L — MOYEN AGE
L'usage incessant que les Dominicains faisaient de la Bible dans leurs écoles les conduisit à entreprendre d'importants travaux, au sujet desquels le savant barnabite L, Ungarelli a écrit : « L'on peut dire que les bibles latines, manuscrites ou imprimées, depuis le milieu du XIII« siècle jusqu'au Concile do Trente, furent infiniment redevables aux travaux assidus et éclairés des Frères-Prêcheurs. »
Quétif et Echard, dans les « Scriptores Ordinis praedicatorum », collection cependant bien incomplète, citent plus de 650 dominicains auteurs de différents travaux sur la Bible. On ne peut signaler q;ue les principaux :
a) Travaux pour la reconstitution du texte Latin : Hugues de Saint-Cher ( + 1262), sous la direction
duquel se fit, à Paris, la première correction dominicaine de la Bible.
Theohaldus de Sexania, juif converti, devenu dominicain, qui eut dans ce même travail la part la plus importante.
b) Utilisation manuelle du texte : Les Concordances.
Hugues de Saint-Cher eut le premier l'idée d'un dictionnaire contenant par ordre alphabétique les mots de la Bible. Ce fut l'origine des concordances, dont les plus célèbres (concordantiœ anglicanœ) eurent pour auteurs des dominicains d'Oxford : Jean de Derlington ( + 1284), Richard de Stavenesly et Hugues de Croyndon.
Conrad de Halherstadt, dominicain allemand, au commencement du XIV« siècle, perfectionna, en les simplifiant, les concordances anglaises.
Les travaux de Jean Stojkowich, connu sous le nom de Jean de Raguse ( + 1444) achevèrent l'évolution de ce genre de travail.
c) Parmi les commentateurs, il faut citer, après Hugues de Saint-Cher, Albert le Grand et saint Thomas:
Le B. Jourdain de Saxe ( + 1236).
Fierre de Tarentaise (+1276), qui devint pape sous le nom d'Innocent V.
Nicolas de Gorran (+1295).
Bernard de Trilla ( + 1292).
Jean de Erdenbourg ( + 1296).
Thomas de Lentino ( + 1277).
Thomas Jorg (+1310).
Nicolas de Trevet ( + 1328).
Ftolémée de Lucques ( + 1322).
Maître EJcehart de Hochleim ( + 1309).
Ludolphe le Chartreux ( + 1330), qui fut dominicain pendant 26 ans, avant de revêtir l'habit de Saintr Bruno.
Fierre de la Falud ( + 1342).
Robert de Ilolkot ( + 1349).
Dominique Grenier ( + 1342).
Au XV« siècle les Biblistes sont moins nombreux; il faut cependent citer le plus célèbre : Jean de Torquemada ( + 1468), qui fut créé cardinal par Eugène IV, après avoir été maître du Sacré Palais.
d) Il faut aussi signaler les ouvrages connus sous le nom de « Chaînes », juxtaposition de textes patristiques, formant une interprétation continue de la Sainte Ecriture. La plus connue est celle de saint Thomas, aidé dans son œuvre par son confrère Guillaume de Moerhccle ( + 1282), traducteur des ouvrages grecs des philosophes et des pères.
Le dominicain anglais Nicolas de TrevcUi ( + 1328) composa également une « chaîne » qui resta longtemps célèbre.
e) Nombreux aussi furent, dans l'Ordre, les traducteurs des Livres Saints, ce qui s'explique par l'in-
l'I LES DOMINICAINS
fluence des prédications dominicaines sur le peuple.
Au XIV^ siècle, toute une pléiade de traducteors collaborèrent pendant 30 ans à la célèbre Bible du roi Jean. On trouve cités, parmi eux, en 1398, Jean Nicolas, Guillaume Vivien et Jean de Chambly ; en 1410, ce dernier y travaillait encore. Jean de Blois ( + 1415) et Antoine du Four ( +1502) traduisirent aussi la Bible en français.
Romeu de Sabruguera ( + 1313) fit une célèbre traduction catalane du Psautier, et peut-être d'autres parties de la Bible.
Le Fr. Jaime Borrell publiait en 1478 la première édition de la Bible en dialecte valentin. La traduction, due au chartreux Boniface Ferrier, frère de saint Vincent, avait été revue et corrigée par Jaime Borrell.
Jean Lopez ( + 1464) traduisit en castillan les évangiles de l'année liturgique.
La première traduction italienne de la Bible est attribuée au B. Jacques de Voragine ( + 1293).
Dominique Cavalca est l'un des vulgarisateurs les plus féconds du XIV® siècle. Les Vaudois, prétendus initiateurs des vulgarisations de la Bible, ne firent que s'approprier son œuvre (1).
Au XVe siècle, Marino de Venise réédite la Bible italienne d'après la traduction du Camaldule Nicolas Malermi.
Vers le même temps (1477), Barthélémy de Modène traduit et commente les psaumes en italien. Frédéric de Venise fait en 1494 le même travail sur TApocalypse.