CHAPITRE II
ENSEIGNEMENT COSMOGRAPHIQUE D'ALBERT LE GRAND ET DE SAINT THOMAS D'AQUIN. — PREUVE PHYSIQUE DE LA SPHÉRICITÉ TERRESTRE.
Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin sont des disciples fidèles d’Aristote. Le fondateur du Lycée a déjà admirablement résumé ce qui regarde la question de la sphéricité de la terre. Ses deux grands commentateurs ne sont donc pas, à proprement parler, des inventeurs, quoique sous leur plume l’argumentation d’Aristote ait pris une ampleur qu'elle n'avait pas elle-même. Mais ce qu’il importe de connaître, c’est la précision et la résolution avec lesquelles ils traitent la doctrine scientifique du Maître. C’est dans son traité du Ciel et du Monde qu’Aristote a établi que le sol que nous foulons sous nos pieds est de forme
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sphérique. C’est aussi dans leur commentaire sur le même ouvrage qu’Albert et saint Thomas suivent pas à pas sa pensée et l'exposent chacun à leur manière.
D'après eux, les arguments par lesquels on démontre scientifiquement la sphéricilé de la
terre sont de deux sortes : les uns relèvent de
la physique ; les autres, de la cosmographie et des mathématiques (1).
L’argument physique est développé le premier par Albert et saint Thomas dans leur commentaire de Cœlo et Mundo (2). Cet argument, qualifié de physique, serait plus justement nommé aujourd'hui mécanique : car la physique ancienne, bien autrement étendue que la science moderne de ce nom, traitait des êtres en tant que mobiles, et embrassait
(4) « Primo probat (Philosophus) Lerram esse sphœæricam rationibus naturalibus, quæ accipiuntur ex parte motus. Secundo rationibus mathematicis et astrologicis, quæ
accipiuntur ex his quæ apparent secundum sensum »
(S. Thomas, de Cœlo et Mundo, lect. XxVIt).
(2) 11 occupe chez Albert les chapitres 1x et x du second livre, et chez saint Thomas la leçon xxv11 du même livre. Nos citations se référent aux éditions de Vivès: Albertus Magnus, Opera omnia, t. IV ;. S. Thomas, Opera omnia, t. XXIII, On trouvera ces leçons en appendices.
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ET LA DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE 41 ainsi la science des forces et des mouvements.
La base de l'argumentation est le fait de la pesanteur, ou, pour parler le langage péripatéticien, de la gravité. A la suite d’Aristote, Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin ont, du phénomène de la pesanteur, une notion plus limitée que notre conception de l’attrattion universelle. Pour eux, la gravité est le phénomène par lequel la matière terrestre tend vers le centre du monde, lequel, par le fait même, devra coïncider avec le centre de la terre. Il y a loin encore de la mécanique céleste dAristote à celle de Képler, de Newton et de Laplace.
La pesanteur n'est pas encore pour le péripatétisme un phénomène d'ordre général. La matière des astres n’est pas assimilée à celle de la terre dans son état présent ou passé ; la loi des mouvements célestes n’est pas ramenée à un commun principe. Les astres sont trop brillants et le ciel trop sublime, pour que la raison humaine ait cru pouvoir ravaler ces hauteurs jusqu'à la terre en leur donnant la même nature et les mêmes lois. En tout cas, quand l'esprit de l’homme descend des lointains espaces et s'approche de sa demeure, son regard s’affermit ; il pose des principes solides,
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