CHAPITRE X
LES SKRELLINGS.
La colonie de Thorfins-Budir. — La reine des Esquimaux. — Combat sanglant. — Le Mirage. — Freydize. — Les deux reines. — Trois ans au Vinland. — Gudride à Rome.
Le froid, la faim et les privations de toutes sortes avaient causé des vides considérables dans l'entourage de Karlsefn et de Bjarn; cependant ils arrivèrent au Vinland avec plus d'une centaine de compagnons, auxquels un bon accueil et des soins empressés eurent promptement rendu la force et la santé.
Mais Thorfmn, dans son désir de créer et d'inaugurer, ne se fixa point à Leifs-Budir. Il remonta le fleuve et s'établit sur l'autre rive, à proximité d'un lac entouré de forêts. Une ville ne tarda pas à s'élever en cet endroit, à laquelle, à l'imitation du fils d'Erik, Thorfmn donna son nom. Bientôt Thorfinns-Budir l'emporta sur son aînée ; toutefois les relations n'en demeurèrent pas
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moins cordiales entre les nouveaux venus et leurs prédécesseurs. Ils échangeaient leurs produits, se prêtaient assistance en toute occasion, et combinaient des expéditions en commun.
Or, il arriva qu'un jour où tout le peuple était au loin, le lac se couvrit subitement de canots montés par des Skrellings qui dressaient de longues perches et les faisaient siffler en les agitant. Les femmes, restées au logis, prirent grand peur à cette apparition; elles s'enfuirent en poussant de hauts cris qui furent entendus de quelques pêcheurs occupés à tendre leurs filets dans la rivière. Ces derniers eurent promptement rassemblé ceux de leurs compagnons qui abattaient du bois, ou chassaient aux environs, et, quand la troupe fut en nombre, elle se hâta vers le lac, où elle parvint juste à temps pour empêcher les Skrellings de débarquer. De part et d'autre, on se tint sur une réserve, qui évita toute échauffourée.
Thorfinn et Gudride, arrivés dans le même moment, approuvèrent cette sage conduite, malgré les protestations de Freydize. La sœur de Thorvald insistait pour qu'on vengeât, sur l'heure, la mort du héros de Krossanes.
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Elle montrait dédaigneusement du doigl La nuéedea Esquimaux, — peu redoutables, malgré leur multitude, car ils paraissaient animés des intentions les plus pacifiques, — continuant à agiter leurs perches, auxquelles étaient attachées des peaux de bêtes en guise de bannière. A la vérité, ces bonnes dispositions ne pouvaient être qu'une feinte. Si Ton n'en finissait pas, tout de suite, avec ces sauvages, ils reviendraient, traîtreusement ., à la faveur de la nuit, ou autrement; et l'aventure d'antan recommencerait, entraînant, cette fois, le massacre de tous les Normands.
L'éloquence de Freydize lui avait acquis l'approbation de quelques assistants, et Thorfinn lui-même se sentait ébranlé. Pourtant il ne voulut rien entreprendre sans l'avis de sa femme.
— Que penses-tu de cela? lui demanda-t-il , après lui avoir exposé les raisons de la sœur de Thorvald.
Les compagnons s'étaient rapprochés. Ils attendaient anxieusement la décision de celle qu'ils considéraient comme leur véritable chef, et ce n'est pas sans surprise qu'ils recueillirent ces paroles sorties de ses lèvres :
— Je pense que ces gens nous font des signes
l \ IKoi i-i. PARVINT \ TEMPS POUR LES EMPÈI HER DE DÉBARQUER. (P. 119.)
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d'amitié et qu'il convient de répondre à leurs
avances en arborant le bouclier blanc.
A ces mots, Freydize se révolta. Mais Thor-
finn lui imposa silence. Il reprit, s'adressant à Guclride :
— Sans doute l'humanité, la commisération parlent par ta bouche, et tes raisons te sont dictées par la pureté de ton âme; souviens-toi cependant des événements du cap des Croix. Thorstein n'avait-il pas entrepris, sur ton propre conseil, l'expédition où il a si malheureusement fini ses jours, et qui, dans votre esprit, avait pour but de venger son frère?
— Cette fin si malheureuse à laquelle tu fais allusion m'a précisément donné à réfléchir. Je me suis demandé si Dieu n'avait pas voulu, par la mort de mon époux, mettre obstacle à cette œuvre de vengeance, en nous rappelant à l'équité, plus encore qu'à la pitié. Thorstein, lui-même, lorsque l'ange de la mort s'est retiré de son chevet, pour lui laisser dire ce qu'il voyait dans l'éternel royaume, n'a point parlé de représailles. Son âme s'était tournée vers des sentiments plus tendres, plus chrétiens. Il m'a prédit ma destinée, telle que le Seigneur a daigné la commen-
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doit
rencontré le chef vaillant q conduire à travers la vie. Son bras est sûr, et il sait tenir l'épée haute! Aussi, je m'incline devant toi, Thorfinn. Et, je te dis : Ce que tu feras sera bien fait.
— Alors, tu penses que nous devons pardonner à ces vilains êtres?
— Ils ne sont pour rien dans l'affaire... Et puis, ils seront trop nombreux... demain... pour que nous risquions de nous en créer, dès aujourd'hui, des ennemis. Crois-moi, Thorfinn, le mieux est de vivre en bonne intelligence avec eux. Notre sécurité s'en trouvera bien,... et notre commerce aussi.
L'amiral ne put s'empêcher de manifester un mouvement de dépit, mais il le réprima.
— Qu'il soit fait comme tu désires, dit-il, et que nos dieux et le Christ nous protègent.
Et, sur-le-champ, il ordonna d'arborer le bouclier blanc.
Freydize, blême de rage, semblait une furie.
— Traître! lâche! criait-elle, tu veux notre mort, tu es notre bourreau. Ta femme te gouverne, te mène comme un enfant.... Tu es un fils dégénéré des vieux Rois de Mer.
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Je ae mène point mon mari, je ne gouverne pas en son nom, je Bais me tenir â ma pla interrompit Gudride, Lâche est l'homme qui g
baisse devant sa femme, qui tremble devant elle; mais Thorfinn n'est pas de ceux-là. Il laisse cea bassesses à celui dont tes compagnons ne prononcent le nom qu'avec dédain.
Freydize se disposait à répliquer. Pour la seconde fois, Thorfinn lui imposa silence.
Entre temps, les Skrellings s'étaient approch Ils regardaient curieusement les étrangers, mais ils ne débarquèrent pas. À la grande surprise des Normands, ils virèrent de bord, après s'être consultés, et disparurent derrière un promontoire.
Vivement, on se mit à leur recherche; des battues, organisées dans la direction qu'ils avaient prise, n'amenèrent aucun résultat. Thorfinn poussa fort avant vers le nord ; il y fonda même un établissement, qu'il abandonna, au bout de peu de temps, en voyant que ses productions ne différaient guère de celles de Thorfinns-Budir. De Skrellings il ne découvrit la moindre trace. Le pays était vierge de tout séjour humain; lés herbes pointaient droit vers le ciel, et les oiseaux, que nulle flèche n'avait
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apeurés, venaient familièrement se poser sur Tépaule des gens.
Cependant, pour attendre, on ne perdit rien. Un beau matin, des canots se répandirent sur le lac, en si grand nombre, qu'on aurait pu le croire couvert de charbons; et, cette fois, les Skrellings mirent pied à terre. Ils apportaient avec eux, en quantité, des peaux d'une extrême finesse, qui n'étaient autres que du petit-gris, cette fourrure si recherchée. En échange, ils ne demandaient que des bandelettes rouges, dont ils se faisaient des ornements de tête. Ils auraient voulu aussi des lances et des épées; Thorfinn et Bjarn défendirent bien de leur en donner.
Lorsque la provision d'étoffe rouge fut épuisée, l'on se rabattit sur d'autres oripeaux; mais rien n'avait plus le don de plaire à ces étranges créatures. Aussi les Normands ne savaient-ils qu'inventer pour raffermir des relations qui menaçaient de se rompre, faute de ruban, lorsqu'une soupe au lait, préparée par Gudride, et goûtée par ces sauvages, les plongea dans un tel ravissement qu'ils ne voulurent plus d'autre paiement.
« Ils emportaient dans leur estomac, dit la Saga, le prix des marchandises précieuses que
les Scandinaves mettaient soigneusement de côté pour en charger leurs navires. »
Les meilleurs rapports s'étaient donc établis entre Normands et Skrellings. Toutefois, Thorfinn,
par prudence, avait entouré son établissement de palissades. Bien lui en prit, car un incident fortuit vint subitement changer les bonne- dispositions des Esquimaux à son égard . Comme ils arrivaient, un matin, à l'heure de la soupe, un taureau, échappé d'une étable, fondit à l'improvisa sur eux et en blessa plusieurs. Ils eurent grand'peur et coururent vers les maisons pour s'y réfugier. Thorfinn, qui était au logis, dans la crainte qu'ils voulussent s'emparer des lances et des épées qui leur plaisaient tant, fit solidement fermer toutes les portes. Alors, ils crurent à une agression, à un attentat dirigé contre leurs personnes, et ils se sauvèrent en proférant des menaces.
Pendant trois semaines on ne vit plus leurs hideuses silhouettes se profiler dans la brume matinale, et les Normands commençaient à croire qu'ils n'avaient plus à redouter qu'une grève de petit-gris, lorsque, un beau jour, ils reparurent en nombre beaucoup plus considérable que d'habitude. Ils se montraient fort calmes et
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portaient, comme de coutume, de la marchandise dans leurs bras; mais Thorfinn, toujours sur ses gardes, redoutait de leur part quelque projet hostile. Il dit aux femmes :
— ■ Servez-leur la soupe qu'ils aiment tant, et rien de plus.
Ainsi fut fait! Or, à la très grande surprise des colons, les Skrellings, qui, naguère, se montraient si friands de leur pitance matinale, s'en détournèrent avec dédain, et, sans un geste, sans une parole, ils lancèrent leur bagage par-dessus lapalissade, ce qui produisit un désordre dont ils tirèrent profit. Comme l'avait bien pensé Thorfinn, leur but était de se procurer des armes, caries derniers événements les avaientsurexcités. Dans leur belliqueuse ardeur, ils brûlaient d'en venir aux mains avec les propriétaires de l'irascible taureau qui les avait si fort effrayés.
A ce moment, Gudride, devenue mère depuis peu, était en sa maison, ne soupçonnant guère le danger qui la menaçait. Elle filait le chanvre d'une première récolte et chantait, avec ses compagnes, une vieille chanson de Norvège. Le bruit continuant au dehors, elle envoya ses femmes voir ce qui se passait, et demeura
seulr, contemplant le doux visage de son enfant. Alors, soudainement, se détacha dans le cadre de la porte une apparition qui la fit tressaillir. Elle avait devant elle une femme de petite
taille, noire de peau et noire de vêtements, — si Ton pouvait donner ce nom aux loques qui la couvraient, — la tête ceinte de bandelettes, les cheveux d'un gris sale, la lèvre blême, les yeux allanguis dans une fixité troublante; mais, malgré tout cela, belle, d'une hideuse beauté.
Le premier moment de stupeur passé, Gudride reprit ses sens, et étant, nous le savons, « habile dans l'art de converser avec les étrangers » , elle questionna cette vieille, qui semblait échappée du sabbat.
Elle s'appellait Gudride, comme elle. Elle était femme d'un chef, ainsi qu'elle. Elle courait les aventures, de même qu'elle.
Gudride la fait asseoir. Elle veut capter les bonnes grâces de cette femme, s'entendre avec elle. De leur accord peut surgir une ère de paix, de prospérité. A cet instant, un fracas terrible ébranle la maison. Un cri qui n'a rien d'humain déchire l'air, et un être, repoussant dans sa douleur, au poil hirsute, inondé de sang,
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vient s'affaler comme une masse entre les deux femmes. Gudride la Normande recule, épouvantée. L'autre, calme, d'un calme effrayant, se lève lentement, l'œil fixe, abîmé dans une contemplation dédaigneuse; et, sans un mot, sans un geste, elle se retire, et disparaît.
Thorfinn arrivait sur ces entrefaites. A la vue de ce cadavre qui souille sa demeure, il ne trouve qu'un mot : « Il voulait des armes ».
Mais le temps presse.
— Il s'agit de nous concerter, dit-il, car je prévois que les Skrellings vont revenir, trois fois plus nombreux, pour nous attaquer. Préparons-nous donc à les repousser. Dix d'entre nous occuperont cette langue de terre et se montreront à l'ennemi ; les autres iront dans la forêt pour ouvrir un passage aux bœufs; quand les Skrellings arriveront, on lancera sur eux le taureau.
Ils se présentent en effet, et cette fois, ainsi que l'avait prévu Thorfinn, plus compacts qu'une nuée de frelons. Sans se laisser intimider par le taureau, cause de leurs premières alarmes, ils poussent leur cri de guerre, et, pour engager l'action, ils lancent une nuée de flèches sur les Nor-
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mands. D'autres se servent de frondes, et, très habilement dirigent une grêle de pierres sur les habitations en plancbesqui s'effondrent sous
leur poids. Mais ils ont mieux ! De la forêt, où Ils la tenaient cachée, sans qu'on Peut jamais \ ne, ils font sortir une machine assez compliquée, sorte de baliste haute de dimension, à l'aide de laquelle ils projettent de véritables monolithes sur le village à demi détruit.
Cependant Thorfinn a rallié les siens. Il fait arborer le bouclier rouge, symbole du combat. Bientôt, devant le nombre redoutable de leurs adversaires, et devant leurs engins destructeurs, les plus braves reculent. Ils songent à s'enfuir... Tout à coup, ô terreur! en se retournant, ils aperçoivent, à mi-côte, et comme enveloppée dans labrume matinale, une seconde armée, semblable à celle qu'ils ont devant les yeux. Alors, une panique folle se met dans leurs rangs. Vainement, leurs chefs, ayant à leur tête Gudride, qui, d'un bras, serre son nouveau né sur sa poitrine, et, de l'autre, brandit une épée, veulent s'opposer à leur fuite : ils courent sans savoir où ils vont ; car ils se croient cernés, voyant des ennemis partout. Les femmes poussent des hurlements d'effroi ;
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les enfants, affolés, s'égarent, se font écraser; c'est un désordre inexprimable, une mêlée fantastique, un tourbillon vertigineux, dans lequel Thorfinn et ses proches, malgré leurs efforts héroïques, sont entraînés. Soudain, une femme apparaît, la poitrine nue, la chevelure au vent, l'œil en feu.
Cette femme, c'est Freydize.
— Lâches! lâches! crie-t-elle. Lâches, qui vous dites hommes de courage, vous fuyez devant ces nains que vous pourriez tuer comme des rats. Ah, si j'avais des armes, je vous montrerais comment on s'en débarrasse.
Les fuyards ne l'écoutent pas. Elle les suit, lentement,continuant ses invectives. Dans le bois, elle trouve un compagnon tué d'un coup de pierre. Elle s'empare de son épée, et, seule, sans calculer le danger, elle se porte au-devant des Skrellings.
A leur tête s'avance la petite vieille, l'autre Gudride, plus belle encore, et plus hideuse, clans l'ardeur du combat. Les yeux des deux femmes se sont rencontrés, lançant des éclairs. Freydize, fascinée, clouée sur place par le regard magnétique de son adversaire, hésite, flageole sur ses jambes; son cœur bat à se rompre; ses tempes se brident et lui causent une insurmon-
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table douleur; ses oreilles bourdonnent, e1 regard s'obscurcit. Soudain, une pierre mugit aune ligne de sa chevelure. Aussitôt, l'esprit lui
revient, et, comme la foudre, elle fond Bur la reine des Skrellings, et, de son épée, lui fend la tête, d'un seul coup.
Sur ses pas sont accourus Thorfinn et Gudride avec quelques-uns de leurs compagnons. A leur vue, les sauvages prennent peur. Le désordre se met dans leurs rangs, et, saisis de panique, à leur tour, ils s'enfuient, en se culbutant, tels que des moutons chassés par un loup.
Les Normands ne les poursuivent pas, car ils savent qu'ils vont encore avoir affaire à une troupe qui descend de la colline. Ils se retournent. Mais... ô surprise! à mi-côte la brume s'est dissipée, et les Skrellings ont disparu avec elle. Aussi loin que la vue s'étend, on n'en trouve trace. Les guerriers se regardent, étonnés. Ils sont pourtant bien sûrs d'avoir vu, peu d'instants auparavant, cette côte couverte d'ennemis. Alors, Bjarn, à qui le phénomène du mirage est familier, se découvre et dit :
— La Fée Morgane nous protège; Dieu est avec nous.
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C'était par un simple effet d'optique, fréquent en ces parages, que les Normands avaient cru voir, en arrière, toute une armée, qui n'était en réalité que le reflet de celle qu'ils avaient devant eux. Maintenant, ils n'avaient plus rien à craindre des Skrellings; ceux-ci ne montraient aucune velléité de renouveler leur tentative. Avec les Skrellings disparaissaient aussi les belles peaux dont l'Europe se montrait si friande. La meilleure source en était tarie à jamais; et les Normands n'avaient plus désormais qu'à chercher gîte ailleurs.
C'est ce que pensa Thorfinn. Il rallia ses compagnons, même ceux qui s'étaient enfuis au loin, comme Thorvar, le mari de Freydize, qu'on retrouva caché au haut d'un arbre , et le jour même, il mit à la voile pour retourner au bon Vinland.
Les Normands y restèrent trois ans, durant lesquels Gudride donna à son époux un nouveau fils qui reçut le nom de Snorre. Puis ils retournèrent au Straum-Fjord, où ils s'installèrent, non dans l'Ile aux Oiseaux, mais sur le continent, ce qui leur permit d'y passer l'hiver, cette fois bien munis de vivres. Ensuite, Karlsefn se lança
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m de nouvelles aventures, D'emmenant qu'une trentaine de compagnons. Pendant deux moia il explora des côtes, visita des havres et s'enquit
minutieusement des produits de chaque région. Selon toute apparence, il remonta le Potomac, où, plus tard, comme nous le verrons, des Scandinaves ont aussi colonisé. Puis il poussa une pointe vers le Nord, dans la chimérique intention de retrouver Thorhall-le-Chasseur. Il revit, au passage, le cap de la Carène, et, piquant à l'ouest, barre debout, il jeta l'ancre à l'embouchure d'une rivière qui se trouvait là tout exprès pour le recevoir, et dont les bords reflétaient les arbres d'immenses forêts piquées de quelques éclaircies.
De retour au Straum-Fjord, Thorfinn y trouva tout en révolution. Gudride et Freydize s'étaient querellées publiquement, et deux camps s'étaient formés, l'un en faveur de la reine de l'expédition, l'autre pour l'héroïne de la bataille contre les Skrellings. Il y avait eu des rixes, des combats. Thorfinn rétablit tout en ordre; mais il pensa que le temps était venu de reprendre le chemin du logis. Et, comme il ne craignait ni les tempêtes, ni les brumes, il se lança, tel que Thor-
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hall, à travers l'Océan, mais avec plus de bonheur, car il atteignit les côtes de Norvège vers l'automne de Tan 1011.
Les richesses qu'il avait à bord firent sensation à la cour Scandinave. Olaf le Saint, qui avait succédé à Olaf Tryggvason, apprit avec autant d'étonnement que de plaisir qu'il possédait une colonie nouvelle où l'on trouvait en abondance du vin, des bois précieux et des fourrures.
Et, en vérité, cette source de revenus se montrait d'une telle fécondité que la vente des produits qui remplissaient son navire suffit à Thorfinn pour se créer une fortune.
Il se retira en Islande, où il passa le reste de ses jours dans la condition d'un homme qui avait assez fait pour sa gloire et son repos.
A sa mort, Gudride prit l'administration de ses biens. Quand elle eut marié ses fils, elle se rendit en pèlerinage à Rome. Puis elle se retira dans un couvent qu'elle avait fait bâtir près de Brattehilde, où, suivant la prédiction deThorstein, elle vécut, simple religieuse, comme une sainte sur la terre.