LA FIN D UN HEROS
Mort dramatique de Bjarn Heriulfson, qui avait le premier entrevu
la rive américaine.
Bjarn Heriulfson suivit de près Thorfinn et Gudride ; seulement, comme son navire avait, dans ses laborieuses expéditions, subi de rudes avaries, et que le nombre des Vinlandais qui voulaient revoir le Groenland était considérable, il fit construire une barque goudronnée de poix de phoque, dont il prit la direction, et confia son ancien Drakar au plus expérimenté de ses compagnons, en lui recommandant de naviguer à ses côtés, toujours à sa portée, sans jamais s'écarter de la route qu'il lui indiquerait.
Haki Grimolfson promit de suivre ses instructions. Son vaisseau ne quittait guère le sillage de la barque amirale, quitte à ralentir là marche de celle-ci, tant il était devenu lourd
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;i la vague. Vainement Bjarn Lui taisait signe d'avancer, de forcer de voile. L'ancien marcheur, d'élégante et fringante allure, semblait s'abîmer sur place. Impatienté, Bjarn passa à Bon bord, et là, sur une expertise minutieuse, il lui fallut se convaincre que le navire faisait i de toutes parts et que sa coque était vermou lue jusque clans ses moelles.
Il était infesté de tarets, cet insecte vermiforme qui s'attaque au bois le plus dur et y creuse de multiples et tortueuses galeries. Au repos, tout ce petit monde ne s'en était tenu qu'au travail discret du grignotage; une fois en mer, ce fut de la furie, du carnage. Les bords tranchants de la petite coquille qui sert de mâchoire à ces animaux ne cessaient plus de ronger. Bientôt le navire fut réduit à l'état d'épongé.
Alors Haki dit à Bjarn :
— Tu vois, tu nous as donné un mauvais bateau qui ne va pas tarder à s'abîmer sous les vagues, et mes compagnons, qui sont pourtant habitués à jouer leur vie, chaque jour, au milieu des flots et des combats, sont émus à la pensée de savoir s'ils périront avec le navire qui s'en-