vénérables fondateurs. Sur sa tombe une main amie a tracé ces mots qui résument toute la vie de ce saint religieux :