‹ Les dominicains, leur raison d'êtreChapitre 17 sur 35 · Lacordairk. Mémoire ^ p · texte numérisé non relu

Lacordairk. Mémoire ^ p

également considérable. Quatre d'entre eux ont été présidents de Conciles généraux. Au Concile de Lyon, en 1274, l'Ordre est déjà représenté par un cardinal, 33 évê(jues, et un grand nombre de docteurs, parmi lesquels Albert le Grand. Thomas d'Aquin est mort en s'y rendant. Au Concile de Trente, sur les 154 réguliers qui prirent part aux travaux du Concile, on comptait 54 dominicains. Trois d'entre eux travaillèrent à la rédaction du catéchisme du concile qui, de l'avis de tous les connaisseurs, est un chef-d'œuvre. Au Concile du Vatican, les Frères-Prêcheurs sont représentés par deux cardinaux et 25 évêqiies, dont cinq font partie des commissions du Concile. Appelé par l'Eglise à prêter son concouHs intellectuel sur les questions qui touchent la Foi, l'Ordre reçut d'elle ausisi la mission de défendre cette Foi contre les atta(jues des hérétiques. Ici se place donc la grosse qpiestion de VInquisition. Je ne me donnerai pas le ridicule de l'exposer, ni de la résoudre au pied levé, d'abord parce qrie c'est une question par elle-même très complexe, puis surtout parce que c'est une question compliquée comme à plaisir. Depuis dix ans, des travaux nombreux, conduits par des hommes de la plus haute compétence et de la plus grande impartialité, viennent de jour en jour jeter un peu plus de lumière sur le spectre rouge de l'Inquisiteur.

L'établissement de l'Inquisition, et sa législation, relevaient exclusivement du haut pouvoir ecclésiastique et civil. Les Prêcheurs sont restés étrangers à cette œuvre pour laquelle ils n'avaient aucun droit, ni compétence. Leur seul rôle a été de fournir à l'Eglise, sur sa demande, des officiers chargés de remplir des fonctions qu'ils n'avaient pas créées, et qu'ils

n'avaient pas à discuter. Leur seule responsabilité tient en ceci : ont-ils appliqué la législation publique avec esprit de justice et de prudence? Or, stir ce terrain qui est le seul qui leur appartienne, ils ne se sont jamais récusés au jugement de l'histoire. S'il est établi que parmi eux quelques hommes ont subi des défaillances, ils sont prêts à les condamner. Et à supposer que ce fût établi, ce qui d'ailleurs ne ressort pas des récents et substantiels travaux dus à la plume des Molinier, des Douais, des Vacandard, quel a été dans toute o&tie affaire le rôle du pouvoir civil? Et si le pouvoir civil y a joué le rôle ingrat, ne fau1>il pas, avant de le juger, se garder encore d'une erreur de perspective, qui consisterait à promener sur la société du moyen âge, un regard habitué seulement à considérer la société du vingtième siècle?

Tous ces points d'interrogation m'obligent pour le moment à passer à la ligne.

J'y passerai donc, en vous montrant à larges traits que ces hommes de foi et de prière, dont on voudrait tacher du sang des infidèles la belle robe blanche, ont été, au contraire, à chaque période de l'histoire, même au prix de leur sang, les arbitres de la paix chez les peuples civilisés ou sauvages; les pionniers de la civilisation. Sur ce point, les historiens les plus hostiles à l'idée religieuse sont obligés de s'incliner devant les faits.

A côté de ses 25 légaits a latere, l'Ordre de Suint- Dominique ne compte pas moins de quiti e-viiig!s nonces apostoliques. Récemment encore Sa Sainteté Pie X a nommé un dominicain, Mgr Friihurrth, ancien Maître général de l'Ordre, à la nonciature de Munich. II

n'y a pas jusqu'aux dominicaines qui, dans le cours des siècles, n'aient assumé, suivant les circonstances, la lourde charge de Légat ou de Nonce.

L'académicien Em. Gebhart a prononcé l'an dernier à V Action sociale de la femme, à Paris, un discours où il met en relief ce que l'on pourrait appeler les talents diplomatiques de sainte Catherine de Sienne. Le conférencier admire son personnage. A propos du rôle joué par Catherine dans le retour du Pape d'Avignon à Rome, il écrit notamment : « Ce fat la plus » grande figure de la seconde moitié du quatorzième » siècle italien, non pas seulement une sainte, une » illuminée, une thaumaturge, mais un homme d'état » et un grand homme d'Etat, qui sut résoudre pour » le bien de l'Italie et de toute la chrétienté, la ques- » tion la plus épineuse, la plus tragique de son » temps (1). »

En Angleterre, en France, en Espagne, les Frères^ Prêcheurs, pendant plus de deux siècles, furent confesseurs des Rois. De peur que vous ne vous imaginiez que ce fût là une sinécure, vous me permettrez de vous raconter un simple fait, qui vous en dira plus long, je pense, que les plus belles démonstrations du monde. Quand Christophe Colomb, vers la fin du XVe siècle, conçut le projet de trouver une route abrégée pour aborder aux Indes, il fit la connaissance d'un dominicain, Diego Déza, le Professeur de Théologie alors le plus en vue de l'Université de Salamanque. Celui-ci, devenu confesseur de la Reine Isabelle, usa de son influence auprès d'elle, en fa-

1. Em. Gebhart. Une Saintehomme cV Etat : Sainte Catherine de Sienne. (La Eeoue hebdomadaire) , 16 mars 1907, p. 257-275.

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