‹ Les dominicains, leur raison d'êtreChapitre 4 sur 35 · Douais. Ouv. cité, pp. 21-53, sq · texte numérisé non relu

Douais. Ouv. cité, pp. 21-53, sq

constances de personnes, de lieux, de temps, et les faire servir à tous les besoins sociaux.

D'abord, il est à remarquer que l'Ordre se recruta immédiatement dans la pfjpulation scolaire des maîtres et des étudiants. Le groupe le plus important des seize compagnons dispersés par saint Dominique était venu se fixer à Paris. Paris, au moyen âge, fut incontestablement le centre de la vie intellectuelle européenne. Aussi bien, est-ce là, dans ce milieu très spécial et très remuant des écoles parisiennes, que les Dominicains prirent surtout leur essor, et que nous les suivrons. Le successeur de saint Dominique, Jourdain de Saxe, sorti lui-même de l'Université de Paris, y fut l'artisan infatigable des plus riches conquêtes, la sirène des écoles, ainsi qu'on l'appelait. A lui seul, il donna l'habit de l'Ordre à plus de mille étudiants. En 1224, il écrit de Paris à Dia,ne d'Andalo, sa fille spirituelle de Bologne : « Par la grâce de Dieu, mes affaires vont bien avec les étudiants; de l'Avent jusqu'à Pâques, une quarantaine de novices sont entrés dans l'Ordre (à Paris). Plusieurs ont été maîtres es arts ». Deux ans plus tard, il écrit encore : « Après mon arrivée, dans l'espace de quatre semaines, nous avons reçu vingt et un Frères. Six sont déjà maîtres es arts ». Ce mouvement de recrue alla toujours en s'accentuant, à tel point que Jourdain de Saxe pouvait encore d^re en 1235 : « Des Maîtres même sont entrés dans notre Ordre. Le jour où je vous ai écrit, ils étaient déjà, au dire dos Frères, au nombre de 72 (1). »

1. C. Bayonne. Lettres du B. Jourdain de Saxe. Paris, 1865, p. 66.. .96. — Denifle-Chatelain. Chart. Univers ; Paris, 1, 106-108.

L'Ordre des Frères-Prêcheurs était donc poussé en plein dans le mouvement, et la vie scolaires. Le moment vint vite où, de l'étude, il dut passer à l'enseignement. Deux choses — toujours les mêmes — expliquent cette évolution : d'une part, la fin doctrinale de la Société, agissant directement sur son organisation et son développement intérieurs — et d'autre part, la volonté du Pape, alors Grégoire IX. Les vœux du Concile de Latran, faute d "hommes instruits, ne se réalisaient pas vite (1). Le Pape remédia à cette lenteur, en poussant les Dominicains à fonder un peu partout de grandes écoles. C'est justement à cette impulsion pontificale qu'il faut rattacher lintroduction des Dominicains dans l'ancienne université de Paris, où ils occupèrent une première chaire — alors on disait une école — en 1229, et une seconde, en 1231.

En se constituant ainsi le premi t, dans la série historique des Ordres religieux, d'après le double principe essentiel de la vie doctrinale comme but, et de l'organisation scolaire comme moyen, l'Ordre des Frères-Prêcheurs préparait le milieu spécial où devaient se former les meilleures intelligences du siècle, et s'élaborer les travaux scientificjues les plus importants de l'époque.

L'Université de Paris, je le répète, est le centre do la vie intellectuelle au moyen âge, et la faculté des arts et celle de théologie sont les deux grands organes de cette vaste agglomération Scolaire. C'est pourquoi la philosophie et la théologie absorb nt le principal de l'activité intellectuelle (2); d'ailleurs un lien

1. Denifle-Chatelain. Die Universitàtcn des Mitlclaliers. I, 708, note.

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