VOYAGE BLANC
une généreuse hospitalité, qu'ils furent bien forcés d'accepter, leur navire, brisé, déchiqueté, s'effritant, s'en allant en lambeaux, à chaque coup de mer. Bientôt il n'en resta plus que le squelette, dans lequel l'eau se jouait, pleine d'ironie.
Les jours sombres, les jours de loisirs forcés étaient donc revenus, avec, en plus, l'éloignement, la séparation des êtres aimés, le chagrin et la confusion d'une entreprise avortée. Gudride était anéantie. C'était son œuvre qui s'effondrait, et, dans son désespoir, elle accusait de son malheur les divinités Scandinaves et le dieu des chrétiens. Ses compagnons, désorientés, apeurés, effarés, se tordaient les mains et poussaient des cris lamentables. Seul, Thorstein, nature froide et pondérée, courageux du vrai courage, trempé comme l'acier d'où jaillit à propos l'étincelle, supportait sans une plainte, sans un reproche, le sort que lui avait fait l'obstination de sa femme; mais il devait bientôt subir l'angoisse commune, une calamité bien plus terrible que les autres allait fondre sur les malheureux naufragés.
Déjà, pendant les péripéties de l'expédition,
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une épidémie s'était déclarée subitement à bord. Elle avait fait quelques victimes, mais le fléau s'accrut dans une proportion Inouïe en accompagnant à terre ceux qui en étaient contaminés. Bientôt la peste exerça d'effroyables pava dans les rangs des matelots; puis elle s'étendit aux serviteurs d'Aslang Svart. Ce fut alors un affolement général. D'aucuns se tuaient pour échapper aux affres d'une mort hideuse. D'autres fuyaient, éperdus, se débarrassant de leurs compagnons, pour éviter tout contact infectieux. Enfin, après une longue et cruelle durée, le mal disparut, en choisissant, vraie flèche du Parthe, comme dernière victime, le vaillant Thorstein lui-même.
En apprenant cette triste nouvelle, Aslang accourut, et s'adressant à Gudride :
— Sèche tes larmes, lui dit-il. Ton époux habite désormais le séjour des bienheureux, et il n'a plus à redouter les calamités terrestres. Quand la nuit perpétuelle fera place au jour continu, et que la tendre rosée fondra la neige aux lourds flocons, je vendrai mes biens et mes troupeaux, et nous fréterons une barque , où nous déposerons le corps de ton époux, que nous rame-