UN MORT QUI PARLE
divers, afin de ne pas rentrer les mains vides au Groenland.
Thorvald ne s'était pas trompé en disant qu'il resterait « quelque temps » à l'endroit qu'il avait désigné pour sa sépulture.
Vers le milieu du siècle dernier, une troupe d'explorateurs, visitant le golfe de Boston, découvrit, non loin du cap Alderton, un tombeau en maçonnerie qui renfermait un squelette et une poignée d'épée en fer.
Cette trouvaille émut aussitôt les sociétés savantes transatlantiques, déjà fort nombreuses à cette époque. Les archéologues et les naturalistes se transportèrent en foule vers cette partie encore peu connue de la Virginie, et de leurs remarques il résulta : que le tombeau n'avait son pareil sur aucun autre point de Nouveau-Monde; que le squelette, par ses proportions et les particularités de sa conformation, ne pouvait être ni celui d'un Indien, ni celui d'un Européen posterieur à l'expédition de Christophe Colomb; enfin,
H* LES DOMPTEURS DE LA mi i:.
que la poignée d'épée, donl la forme accu l'origine européenne, était de fabrication bien
antérieure au quinzième siècle.
Les commotions politiques et guerrières qui ne tardèrent pas à déchirer l'Amérique du
Nord, et d'où son indépendance devait sortir, éloignèrent les esprits des recherches historiques auxquelles s'adonne maintenant, avec passion, la jeune Amérique, jalouse de se vieillir et de se trouver des aïeux européens.
Malheureusement, sur ce champ, bien des preuves ont disparu. Ce qui est certain, cependant, quant au squelette du cap Alderton, c'est qu'il a été vu, vérifié, discuté et reconnu pour celui d'un Scandinave, à une époque où les Américains ne connaissaient ni les Sagas du Nord, ni les coïncidences de lieux qu'elles révèlent.