IL — RENAISSANCE ET TEMPS MODERNES
Au XV^ siècle, la culture humaniste se manifeste dans l'Ordre par de nombreux travaux sur les textes sacrés. L'influence de la Réforme n'est pas non plus sans action sur les Dominicains, dont elle excite l'activité dans l'étude de l'Ecriture.
La lutte de Savonarole contre le paganisme littéraire fut immense dans l'Ordre, et dans l'Eglise. Il organisa dans son couvent de Saint-Marc l'étude savante et assidue de la Bible. On y remarqua surtout le Fr. Blemet, un juif converti devenu dominicain. C© frère avait enseigné l'hébreu à Pic de la Mirandole. De cette direction donnée par Savoi.a-
rôle sortirent d'éminents, biblistes, parmi lesquels il faut citer :
Santé Fagnino ( +1541) 1© premier traducteur moderne de la Bible d'après l'hébreu et le grec.
Zenobio Acciajoli ( + 1520), célèbre helléniste, bibliothécaire de la Vaticane.
Santé Marmochini ( -^ L545) et Zacharie de Florence + 1542), deux vulgarisateurs de la Bible en italien.
— D'importants travaux sur le texte original de la Bible sont dus au dominicain Génois Augustin Giustiniani ( + 1568), évêque de Nebbio, en Corse.
Le texte de la Vulgate fut édité et revisé par Jacques de Gouda (+1520), de Cologne, par le vénitien Albert Castellani, et par Jean Ilenten ( + L566), dominicain à Louvain, dont l'édition fut des plus célèbres au XVI® siècle.
Au Concile de Trente, les théologiens dominicains prirent une part importante aux travaux et aux décrets relatifs à la Sainte Ecriture. Ambroise Catharin et Pierre Bertano, évêque de Fano, furent des plus influents. C'est ce dernier qui soutint la nécessité d'avoir dans l'Eglise un texte officiel qui pût servir de base doctrinale et faire foi.
Les dominicains prirent part également aux différents travaux qui aboutirent à l'édition de la Vulgate de Sixte-Quint. Ces travaux durèrent de 1546 à 1592. Parmi les collaborateurs, on trouve, sous le pontificat de saint Pie Y, les noms de Sébastien Locatelliy procureur général de l'Ordre — de Thomas Manriquez, maître du Sacré Palais — et de maître Paolino. Sous Grégoire XIII, Pierre Chacon fut l'un des membres les plus actifs de la commission.
De grands travaux de traductions scientifiques farent entrepris par les Dominicains du XVI^ siècle. Celui de Santé Fagnino eut la plus grande célébrité. Cajetan ( + 1534) entreprit une œuvre similaire, dans laquelle il dirigea l'activité de plusieurs spécialistes. Au XVIIe siècle, Thomas Malvenda entreprit une traduction littérale, qu'il commença en 1621; mais il ne put la conduire que jusqu'au chap. XVI d'Ezéchiel.
Les commentaires; publiés par l'Ordre depuis le XVI® siècle sont très nombreux; les uns sont conçus au point de vue de l'érudition textuelle; d'autres au point de vue théologique, et un certain nombre sont destinés à aider les prédicateurs et à édifier les fidèles. Le P. Mandonnet donne un catalogue chronologique, comprenant une trentaine de noms d'auteurs, dont les plus célèbres sont :
Dominique Soto (In Epistolam S. Pauli ad Romanes commentarii. 1550).
Jérôme da Azambuja (Comment, in Pentateuchum Mosi. 1569).
(In Isaïam prophetam commentarii. — Edité à Paris en 1622).
Ambroise Catharin (Comment, in omnes D. Pauli Epist. et alias septem canonicas. 1551).
Séraphin Capponi (Veritates aureœ super totam legem veterem, tum littérales, tum myslicae. 1590).
(Sacrorum Evangeliorum commentaria. 1G02).
(Comment, in Evang. sec. Joannem. 1601).
Noël Alexandre (Expositio litteralis et moralis sancti Evangelii, sccundum quatuor Evangelistas. 1704).
(Commentarius litteralis et moraUs in omnes epistolas. 1710).
Led Dominicai 3. 6
Plusieurs des auteurs déjà cités composèrent aussi des « chaînes », comme Santé Pagnino, Augustin Giustiniani, Jean Henten, etc..
Les travaux connus sous le nom d'Introduction à l'étude de l'Ecriture Sainte sont devenus très nombreux depuis le XYI® siècle. Ceux de Sixte de Sienne {+ 1596) sont à noter tout spécialement. Le P. Cornely, S. J., considère cet auteur comme le « créateur de la Science de l'Introduction ». (Introductio in libros sacros, I, p. 6.) — Citons également :
Melchior Cano, dont le traité « de locis theologicis » contient un livre entier consacré à l'autorité des Livres Saints.
Domi7iique Gravina, qui de 1619 à 1627 publia divers ouvrages d'introduction.
Noël Alexandre, dont l'histoire ecclésiastique contient plusieurs dissertations qui appartiennent à l'introduction scripturaire.
Vincent Avvocati. — Prseparatio biblica. Palerme.
Gabriel Fdbricy. — « Des titres primitifs de la révélation ». Rome. 1772. — Ouvrage rare, de grande érudition. Réédité par Migne.
Yincent Fassini. — Divinae libri Apocalypseos auctoritatis vindiciae ex monuments grsecis (1778).
Benoît OUvieri et Th. M. Borgetti sont deux célèbres biblistes romains de la première moitié duXIX^ siècle.
Pour l'époque contemporaine, il faut signaler les œuvres du cardinal Gonzalez, des PP. Denifle, Didon, Ollivier, Lagrange et Zapletal.
— Le Concile de Trente a réglé les conditions
des traductions de la Bible en langue vulgaire. Les traducteurs dominicains les plus célèbres de l'époque qui suivit furent : pour la langue française : Jean Henten, qui collabora à la Bible dite de Louvain (1550), et Nicolas Coeffeteau ( + 1624). — Pour l'allemand : Jean Dietenherger ( + 163à), dont la traduction a compté 58 éditions de 1534 à 1776. — Pour le flamand : Godefroy Stri/rœde ( + 1549). — Pour l'italien : Santés Marmochini ( + 1515).
Pour reprendre ses anciennes traditions, l'Ordre des Frères-Prêcheurs a établi à Jérusalem, en 1892, une école pratique d'études bibliques à laquelle sont admis les religieux de l'Ordre et les ecclésiastiques. La Revue biblique internationale est l'organe de l'école, tout en étant ouverte aux savants catholiques.