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des et de leur habitabilité procèdent de doutes rationnels bien plus que de l’exégèse scripturaire. Au fond, ce à quoi l'Écriture, d'après l’évêque d'Hippone, semble se refuser, c'est à la non unité de l’espèce humaine, affirmation qui est elle-même d'ordre scientifique. Mais qu’une émigration d'une portion de l'humanité ait pu s'établir dans les eaux du vaste Océan, saint Augustin se refuse à y croire, parce qu'il lui semble impossible que les hommes aient pu franchir une telle immensité. On voit donc que, dans l'hypothèse de l'existence d’antipodes habités, la seule exigence biblique est dans l’affirmation de la communauté d’origine entre toutes les fractions dispersées de l’humanité ; et si saint Augustin se refuse à croire au fait de la présence d'habitants aux antipodes, c’est en appuyant son opinion sur les seuls éléments rationnels du problème.
Quoi qu'il en soit, la suprématie doctrinale de saint Augustin dans l'Église latine servit de passeport à la négation des antipodes. Ce fut surlout l'autorité du grand docteur et celle de Lactance qui, bien des siècles plus tard, à Salamanque et à Grenade, tinrent en échec les plans de Colomb. y
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nombre d'écrivains ecclésiastiques avaient abordé les mêmes questions. Jusqu'au xme siècle, ils les avaient assez communément résolues dans le sens de saint Auguslin; mais il est vrai de dire que ce problème n’a pas encore été étudié d'une façon critique. Faute d'établir des distinctions dans la matière, les auteurs qui y ont touché l’ont fait d’une façon pitoyable, ne comprenant pas qu'il fallait, d’après les idées mêmes de saint Augustin, faire une quadruple catégorie : ceux qui nient la sphéricité terrestre ; ceux qui l’admettent simplement ; ceux qui ajoutent à cette conception l'existence d'un continent interocéanique aux antipodes ; enfin, ceux qui soutiennent l’habitabilité de ces régions. Pour n’avoir pas distingué ces notions élémentaires, on a placé dans la première catégorie des écrivains qui n’appartiennent qu'à la quatrième, substituant ainsi une idée antiscientifique à une défiance qui, en son temps, pouvait être très légitime, puisque rien ne l'avait encore infirmée, Nous ne parlons pas des savants critiques qui, lisant le mot orbis lerrarum dans quelques auteurs, y ont vu l'équivalent de la sphéricité terrestre, alors qu'il s'agissait en propres termes de la forme circulaire attribuée au monde habité
connu des anciens, lequel élait imaginé comme une plate-forme arrondie ou une sorte de bouclier (1).
Bref, et pour ne pas nous arrêter plus longtemps aux préliminaires de notre sujet, jus- “qu’au xme siècle les docteurs chrétiens montrèrent peu d’inclination à admettre l'existence d'habitants établis aux antipodes; et si quelques-uns acceplèrent l'idée d’une terre sphérique, ce fut sans connaître toutefois les preuves scientifiques rigoureuses de celte vérité, qu’Aristote allait dévoiler au xim° siècle.
L'introduction de l'aristotélisme dans la s0ociété chrétienne du moyen âge marque, ainsi que nous l'avons dit, une étape capitale dans l’histoire des idées cosmographiques qui devaient préparer la découverte du Nouveau Monde. Aussi les hommes qui, comme Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin, furent les
(1) M. Gaffarel, dans son ouvrage Histoire de la décou- * verte de l'Amérique, Paris, 1892, 2 vol., a mis le comble à ce désarroi en recueillant au hasard de la plume ce que d'autres auteurs avaient écrit sur ce sujet. C'est ainsi maintenant qu'à quelques pages de distance on peut voir les mêmes personnages rangés parmi les partisans de doctrines contraires : par exemple, Isidore de Séville (t. I, p. 178 et 184), Raban Maur et Guillaume de Conches (p. 180 et 185).
bou- premiers instruments de celte rénovation scientifique, méritent-ils d'arrêter notre atten-
ong- tion. Il y avait, en effet, au xm° siècle, une difjus | ficulté sérieuse à l'acceptation de la théorie de non - la .sphéricité de la terre et de ses conséquenaxis- ces. Elle résultait de l'attitude générale prise et si depuis des siècles par la majorité des docteurs Lerre chrétiens. Des esprits respectueux de la tras les dition ecclésiastique et de ses autorités, vé- comme l’étaient Albert le Grand et son disciècle. ple, pouvaient être exposés à des défiances, 4 peut-être même à un déni de justice à l'égard ainsi d'une haute vérilé scientifique, si un sens dans profond du vrai et du réel ne venait les tenir de- en garde contre cet écueil. À nul moment eau l'idée qui portait en elle la découverte du bert Nouveau Monde ne fut plus exposée à une t les méconnaissance qu'à celui où elle faisait pour
la première fois son entrée dans la société savante chrétienne. Aussi est-ce un vrai titre de gloire pour les deux grands hommes qui dotèrent le moyen âge des spéculations antiques les plus solides et de l’enseignement scientifique le plus positif, d'avoir été les premiers et les plus puissants patrons des idées cosmogra- . phiques qui allaient préparer le milieu dans lequel devait se développer le génie de Colomb,
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38 LES DOMINICAINS et où allait éclore le projel de la découverte des Indes.
On nous permettra donc d'exposer avec leur développement naturel les vues d’Albert le
Grand et de saint Thomas d’Aquin sur le sujet:
qui nous occupe. Bien peu de nos lecteurs, n>. an avons la conviction, soupçonnent jusqu'à quelles limites ces deux maîtres ont poussé leurs affirmations scientifiques touchant !: théorie de la sphéricité terrestre, et mens &n°6re à quels étonnants pressentiments s’est :aiss$ al'2r leur génie dans l'exposition et le dé-c'onper : de leurs preuves.