‹ Les dominicains en AmériqueChapitre 7 sur 48 · CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE COLOMB

université de cette ville ses projets et ses plans, il demanda l'hospitalité au couvent de Saint-Etienne, où il reçut des Dominicains l'accueil le plus sympathique et le plus cordial ».

Salamanque était alors la capitale intellectuelle et littéraire de l'Espagne. À peine l'arrivée de Christophe Colomb et les motifs de son voyage furent-ils connus, que l'on vit accourir à la hâte en cette ville les hommes les plus intelligents et les plus remarquables du royaume.

Les Frères Prêcheurs jouissaient alors dans toute l'Espagne de la plus haute considération. Leurs bibliothèques contenaient des trésors d'érudition , et presque toutes les principales chaires étaient entre leurs mains. Aussi leur couvent de Saint-Etienne fut -il choisi de préférence à tout autre pour le lieu des séances.

Là donc, à l'ombre des vastes cloîtres qu'embaumaient les senteurs des roses et des orangers, Christophe Colomb fut invité à développer ses idées et ses théories devant une assemblée composée de théologiens , d'astronomes , de géographes, de mathématiciens et d'un grand nombre de personnages non moins illustres par leur savoir que par leur naissance.

Mais si quelques-uns des membres de cette docte assemblée étaient assez raisonnables et assez justes pour désirer entendre Christophe Colomb avant de le juger, beaucoup d'autres, au contraire, égarés par une science surannée et de puériles préventions, semblaient tout disposés à le condamner même avant de l'entendre. Les Dominicains, en général, manifestèrent toujours la plus chaleureuse sympathie pour Colomb.

Parmi eux se distinguait surtout, par son enthousiasme,

1 Frère Antonio de Remezal, Histoire de l'Ordre de Saint-Dominique, à Cliiapa et Guatemala, liv. II, chap. m, p. 52.

le P. Diego de Deza, maître en théologie, professeur do, dogme à l'université, et en même temps précepteur de l'un des enfants de la famille royale.

Dès les premiers jours, cet illustre et savant religieux ne craignit point de se poser en défenseur de Colomb , dont il comprenait le génie et prévoyait instinctivement le triomphe et la gloire.

Par ses efforts, le P. Diego de Deza obtint non -seulement qu'on écoutât sans passion le grand navigateur, mais il réussit même à lui conquérir des partisans parmi les membres les plus influents et les plus instruits de l'assemblée.

Mais telle était la force des préjugés, que la majorité de ces savants, tout en reconnaissant le génie de Colomb, ne voulut voir en lui qu'un visionnaire, et se prononça contre ses théories comme contraires à l'enseignement d'Aristote.

Cependant tout n'était point perdu pour le grand homme; car il lui restait encore un ami , le dominicain Fray Diego de Deza. Cet ami, en se séparant de lui et en le pressant une dernière fois sur son cœur, lui avait dit: Ayez confiance : comme je vous ai compris les autres aussi finiront par vous comprendre, et votre génie sera récompensé; encore une fois, ayez confiance et adieu.

Plein de confiance en Dieu, riche des bienfaits des religieux et muni de lettres de recommandation pour tous les couvents de l'Ordre, Christophe Colomb s'éloigna donc de Salamanque pour regagner sa solitude, où, tout en travaillant et en méditant ses projets, il attendit en patience l'heure fixée par la divine providence.

Enfin sonna pour lui cette heure de gloire !

Le 3 du mois d'août 1492, à l'heure où les Frères Prêcheurs chantaient dans toutes leurs églises les premières Vêpres de la fête de leur saint patriarche, Christophe Co-

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