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CHAPITRE XXV

Arrivée du P. Christophe de la Mancha, visiteur général. — État dé la province. — Schisme entre les Dominicains. — Sa fin. — Lettre du Rmo P. Jean-Baptiste de Marinis, général de l'Ordre.

L'année 1641 fut signalée par un événement important : l'arrivée du P. Christophe de la Mancha y Yelazco, envové par le Rme P. Nicolas Rodulfo, alors Général de l'Ordre, pour faire la visite de la province de Saint- Laurent du Chili.

Le premier acte du Visiteur général fut de fixer au 24 janvier la célébration des chapitres provinciaux , et, à cette occasion, il déclara que si, par suite d'un accident quelconque , l'élection du provincial ne pouvait s'effectuer ce jour-là, le gouvernement de la province devait alors revenir au prieur du couvent désigné pour la réunion du chapitre provincial.

Cette loi est toujours en vigueur aujourd'hui.

Le Visiteur fit ensuite plusieurs autres règlements concernant l'observance régulière et la discipline monastique dans les couvents , et il désirait s'occuper aussi d'une nouvelle organisation des études dans la province; mais il fut arrêté au milieu de ses travaux par sa nomination à l'évêché de Buenos -Ayres.

A partir de cette visite, l'histoire de la province de Saint- Laurent n'offre rien de remarquable jusqu'en 1666, année

en laquelle eut lieu le schisme qui divisa un moment les religieux en deux obédiences, et causa un si grand trouble dans tout le pays.

Mais avant d'entrer dans cette question, il est nécessaire de faire connaître la situation de la province à cette époque.

La province de Saint -Laurent possédait alors treize couvents, tant en deçà qu'au delà de la Cordillère des Andes.

Les couvents du Chili proprement dit , c'est-à-dire situés en deçà de la Cordillère , sur la bande occidentale du côté de l'océan Pacifique, étaient au nombre de quatre, à savoir : ceux de Santiago , de Conception , de Coquimbo , de Chillan'.

Les couvents de la bande orientale au delà de la Cordillère étaient au nombre de neuf, à savoir : ceux de Mendoza, San -Juan, La Punta de San -Louis, Cordova (maison d'étude), La Rioja, Santiago del Estero, du Paraguay, Buenos-Ayres et Santa-Fé.

Comme il y avait dans chacun de ces divers couvents des vocaux, c'est-à-dire des religieux ayant voix au chapitre , et vu la grande distance qui séparait ceux vivant sur la bande orientale et ceux appartenant à la bande occidentale, il avait été décidé depuis longtemps que l'élection du provincial se ferait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.

Le couvent de Santiago et celui de Cordova, situés l'un à droite, l'autre à gauche de la Cordillère, avaient été choisis pour être alternativement les maisons capitulaires.

Le dernier chapitre provincial s'étant tenu à Cordova en 1662, c'était donc à celui de Santiago à réunir le chapitre suivant de 1666 , et même il en avait été décidé ainsi par les membres du chapitre de Cordova.

1 Plus tard, il y eut d'autres fondations à San-Felipe, Valparaiso, Talca, Quillota, et les hospices de Cauquenes et Illapel. (Voir l'appendice, note 4.)

Malgré cette décision et l'habitude de la province, le

provincial Antoine Abreu résolut de convoquer le chapitre à Cordova.

Les raisons alléguées par le provincial pour justifier cette translation sans doute étaient bonnes, mais les Dominicains de Santiago ne les acceptèrent point, et même ils ne tardèrent pas à attribuer sa conduite en cette affaire à des motifs plus secrets et moins avouables.

Le but caché mais réel du provincial, disaient-ils à tort ou à raison, n'était rien moins que de faire nommer à sa place, comme provincial, son propre neveu, le P. Christophe Figueroa.

Convaincus donc de ce qu'ils regardaient comme une basse intrigue, les religieux de Santiago s'empressèrent de la dénoncer à l'audience royale de cette ville, en la priant de s'opposer à cette translation.

En ce temps-là, les couvents jouaient un grand rôle dans la société. Les plus illustres familles comme les plus obscures y étaient représentées, et, par suite, la nomination d'un prélat intéressait tout le monde.

Il y eut donc une vive émotion dans la ville à la suite de la décision prise par le P. Antoine Abreu , et on l'accusa de vouloir écarter de la prélature les fils de Santiago. L'audience royale prit fait et cause pour les Dominicains du Chili, et elle envoya aussitôt un de ses membres les plus distingués, don Alphonse Zolorzano, pour faire connaître au P. Abreu que son avis et celui de la population étaient qu'on laissât au couvent de Santiago l'honneur de réunir le chapitre provincial, comme c'était son droit, dès lors qu'il avait été déjà désigné à cet effet par le dernier chapitre de Cordova.

Mais le P. Abreu ne voulut rien entendre , et il partit pour Cordova.

A peine arrivé, il envoya des lettres circulaires à tous

il*

le> électeurs pour les inviter à se rendre au chapitre provincial , convoqué par ses ordres en cette ville.

Les Dominicains de Santiago et des autres couvents du Chili envoyèrent une protestation en forme contre cette translation, et, sur l'avis des membres de l'audience royale et des prélats des diverses communautés de la ville, ils se réunirent aussi en chapitre pour procéder de leur côté à l'élection d'un provincial.

Le P. Abreu les menaça de toutes les censures de l'Ordre s'ils ne se rendaient à son invitation, mais ils n'en persistèrent pas moins dans leur résolution; en sorte que le même jour il y eut deux élections: l'une à Santiago, l'autre à Cordova.

Les électeurs de Santiago donnèrent leurs suffrages au P. Valentin ; ceux de Cordova élurent le P. Christophe de Figueroa, neveu du P. Antoine Abreu.

Chacun des deux partis annula "naturellement l'élection faite par l'autre, et tous les deux s'empressèrent d'envoyer à Rome des procureurs spéciaux, pour porter les actes de leur chapitre respectif, et en demander la confirmation au Rme P. Général, alors le P. Baptiste de Marinis.

Le délégué du Chili s'arrêta à Lima, et de cette ville il envoya à Rome les actes du chapitre de Santiago , et les documents favorables à son parti.

Celui de Cordova, plus adroit, se rendit à Rome, où il défendit personnellement, et avec un grand zèle , les intérêts confiés à ses soins.

Le Rme P. Baptiste de Marinis réunit alors son conseil, et il lui soumit les documents des deux parties adverses.

Les raisons alléguées par les Pères de Santiago, pour légitimer l'élection de leur provincial et leur conduite en cette circonstance , étaient :

« 1° Que le chapitre provincial devait en droit se tenir à Santiago, dès lors que le couvent de cette ville avait été

.né, par le dernier chapitre de 1662, comme maison capitulaire pour le chapitre suivant.

« 2° Parce que, en ce couvent, le nombre des vocaux ayant voix au chapitre était plus considérable que dans tout autre.

« 3° Parce que le provincial Antoine Abreu manquait de juridiction pour désigner une autre maison capitulaire.

« 4° Parce que les religieux qui avaient formé le conseil du P. Abreu, au sujet de la translation , n'étaient point de ceux qu'on aurait dû consulter dans une affaire aussi importante.

« 5° Parce que , en supposant même que ces religieux eussent le droit de voter, leur vote eût dû être secret et non point public.

« 6° Parce que, enfin, on n'avait pas donné aux électeurs de Santiago le temps nécessaire pour se rendre au chapitre de Cordova. »

Les Pères de Cordova répondaient en disant :

1° Qu'il y avait eu une cause grave pour la translation du chapitre provincial à Cordova , à savoir : l'infirmité du P. provincial , et l'impossibilité dans laquelle se trouvaient les prieurs de se rendre à Santiago , par suite de leurs occupations.

« 2° Que les Pères capitulaires de Santiago avaient parfaitement reçu à temps les lettres de convocation.

« 3° Que les électeurs de Santiago, ayant été excommuniés pour avoir désobéi aux ordres du provincial , n'avaient point le droit de réunir un chapitre. »

Les raisons alléguées par les Pères de Santiago, nonseulement avaient une grande force en elles-mêmes, mais elles en tiraient une toute spéciale de la qualité des religieux qui les avaient souscrites. En ell'et, beaucoup de ces

religieux avaient été déjà provinciaux , et les autres étaient généralement des maîtres en théologie, aussi recommandables par leurs vertus que par leur savoir. Parmi eux se distinguait le P. Hyacinthe Jorquera, ex-provincial et maître en théologie , dont la réputation de sagesse et de prudence, comme nous l'avons dit plus haut, était répandue dans tout le Chili.

Cependant le délégué des Pères de Cordova plaida si bien la cause de son parti, qu'il sortit victorieux de la lutte.

L'élection des Pères de Santiago fut non -seulement annulée, mais encore ceux qui y avaient pris part' furent, les uns sévèrement punis, et les autres menacés de l'être. De plus, le provincialat du nouvel élu de Cordova fut prorogé d'une année, en compensation du temps perdu pendant que se jugeait la question à Rome.

Cette décision du Rme P. Général fut acceptée sans réplique et avec la plus grande humilité par les religieux de Santiago.

Le P. Christophe Figueroa fut alors reconnu comme le prélat légitime de toute la province.

Voici la lettre écrite en cette circonstance par le Rme P. Baptiste de Marinis :

« Nous, Jean Baptiste de Marinis, professeur de sacrée « théologie, maître général de l'Ordre des Frères Prè- « cheurs, etc. etc. A tous nos fils bien aimés dans le Sei- « gneur, à tous les Pères et Frères de notre province de « Saint-Laurent (martyr) du Chili, salut et union d'es- « prit dans le lien de la paix.

« Fils et Frères bien aimés. Tant que votre province « fleurit dans la paix , la Sagesse incrée et éternelle s'est « plu à habiter au milieu de vous , et alors on ne vit ja- « mais des paroles de division, ni dans les esprits, ni

« dans les écrits. Mais aujourd'hui Satan vous a trompés, « et il a détruit le doux asile que la Sagesse éternelle s'é- « tait bâti au milieu de vous. Les échos bruyants de vos « disputes sont parvenus jusqu'à nos oreilles; la province « s'est partagée pour savoir qui la gouvernerait; un cha- « pitre s'est élevé contre un chapitre, une élection contre « une élection, un parti contre un autre parti. L'obéissance « a fléchi, la discipline religieuse a fui; et maintenant où « régnait la Sagesse amie de la paix, là règne Satan, ami « des discordes.

« 11 est certain que si Satan a été réjoui, Nous, nous « avons été profondément affligé dans notre cœur, quand « nous avons reçu les écrits de la province, et que nous « y avons constaté deux chapitres provinciaux encore « plus séparés par les sentiments que par la distance; « deux scrutins encore plus divers par l'esprit que par le « nombre. Nous avons là les relations des deux partis, et « nous n'avons point trouvé dans leurs répliques et argu- « ments la divine odeur de la charité, mais seulement « celle de la division. Nous en avons été profondément « peiné dans notre paternel amour pour tous.

« Le 12 de juin 1668, nous avons réuni un conseil « d'hommes les plus graves, et nous avons examiné les « écrits apportés par les religieux envoyés par vous.

« Le P. Valentin de Cordova avec tous les Pères de San- « tiago , nous dit que le chapitre provincial devait se célè- « brer dans le couvent du Saint -Rosaire de la ville de « Santiago : parce que ce couvent avait été désigné à cet « effet par le chapitre de 1662; parce que ce même cou- « vent est plus vaste et plus convenable, et que c'est l'ha- « bitude d'y réunir les chapitres ; parce que c'est là que « réside la partie la plus nombreuse et la plus saine des « vocaux, lesquels ne pourraient se rendre au chapitre, « s'il se célébrait ailleurs de l'autre côté des Cordillères;

« parce que le jour fixé pour la célébration du chapitre « est le 24 janvier, et qu'ordinairement la Cordillère ne a commence à s'ouvrir que dans le mois de décembre , et « qu'il n'y a pas de chemin pour passer de Santiago à « l'autre côté, si ce n'est dans les commencements de jan- « vier; parce que le couvent de Cordova, où a été transo féré le chapitre, étant distant de cent cinquante lieues de « Santiago , il est impossible aux Pères capitulaires de « franchir cette distance en vingt jours pour se trouver au « chapitre ; tandis qu'au contraire , quand le chapitre se « tient à Santiago, les vocaux de l'autre bande peuvent « toujours se réunir à Mendoza, distant seulement de « cinquante lieues, d'où, en peu de jours et avec facilité, « ils peuvent se rendre à Santiago et assister au chapitre.

« De plus , les Pères de Santiago accusent le P. Antoine « Abreu, ex-provincial , d'avoir transféré le chapitre nonce obstant les raisons ci -dessus, qui toutes avaient été « parfaitement traitées, élucidées et approuvées par les a Pères définiteurs du dernier chapitre; d'avoir effectué « ladite translation sans consulter le conseil ordinaire « de la province, et seulement sur l'avis de cinq jeunes « religieux, choisis par lui, sans autorité pour décider une « question de cette importance; enfin d'avoir agi ainsi « contre toutes lois, parce qu'il pensait par ces moyens « réussir à faire nommer ( comme cela est, en effet, arrivé ) « provincial son propre neveu, le P. Christophe Fi- « gueroa.

« Pour tous ces motifs énoncés , huit Pères capitulaires « se sont arrêtés en notre couvent du Saint-Rosaire à San- « tiago , et après avoir protesté contre le chapitre réuni à « Cordova, malgré les décisions du dernier chapitre « de 1662 , ces mêmes Pères, tous religieux de science et « de vertu, se sont assemblés eux-mêmes en chapitre, i et, à l'unanimité moins une voix, ont nommé pour leur

PRUV1NCE DE SAINT -LAURENT 391

« provincial le P. Valentin de Cordova, lequel est reconnu, « obéi et considéré comme le vrai provincial dans cette « partie du Chili, et dont ils nous demandent (comme le « droit l'exige) la contirmation.

« De son côté, la partie adverse, le P. Antoine Abreu,

i \-provincial , soutient que la raison pour laquelle il a « changé la maison capitulaire désignée par le dernier « chapitre est vraie , légitime et grave.

« Il dit que, vu les graves dommages qui devaient ré- « sulter pour les couvents alors en construction dans le « voisinage de Cordova , par suite de l'absence trop pro- « longée des prieurs, s'ils étaient obligés de faire le « voyage du Chili pour se rendre au chapitre; que vu « aussi le mauvais état de sa santé, sur l'avis des Pères « de son conseil, il a cru devoir transférer le chapitre « dans un lieu moins éloigné et plus à la portée de tous.

« Il dit qu'il a prévenu à temps les religieux du Chili; « que ces mêmes religieux n'ont point fait de difficulté « d'abord; que c'est seulement après plusieurs mois « qu'ils ont commencé à se plaindre de cette translation; « qu'aussitôt il les a menacés s'ils n'obéissaient point, et « qu'enfin , voyant leur persistance , il les a frappés « d'excommunication.

« 11 dit que l'empêchement de la Cordillère est une « raison frivole et de nulle considération, comme le prouve « le fait lui-même. Ceux des vocaux qui ont obéi à son « appel , et sont venus de Santiago à Cordova pour le cha- « pitre, ont bien pu passer et arriver à temps : pourquoi « les autres ne l'auraient-ils point pu également ?

« Il dit que, quant à l'accusation, formulée contre lui, « d'avoir voulu cette translation afin de faire plus aiséce ment nommer provincial un de ses parents , elle est « fausse ; que l'élection du nouveau provincial a été faite « selon les lois et constitutions de l'Ordre, et en toute li-

392 LES DOMINICAINS EN AMÉRlOlE

« berté par les votants, et qu'on ne peut rien objecter « contre sa validité.

« Il finit en demandant non-seulement la confirmation « du provincial élu, mais encore un châtiment exemplaire « pour ceux qui , méprisant ses ordres et ridiculisant son « autorité, ont donné ainsi aux jeunes religieux l'exemple « de la désobéissance et de la rébellion, alors qu'il leur « était si facile, s'ils croyaient leurs droits lésés, de re- « courir au Général de l'Ordre à Rome, et d'éviter ainsi « un grand scandale pour tout le pays.

« Ayant donc examiné avec soin et attention, et fait « examiner aussi par les Pères de notre conseil,' les raisons « alléguées par les parties adverses , à la suite d'un vote « secret et public , nous avons décidé :

« 1° Qu'il eût été mieux et plus prudent de la part du « provincial de ne point transférer la maison capitulaire « de Santiago à Cordova; mais que, le fait étant accompli, « cette translation était valide, et qu'il était du devoir de « tous les religieux de se soumettre.

« 2° Que les Religieux du Chili qui ont résisté, sont « passibles des peines graves énoncées par le chapitre gé- « néral tenu à Rome en 1650; principalement le supé- « rieur du noviciat ( exemple inouï et digne d'être réprouvé « dans tous les siècles), qui présida le conciliabule de San- « tiago.

« 3° Que l'élection faite , à Santiago, du P. Valentin de « Cordova, comme provincial, doit être cassée, annulée et « déclarée de nulle valeur.

« 4° Que l'élection du P. Christophe Figueroa, comme « provincial, faite au couvent de Cordova, est valide et « canonique quant au fond, et que s'il y a des défauts « dans la forme, il y sera remédié, et qu'elle recevra « confirmation.

« Nos, prœmissa sancti Nominis invocatione , après mûre

« réflexion , en vertu de l'autorité dont nous sommes « revêtu, et par ces lettres, déclarons :

« 1° Que l'élection du P. Valentin de Cordova comme « provincial de notre province de Saint -Laurent du Chili « est nulle et d'aucune valeur; et ainsi, nous la cassons « et l'annulons.

« Que le P. Valentin de Cordova fut un intrus dans « ledit provincialat, qu'il en prit possession sans droit ni « raison, et en conséquence le privons de voix active et « passive pendant cinq ans, à partir du jour où ces lettres « seront notifiées. Nous déclarons aussi nuls et sans valeur « tous les actes du chapitre de Santiago, à l'exception ceci pendant des confirmations et institutions des prieurs, « comme aussi les professions faites en ce moment, dont « nous suppléons le défaut, et que nous revalidons et dé- « clarons légitimes par ces mêmes lettres.

a 3° Nous condamnons le P. Diego de Urbino, sous- « prieur de notre couvent de Santiago , qui , sans titre va- « lable , présida le conciliabule, à toutes les peines portées « par le chapitre général tenu à Rome en 1650, à savoir : « privation de voix active et passive pendant cinq ans, à « partir du jour où ces lettres seront notifiées.

« 4° Nous nous* réservons d'appliquer les peines cor- « respondantes à tous ceux qui ont pris part à ce chapitre a schismatique, en le temps qu'il nous plaira et avec toute « la rigueur des lois. Nous suspendons aussi par les préce sentes toutes les peines et pénitences imposées aux couce pables par le R. P. Maître, ex -provincial, F. Antoine « Abrcu.

« Quant au chapitre célébré avec le plus grand nombre « et la partie la plus saine des vocaux en notre couvent de « Cordova, nous déclarons suppléer aux vices de forme « dont il peut être entaché, et approuvons et confirmons « l'élection comme provincial du P. Christophe Figueroa,

« dont nous augmentons d'une année le temps du provin- « cialat. En cas de mort dudit provincial, nous nommons a par ces mêmes lettres, en son lieu et place, le P. Maître, « F. Pierre Bustamente, lequel, avec le titre de vicaire a général, devra gouverner la province jusqu'à l'élec- « tion du nouveau provincial, que nous fixons au 24 jan- « vier 1671.

« En second lieu, Nous ordonnons au nouveau provin- « cial, par nous confirmé, de diriger selon nos lois les « élections des prieurs dans l'autre partie du Chili, de « manière que les religieux ne puissent élire que des « prêtres propres au gouvernement, et que, s'il y avait « des rebelles , de les traduire en jugement et de les punir « avec les peines correspondantes à leurs délits.

« Nous approuvons aussi les actes du chapitre célébré « dans notre couvent de Cordova, à l'exception des postu- « lations pour la prédicature générale, dont nous nous ré- « servons l'examen. Nous permettons pour cette fois que « le F. convers Jean de Erazo puisse passer parmi les frères « de chœur, mais nous défendons à l'avenir de nous faire « de semblables pétitions. Nous rejetons aussi certaines « postulations faites contre les ordinations des chapitres « généraux, comme dignes de blâme, et n'approuvons pas « les autres pétitions faites dans les mêmes actes, au sujet « de certains grades à conférer, et nous voulons qu'à « l'avenir on s'abstienne de semblables demandes.

« Nous désignons comme maison capitulaire où devra « se réunir le prochain chapitre notre couvent du Saint- « Rosaire de Santiago.

« Nous ordonnons aussi aux provinciaux de désigner, « avec l'avis des définiteurs et des Pères graves de la pro- « vince, trois ou quatre couvents où pourront à l'avenir « se réunir les chapitres provinciaux, et que tout chapitre « tenu dans un couvent non désigné soit nul de fait, à

« moins de la permission du P. Général, laquelle doil « être donnée toties quoties.

« Nous ordonnons à tous et à chacun , et en vertu de « l'Esprit-Saint et de la sainte obéissance, sous précepte « formel et sous peine d'excommunication majeure, ipso « facto incurrenda, et sous peine de privation de voix et de « perpétuelle inhabileté, ipso facto, que personne de vous « ose obéir au provincial que nous avons cassé et dont « nous avons annulé l'élection , mais que tous obéissent « au provincial confirmé, ou en cas de mort au vicaire « général institué par Nous. Sous les mêmes peines, Nous « ordonnons au P. Valentin de Cordova de ne point « prendre, ni de permettre qu'on lui donne le nom de « provincial ni d'ex-provincial, et que, sous aucun pré- « texte, il ne s'oppose à ces présentes lettres.

« Enfin, avec la plus paternelle sollicitude et de tout « notre cœur, nous vous prions de travailler au bien de « notre sainte religion et d'éviter à l'avenir tout schisme « entre vous. Ne permettez point à Satan, l'ami des dis— « cordes, d'habiter au milieu de vous; mais au contraire, « laissez-y descendre la Sagesse éternelle et incréée, qui « seule donne la paix sur cette terre. Si vous agissez ainsi, « saint Dominique vous bénira du haut du ciel, comme « Nous, en son nom et pour votre consolation, nous vous « bénissons ici-bas.

« En notre couvent de Sainte- Marie -sur -Minerve, « 12 de juin 1668.

« F. Jean-Baptiste de Marinis, « F. Antoine Gonzalez, sociusK »

i Cette lettre, que nous avons traduite assez librement, est tirée du manuscrit du P. Antoine Aguiar {Razon de las Xoticias de la provincia de San Lorenzo de Chili).

La promptitude avec laquelle les Dominicains du Chili se soumirent au P. Général de l'Ordre et se courbèrent devant la décision par laquelle il condamnait leur conduite leur fit le plus grand honneur, et compensa amplement le scandale qu'involontairement ils avaient donné au pays. Dès lors la province marcha dans l'union et la paix, et prospéra d'autant mieux qu'elle avait été davantage éprouvée. De nouveaux couvents se fondèrent dans le Chili; un collège domestique, sous le vocable de Saint- Dominique de Soriano, fut établi dans le grand couvent de Santiago, et partout on vit se développer simultanément l'esprit monastique et le zèle apostolique.

Nous arrêterons là cet aperçu historique sur les commencements de la province de Saint-Laurent du Chili, et nous nous transporterons d'un seul bond en l'année 1726 pour examiner Mes deux événements mémorables dont cette province fut le théâtre à cette époque.

Le premier fut la division de la province et la formation de celle de Saint-Augustin de la Plata, le second la fondation du couvent de Notre-Dame-de-Bethléem, ou récollection dominicaine , dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant.

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