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mense qui leur était offert, et dans la hardiesse , qu'ils mirent à le défendre et à le dispenser Fe autour d'eux. Ce fut cette action combinée d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin qui, Æ ‘ plus que toute autre, porta d’un coup la société chrétienne au niveau scientifique atteint par le À plus haut développement du génie hellénique. d
Nous n'avons pas à dire ici à quelles résis- F tances se heurtèrent, dans la société intellec- :
(1) La seule réserve qui doive être faite est pour les C
premiers livres de la Logique d’Aristote, que l'Occident possédait depuis que Boëèce en avait fait des traductions.
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tuelle du xm° siècle, les efforts des deux grands novateurs. En tout cas, parce que leur œuvre était la garantie d’un vaste progrès, elle triompha rapidement, par sa propre valeur, d'un conservatisme étroit et mal compris.
Les idées aristotéliciennes en matière de cosmographie et de géographie bénéficièrent du triomphe général des doctrines péripatéticiennes au xui siècle ; mais elles ne tardèrent pas à avoir, elles aussi, leurs contradicteurs et leurs ennemis. L'existence des antipodes, dans laquelle Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin avaient une foi si profonde, trouva surtout des adversaires résolus pendant les siècles suivants. Au xv® siècle, elle semble avoir été largement baltue en brèche. Les explorations nombreuses de l'Asie depuis trois cents ans, jointes aux progrès de la navigation, avaient attiré l'attention sur des questions restées d’abord plus ou moins dans le domaine de la théorie, mais qui se trouvaient finalement commander toutes les entreprises pratiques d'exploration du côté de l’Océan. Il semble que ces résistances aux idées aristotéliciennes de la sphéricité de la terre soient arrivées à leur maximum d'intensité au temps de Christophe Colomb, preuve manifeste du
recul scientifique opéré depuis le xmi® siècle.
Les arguments, ou plutôt les autorités sur lesquelles l'opposition basait alors ses résistances, étaient fort anciennes. Elles appartenaient, à proprement parler, à la société chrétienne et à ses maîtres. Tandis que la sagesse grecque et la sagesse latine, que le néoplatonisme alexandrin et la science arabe forment comme une chaîne ininterrompue, qui conserve sans hésitation et développe même les théories de la sphéricité et de l'habitabilité des antipodes, les docteurs chrétiens semblent avoir constitué de leur côté, sinon une tradition constante, vu le peu de place donné par eux aux questions d'ordre purement scientifique, du moins une tendance fort accusée à rejeter ces mêmes. doctrines, ou à les tenir en suspicion. Lactance avait presque persiflé cette prétention de faire marcher les hommes la tête en bas et de constituer une sorte de monde renversé (1). Lactance ne soupconnait pas que son objection, formulée avec quelque dédain, ferait elle-même un jour soulever de pitié les épaules à Albert le Grand (2).
(1) Institut. divin., III, xxXIVe (2) « Nec audiendi sunt qui fingunt ibi homines habitare non posse, eo quod cadereni a terra si ibi habitarent:
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Saint Augustin embrassa à son tour l'opinion de Lactance, mais avec des réserves dont il importe de tenir compte. « il n’y a, dit-il, aucune raison de croire ce que l’on raconte des antipodes, c’est-à-dire des hommes qui seraient du côté opposé de la terre, pour lesquels le soleil se lèverait quand il se couche pour nous, et dont les pieds seraient tournés vers les nôtres. D'ailleurs, les partisans de cette opinion reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne peuvent s'appuyer sur aucune donnée historique, mais seulement sur des conjectures et des déductions. Suivant eux, la terre est suspendue dans la sphère céleste, et occupe le lieu le plus inférieur, qui est en même temps le centre du monde. Ils pensent pouvoir conclure de cela que la partie de la terre qui est au dessous de nous ne doit pas être à son lour privée d'habitants. Mais ils ne prennent pas garde que, quand bien même le monde serait sphérique et qu'il y aurait quelque raison à cela, il ne s'ensuivrait pas que dans l’autre hémisphère, où sont rassemblées les eaux, il y eût une terre ferme, et, au cas où elle existerait,
dicere enim eos cadere qui pedes habent ad nos, vulgaris | imperitia est ». De Natura locorum. Opera omnia. Paris, 1891, t. XI, p. 554.
ne LES DOMINICAINS
qu'elle fût occupée par des hommes. L'Écriture, qui fait autorité pour les événements passés, puisque ses prédictions se sont réalisées ; l'Écriture n'imagine rien de semblable, et il serait par trop absurde de dire que quelques hommes aient pu traverser par la navigation limmensité de l’Océan ef’ aient établi de l'autre côté un rameau de la descendance du premier homme » (1).
Ce texte, que nous avons rapporté intégralement et mot à mot, est fort important, car il nous dévoile la pensée exacte de saint Augustin, laquelle est d'ordinaire mal comprise et mal jugée. |
Observons tout d'abord combien saint Augustin était peu familiarisé avec les doctrines péripatéticiennes: il ignore les fondements rationnels qui établissent invinciblement la sphéricité de la terre, et n’en a qu’une vague idée,
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En revanche, le grand docteur ne fait qu'une “
faible opposition à l'admission d’une terre glo- déc
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des, au milieu des eaux de l’Océan, et surtout ti
(1) De Civitate. Dei, lib. XVI, cap. 1x,
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d'une terre habitée. La question de la sphéricité de la terre et celle de l'existence d’un continent océanique étaient en effet deux questions différentes et presque indépendantes l’une de l’autre. Après la démonstralion d'Aristote, on ne pouvait raisonnablement rejeter la sphéricité de la terre; mais la réalité d’une partie solide de la croûte terrestre émergeant de l’eau dans l’autre hémisphère était une donnée encore problématique. Aristote n’avait rien affirmé à ce sujet, et ce qu’il avait dit de la proximité relative des côtes orientales de l'Asie et de celles de l’Europe laissait aisément entendre le contraire. Les grands commentateurs du moyen âge, sauf Albert le Grand, n'allaient pas au delà, et Christophe Colomb lui-mème n’imagina jamais l'existence d’un continent interjacent entre l'Europe et l'Asie. Rien en effet, en dehors d’une certaine analogie qui pouvait induire à imaginer lhémisphère inférieur constitué à l'instar du nôtre, rien ne pouvait établir positivement l'existence de terres aux antipodes. Seules l'expérience et la découverte devaient résoudre efficacement des doutes de cette nature.
Enfin, il est digne de remarque que les défiances de saint Augustin vis-à-vis des antipo-
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