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dre les difficultés de sa situation. Une des premières préoccupations de Colomb après le regret d'avoir perdu son royal appui fut de savoir si Isabelle n'avait rien statué à son endroit dans son testament. C'est encore à Déza qu'il s'adresse pour résoudre son doute. <r 11 faut s'occuper, écrit-il à Diego le 21 décembre, de savoir si la Reine, qui est devant Dieu, a fait mention de moi dans son testament. Pressez le seigneur évêque de Palencia de s'occuper de cette affaire ; c'est lui qui a été cause que Leurs Altesses possédassent les Indes, puisqu'il me retint en Gastille alors que j'étais déjà en route pour passer à l'étranger y> (1).
Personne, mieux que Diego de Déza, ne pouvait éclairer Colomb sur ce point. Comme confesseur d'Isabelle et chancelier de Gastille, il avait eu à intervenir aux derniers moments de la Reine et dans la question de sa succession. Il était, en effet, à Médina del
(1) « Es de trabajar de sabcr si la Reina, que Dios tiene, dejô dicho algo en su testamento de mi, y es de dar priesa al Sr. Obispo de Palencia, el que fue causa que Sus Altezas hobiésen las Indias, y que yo quedase on Castilla.que ya estaba yo de camino para fuera » (Navarrete, Colecciôn, I, p. 346).
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Campo pendant la maladie d'Isabelle, pour assister sa royale et chrétienne pénitente (1) ; et la Reine, tout affectionnée qu'elle était à la personne de Déza, le mit au nombre de ses exécuteurs testamentaires, immédiatement après le Roi et Tarchevêque primat de Tolède (2). Malheureusement, Isabelle n'avait rien statué touchant le vice-roi des Indes. Le profond respect et l'entière déférence qu'elle professait pour son associé au trône, lui avaient fait craindre sans doute de tracer une ligne de conduite à Ferdinand^ pour ne pas le gêner ou lui déplaire. A la mort de la Reine, Colomb dut pressentir qu'il avait perdu le meilleur de ses espérances.
Dans cette même lettre du 1^^ décembre, Colomb envoie une copie de récrit qu'il adresse au Pape pour satisfaire le désir que le sou-
(l) Le 15 novembre 1504, Déza publie un règlement relatif à l'Inquisition (Llorente, Hist. crit. de VInq.esp., I, p. 331) et daté de Médina del Campo (Touron, l. c, p. 727).
(•2) « Nombrô por testamentarios al Rey y al Arzobispo lie Toledo, y a don Diego de Deza, obispo de Palencia, Antonio de Fonseca y Juan Velasquez sus contadores mayores, y à su secretario Juan Lopez de Lezarraga » Mariana, Hist. gênerai de Espaha, lib. XXVIII, cap. ■a).
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verain Pontife lui avait exprimé. Avant de faire sa communication au Pape, l'Amiral demande que sa lettre soit mise sous les yeux du Roi ou de l'évêque de Palencia, afin, ditil, d'éviter les faux rapports (i).
Notons, à cette occasion, que la correspondance de Colomb que nous avons citée, et celle que nous citerons encore, témoignent clairement par elles-mêmes que l'évêque de Palencia occupait alors un des premiers postes officiels dans l'administration du royaume. On ne s'expliquerait pas, en effet, que, pour une affaire de cette nature, Colomb désignât Déza à défaut du Roi, si l'évêque n'avait eu d'autre titre à une intervention dans les affaire? d'état que celui de protecteur bénévole. Le titre même de confesseurdes Rois ne suffirait pas à • xpliquer la part prise par l'évêque de Palencia dans les hautes questions gouvernementales. Mais nous savons d'ailleurs qu'à l'heure où Colomb était en instance à la cour, son ancien protecteur était depuis plusieurs années chancelier de Castille, et c'est en cette qualité
(1) et El traslado de la carta te envio. Querria que le viese el Rey nuestro senor, ô el Sr. Obispo de Palencia, primero que yo envié la carta, por evitar testimonios faites ». (Navarrete, Colecciôn^ t. I. p. 346).
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ju'il intervient dans les négociations de Diego Colomb et que son nom est inscrit dans la .plupart des lettres de TAmiral.
Dans sa lettre du 29 décembre, Colomb revient encore sur le même sujet. « Il faut, lit-il, que le Roi ou l'évêque de Palencia voient la copie de la lettre pour le Pape, afin d'éviter les faux témoignages » (1). L'Amiral signale ensuite à son fils, dans le courrier qu'il lui a envoyé, une lettre pour Diego de Déza. Qu'il en prenne connaissance, lui, son frère et son oncle (2). Un des objets de cette lettre, malheureusement perdue, était la recommandation des matelols qui l'avaient accompagné dans son voyage. Ces malheureux n'avaient pas encore touché leur solde, et ils étaient dans la plus profonde détresse.
Le 18' janvier 1505, Colomb revient une dernière fois sur l'examen que le Roi ou Déza doivent faire de la lettre au Pape (3). Cette
(1) « Este traslado envio para que le vea Su Alteza,() el Sr. Obispo de Palencia, por evitar testimonios falsos » (Navarrete, ibid , p. 347).
(2) « Yo le di una carta para le Sr. Obispo de Palencia ; vedla y veala tu tio y hermano y Carvajal » (Navarrete, i&id.,p. 348).
(3) « La carta del Santo Padre dije que era para que su nierced la viese si alli estaba, y el senor Arzobispo de
nouvelle instance mérite d'être signalée, parce qu'elle est de quelque inriportance pour la chronologie des divers sièges épiscopaux occupés par Déza. L'évêque de Palencia est désigné à cette date comme archevêque de Séville. Ortîz de Zùniga nous apprend, en effet, que les bulles de nomination de Déza à ce nouveau siège arrivèrent à Séville le 21 décembre 1304 (1). Dès lors Colomb, qui était dans cette ville, eut connaissance de l'événement, et il est de toute vraisemblance que la lettre qu'il expédie à l'adresse de Déza, dans son courrier du 29 décembre, était une lettre de félicilation pour son élévation à ce haut poste ecclésiastique, le premier de la Péninsule après celui de Tolède (2).
Cependant les démarches des fils et du Irère de l'Amiral, combinées avec Taction de Déza, ne conduisaient pas à terme les affaires de Colomb, du moins quant à la question principale : la récupération de ses tilres et de
Sevilla, que el Rey non ternâ lugar paraella » ^Navarreie, Colecciôn, t. I, p. 350).
(1) Il faut observer cependant que, dans sa lettre du 29 décembre, Colomb appelle encore Déza évoque de Palencia.
{'2) Anales, note de Navarrele, ibid., p. 350.
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ses droits pécuniaires sur le Nouveau Monde. Tout venait échouer contre les résistances du Roi. Ferdinand n'avait jamais eu d'inclination pour Colomb, et, depuis que la découverte des Indes avait donné une réalité aux titres et privilèges quasi royaux qu'il avait concédés, il voyait, semble-t-il, comme à regret la possibilité d'une grandeur et d'une puissance qui ombrageraient une partie de sa majesté. Feriinand fit traîner en longueur les démarches de Colomb et de ses mandataires. Bienveillant en apparence, il était résolu, au fond, à ne pas permettre l'élévation de Colomb et l'établissement de sa fortune. Vainement TAmiral offrit de faire passer ses titres et ses droits sur la tête de son héritier Diego, dans la crainte que sa personne ne fût un obstacle à la bonne volonté du Roi : rien n'y fit. Ferdinand ne répondit même pas aux propositions de Colomb.
Ce ne fut qu'au mois de mai que l'Amiral put se mettre en route pour rejoindre la cour à Ségovie. Il pensait, par sa présence, hâter la solution d'instances fondées sur la justice et le bon droit. Mais là encore il se faisait illusion.
Las Casas est l'historien qui semble avoir
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le mieux connu les véritables sentiments du Roi à cette époque et le juge le plus indépendamment. Il tenait, nous dit-il, ses renseignements de personnes en grande faveur auprès de Ferdinand. Voici comment l'historien des Indes rapporte la première entrevue du Roi et de Colomb : « L'Amiral partit de Sévillc pour la cour au mois de mai 1505. La cour était alors à Ségovie. A son arrivée, son frère et lui allèrent baiser les mains du Roi, et celui-ci les reçut avec quelque semblant de plaisir d (1). Colomb fit le récit des travaux entrepris pour le service du Roi et lui demanda d'exécuter ce qu'il lui avait promis. « Le Roi, continue Las Casas, répondit qu'il reconnaissait lui devoir les Indes, qu'il avait mérité les récompenses à lui octroyées, mais qu'il était à propos, pour régler ses affaires, de désigner une personne qui le représenterait. L'Amiral répondit : « Ce sera celle qui plaira à Votre Altes- « se ». Puis il ajouta. « Qui peut le faire mieux <c que l'archevêque de Séville, puisque c'est lui
(l) « El Almiranle partisse para la corle por el mes de Mayo, ano de 1505, la quai estaba en Segovia; y llegando él y su hermano el Adelantado, à besar las manos al Rey . recibi61es con algun semblante alegre », etc. (Ilist. de la^< J7idias, t. III, p. 187).
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a qui a été cause que Son Altesse possédât les <r Indes » ? L'Amiral parlait ainsi, parce que l'archevêque de Séville, don Diego de Déza, religieux de l'ordre de Saint Dominique, lorsqu'il était précepteur du prince don Juan, avait fort insisté près de la Reine pour qu'elle acceptât cette entreprise » (1).
On voit par ce récit quelle confiance Colomb plaçait toujours dans Diego de Déza. Celui-ci ne manqua point à son protégé ; mais l'un et l'autre allaient se heurter à la résolution où était le Roi de ne rien accorder. Le prétexte d'un intermédiaire n'était dans sa pensée qu'un moyen de temporiser et d'éviter tout rapport direct avec l'Amiral, dont la présence ne laissait pas de lui être pénible, lorsque Colomb demandait la reconnaissance de ses droits.
(1) (f El Rey le respondiô que bien via él que le haLia dado las Indias, y habia merecido las mercedes que le habia hecho, y que para que su négocie se determinase séria bien seùalar una persona ; dijô el Almirante, « sea « la que Vuestra Alteza mandare » ; y aùidio : « Quien la f puede mejor hacer que el Arzobispode Sevilla, pues habia
-ido causa, con el Camarero.que Su Alteza bobiesse las 4 Indias »? Esto dijô, porque este Arzobispo de Sevilla que eraD. Diego de Deza, fraile de Santo Domingo, siendo maeslro del Principe D. Juan, insistiô mucbo con la Reina queacceptase aquesta empresa » {IbicL, p. 188).
Mais il était écrit, pour le malheur et la gloire de l'inventeur des Indes, que sa cause était une cause perdue.
Las Casas a jugé sévèrement, mais avec impartialité, ce semble, la conduite du Roi. « On croyait, dit-il, que si Ferdinand Teùt pu faire en sûreté de conscience et sans déshonneur pour son nom, il n'aurait respecté aucun des privilèges que lui et la Reine avaient accordés à l'Amiral ,et qu'il avait si justement mérités ». — <c Je ne sais, ajoute Las Casas, ce que pouvait causer cette froideur et cet éloignement pour un homme qui lui avait rendu de si grands services, si ce n'est que son esprit était égaré par les faux témoignages portés contre l'Amiral, ainsi que je l'ai appris de personnes jouissant de la faveur du souverain (1). De fait, non seulement le Roi ne lui accorda aucune faveur, mais il lui opposa encore toutes les difficultés possibles, sans cesser toutefois de le combler de compliments i> (2)...
Colomb passa une année entière dans ce
(1) Ce jugement est confirmé par l'insistance que Colomb mettait à ce que la lettre qu'il adressait au Pape passât Kous les yeux du Roi ou de Déza, pour éviter les faux rapports .
i'2) Historia de las Indias, cap. xxxvii.
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rôle ingrat de solliciteur iaiportuii. A vrai dire, des sommes importantes furent délivrées au frère de l'Amiral pour couvrir les dépenses du quatrième voyage, et à Diego Colomb, qui avait un titre à la cour (1) ; mais la question principale n*eut pas de solution. Un moment, le Roi, cédant à ses préoccupations politiques, se laissa aller offrir à l'inventeur du Nouveau- Monde de renoncer à son titre de vice-roi des Indes et à ses autres privilèges, en échange du fief de Carrion de las Condes, en Castille (2). Colomb repoussa avec indignation cette royale injure. Quand il vit que tout était fini du côté du souverain et qu'il ne fallait plus rien en attendre, pas même la justice, il tourna les yeux vers son constant protecteur, impuissant, lui aussi, mais demeuré le même dans son dévouement. Ce fut dans le cœur de Déza qu'il versa sa dernière plainte, comme le plus digne de la recueillir et le mieux capable de partager ses dernières angoisses. « Il paraît, écrivait Colomb à l'archevêque de Séville, il paraît que Son Altesse ne juge pas à propos 'l'exécuter les promesses que j'ai reçues d'EUe
(i) Navarre te, Colecciôn.lU, p. 527 et suiv. La nomination de Diego Colomba son titre de « contino » est du 15 nov. 1503 {Ihid., II, 378).
(2; Las Casas, Hist. de las IndiaSy III, p. 191.
et de la Reine, qui est maintenant au sein de la gloire, malgré la foi de leur parole et de leur sceau. Lutter contre la volonté du Roi serait lutter contre le vent. J'ai fait tout ce que je devais faire ; je laisse le reste à Dieu, qui ne m'a jamais abandonné dans mes besoins i> (1), C'a été la gloire sans pareille de Déza d'avoir, à vingt années de distance, donné à Christophe Colomb la première parole d'encouragement et reçu les dernières confidences de son âme meurtrie et découragée. Entre ces deux instants, Déza avait eu assez de crédit pour faire accepter aux Rois l'entreprise de la découverte. Qui ne reconnaîtrait désormais, avec les paroles mêmes de son illustre protégé, que c'est bien Diego de Déza qui a toujours favorisé Colomb et désiré son honneur depuis sa venue en Castille ? que lui encore a été cause que Leurs Altesses possédassent les Indes, et Va retenu en Castille alors qu'il était déjà en route pour V étranger ^
(1) W. Irwing, Life and Voyages of Columbus. Paris, 1829, t. II, p. 38. Nous empruntons ce texte à Irwing, qui renvoie à Navarrete, t. I, sans indication de page. Nous n'avons pas trouvé ce texte : aussi le donnons-nous sous les réserves nécessaires, encore qu'il ait été reproduit sans contrôle par M. F. Tarducci, Vita de Cristoforo Colombo, Milano, 1885, t. II, p. 629, et P. Gaffarel, Hist. de la découverte de l'Amérique, t, II, p. 383.
L'Amiral avait suivi la cour à Valladolid. C'est là qu'il mourut, le 20 mai 1506. L'Espagne ignora sa mort; on l'ignora presque autour de son cercueil, et la chronique de la ville a .oublié de faire mention de révénement.
Déza avait fait son entrée solennelle à Séville le 24 octobre 1505 (1). Il semble avoir quitté peu après la cour, dont la mort de la Reine, les malheurs de Colomb et la politique de Ferdinand l'avaient désaffection né.
A Séville, Déza n'oublia pas le souvenir des événements qui avaient longtemps lié sa vie à la destinée de Colomb. Sa ville archiépiscopale était comme le point central où venaient aboutir et se répercuter à travers l'Océan les bruits et les agitations du Nouveau Monde. C'étaient là aussi que Fernand, le second fils de Colomb, vint se retirer et se livrer au culte pacifique des lettres et des sciences, et dut se lier d'amitié avec le bienfaiteur de son père. Tout à Séville ramenait donc la pensée de Déza vers un passé qui lui était cher. Nous savons qu'il aimait à rappeler ses relations étroites avec rinvent*eur des Indes et l'appui qu'il lui avait prêté. Las Casas rapporte qu'il était de noto-
(1) Ortiz de Ziiniga, Anales, loc. cit.
riété publique que l'archevêque était fier de raconter commen t son intervention avait décidé les Rois à accepter les projets de Colomb. <r Dans une lettre écrite de sa main, dit Las Casas, j'ai vu que Christophe Colomb disait au Roi que le maître du prince, l'archevêque de Séville, don frère Diego de Déza, avait été cause que les Rois possédassent les Indes. Longtemps avant que j'eusse vu ce témoignage écrit de la main même de l'Amiral, j'avais appris que l'archevêque de Séville se glorifiait d'avoir été la cause que les Rois acceptassent l'entreprise de la découverte des Indes î (1).
1] est à peine besoin de conclure. On voit suffisamment si nous avions raison d'écrire, au
(1) « En carta escrita de su mano, de Gristobal Colon, vide quedecia al Rey (?) que el suso dicho maestro del Principe, Arzobispo de Sevilla, D. Fray Diego de Deza, y el dicho camerero, Juan Cabrero, habian sido causa que los Reyes tuviesen las Indias. E muchos afios antes que lo viese yo escrito de la letra del almirante Colon, habia oido decir, que el dicho Arzobispo de Sevilla, por SI, y lo mismo el camarero, Juan Cabrero, se gloriaban que habian sido la causa de que los Reyes aceptasen la dicha empresa y descubrimiento de las Indias » \nist. de las Indias, t. I, p. 228). Le titre de Cabrero en cette afïaire repose sur un contresens dans la lettre de Colomb datée du 21 décembre 1504. (Navarrof'^ /m;^,.,.,,;:, I, p. 346). Nous y revenons plus loin.
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début de cette étude, que Diego de Déza avait été le grand protecteur de Colomb. Tandis que des témoignages clairs et nombreux nous ont été laissés, par la main même du célèbre navigateur, en faveur de Déza, pas un mot n'a élé souscrit par lui pour légitimer d'autres patronages, en dehors de cette phrase, qui limite à la fois le nombre de ses auxiliaires et exclut toutes les vaines prétentions : « Tout le monde s'est moqué de lui, sauf deux religieux qui furent toujours constants d. Ces deux religieux, nous le savons sans possibilité de conteste désormais, furent Diego de Déza et Antonio de Marchena. L'un et l'autre eurent pour le marin génois une égale sympathie, un pareil dévouement; et si, au point de vue du résultat final, il y eut entre leur action une différence profonde, il n'y en eut pas dans leur noble désir de servir Colomb. Le vénérable gardien de la Râbida ne connut Colomb que pendant le.s quelque six mois qui précédèrent le départ de son protégé pour les Indes, et il ne put lui rendre favorable la diète de Santa Fé (1). Déza, au contraire, fut lié pendant vingt années avec l'i^miral, et, par sa haute situa-
(1) « Ce ne fut donc pas à la fin de l'année 1484, mais bien sept années après, au commencement de l'hiver de
tion à la cour, il put, à différents moments, lui procurer les services les plus signalés, et par-dessus tout faire accepter ses projets de découvertes.
J^es patronages de Colomb sont donc strictement limités à ceux de Diego de Déza ei d'Antonio de Marchena. Nous allons examiner d'ailleurs les titres usurpés ou apocryphes de quelques prétendus protecteurs. Mais nous pouvons déclarer déjà et conclure que, hors dl'action principale de Déza, que nous avons longuement étudiée, et celle plus secondaire d'Antonio de Marchena, que nous avons simplement signalée pour lui réserverions ses droits (1), i) n'en existe pas d'autre réelle. A ces limites, croyons-nous, s'arrête le domaine de l'histoire. Nous nous refusons à le franchir, et à entrer dans celui de l'arbitraire et de la légende.
l'année 1491-1492, que Colomb se rendit pour la première lois au monastère de la Râbida.
« On ne peut pas plus dire qu'il y alla deux fois : l'une, en arrivant de Portugal, en 1484; l'autre, quand il se disposait à quitter l'Espagne, en 1491 t (Ilarrisse, Christophe Colomb, t. I. p. 348).
Ces conclusions de M. Harrisse, basées sur la déposition d'un témoin oculaire, nous paraissent certaines.
1. Le P. Goll a publié un ouvrage, Colon y la Râbida. Madrid, 1891. C'est un travail sans critique.