CHRISTOPHE COLOMB
lomb sortait du port de Palos pour aller à la découverte d'un monde nouveau.
Qui donc avait pu vaincre les hésitations de Ferdinand et d'Isabelle, et avait décidé ces augustes souverains à donner au grand navigateur les hommes, les navires et l'argent nécessaires pour son héroïque entreprise?
Nous avons déjà dit plus haut que le P. Diego de Deza était précepteur de l'un des enfants de la famille royale. En vertu de cet office, cet illustre religieux vivait à la cour, et, toujours plein d'enthousiasme pour Colomb, il usa habilement de la haute influence que lui donnait sa position pour faire triompher les vues de son ami.
Le P. Diego de Deza eut, en effet, l'heureuse fortune de détruire insensiblement les préventions des rois catholiques contre le grand navigateur, et de les amener à accepter ses conditions et à patronner son entreprise '.
Pour preuve de ce que nous avançons, nous avons le témoignage de Christophe Colomb lui-même.
En vérité, dans Y Histoire générale des Indes orientales, écrite par le grand Barthélémy de Las Casas, évêque de Chiapa, nous trouvons les paroles suivantes, dont le sens est assez clair pour n'avoir pas besoin de commentaire :
« Je me souviens, — dit le célèbre évêque, parlant de la question qui nous occupe, — avoir vu une lettre écrite de la main même de Christophe Colomb, dans laquelle ce grand homme rappelait au roi que si Leurs Majestés Catholiques étaient maîtresses des bides occidentales , elles étaient redevables de cette riche possession au P. Diego de Deza. Puis, continue le même évêque, plusieurs années avant
1 En affirmant cela, nous n'avons nullement l'intention de diminuer le mérite de qui que ce soit, ni de nier les autres considétions et influences auxquelles les rois catholiques ont pu se rendre. Tout ce que nous voulons, c'est simplement montrer la part prise par le P. Diego de Deza en cette glorieuse affaire. Cuique suum.
d'avoir vu cette lettre de Christophe Colomb, j'avais déjà entendu dire, par plusieurs personnes dignes de foi, que le P. Diego de Deza, devenu archevêque de Séville, se plaisait à rappeler avec une certaine fierté que son plus grand titre de gloire était d'avoir pu décider les Rois Catholiques à accepter et à patronner l'entreprise de Christophe Colomb l. »
Sans doute, en s'exprimant ainsi, le pieux archevêque de Séville n'avait nullement l'intention de diminuer le mérite de ceux qui, avec lui, s'étaient intéressés à cette glorieuse entreprise; ce dont il se glorifiait, c'est d'avoir été l'un des instruments, un instrument spécial peut-être de la divine Providence, pour amener les Rois Catholiques à seconder les projets de Christophe Colomb et à lui fournir ce qui était nécessaire pour les réaliser.
Nous n'avons rien à ajouter aux paroles de Barthélémy de Las Casas. Le témoignage de ce grand évêque nous révèle suffisamment la part importante qu'ont prise les Frères Prêcheurs à la découverte d'un pays où, selon l'expression d'un souverain pontife, ils étaient destinés à jouer un si grand et si noble rôle.
Le pape Clément X, dont l'œil paternel et vigilant aimait à suivre sur tous les points du globe les travaux des missionnaires, n'a-t-il point dit, en effet, que « l'ordre de Saint-Dominique semblait avoir reçu du Ciel en partage la glorieuse mission d'amener à la connaissance du vrai Dieu et d'assujettir à l'Eglise romaine la grande nation américaine 2 »?
1 En car ta escrita de mano de Colon, vide que decia al Rey, que el sus-dicho Diego de Deza, habia sido causa de que los Reyes cobrassen las Indias ; y machos aîîos antes que yo la viese escrita a letra de Colon, habia oido decir que el Arzobispo de Sevilla, porsi se gloriaba que habia sido causa que los Reyes catholicos acceptassen la dicha empresa. (Barthélémy de Las Casas, Historiade las Indias occidentales , lib. I, chap. xxix.)
* Voir la bulle du pape Clément X, à la date du 1C avril 1G7I .